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05 janvier 2022

Rouquine : interview pour le premier EP Mortel

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(Photo : Thomas Dillis)

rouquine,mortel,interview,mandor,the artistComme l’indique le dossier de presse, « ces deux bruns dont l’un tire sur le gris chantent le spleen avec une ironie mordante, dans une langue explicite et poétique. Les mélodies sont obsédantes et la tête bouge sur une électro-pop élégante et racée. Les mots sonnent comme des percussions. L’amour, les mômes, la mort, le sexe...ça remue et ça fait marrer. Rouquine aime bien James Blake et Boris Vian, Alt-J et Orelsan. Jouant avec les codes urbains sur des thèmes actuels, Rouquine dépoussière la chanson et prend son public à contre-pied ».

Ces deux bruns, je les suis depuis des années. En 2013, je recevais déjà Sébastien Rousselet et Nino Vella pour l’EP de leur premier groupe, Babel, La vie est un cirque (lire ici), puis Sébastien seul en 2015 pour l’EP Bless(e) You (lire là) et enfin, en 2017, Nino et Sébastien m’avaient invité à une écoute de différents morceaux devant figurer dans un futur album chez Elektra, un label de Warner. Il devait sortir début 2018 mais, finalement, il n’a jamais vu le jour (lire là).

Bref, ces deux-là, je savais qu’un jour, ils allaient finir par se faire remarquer. Leur victoire dans l’émission de Nagui, The Artist, en atteste même si elle reste anecdotique dans le parcours de ces deux garçons extrêmement talentueux.

Je leur ai récemment donné rendez-vous dans un café de la capitale pour faire un nouveau point sur leur carrière.

Biographie officielle par Rouquine:rouquine,mortel,interview,mandor,the artist

Rouquine c'est un scalp à deux têtes. L'une est celle de l'homme clavier/machines et chanteur Nino Vella, compositeur de notre duo. L'autre tête pensante est celle du chanteur et auteur Sébastien Rousselet. C'est en 2010 qu'on se rencontre tous les deux chez un ami commun et qu'on crée le groupe Babel avec deux autres musiciens. Ce quatuor s'inscrit dans une veine rock-electro française et c'est durant les 8 ans d'existence de ce groupe qu'on va véritablement faire nos armes en live avec quelques centaines de dates explosives dont deux passages aux Francofolies, deux tournées en Chine, un stade en 1e partie de Johnny ainsi qu'une signature chez Warner pour un album qui ne verra jamais le jour. Entre nous se tisse surtout une solide complicité basée sur l'amour du gros son et de la bonne bouffe ainsi qu'un humour qui peut faire marrer quand on a 15 ans d'âge mental. En parallèle on écrit et compose tous deux pour d'autres interprètes de la chanson, se frottant ainsi à la contrainte du sur mesure. Suite à la dissolution de Babel, on se retrouve en studio comme en laboratoire avec pour seule ambition de « faire ce qu'on sent », sans savoir où on va. Le compositeur est donc devenu citadin, l'auteur vit dans les coteaux. Le premier a 28 ans, le second est son aîné de 16 ans et daron de quelques mômes. Qu'est-ce que c'est que ce truc ? Ce truc a priori mal assorti va donc s'appeler Rouquine, histoire de pousser à fond l'aspect incongru. Comme si la réunion de deux mecs plutôt hétéro-normés ça donnait quand même du féminin, comme si nos inspirations associées avaient créé un précipité de couleur rouille. Bref comme si ça faisait un peu tache. De rousseur bien sûr. Ça nous fait surtout marrer mais on n'y pense pas plus que ça, on est d'abord réunis par le plaisir de faire nos chansons sans autre contrainte que les règles qu'on s'impose, comme dans un jeu. Pas d'âge pour être des sales gosses.

rouquine,mortel,interview,mandor,the artistLe premier EP (toujours par Rouquine) :

Les premiers titres viennent spontanément, le son trouve sa couleur et les mots donnent le ton. On va parler de nous, de ce qu'on vit et de ce qu'on voit. Un peu romantiques, un poil punk. L'interprétation se trouve aussi. Finies les voix poussées sur la corde raide. Influencée par l'urbain en général tant dans la prod que dans le texte, Rouquine a la mélodie généreuse pour parler des questions que soulève la parentalité d'aujourd'hui, de la relation humaine par techno-cocon interposé (cc Alain Damasio) ou des dernières 24 heures d'un cancéreux qui au son du gimmick solaire d'un orgue hammond va profiter de cette ultime journée « comme un salopard ». Du sentiment mais pas de sentimentalisme. Rouquine assume un ton grinçant, des mots écrits et crus pour traiter frontalement de thématiques peu entendues, mais avec la distance nécessaire. Nos deux voix qui s'entremêlent, feutrées et triturées permettent aussi de maintenir cette distance. Les ombres de James Blake et Alt-J planent pas loin, près des rimes riches et des fulgurances de Chaton et Orelsan.

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(Photo : Thomas Dillis)

rouquine,mortel,interview,mandor,the artistInterview :

Nino, raconte-moi ton parcours en quelques mots :

Nino Vella : Après m'être hissé sur le piano droit de mes parents pour rejouer les musiques qui résonnent dans la maison, j'ai étudié au conservatoire de Cholet (49) ma ville natale, où j’ai fais mes gammes sur Debussy ou Oscar Peterson. En grandissant, j'ai écouté aussi bien la chanson française de Renaud, le rap d'Eminem ou la pop néo-classique d'Agnès Obel. Aujourd'hui installé à Paris, il m'arrive de composer la musique d’un film, réaliser des chansons en studio pour de nombreux artistes allant de Nemir à Lord Esperanza en passant par Patrick Bruel ou Gauvain Sers, accompagner en live au piano des artistes tels qu’Yseult, Vianney ou Juliette Armanet.

Même question pour toi Sébastien.

Sébastien Rousselet : Influencé par le parcours de vie d'écrivains tels que Kerouac et Bukowsky ainsi que par mes racines paysannes, j'ai longtemps mis une main dans le cambouis tandis que je lisais de l'autre. J'ai parfois taillé le granite tout en écoutant Radiohead et Gainsbourg. J'écrivais des chansons, j'enfilais une blouse d'aide-soignant, puis je repartais en solo sur un festival avec ma guitare sèche. Après quelques années passées à Londres et en Bretagne j'ai atterri dans les vignes au sud d'Angers où je vis toujours. Aujourd'hui quand je ne suis pas en concert, j'écris des paroles de chansons, des nouvelles, des contes pour mômes, je monte des spectacles avec des détenus, des toxicomanes ou des lycéens et j'accompagne des groupes musicaux sur leur travail scénique.

"Cyborg" en live dans Le Lab Virgin Radio.

Comment êtes-vous passés de Babel à Rouquine ?

Nino : Artistiquement, avec les deux autres Babel, nous n’étions plus sur la même longueur d’onde. Ça faisait un bout de temps qu’avec Sébastien, nous étions frustrés de ne pas avoir un projet tous les deux. Disons qu’après huit ans de tournée, c’est une fin de cycle. L’expérience avec un label de chez Warner qui s’est soldée par un échec à mis fin à notre envie de continuer, même si on a encore fait une tournée qui nous a emmené jusqu’en Chine. Le dernier concert a eu lieu en octobre 2018.

Sébastien : Avec Babel, il y a eu beaucoup de pics et de creux. A un moment, on commençait à être épuisés. Avec Nino, on a continué à faire des chansons ensemble en studio. Celles-ci nous ont amené à créer un nouveau groupe, en l’occurrence Rouquine. Je tiens à préciser que nous continuons à bien nous entendre avec les deux autres membres de Babel. Il n’y a aucune rancœur dans cette histoire.

"Les enfants sont des gros enfoirés". Graphisme : Marie Poirier. Motion Design : Sebastien Vion

Ce qui est fou c’est que Rouquine n’a rien à voir avec Babel..

Sébastien : On avait l’envie de changer artistiquement. Vocalement, nous voulions envoyer beaucoup moins et musicalement, on a calmé nettement notre grandiloquence.

Nino : Cette désinterprétation du chant nous a permis de gommer le côté rock pour nous retrouver avec des compositions beaucoup plus intimes. La digestion de tous les projets sur lesquels nous avons travaillé nous ont aidé à évoluer dans ce sens. J’ai pris beaucoup des artistes dont j’ai réalisé les albums ou que j’ai accompagnés.

Sébastien : On a tout épuré.

Vos textes sont beaucoup plus frontaux et intimistes.

Sébastien : Il y a beaucoup moins de fioritures pseudo-poétiques, c’est vrai.

Session Live de "Mortel" au Jardin de verre à Cholet (49) - Juin 2021

Dans « Mortel », vous faites d’un sujet grave, le dernier jour d’un homme qui meurt d’un cancer, une chanson joyeuse.

Sébastien : La musique solaire nous aide à aller vers ce processus.

Nino : Avec Babel, nous faisions du ton sur ton. Les textes graves étaient interprétés sur des musiques graves. Avec Rouquine, on fait le contraire.

Le premier album de Rouquine sort quand ?

Nino : On aimerait le sortir en mars 2022.

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Rouquine, lauréat de la première édition de The Artist.

Parlons de The Artist, l’émission produite par Nagui dont vous êtes les lauréats. Comment êtes-vous arrivés dans cette aventure ?

Nino : On a été castés par un des directeurs artistiques de l’émission. On est venu nous chercher. Jamais de la vie, nous nous serions inscrits à ce type d’émission.

Sébastien : Quand on nous a contactés, ça nous a angoissé. On a hésité deux mois, mais ils ont su trouver les bons arguments. A commencer par Nagui qui ne fait pas n’importe quoi en terme de musique. Il a créé Taratata quand même et aussi, il respecte beaucoup les artistes. Autre argument de poids, on allait pouvoir proposer nos propres compositions en live. Au final, ça a été une expérience très positive.

Nino : On a eu aussi une formation accélérée sur comment gérer le stress. La télé, le direct, les caméras, les contraintes techniques colossales, ce n’est pas le même stress que celui que nous vivons sur scène. Et, il faut bien le dire, depuis The Artist, nous sommes beaucoup plus facilement identifiables.

Sébastien : L’émission a été un accélérateur de particules.

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(Photo : Thomas Dilis)

En quoi The Artist vous a donné un peu plus confiance en vous ?

Nino : Ça m’a donné confiance en tant que chanteur parce qu’avant l’émission, je ne me considérais pas comme tel. Aujourd’hui, j’arrive un peu à accepter l’idée. Cela dit, cette émission n’est pas une fin en soit, elle fait partie de notre parcours.

Sébastien : Ce qui est sûr, c’est que ça nous a donné du carburant pour aller plus loin.

Nino : En gros, on vient d’arriver en haut d’une colline, et en arrivant en haut de cette colline, on voit celle d’après. Je ne ressens pas tant que ça de soulagement après l’émission.

Sébastien : Moi, pareil.

"Tombé". Graphisme : Marie Poirier. Motion Design : Sebastien Vion.

C’est quoi la prochaine étape ?

Nino : C’est que les gens viennent nous voir en concert.

Sébastien : La notoriété, c’est presque le mal nécessaire parce que tu as besoin de faire venir les gens te voir sur scène. Grâce à cette aventure, on a fait des premières parties de Tryo, de Gaëtan Roussel, un Café de la Danse le 15 décembre dernier. Nous allons également faire une tournée des SMAC (scènes de musiques actuelles) et des festivals.

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Avec Sébastien Rousselet et Nino Vella, après l'interview, dans un café parisien.

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