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01 décembre 2021

Martin Luminet : Interview pour l'EP Monstre

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(Photo : Chloé Nicosia)

martin luminet,mandor,interview,monstreMartin Luminet a sorti un premier vrai EP, Monstre.

Parfois, au début d’une carrière, on se cherche. Il arrive donc que des artistes enregistrent des disques qui ne représentent pas exactement qui ils sont. Donc, on les oublie.

Pour des raisons qui lui sont propres, Martin Luminet est désormais incapable d’écrire des choses fictives. Il explique ne pas avoir assez confiance en lui pour inventer des histoires de toutes pièces. Besoin de régler pas mal de choses. Tout déballer, même les choses les moins reluisantes de sa personne. Il raconte tout ce qu’il n’arrive pas vraiment à dire dans la vie et, curieusement, je m’y suis retrouvé. Et beaucoup vont s’y retrouver. Quand le très personnel peut devenir universel.

Pour être honnête, j’ai une grande affection humaine pour ce garçon que je suis depuis quelques années maintenant (lire les deux premières mandorisations ici et là). Mais ses chansons me touchent au cœur, comme rarement. Une écriture tranchante et touchante. Mélange rare. Artiste rare.

Sa page Facebook.

Pour écouter son EP, Monstre, c'est notamment ou là.

(Paroles & Musiques : MARTIN LUMINET
Producer / Réalisation : BENJAMIN GEFFEN
Prises de Son / Mix : TONY BAKK
Master : CHAB
Direction Artistique : MARION RICHEUX
(c) LA PERCÉE)

Argumentaire de presse :martin luminet,mandor,interview,monstre

Sensation de la dernière édition (réinventée) des Francofolies de la Rochelle, Martin Luminet a mis longtemps à s'autoriser le droit d'être en colère. L'éducation, certainement. Attiré par le décloisonnement des arts, le lyonnais n’endossera finalement ni le rôle du héros séducteur ni celui de l’ami irréprochable auquel certains le destinaient.

Ne pas se réfugier derrière un « best of » de lui-même, ne plus chercher à se donner le beau rôle. Le bain a débordé, c'est maintenant un déluge. Violence sensible et lucidité couperet surgissent de son spoken word. Il assume pleinement sa face sombre. Cru parfois, cash souvent, percutant toujours. A l'évidence, il se joue chez Martin Luminet quelque chose d'important, de viscéral et de vital. Il suffit d'écouter « Cœur », envoyé en éclaireur et balancé comme quatre vérités, pour recevoir un pur shoot d'adrénaline. Il y a là une confrontation belliqueuse et sans merci avec cet organe de trahison. Il y a là encore une électro cinématographique et cinglante, une tension, un télescopage entre le Biolay d'À l'origine et la noirceur viciée d'Odezenne. Il y a là surtout une urgence à sauver sa peau.

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(Photo : Chloé Nicosia)

martin luminet,mandor,interview,monstreInterview :

Dans ce disque, est-ce que l’on connait enfin le vrai Martin Luminet ?

Il y a en tout cas, un côté de moi que je ne voulais pas montrer pour plaire au plus grand nombre. Avec cet EP, j’ai ressenti le besoin de tout déconstruire. Toutes mes chansons parlent de ça : déconstruire l’amour, déconstruire le couple, déconstruire les parents, déconstruire le modèle que l’on a sous les yeux. Du coup, je me suis déconstruit aussi, ainsi que le chanteur que l’on attendait de moi. Comme je suis un peu branlant dans la vie, j’ai essayé de montrer une image de moi plus belle que la réalité. Je me suis donné le bon rôle alors qu’il ne fallait pas du tout faire ça.

C’est vrai que tu as commencé un peu en chanteur de charme. J’exagère, mais on sentait que tu avais la volonté de séduire.

J’avais envie de réparer un truc que je n’arrivais à faire dans la vie. Aujourd’hui, je ne suis plus dans la posture du chanteur. Je veux être le plus sincère possible.

Mais est-ce que tu n’exagères pas ton côté sombre ?

Exagérer son côté sombre, c’est juste le remettre à sa juste place. On nous pousse beaucoup à ne parler que de nos qualités, nos forces, de ce que l’on réussit. Maintenant, je me dézingue. Je suis intraitable avec les autres, il faut que je le sois aussi avec moi.

Clip de "Cœur". 

Depuis que tu te montres avec un regard dur envers toi dans tes chansons, ton entourage te voit-il différemment ? 

C’est un risque de se montrer tel que l’on est parce qu’il y a un risque de se faire rejeter. Là ce serait se faire rejeter pour ce qu’on est vraiment. Cela dit, se faire accepter pour les mauvaises raisons, ce n’est pas honnête. Au final, parce que j’ai déjà des relations déjà intenses avec mon cercle d’amis et mes proches, ils connaissent déjà un peu celui que je raconte.

Dans tes chansons, désormais, tu lâches le monstre !

Je le lâche parce que je ne peux plus le retenir. Dans la vie, je l’ai retenu longtemps, même si personne n’était dupe. Si les gens que j’aime restent après tout ce que je raconte, c’est qu’ils m’aiment vraiment.

Le fait que tu te racontes, même cruellement, avec de la musique, ce n’est pas comme si tu racontais ça dans une conversation.

Tu as raison. La musique rajoute de la saveur au discours.

Clip de "Monde".

Tu as chassé le côté superficiel de ta vie ?

Oui, j’ai besoin d’intensité. D’ailleurs, je suis comme ça dans la vie. Quand je suis avec des potes, je peux être chiant. Je parle de choses graves et profondes. Plutôt que m’adapter et d’essayer de vivre moins intensément, je vais décréter que je ne vivrai les choses qu’intensément parce que c’est mon langage. Je ne veux plus m’adapter à un monde qui refuse les émotions fortes, les fragilités et les aveux de faiblesse.

Il faut être courageux pour se raconter sans filtre ?

Oui. C’est une forme d’abandon et parfois l’abandon, c’est du courage. J’essaie de compenser des années de lâcheté, à ne pas chercher le fond des choses alors qu’il n’y avait que ça qui m’intéressait. J’ai passé beaucoup d’années à me censurer et à me nier.

Finalement, nous sommes tous un peu comme ça.

Tu as raison. C’est pour ça que je ne me sens pas différent des gens. Nous avons tous cette dualité en nous. Ce que l’on montre et ce que l’on ne montre pas (ou ce que l’on ne monstre pas). Il faut arrêter de voir le monde uniquement du bon côté, c’est vivre avec un œil crevé.

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(Photo : Chloé Nicosia)

Quel est son nom ?

A qui ?

A ton psy.

(Rires) J’ai longtemps milité pour ne pas avoir de psy pensant que je faisais un gros travail sur moi grâce à la musique. Finalement, ce n’est pas vrai, j’étais plutôt dans une quête.

Tu vois donc un psy aujourd’hui ?

Oui, mais pas parce que j’avais des soucis ou des blocages. J’en avais sans doute, mais je faisais en sorte de ne pas les voir. J’ai voulu rencontrer quelqu’un pour m’accompagner au moment où je sais où je veux aller. J’ai tellement eu autour de moi des gens qui m’ont dit ce que je devais faire de ma vie professionnelle ou amoureuse que je ne voulais pas d’un psy qui, lui aussi, m’explique comment je dois gérer mon existence.

Clip de "Magnifique".

Ce que j’aime chez toi, c’est que tu es très fort en punchline.

Je n’essaie pas de faire de la punchline pour la punchline. Je m’inspire beaucoup de comment procède Souchon. Il te pose une phrase et tu as le décor, la personne et dans quel état elle est. J’ai envie d’écrire en très peu de mot ce à quoi on a affaire.

Tu fais partie d’une génération d’artistes français qui ont l’amour du mot.

La chanson évolue et c’est une bonne chose. Dans les années 90 et 2000, la tendance était aux chanteurs bien sages et aux rappeurs bien engagés. A part des gens comme IAM ou Oxmo Puccino, il y en avait très peu qui réunissaient les deux. C’est bien qu’aujourd’hui nous assumions que le rap et la chanson ciselée se retrouvent.

Tu as trouvé ta voie avec cet EP ?

Je me présente sous un jour le plus honnête possible. Et je compte rester dans cette direction. Je pense que mon écriture ne pourra pas trop s’éloigner de ce côté viscéral. Je veux que mes chansons prennent aux tripes, au corps et au cœur. Je veux qu’on pleure en dansant (rires).

J’ai l’impression que tu as tout dit dans ces chansons. Que peux-tu dire de plus monstrueux sur toi ?

Je me sens tellement encore en mouvement et heurté par plein de choses que je trouverai encore quoi dire sur moi. Mais après avoir déconstruit, peut-être que je vais me décider à écrire sur le fait de construire.

Tu te sens un bad boy ?

Non, je me sens boiteux, comme tout le monde. Par contre, je mets un point d’honneur à ne pas vouloir être parfait et à chasser le faux-semblant. Je vois les choses en face sans être tendre avec moi et je l’exprime. J’essaie de devenir un meilleur humain, mais pas un meilleur humain selon un schéma ou selon que l’on nous demande d’être.

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Le 3 juin 2021, après l'interview.

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