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08 avril 2021

Joseph d'Anvers : interview pour Doppelgänger

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“En dépit des doutes, des errances, des occasions manquées, des détours, de la pandémie, de la vie rude et de ses affres, des difficultés rencontrées, du temps qui passe si vite, des montagnes à soulever et des mers à boire, j’ai le plaisir infini de vous présenter enfin « Doppelgänger ». J’y ai mis énormément de moi, de mes forces restantes, de mon amour, de mes failles, de ma vie, de mes questionnements et de mes espérances, de mes tripes, de ma sueur, de mes larmes et de mes joies, aussi, un peu quand même.” C’est ainsi que Joseph d’Anvers annonce la sortie de son 5e album dans lequel il représente les différentes facettes de ce qu’il est.

Un petit retour en arrière s’impose. Joseph d’Anvers a subi un coup d’arrêt dans sa vie familialo-amoureuse, associé à des soucis de santé. Break total. Au bout de 8 mois, il a eu envie d’écrire un roman. Ce qu’il a fait (sorti chez Rivages) avec succès, Juste une balle perdue. Ensuite, il a accepté une proposition de Loo Hui Phang pour composer la B.O. de sa pièce de théâtre Jellyfish. Et puis enfin, la sortie de Doppelgänger. Cet artiste, décidément plein de ressources, a déjà été mandorisé deux fois (là il y a pile dix ans, en 2011, et en 2015).

Pour évoquer l’album, (mais pas que), le 12 mars dernier, nous nous sommes retrouvés sur un banc du parc de Belleville.

Sa page Facebook officiel.

Pour écouter l’album.

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Biographie officielle (version courte par Loo Hui Phang :

Joseph d’Anvers, ancien boxeur et chef opérateur formé à la Femis, est l’auteur de 4 albums parus depuis 2006, sur le label Atmosphériques.  On y a vu défiler Darrell Thorp (Radiohead, Mc Cartney, Air..), Mario Caldato Jr (Beastie Boys, Beck…), Dominique A, Miossec, Vanessa Da Mata, Money Mark, Troy Von Balthazar, Lescop et bien d’autres.

En parallèle, il a écrit pour de nombreux chanteurs et groupes (« Tant de nuits » sur l’album Bleu Pétrole d’Alain Bashung ou « Ma peau va te plaire » sur En amont, l’intégralité de l’album L’homme sans âge pour Dick Rivers, Day One, Amandine Bourgeois etc…) et collaboré avec des compagnies de théâtre et des productions de films afin de composer des bandes originales.

Joseph d’Anvers a également publié deux romans (dont Juste une balle perdue, sorti en janvier 2020 aux éditions Rivages/Actes Sud, succès de librairie) et un roman graphique.

En 2019, il créé la société Doppelgänger et produit désormais ses différents projets.

L’album DOPPELGÄNGER (par Loo Hui Phang) :joseph d'anvers,doppelgänger,interview,mandor

Puisque Doppelgänger évoque "le double" dans la mythologie nordique, la trajectoire de ce nouvel album traverse des territoires multiples, électriques et sensuels : paysages synthétiques, mélancolie contemporaine, sunset californien, iridescences urbaines... Les sons et les mots génèrent des images, des séquences, autant d'univers qui se déploient au-delà de l'espace des chansons.

Joseph d'Anvers, chef opérateur, crée des lumières sonores, installe des climats mélodiques, entre stridences rock et horizons hédonistes, une palette aussi éclectique que cohérente.

Joseph d'Anvers boxeur insuffle ses pulsations électro, ses arythmies étonnantes, ses accélérations vertigineuses.

Joseph d'Anvers romancier nous délivre mille et une histoires teintées de romantisme, de noirceur, d'innocence. Autant de récits échappés de ses fictions intimes, intarissables. Car les doubles, les revers cachés, les visions multiples sont les thèmes déclinés dans ce nouvel opus, telle une constellation de fictions musicales.

Doppelgänger est une traversée des mondes, un kaléidoscope doux et fulgurant, riche de ses multiples vies, où Joseph d'Anvers nous guide dans une maîtrise virtuose des sonorités.

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joseph d'anvers,doppelgänger,interview,mandorInterview :

Ton roman noir, Juste une balle perdue a-t-il influencé l’écriture de ce nouvel album.

Ce roman était une extension de pas mal de chansons à moi. Il nous emmène sur les mêmes territoires : la nuit, la post adolescence, la drogue, l’alcool… tout ce qui me touche dans les films et les livres. Avec Juste une balle perdue, j’ai pu aller plus loin en y passant plus de temps, en fouillant plus en profondeur ce que je voulais dire. Quand j’ai commencé l’écriture de Doppelgänger, j’ai continué sur ce même terreau en m’inspirant de quelques pastilles de mon livre. Il y a évidemment des passerelles entre ce disque et mon roman.

Est-ce que ton roman, au final, était celui que tu souhaitais écrire ?joseph d'anvers,doppelgänger,interview,mandor 

A la base, j’étais parti pour raconter ma vie, mais finalement, j’ai considéré que c’était trop frontal. J’ai eu quatre faux départs. Au cinquième, je me suis dit que je n’écrivais plus du tout ce que je voulais raconter initialement. A l’époque, j’avais entamé  une analyse. Je parle de mon livre à mon psy. Il me demande ce que je raconte. Je m'exécute… et il sourit. Je comprends que je parle énormément de moi, mine de rien, mais dans un prisme fictionnel total.

Dans tes précédents albums, tes textes sont plus frontaux. Dans Doppelgänger, j’ai l’impression que c’est comme dans ton roman. Il y a un écran, un filtre entre la réalité et le fictionnel.

En effet, j’ai eu besoin que dans chaque chanson, il y ait un héros différend. Un gars sur la corniche d’or d’Esterel, un combattant pendant la guerre, un mec qui cherche son père et qui ne le trouvera pas… à travers ses personnages, il y a un peu de moi.

Tu as été chef opérateur formé à la Femis. Je trouve que c’est dans ce nouveau disque que l’on sent le plus tes influences cinématographiques.

Je voulais que mes compositions sonnent comme des musiques de films à la « Nightcall » de Kavinsky dans Drive. Mes personnages ajoutés à ce genre musical, ça devient comme une sorte de court-métrage.

Clip de "Esterel".

joseph d'anvers,doppelgänger,interview,mandorIl y a quatre interludes dans ce disque. Ce sont des extraits de films. A quoi servent-ils ?

C’est d’abord pour faire mieux comprendre la chanson qui suit et c’est également pour faire des cassures dans le rythme de l’album que j’ai conçu comme une playlist.

Il y a des chansons qui datent d’il y a 10 ans, comme « Les palaces » et « Los Angeles » (deux chansons destinées initialement à Julien Doré) et des chansons écrites lors du premier confinement, comme « L’inconséquence ». C’est la première fois que tu mélanges des anciens textes à des récents ?

J’ai plein de chansons que j’ai mises sur le côté parce que les labels n’étaient pas motivés pour les sortir. J’en trouvais certaines bonnes, je ne voulais donc pas les laisser sur le carreau. Habituellement, quand j’écris un album, je ne veux que des nouvelles chansons, je ne regarde pas mes anciens carnets. Doppelgänger est un disque dans lequel je ne voulais rien m’interdire et où il n’y a aucun concept, j’ai décidé d’en réadapter deux anciennes. Elles s’intégraient parfaitement avec les autres.

Clip de "Les terres sacrées".

J’ai lu que tu considérais ce disque comme un premier album.

C’est vrai. Comme j’ai revu la manière de faire, que j’ai monté mon label, Doppelgänger, que cela fait six ans que je n’avais pas sorti de disque, que j’étais dans un bordel de vie privée… je n’avais plus aucun repère. Je me suis retrouvé dans la posture d’un mec qui s’autoproduit. Je savoure de nouveau  une espèce de joie toute bête de se dire « j’aime ce que je suis en train de faire ». Comme pour mon livre, je sais que j’ai eu raison d’être allé au bout de ce que je voulais faire, seul, sans me soucier des qu’en-dira-t-on.

Est-ce que cet album est la somme des quatre premiers ?

C’est exactement ça. Il y a le côté métissé de Les jours sauvages,  le côté très intime de Les choses en face, le côté très produit de Rouge fer et de Les matins blancs et les synthés de Rouge fer.

Ta célébrité, elle est idéale, non ? On ne te reconnait pas forcément dans la rue, mais tu as un public et une énorme crédibilité dans les médias.

Comme toi, il y a des jours ou tu es satisfait de ta vie et d’autres ou tu ne l’es pas. J’ai côtoyé des artistes qui ont une grosse médiatisation, à chaque fois, le revers de la médaille est compliqué. Cela dit, plus tu es médiatisé, mieux tu peux faire ton métier parce que tu as plus de moyens.

Pourquoi as-tu créé ton label ?

Pour aller où je veux sans rendre de compte à quiconque. Si l'envie me prend d'écrire un film, d'écrire un deuxième livre, je peux m’y adonner. Je ne m’interdis plus rien. Avant, mon précédent label n’aimait pas beaucoup que je brouille les pistes.

joseph d'anvers,doppelgänger,interview,mandorCe que disent les journaux de ton nouveau disque, ça doit te faire du bien…

(Il commence à chanter : Faut pas croire ce que disent les journaux...). En fait, j’ai le syndrome de manque de confiance. Ca vient de l’enfance. J’ai été élevé dans le milieu du sport et ça ne m’a pas aidé dans mon éducation pour la musique. J’ai toujours pratiqué beaucoup de sports. Dans cette activité, tu peux toujours faire mieux. J’ai fait de la boxe et du foot à haut niveau.

Du foot ? Je ne le savais pas.

C’est bizarre, personne n’en parle jamais. Entre 14 et 17 ans, j’étais en catégorie jeune en championnat national. J’ai fait des tournois internationaux contre Liverpool, La Juve etc… A 14 ans, j’ai été demandé par le centre de formation de l’AJ Auxerre. Ils m’ont envoyé une lettre demandant d’intégrer ce centre de formation qui était le plus important d’Europe. Mon père a dit non. Il était prof de sport et il s’était rencardé là-bas et des personnes lui ont dit « ce n’est pas sport études, c’est sport et sport ». Il a voulu que je passe le bac d’abord. J’ai toujours eu une espèce de regret en me disant « et si… »

Tu envisages la musique comme le sport ?

Je suis un teigneux. Quand j’avais un mec plus fort que moi en boxe, je ne me laissais pas faire. Pareil en foot. Je me battais et parfois je gagnais. En musique, si tu as quelqu’un en face que tu considères moins fort, qui fait des chansons que tu juges qualitativement moins bonnes, ça peut être quand même lui qui gagne. Pour moi, c’est dur à admettre parce que je suis un compétiteur. Quand j’entends des choses indigentes, je me dis que ce n’est pas possible de sortir ça. Mais en réalité si, parce que derrière, tu as une maison de disque qui met 500 000 euros sur la table pour le marketing. Moi, je ne peux en mettre que 10 000. J’ai en permanence quelque chose d’insatisfait par cette injustice.

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Après l'interview, le 12 mars 2021, au Parc des Buttes-Chaumont.

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06 avril 2021

Didier Sustrac : interview pour l'album Marcher derrière

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(Photos : Aubane Despres) 

Didier Sustrac, depuis toujours, joue une guitare Brésilienne très acoustique sur des chansons à double sens (et moins futiles qu’elles n’y paraissent). C’est en 1993 que parait son premier album, Zanzibar. Le titre « Tout seul » devient un gros succès lors de l’été de cette même année. Sept  autres albums suivront avec un succès inégalé, mais toujours d’une créativité et d’une qualité irréprochables.

J’ai rencontré cet artiste à part (il était temps), pour la sortie de Marcher derrière (que mon ami Louis Ville a mixé). Interview à la Gare de Lyon, sur les marches du restaurant Le train bleu (pas de bar ouvert, alors, on fait comme on peut), le 14 mars 2021.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter l'album Marcher derrière.

didier sustrac,marcher derrière,interview mandor,balandras editionsBiographie officielle :

Né à Grasse, Didier Sustrac s’empare de la guitare familiale dès sa huitième année. Dix ans plus tard, nourri des récits de sa grand-mère poétesse et peintre, il part explorer le Venezuela une paire d’années... Puis le Brésil, et le choc de la bossa nova « j’ai toujours l’impression d’en avoir été́ orphelin », il en sera le fils prodigue. Il s’immerge dans la mouvance de Joao Gilberto, Caetano Veloso et cisèle son écriture, pour laquelle le français s’impose. Il trouvera le succès qu’il cherchait quelques années plus tard avec un premier album nommé Zanzibar, qui lui vaut un joli succès en France et au Japon, occasions rêvées de repartir sur la route et d’invoquer les rencontres : des poèmes pour Madagascar, un duo avec Chico Buarque, ou Claude Nougaro, écrire pour les autres aussi...pour lui, sept albums, autant de regards sur le monde. Et l’envie profonde de chanter pour nous. 2021 marque l’année de son retour au premier plan avec un album magnifique, Marcher derrière, qui vient de paraître chez Balandras Editions/EPM/Universal.

Notes d’intentions pour l’album Marcher derrière:didier sustrac,marcher derrière,interview mandor,balandras editions

C’est un temps d’arrêt, celui du marcheur qui reprend son souffle, quand surpris, touché par la grâce du paysage, il s’arrête pour regarder. Il est seul, pourtant tout est vivant autour de lui. L’immense comme la minuscule. Le vent dans les arbres, l’oiseau dans son nid, là sous la pierre les fourmis. Il sent les parfums, il sent la vie. L’horizon est trop beau pour ne pas s’y perdre. Il médite déjà, observe ses humeurs ̀ à travers le ciel changeant, comme un miroir. Lui reviennent ses amours, son cœur si souvent mal nourri et la beauté́ de ses doutes. Du haut de son petit sentier, soudain, il y voit plus clair. La marche forcée de la modernité, le mirage de la ́beauté́ plastique, la gratuité pour bonheur, la peur du vide, la boulimie des hommes et ses tentations aux raccourcis. Maintenant il n’a plus mal au cœur. Il a retrouvé́ son souffle. Il s’est rempli de cette vallée, de ce ciel, de cet infini. La nature lui a souri. À son tour il lui sourit. Il n’est plus pressé, il se dit que les autres peuvent bien se dépêcher, lui, ce qu’il préfère, c’est marcher derrière... Il reprend son pas et s’en va sur son chemin, marcher derrière, vivant...

didier sustrac,marcher derrière,interview mandor,balandras editionsInterview :

Tu restes avec ce nouvel album dans les mêmes références musicales que depuis le début de ta carrière.

C’est mon expression naturelle. C’est comme ça que je compose à la guitare. Ma technique est bossa, samba, parfois je peux être inspiré par la musique créole ou parfois la musique africaine. L’inspiration que j’ai n’est pas décidée, elle est instinctive.

Du coup, ta patte est reconnaissable entre mille.

J’aimerais pouvoir, à la fin de ma vie, dire que j’ai construit une œuvre qui se tient. J’essaie de chercher une honnêteté de propos et une sincérité de travail.

Clip de "Marcher derrière" réalisé par Julien Walissimé Ehrhardt & Lucille Campagna.

Ta chanson « Marcher derrière » donne envie de prendre la vie avec légèreté.

Au Brésil, il y avait un maitre de la chanson subversive, c’est Chico Buarque. Il contestait le fascisme et la dictature militaire en faisant des chansons subversives que le peuple brésilien savait  comprendre. Seuls les militaires ne les pigeaient pas. Moi aussi, j’aime la chanson subversive. Dans les miennes, il y a souvent plusieurs couches, plusieurs sens à découvrir dans ce que je raconte. Il n’y a jamais qu’une réalité. Je préfère dire les choses de manière subtile que frontalement. Je retiendrai toujours cette phrase de Primo Levi dans Si c’est un homme : « L’homme  n’est pas noir, il n’est pas blanc, il est gris ». Cette mélasse inconsciente dans laquelle nous sommes actuellement fait que nous sommes tous bourreaux, tous victimes… la réalité n’est pas aussi franche que cela. J’aime bien dénoncer quelque chose sans affirmer détenir la vérité. Je détiens une vérité. Pour en revenir à  « Marcher derrière », c’est prendre la vie à la légère, mais pas avec une légèreté inconsciente, plutôt avec recul et une notion politique. Cette marche à tout prix de la technologie, ce souci d’aller toujours en avant, vite, cette marche avec le temps, est-ce vraiment sain pour l’homme ? Est-ce que ça rend heureux ? Dans beaucoup de mes chansons, je m’interroge aussi sur qui nous sommes dans cet univers.

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Princess Erika et Didier Sustrac (photo  Aubane Despres).

Il y a une chanson qui s’intitule « Démodé ». T’es tu senti démodé artistiquement à un moment ?

On est toujours in ou out, dedans ou à côté. Effectivement, j’ai été à la mode à un moment et j’ai très vite été démodé. Mais qu’est-ce que que la mode ? Etre démodé, ne serait-ce pas une manière un peu cynique ou peut-être décalée de parler du désamour.

Au final, l’important c’est de durer. En 2021, tu es toujours-là avec des albums de qualité qui font voyager.

Je suis encore là parce que je suis tenace. Je ne peux pas me passer d’écrire et de faire des chansons quelle que soit la conjoncture.

Clip officiel de "Langue de bois", réalisé par Sylvain Pierrel.

Dans ton album il y a un duo avec Princess Erika, « Langue de bois ».

On se connait depuis longtemps. Nous avons été à l’école du showbiz ensemble. On a sorti nos premiers albums en même temps. Nous avons fait beaucoup de promo en commun. Ce duo, c’est une sorte de retrouvaille. Princess Erika n’a pas changé de ligne artistique et de tempérament. Elle n’a toujours pas la langue dans sa poche, alors, pour une chanson comme « Langue de bois » qui dénonce la langue de bois générale, à la fois politique et à la fois de chacun, c’était logique. Comme elle chantait « trop de bla bla », je lui fais chanter bla bla bla encore une fois. C’est anecdotique, mais j’ai trouvé ça rigolo.

didier sustrac,marcher derrière,interview mandor,balandras editionsAutre duo, « Mouchoir » avec Marianne James.

Pareil, c’est une ancienne connaissance. Nous nous sommes retrouvés sur un festival à Avignon. A un moment, elle m’a lancé, un peu en blaguant : « Sur ton prochain album, je reviens chanter avec toi. Tu m’invites ? » Pour déconner, j’ai dit oui. Et finalement, quand j’avais fini l’album, nous en étions au  mixage, j’ai décidé d’appeler Marianne pour qu’elle vienne chanter avec moi « Mouchoir » ». Elle a emmené quelque chose de très fort dans cette chanson.

Dans ce monde un peu terrifiant, ton album fait du bien. On voyage et on oublie presque la réalité.

J’ai une nature douce. Je suis pour la paix et l’harmonie. Ce n’est pas pour rien que je vais chercher cette musique à laquelle je suis sensible. Derrière son côté relax, on peut, si on le souhaite, entendre aussi une colère.

Il y a de l’inconscient dans ce que tu écris ?

Oui, beaucoup. C’est ça la magie de l’écriture et, plus généralement, de l’art. On projette son conscient, mais il y a une partie de soi-même qui nous échappe. Parfois, quand je relis un de mes anciens textes, je vois autre chose que ce que j’ai voulu dire à l’époque.

Tu sors parallèlement un deuxième disque qui est un best of. Il était temps, non ?

Mes trois premiers albums sont sortis dans des majors. Quand le numérique est arrivé, dans les grandes maisons de disque il y a eu un grand balayage.  Ça a été un véritable massacre pour beaucoup d’artistes dont j’ai fait partie. On a été virés pratiquement du jour au lendemain. Après, j’ai continué ma route en enregistrant trois albums tout seul. Laurent Balandras a racheté mes trois premiers albums, moi j’en avais quatre. J’ai trouvé que ça avait du sens de sortir une compilation (note de mandor : son label lui avait proposé, avant de le virer, de sortir un best of, Didier Sustrac a refusé, jugeant que c’était trop tôt.)

Tu as écrit un roman, Je hais les DJ’s. C’est une autre sorte d’écriture par rapport à la chanson.didier sustrac,marcher derrière,interview mandor,balandras editions 

Le rythme est très différent. J’ai du mal à me prétendre écrivain. Je ne me sens pas comme tel. Je hais les DJ’s  a été une écriture jubilatoire. Je me suis vraiment amusé à le faire, mais c’est juste une sortie de route dans ma carrière.

A quoi ça sert de chanter ?

A adoucir le monde et les hommes. Je ne parle pas de mes chansons, mais il y en a certaines qui ont réveillé des consciences et des pays. Comme l’image de Pierre Rabhi avec le colibri, je fais ma part. (Petit rappel sur cette histoire que raconte Pierre Rabhi : un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : "Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! " Et le colibri lui répondit : "Je le sais, mais je fais ma part." »)

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Avec Didier Sustrac, après l'interview, le 14 mars 2021.

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