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23 avril 2021

Clio: interview pour L'amour hélas

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(Photos : Mélanie Elbaz)

clio,l'amour hélas,interview,mandorClio est de Besançon. Elle a beaucoup écouté Alain Souchon et Barbara, puis plus tard Vincent Delerm et Alex Beaupain. On le savait depuis son premier album éponyme en 2016 (mandorisation ici à cette occasion), et Déjà Venise l’avait confirmé en 2019 : Clio dessine une carte du Tendre contemporaine et post-romantique à la fois (dixit Bertrand Dicale).

Ses complices Florian Monchatre, Augustin Parsy et Paul Roman ont arrangé les dix nouvelles chansons de l’album L’amour hélas, avec des claviers vintage, des nappes faussement rêveuses. Et puis il y a le miracle de "L’Appartement", chanson qu’elle rêvait en duo, et pour laquelle a craqué Iggy Pop. On en reparle plus bas avec elle.

Le 15 avril dernier, de passage à Paris, nous avons devisé sur ce troisième album.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter le disque.

Biographie officielle par Betrand Dicale (extraits) :clio,l'amour hélas,interview,mandor

Navrée et mutine à la fois, Clio a quelque chose d’une Barbara rewritée par Marguerite Duras ou d’une Lio revue par Nick Cave. La ville est endormie, le mec n’a rien compris, l’automne dure toute l’année et elle prend des notes sur un ton calme et cinglant, qu’elle dépose sur la houle de claviers et de boîtes à rythmes flegmatiques. 

L’Amour hélas, le troisième album de Clio, parle de couples qui se séparent, qui se sépareront ou qui se sont séparés. On a quitté Paris, on part en voyage à Berlin, on revient à Paris puis finalement non. Il pleut, on devrait être malheureux mais il n’y a pas de quoi, puisque de toute façon ça finit toujours comme ça...Et ces chansons désolées sont très douces. Il y flotte un sourire opiniâtre derrière les constats de faillite, une ironie obstinée derrière les larmes…

clio,l'amour hélas,interview,mandorClio dessine une carte du Tendre contemporaine et post-romantique à la fois. Elle croit en l’amour tout en sachant qu’il n’y faut pas croire, un peu comme jadis des personnages de Truffaut ou de Rohmer (d’ailleurs, beaucoup l’ont découverte avec sa chanson « Éric Rohmer est mort » en 2016).

Certes, elle habite bien ses textes mais elle n’a pas autant de chagrins d’amour qu’elle en chante. Tout vient de l’écriture, plaisir ancien et métier récent. Entre spleen tendre et tendresse amère, entre ivresses abandonnées et abandons amoureux, Clio navigue avec une douceur à la fois triste et vaillante.

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(Photo : Mélanie Elbaz)

Interview :

Ce disque est la continuité du précédent Déjà Venise.

C’est dans mon deuxième album que je suis allée vers mes goûts. J’ai donc gardé la même équipe pour faire ce troisième disque. J’ai l’impression de jouer de la musique qui me ressemble et je fais tout pour ne pas me perdre en route.

Tu chantes toujours des chansons d’amour un peu désillusionnées, mais tu as l’art de trouver des angles inédits.

Même quand j’essaye d’écrire quelque chose qui n’a rien à voir, j’en reviens toujours à des histoires entre deux personnes et aux sentiments. J’ai du mal à aller dans une autre direction.

Clip de "Elle voudrait".

Souvent, pour ne pas dire toujours, les héroïnes de tes chansons ne se sentent pas à leur place et elles veulent toujours ce qu’elles n’ont pas.

Tu as peut-être raison, je ne m’en suis pas vraiment aperçue. Je pense que c’est parce que j’ai souvent cette impression : ne pas être exactement à l’endroit où je dois être. Par exemple, avant de me diriger vers la musique, je ne savais pas comment je pouvais utiliser mes écrits. J’écrivais tout le temps, mais je ne voyais pas sous quelle forme mettre en avant mes textes. Je crois que j’ai pris le bon chemin.

Le bon chemin musical ou personnel ?

A tout point de vue. C’est pour ça que j’écris souvent à la troisième personne. Parce que ce que je raconte, c’est derrière moi. Ce sont des choses que j’ai vécues dans le passé et qui m’ont beaucoup préoccupées. Je pense que l’on parle mieux des choses quand on n’est pas en plein dedans. Aujourd’hui, je me sens à ma place.

Tu n’as pas besoin de souffrir pour écrire, comme beaucoup d’artistes ?

Si on considère qu’un artiste doit souffrir pour créer, je ne dois pas être artiste (rires). J’ai une vie très tranquille depuis que j’existe. Je n’ai jamais traversé de grands tourments. Parfois, quelques petites mélancolies passagères me traversent, mais ce n’est pas ce qui me pousse à écrire.

Tes chansons sont effectivement très mélancoliques.

C’est un état que je reconnais tout à fait. La mélancolie, ce n’est pas de la tristesse. Je l’accepte tout à fait.

Clip de "L'appartement" avec Iggy Pop.

clio,l'amour hélas,interview,mandorParlons du duo avec la légende du rock Iggy Pop dans « L’appartement ». Comment on le « décroche » pour un duo ?

Si tu savais comme l’histoire est simple. La réponse est minuscule par rapport à Iggy Pop (rires). On lui a envoyé la chanson par le biais de son agent en France. Il y a eu quelques petits intermédiaires qui ont été très efficaces et rapides. Il a répondu qu’il aimait beaucoup ce texte et qu’il était d’accord pour la chanter. Ça a été d’une simplicité incroyable.

Tu étais fan de lui ?

Pas vraiment, mais je le suis devenue. Il a été merveilleux dans les échanges que nous avons eus. Quand j’ai écrit ma chanson, j’avais dans la tête l’idée d’un duo avec un homme avec une voix grave et un accent anglais. En disant ça à Hugo, mon agent/manager, je ne sais pas trop comment l’appeler, il s’est souvenu d’une chanson qu’Iggy Pop chantait en anglais, du coup on a écouté le disque qu’il a sorti où il chante des classiques en  français. J’ai adoré et ça correspondait exactement à mes rêves pour « L’appartement ». Du coup on a tenté et ça a marché. Aujourd’hui, j’ai encore du mal à réaliser. Je n’ai pas encore fait le lien entre lui et moi.

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(Photo : Mélanie Elbaz)

Tu es contente de comment les choses tournent pour toi ?

Je suis ravie. Je sais bien que je n’ai pas encore une grosse notoriété, mais j’ai l’impression de construire tranquillement les choses. Je n’ai pas du tout envie que ma carrière aille plus vite. J’aime le rythme que j’ai pris. Je n’ai pas de rêves de tourbillons. Mon rêve autour de ce métier, c’est de pouvoir écrire des chansons et de fabriquer une œuvre. Je veux juste vivre de mon art, mais si en plus la notoriété arrive, je ne m’en ficherai pas. Je fais ce métier avec passion.

Je trouve que ce que tu fais dans la musique est assez unique en 2021. Je ne parviens pas à te comparer à d’autres artistes.

Ça me fait plaisir, mais j’ai l’impression que personne n’invente rien. Quand j’entends ce qui sort aujourd’hui, je n’ai pas envie de m’accrocher aux wagons, j’ai même plutôt le réflexe inverse.

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Pendant l'interview...

Tu écris tout le temps ?

Oui. J’ai toujours plein de textes en construction. Ce disque est sorti un peu vite par rapport au précédent, parce qu’il y a eu le confinement qui a correspondu au moment où je me suis acheté un piano. Du coup j’avais un piano, une maison sans voisin et du temps. Pendant ces mois enfermés, j’ai aussi écrit frénétiquement.    

C’est plus simple aujourd’hui pour toi d’écrire ?

Non, parce que je suis plus exigeante qu’avant.

Clip de "Ai-je perdu le nord".

 Dans « Ai-je perdu le nord », tu te demandes où sont passés les gens, « est-ce que tout le monde est mort ». Il n’y a plus personne à Paris… tu as écrit cette chanson pendant le confinement ?

Cette chanson a été écrite avant. Quand le confinement est arrivé, nous étions en train de faire les arrangements. Du coup, le refrain raisonne de manière spéciale.

Je sais que tu vas écrire des chansons pour la réalisatrice Isabelle Maurel.

Oui, du coup, pour cet album, elle réalise tous mes clips.

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(Photo : Mélanie Elbaz)

Pour elle, tu vas devenir l’Alex Beaupain de Christophe Honoré ?

J’ai toujours trouvé géniale leur complicité. Je serai très heureuse de faire le même genre de collaboration.

Ce nouvel album, c’est celui que tu préfères ?

Oui, je pense. J’ai l’impression qu’il n’y a pas de pas en dehors de la route que je veux suivre.

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Après l'interview, le 15 avril 2021.

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