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26 mars 2021

Boulevard des Airs : interview de Sylvain Duthu et Florent Dasque pour Loin des yeux

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(Photos : Cédrick Nöt)

boulevard des airs,bda,loin des yeux,interview,mandorBoulevard des Airs (aussi communément appelé BDA) est un groupe composé principalement des frères Dasque - Jean-Noël et Florent et Sylvain Duthu. En quelques chiffres BDA c’est trois nominations aux Victoires de la musique (2011, 2013, 2019), plusieurs disques de platine, des millions de streams et de vues YouTube, des tournées en France et à l’étranger (Europe, Japon, Amérique latine …). Le succès de ce groupe Tarbais est sans commune mesure. Allant régulièrement dans leur ville, j’ai fini par les connaitre un peu mieux et les apprécier humainement ainsi que professionnellement.

En 18 ans de carrière, je ne les ai mandorisés que trois fois (là en 2018, ici en 2016 et là en 2015).

Leur nouveau disque, Loin des yeux, sort aujourd’hui (après plusieurs reports). Je suis allé rejoindre les deux leaders, Sylvain Duthu et Florent Dasque, à Paris le 21 octobre 2020 pour en savoir plus sur cet album très original dans lequel ils se livrent beaucoup.

Leur site officiel.

Leur page Facebook officielle.

Pour écouter l'album Loin des yeux.

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(Photo : Cédrick Nöt)

Argumentaire de presse :boulevard des airs,bda,loin des yeux,interview,mandor

Début 2020, le groupe devait continuer sa tournée triomphale des Zeniths, mais le Covid 19 en a décidé autrement forçant le groupe a changer ses plans et les incitant à travailler sur un nouveau projet comme l’indique le communiqué du groupe : « Voici notre nouvel album. L’idée est née durant le confinement, alors que la tournée s’annulait. Il s’appelle Loin des yeux et il contient 24 titres. On y mélange la joie de revisiter nos titres avec des gens qu’on aime beaucoup. Et celle de vous plonger, à travers douze inédits, dans l’intimité du groupe. Les très beaux invités de l’album : Vianney, Patrick Bruel, Claudio Capéo, Tryo, Jérémy Frérot, Lola Dubini, LEJ, Gauvain Sers, Tibz, Yannick Noah, Doya, Lunis…»

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(Photo : Cédrick Nöt)

Interview :

Pourquoi vos nouvelles chansons évoquent-elles les débuts et l’évolution du groupe ? La nostalgie s’est emparée de vous lors du premier confinement ?

Sylvain Duthu : Ce n’était pas réfléchi au début. Mais quand on analyse, c’est vrai que l’on a commencé l’écriture pendant le confinement, puis il s’est poursuivi lors de la période de non festival. Inconsciemment, ça a dû nous inciter à faire le point et à regarder en arrière.

Florent Dasque : Beaucoup de gens pensent que l’histoire de Boulevard des Airs a démarré avec l’album « Bruxelles » ». Même ceux qui connaissaient réellement notre vraie vie nous demandaient de raconter d’où nous venions. 

Clip de "Et nous vraiment".

C’est ce que vous faites avec la chanson qui ouvre l’album, « Et nous vraiment ».

SD : Ce sont vraiment mes souvenirs. Je me demande à quel moment l’histoire a vraiment débuté. J’ai voulu remonter à la genèse de Boulevard des Airs.

Il n’y a même pas la réponse, du coup.

SD : Parce qu’on n’en sait rien. Cette chanson est aussi une déclaration d’amour au public.

Comme dans la magnifique chanson « Au début de vos  lettres ».

SD : Ce sont de vraies lettres reçues. Beaucoup sont émouvantes. On ne peut pas rester insensible à une demande comme « ma fille est malade, pouvez-vous la rencontrer ?», ou quand on nous dit « On s’est mariés sur votre chanson »… C’est hyper touchant.

Dans « Abécédaire », vous vous moquez des journalistes qui posent notamment la question : « Sinon, c’est quoi vos inspirations ».

SD : Ce n’est pas méchant. Je me suis amusé à dresser une liste des inspirations de tous les membres du groupe. J’imagine que, vu la quantité d’artistes cités, les journalistes réfléchiront à deux fois avant de poser cette question (rires).

Clip officiel de "Bruxelles" avec le duo Lunis.

Au début, vous songiez à faire un spectacle avec des images d’archives…

SD : On avait aussi envisagé de faire un documentaire parce que nous avions beaucoup d’images d’archives. On était loin de s’imaginer que ça finirait dans un album de chansons.

Florent, comme les chansons inédites sont parfois parlées, tu composes autrement ?

FD : Habituellement, on travaille ensemble et en même temps. Là, on avait créé des ambiances musicales de A à Z. Sylvain a posé les textes sur la musique qui existait déjà. C’est la seule différence que l’on peut noter par rapport aux précédents albums.

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(Photo : Cédrick Nöt)

Je crois savoir qu’à la base, c’est la partie duo qui a émergé dans vos têtes.

SD : A force de faire des partages en visio, comme beaucoup d’artistes le faisaient pendant le premier confinement, on a commencé à revisiter des morceaux à nous et à inviter d’autres artistes. C’était fort de recevoir l’émoi des autres. Nous étions tellement impressionnés de voir comment ils s’appropriaient nos chansons que nous nous sommes dit que ce serait bien de faire ça sérieusement pour un album. 

Clip officiel de "Tu seras la dernière" avec Lola Dubini.

En plus, vous n’avez pas placé tous vos duos parce qu’il n’y avait plus de place sur le disque.

FD : En effet, d’autres titres étaient prêts et on nous a appris qu’un album faisait 70 minutes et 30 secondes.

SD : On était partis sur l’idée de reprendre tous nos titres phares et ceux qui sont les plus forts en live, comme « Bruxelles » et « Emmène-moi ». Cela dit, il y en a des moins connus. « Comment ça tue » avec Claudio Capéo et « Tu seras la dernière » avec Lola Dubini. C’est devenu un best of  hybride.

FD : Il y a aussi des chansons que l’on a créées pour d’autres artistes. C’est le cas de « Viens » avec Yannick Noah et « Tous les deux » avec Patrick Bruel. Ces chansons ne font donc pas partie de notre répertoire, mais on leur a demandé si on pouvait les reprendre dans l’album avec eux, histoire de chanter avec des gens qui ont compté dans notre histoire, qu’ils soient très connus ou inconnus.

SD : Oui, il y a Bruel comme les sœurs Doya dont l’une d’elles a été saxophoniste chez nous pendant trois ans. En tout cas, les 12 duos de cet album sont tous avec des gens que l’on connait et que l’on apprécie.

Clip officiel de "Emmene moi" avec les LEJ.

Vous êtes toujours dans le partage depuis le début de votre carrière.

SD : Inviter des gens sur nos albums et sur scène est une vieille habitude. Tout le temps, nous partageons un maximum.

Vous avez été intégrés dans une stupide polémique avec vos concerts où le public était dans les voitures pour vous voir à Albi et à Tarbes.

SD : C’est amusant parce que j’ai appris cette polémique avec un post que tu avais écrit. J’ai compris qu’il y avait une polémique, mais je n’ai pas cherché plus que ça.

FD : Nous, on nous a demandé de jouer, on a accepté et bénévolement. Les seuls personnes qui ont été payées, c’était les prestataires locaux et les techniciens. Ça leur a permis de vivre le temps d’une soirée. C’était un acte citoyen. Le concert a été énormément relayé par les médias donc il y avait les pour et les contre. Les médias adorent les contre.

Aux Victoires de la Musique 2020, avec Vianney, "Allez reste".

Ça vous atteint les critiques ?

SD : Personnellement, si ça m’atteint, ça ne va pas me démolir.

FD : Nous ne lisons pas les critiques. Parfois, on  nous dit qu’on s’est fait déglinguer  parce que nous sommes trop populaires.

SD : Si quelqu’un nous déglingue sur Facebook, mon premier réflexe, c’est d’aller boire un café avec lui pour comprendre où est le problème. Après, c’est une affaire de goût. C’est le lot de chaque artiste.

FD : Je trouve que nous sommes plutôt préservés.

Clip officiel de "Tous les deux" avec Patrick Bruel.

Vous êtes dans la production pour d’autres artistes en ce moment, c’est pour prévenir l’avenir ?

FD : Ca rejoint le fait que dans notre nouvel album, il y a des gens connus et d’autres pas connus. Nous avons envie de monter notre propre label, Home, pour donner la chance à d’autres artistes. On aimerait produire deux artistes par an. On va endosser cette nouvelle casquette et c’est un défi de taille.

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Avec Sylvain Duthu et Florent Dasque le 21 octobre 2020.

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24 mars 2021

Arman Méliès : interview pour Laurel Canyon

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(Photos : Yann Orhan)

AM1.jpegCass ElliotJim MorrisonJoni MitchellJimi HendrixMarilyn MansonIggy PopFrank ZappaNeil YoungCarole King… Ces stars n’ont pas que la musique en commun. Ces icônes du rock ont toutes, à un moment de leur carrière, résidé dans le même quartier de Los Angeles (Californie) : Laurel Canyon. Véritable berceau de la contreculture des années 60 et 70, ce petit havre de musique a accueilli les grands de ce monde, à coup de soirées hippies et trips psychédéliques. C’est aussi le nom du nouvel album d’Arman Méliès.

« Dernier chapitre d’un ambitieux projet placé sous le signe des grands espaces et de l’héroïsme, Arman Méliès clôt sa Trilogie Américaine avec un album de folk crépusculaire où sa voix, libérée, reprend le premier rôle » nous prévient le dossier de presse.

Ce qui est fou avec cet artiste majeur de la scène française, c’est qu’il parvient systématiquement à surprendre son auditoire. Personnellement j’attends toujours avec impatience ses nouveaux morceaux. Ils m’enivrent, me transportent, me bouleversent souvent. Je le tiens pour un très grand, aussi, le 5 mars 2021, je lui ouvre ma porte mandorienne pour la 4e fois (ici en 2013, là en 2015 et enfin en 2018.) Fermez les yeux, vous êtes en Amérique. Bienvenue à Laurel Canyon.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter Laurel Canyon.

Argumentaire officiel (un peu raccourci):AM_LAUREL_CANYON_COVER.jpg

Laurel Canyon brille d’une folk électrique éclairée des expérimentations de ses deux disques frères : musiques électroniques pour Roden Crater, sorti en mai dernier, post-rock sur Basquiat’s Black Kingdom, publié il y 4 mois. En traversant Laurel Canyon, préparez-vous à croiser un chant habité, d’une intensité à laquelle Méliès nous avait peu habitués, fruit d’une véritable libération vécue sur Vertigone. Comme si l’envie de chair et de sang dans les chansons passait autant par une musique sans artifices que par cette voix qui prend totalement possession des lieux visités, dans un français au phrasé anguleux, au vocabulaire riche et d’une poésie à la patine européenne.

Méliès façonne désormais ses chansons à mains nues, sans besoin d’artifices. L’album frappe, tonne d’un son au lyrisme crépusculaire, de coups de colère à en faire trembler les parois d’un canyon, de ce rock fiévreux entendu sur Bleu Pétrole de Bashung auquel Arman avait collaboré. Il a beau nous balader à Laurel Canyon, ce n’est pas l’insouciance du célèbre quartier de Los Angeles à la fin des sixties qui transpire mais les illusions envolées d’une génération engagée, le droit à encore et toujours rêver, cinq décennies plus tard. Des guitares électriques telluriques s’abattent tels des éclairs sur « Laurel Canyon » et « La Mêlée », une pause contemplative ramène le calme au milieu de « Modesta » ou durant l’instrumental « Amor Drive ». On y tombe sur la Bible, on se perd dans la Bible Belt où un banjo vient nous sauver de justesse dans « La Soif ». Tandis que des cordes orageuses à la Ennio Morricone viennent dégager l’horizon de « Météores », chanté en duo avec Hubert-Felix Thiéfaine. Sur les traces d’anglo-saxons indociles comme Neil Young, les Doors ou Springsteen, ce rock dessine les contours des paysages rougeoyants dans une production confiée au fidèle de longue date Antoine Gaillet et mixée par Florian Monchatre.

À la manière de Bashung, Murat ou Manset, ce français ne l’empêche nullement de passer les frontières pour coller à des volontés soniques aussi libres que ses passions musicales et investir les univers de ceux qui l’inspirent. Un autre Méliès l’avait imaginé dans son Voyage dans la Lune et Arman l’a réalisé un siècle plus tard. Au-dessus de son Amérique à lui où sa trilogie, conclue sur Laurel Canyon, plane dans un clair-obscur. Vivre à hauteur de ses rêves, c’était donc ça.

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(Photos : Yann Orhan)

melies intro.jpgInterview :

J’ai l’impression que Laurel Canyon est ton album le mieux accueilli par les médias.

Au début de ma carrière, surtout avec les trois premiers disques, j’étais considéré comme un héritier de Dominique A ou de Jean-Louis Murat… ces gens-là. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’être un peu plus isolé. Dans cet isolement-là, j’ai quand même la sensation qu’il se passe quelque chose avec cet album. Je suis content de cet accueil. Ça fait toujours plaisir quand on a l’impression d’être compris. C’est encourageant parce que je sais que Laurel Canyon est un disque à contre-courant, un disque un peu singulier, mais je le voulais comme ça. Il me ressemble.

Sur Vertigone, ton précédent album chanté, déjà, il y avait un déclic en termes de chant.

J’avais exploré de nouveaux horizons, je m’étais aussi autorisé certaines choses que je m’étais interdites pendant très longtemps. Ce disque-là est la continuité de ce travail. Je ne veux plus me cacher derrière les arrangements foisonnants, en faisant quelque chose de beaucoup plus épuré musicalement pour permettre au chant d'être totalement assumé et d’être au premier plan.

Tu as eu envie de plus incarner tes chansons ?

Oui, et aussi de parfois oser la bizarrerie ou l’emphase, de hurler… tout cela a joué un rôle considérable sur l’écriture et l’enregistrement.

Par rapport à Vertigone, je trouve que Laurel Canyon est dans une vraie continuité.

Je suis d’accord. Mais tu sais, Vertigone est passé un peu inaperçu, alors les médias ont considéré que Laurel Canyon était novateur. Bon, en résumant un peu, Vertigone était un peu léché et Laurel Canyon un peu plus roots, un peu rugueux, authentique et surtout pas aseptisé.

Revenons à tes deux précédents albums instrumentaux avec absolument pas le même type de musique.

Quand j’ai commencé à travailler sur un hypothétique nouvel album, je me suis retrouvé avec énormément de matériel et je me suis rendu compte que les morceaux sur lesquels je travaillais étaient très variés. Ça me paraissait à la fois très hétéroclite et très long. Je trouve toujours indigeste les disques trop longs. Comme ça finissait par partir dans tous les sens, j’ai décidé d’enregistrer trois disques avec à chaque fois, une esthétique différente. Magie du hasard, ces trois albums étaient reliés de façon un peu inconsciente aux grands espaces américains. Tout ça était très cohérent.

Clip de "Laurel Canyon".

Ton premier clip, « Laurel Canyon », utilise des images d’archives de toutes tes influences musicales…

L’idée était de concevoir une sorte d’introduction visuelle et musicale pour faire comprendre ce qu’il y aurait dans le disque. Pouvoir prendre quelques images de Jim Morrison pour le glisser dans mon clip, c’était assez jubilatoire. Ce sont des vieilles images d’archives qui sont libres de droit, du coup,  je me suis intégré dedans. The Doors fait partie des groupes qui m’ont beaucoup marqué. Pas seulement grâce à Jim Morrison, mais les autres musiciens plus en retrait sont tous géniaux. John Densmore, le batteur, était fabuleux par exemple. Parmi mes influences, il y a aussi Neil Young, Joni Mitchell…  « Laurel Canyon » n’est pas un hommage à cette scène là, mais j’ai quand même fouillé et j’ai découvert des artistes, véritables génies.

Avec ces références américaines, pourquoi chantes-tu en français ?

Parce que pour moi, c’est naturel d’écrire en français. Pour le chant, c’est différent. Pendant longtemps, je me suis fait violence pour chanter en français. C’était compliqué parce que j’avais l’impression de me dévoiler beaucoup. Il fallait que je dépasse cette dimension d’impudeur. Et puis, comme c’était la culture anglo-saxonne qui m’intéressait, ce n’était pas évident, mais j’ai fini par m’y faire. Non seulement je m’y suis fait, mais j’y ai vraiment pris goût. Les sonorités de la langue française me plaisent et c’est devenu un véritable plaisir. Pour moi, la forme de l’écriture ne peut être que française. Il faut avoir une maitrise assez grande de la langue dans laquelle on écrit pour pouvoir la manier, la tordre, jouer avec, lui donner des doubles sens, triples sens, faire référence à d’autres œuvres, à d’autres personnes, laisser libre court à l’inconscient… qui parle aussi parfois.

Tu comprends toujours ce que tu écris ?

Oui, mais je découvre parfois ce que je veux dire après l’écriture. Le subconscient agit beaucoup. Parfois, je m’amuse consciemment avec le sens, parfois, il me dépasse. Il m’arrive de réaliser longtemps après que je racontais tout autre chose ou que je me racontais tout autre chose.

Clip de "La soif".

Lis-tu de la poésie ?

Oui, mais depuis récemment. Avant, ce n’est pas ce qui m’attirais le plus et il y avait un peu d’interdit pour moi. J’avais peur d’être influencé par les poésies que je lirais. J’avais peur d’écrire plus des poèmes que des chansons. C’est justement une des choses qui parfois me gênent dans la chanson  française, la prédominance du texte et la façon dont il prend forme. L’écriture en langue française est très codifiée et on a très vite tendance à écrire en alexandrin et à faire du Baudelaire bas de gamme (rires). Je ne pense à personne en particulier, je pense à mes premiers essais quand on écrit ainsi.

Il y en a qui savent faire, quand même. Bashung, par exemple, pour qui, toi aussi, tu as écrit des textes.

Il y a également Thiéfaine, que j’admire énormément, Manset, Murat et Dominique A dans un autre style. Il y a de grands paroliers en France, mais moi j’ai eu besoin de m’émanciper de ça. La poésie me faisait un peu peur.

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(Photos : Yann Orhan)

Lis-tu des romans ?

De moins en moins. Je ne sais pas vraiment pourquoi je ne trouve pas de roman qui me touche vraiment. Je lis beaucoup plus d’essais, de biographies aussi.

Je te verrais bien écrire un roman à l’instar de tes collègues, Dominique A, Bertrand Belin, Joseph d’Anvers, Cali, Olivia Ruiz…

C’est quelque chose que j’aimerais beaucoup faire, mais ce n’est pas la forme littéraire avec laquelle je me sens le plus à l’aise. Pour moi, l’intérêt de l’écriture d’une chanson, c’est justement le fait d’élaguer. On a une matière première qui est là et c’est en soustrayant des choses, petit à petit, que vont naître les doubles sens dont je te parlais tout à l’heure. Il y a une sorte de mystère qui doit en ressortir. En n’en disant le moins possible, c’est là que les images vont naître. Il y a une phrase de Brian Eno que j’adore : « Allez toujours plus vers le paysage que vers la narration ». C’est ce que j’essaie de faire dans la musique. Mais bon, écrire un roman reste une tentation. J’irai peut-être jusqu’au bout un jour. J’attends le déclic.

Le duo avec Thiéfaine, « Météores » est splendide. Mais à la première écoute, j’ai eu l’impression que tu chantais seul. Vos voix sont similaires.

On m’a fait la réflexion plusieurs fois. Comme il chante une mélodie que j’ai écrite, il y a peut-être un effet de mimétisme. Nous avons une tessiture qui, visiblement, est à peu près la même. Comme j’écris des musiques pour lui depuis trois albums, je m’en étais déjà rendu compte. Mais en termes de timbre, je n’avais pas l’impression qu’il y avait cette familiarité aussi forte. C’est en enregistrant le titre que nous avons réalisé qu’effectivement, il y avait quelque chose d’assez troublant que j’ai fini par trouver assez intéressant. J’ai pris ça comme un signe que c’était la bonne personne pour chanter avec moi ce titre. Ce qui est marrant c’est que cette proximité vocale nous a presque posé problème au moment du  mixage. On ne savait plus qui chantait quoi, tant et si bien qu’il a fallu travailler sur le fait de différencier les voix.

Tu ne fais pas beaucoup de duos généralement.

C’est parce que l’on m’en a rarement proposé (rires). Sérieusement, pendant très longtemps, j’ai été incapable de chanter autre chose que ma musique. J’ai eu le déclic avec l’EP, Echappées Belles volume un, que j’ai sorti en 2018. Curieusement, c’est en reprenant des chansons de femmes que j’ai trouvé comment m’approprier les chansons des autres. Je t’annonce au passage qu’il y aura très certainement un volume 2 d’Echappées Belles.

Laurel Canyon est ton 8e album en 18 ans de carrière. Tu commences à constituer une œuvre là.

Certaines personnes me disent en rigolant que je pourrais être nommé dans la catégorie « découvertes » au Victoires de la Musique. Je trouve ça drôle.

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Pendant l'interview...

Tu es un mystère pour moi. Pourquoi n’es-tu pas reconnu à ta juste valeur ?

Je fais de la musique un peu exigeante, qui demande un peu de temps pour être comprise.

Je trouve au contraire que Laurel Canyon est hyper efficace immédiatement.

J’ai aussi l’impression d’être abordable, mais je ne suis pas dans la variété. Les textes sont peut-être un peu abscons et hermétiques. La musique, quant à elle, n’est pas forcément dans l’air du temps. Les influences urbaines ne sont pas très évidentes (rires). J’essaie de constituer une œuvre qui se tient. Je veux m’étonner et prendre du plaisir dans ce que je fais.

Cet album sur scène, ça doit être bien !

J’imagine. Il y a des disques que j’ai pu faire qui se destinaient moins à la scène. Là, il y a une animalité revendiquée dans ces chansons, notamment dans la façon de les interpréter vocalement et de les jouer. Pour moi, c’était naturel de les chanter devant les gens à la sortie du disque. Il va falloir patienter...

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Après l'interview, le 5 mars dernier.

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Quelques journaux qui en ont parlé:

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16 mars 2021

Carole Masseport : interview pour En équilibre

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(Photos studio : Frank Loriou)

carolemasseport2020-190.jpgIndépendante depuis toujours, Carole Masseport sort un troisième album autoproduit, En équilibre. Il est brillant, touchant et souvent émouvant. Textuellement, des chansons comme "Si elle m'aime" et "Cœur de dentelle" m'ont impressionné. Une Gainsbourg au féminin, sans le scandale (et encore...) Elle parle d’amour (qui ne rime pas forcément avec toujours), mais nous offre aussi quelques pépites sociétales dont elle ne nous avait pas habitué. Et ça lui va bien.

Le 5 mars dernier, je suis allé chez elle pour évoquer ce disque aussi intemporel que moderne. A l’issue de l’entretien, deux invités sont arrivés. Son guitariste Geoffrey Bouthors et son complice de la chanson « En équilibre » (voir plus bas), Jipé Nataf. Très belle surprise…

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Biographie officielle :

Gracile et aiguisée. Flottante et éveillée. Carole Masseport poursuit sa quête de vertige et de passion, se moque des tendances pour ne s'en remettre qu'à la spontanéité créatrice. Un autre chapitre certes, mais comme un instant suspendu, une vapeur d'écume entre deux vagues. Le précédent, A la fin de l'hiver publié en 2017, ordonnait la prise de pouvoir du sentiment amoureux et des teintes seventies de la basse. Déjà, un désir, ne pas s'inscrire dans le temps. Avec En équilibre, la jeune femme n'a pas réprimé ses velléités d'aller plus loin et livrer un album studio qui puisse donner l'illusion d'être un classique instantané et intemporel.

Dotée de formations à portes d'entrée multiples - théâtre, gymnastique artistique, danse, chant lyrique, chanson - en liberté non surveillée durant quatre ans au sein d'un power punk-rock féminin, Carole Masseport jette des ponts vers d'autres rives. Soif d'apprendre. Soif de transmettre aussi. Depuis A la fin de l'hiver et une place de finaliste au prix Moustaki, elle a notamment intégré l'équipe des contributeurs du Chantier des Francofolies de La Rochelle en tant que professeur de chant et a accompagné la naissance du premier spectacle des artistes de hip-hop Oboy et Chilla. Ce savoir-faire arrive même jusqu'aux oreilles d'Angèle. La chanteuse belge, symbole de toute une génération, l'intègre à son staff.

Le disque (argumentaire de presse) :enquilibre_cover HD.jpg

Introspective et nostalgique, Carole Masseport. Qui plonge dans les méandres de sa mémoire vive, feuilletant discrètement les pages d'un journal de bord bourrées d'instants sensoriels, d'émotions fugitives et de sentiments sensibles. Des amours, bien sûr. Celui qui réclame le droit à la seconde chance (A ma place), celui des rendez-vous manqués (On se remet de tout), celui des attentes géographiques (Rien n'y fera), celui de l'autodestruction (Cœur de dentelle), celui en forme de supplique à la mère (Si elle m'aime). Il y a là une fêlure qui ne s'avoue pas totalement, des regrets en pointillés, des maux croisés au détour d'un échec, une belle mélancolie latente à l'image du morceau d'ouverture qui s'accroche à la racine inépuisable, Barbara.

Les mélodies multiplient les courants d'air chaud, mélangent les textures organiques et électroniques, libèrent parfois des effluves cap-verdiens et africaines (Calais et son refrain attrape-cœur). Être primesautière et légère pour désamorcer le drame. Parce que Carole Masseport s'affirme aussi ici en auteure, dégagée de la question longtemps paralysante de légitimité. Elle fait notamment face aux mots pour dépeindre la saynète d'indifférence générale autour du sort réservé aux migrants (Garavan). Les chansons avancent dans l'axe d'un récit, impressionnistes, élégantes, polychromes. En clin d’œil à sa participation au stage d'Astaffort et à sa distinction  en 2016 au concours Vive la Reprise parrainé par Francis Cabrel, elle s'aventure Hors saison. Son exploration du beau.

L’équipe :

Sur ce troisième album solo, elle s'entoure d'une flopée de garçons très fréquentables : Alain Cluzeau et Dominique Ledudal à la co-réalisation, Alexis Campet aux arrangements, Jean-Jacques Nyssen à la co-composition, Albin de la Simone aux claviers, son complice scénique Geoffrey Bouthors aux guitares.

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(Photo : Frank Loriou)

Interview :

« On se remet de tout » est un constat d’échec de tout un tas de choses ?

J’ai décidé de m’arrêter de faire semblant de m’accrocher à des illusions. Dans  cette chanson, je regarde ma vie en face. J’ai eu de nombreux échecs (couple, maternité, carrière…), dont certains sont regrettables et d’autres pas si mal, en fait. Il y en a qu’il faut juste accepter parce que ça fait partie de mon parcours et que ça m’a construit. Je ne suis pas précise dans les images, parce que je préfère poétiser mes propos.

Réalisé par Michaël Terraz. Produit par Alice aux Pays des Merveilles avec le soutien du FCM.

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Tu évoques dans deux chansons, « Calais » et « Garavan », les migrants. On ne te connaissait pas dans ce genre de thème…

Garavan est la ville frontière entre Menton et la ville italienne Vintimille. C’est marrant ce nom parce que c’est vraiment la ville où il y a la gare avant la frontière.

Comment as-tu connu Garavan ?

Je descends à Menton quand je veux écrire. C’est très facile de prendre le TER pour aller en Italie. Ce que j’ai écrit dans cette chanson est vrai, même si légèrement romancé. Un jour à Garavan, je vois des militaires super armés accompagner de manière désinvolte un petit africain dans un K-way trois fois trop grand pour lui alors qu’on est en plein été. Ils l’ont remis dans le train. Du coup, arrivée à Vintimille, je l’ai suivi. Il a rejoint un groupe d’africains qui attend le moyen de passer la frontière.

C’est la première fois, il me semble, que tu traites ce genre de sujet.

C’est vrai. On peut parler de chansons engagées. Disons que si ce ne sont pas deux chansons à charge, il y a quand même un point de vue.  C’est la première fois que j’ose m’exprimer sur des sujets au-delà de moi-même. Depuis le début, j’ai besoin que ce que je raconte soit vrai, c’est pour cela que je parlais uniquement de moi. L’authenticité était là. C’est peut-être la maturité ou la vieillesse (rires), mais désormais, je sors de ce chemin-là. Je crois en mes idées. Quand quelque chose m’est insupportable, je ressens le besoin de le raconter, même si c’est avec ma douceur. Je ne suis pas une violente.

Réalisé par Michaël Terraz. Produit par Alice aux Pays des Merveilles avec le soutien du FCM.

Ce disque parle beaucoup d’amour, dont « A ma place ». Une chanson très intime.

Elle raconte le droit à exister quand on est la femme de la deuxième vie d’un homme qui a déjà eu une famille, des enfants…  Quand l’homme quitte sa famille, il est empreint d’une énorme culpabilité, mais quand on est la nouvelle compagne, on la porte aussi. Ce sont des moments pas faciles. C’est une chanson qui dit « j’ai le droit au bonheur, vous savez, je ne suis pas le monstre que vous pensez ».

Dans « Si elle m’aime », tu parles de quoi ?

Quand j’ai écrit cette chanson, il y avait un vent de sororité qui soufflait, mais j’avais surtout deux axes dans ma tête. Un axe amoureux, car je traversais une passion amoureuse avec une femme. J’évoque aussi un peu inconsciemment ma mère réclamant de l’amour à sa propre mère. Bizarrement, la première fois que j’ai fait écouter cette chanson à ma mère, j’ai compris que je m’adressais aussi à elle quand elle s’est mise à pleurer.

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Carole Masseport et son guitariste Geoffroy Bouthors.

« Rien n’y fera » est une chanson d’amour mouvante.

C’est une déambulation de quelqu’un qui attend l'être aimé, mais en bougeant. De métro en métro, elle arrive à la gare. De la gare, elle va à la mer. Elle la traverse jusqu’en Angleterre. Elle attend une personne, mais finalement sans vraiment l'attendre puisqu'elle ne cesse de bouger.

Pourquoi as-tu repris « Hors saison » de Francis Cabrel ?

Ce titre a été réarrangé par Jean-Jacques Nyssen. Elle a été conçue pour un tremplin de reprises. J’ai estimé qu’elle était juste et qu’elle s’intégrait bien dans mon album. C’est une chanson très actuelle, étant donné qu’elle évoque une ville très désertée.

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(Photo : Frank Loriou)

Comment Albin de la Simone est arrivé dans cette aventure ?

J’avais très envie de faire un album avec lui. Je lui avais envoyé mon deuxième album, A la fin de l’hiver, et comme j’avais dû être penaude, il m’a répondu qu’il ne fallait pas que je m’excuse d’écrire de bonnes chansons. Il avait notamment beaucoup apprécié « Ephémère ». Je lui ai alors dit que je révérais de faire un album avec lui. Il y a deux ans et demi, il était très pris, donc il a décliné. Au dernier moment, j’ai voulu refaire des claviers, je l’ai donc recontacté et cette fois-ci, il a accepté. Il est donc venu une journée au studio et a fait les claviers de 7 titres, le tout dans une ambiance amicale.

Et Jipé Nataf ?

Je l’adore depuis des années, mais je ne le connaissais pas vraiment. Un soir, il est venu me voir en concert et m’a beaucoup complimenté après ma prestation. Ça a fait du bien à la jeune artiste que je suis et aussi à mon ego (rires). Quand on a commencé à travailler ensemble pour ce duo, « En équilibre »,  j’étais très impressionnée par sa présence parce qu’il représente beaucoup pour moi dans la pop française. Comme Albin, humainement c’est quelqu’un de bien. Il est gentil, amical. En plus, il a les pieds bien sur terre et la tête sur les épaules.

Réalisé par Michaël Terraz. Produit par Alice aux Pays des Merveilles avec le soutien de la SCPP et du CNC.

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Carole Masseport et Jipé Nataf.

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Désolé, je n'ai pu m'empêcher tellement j'aime cet artiste depuis toujours.

Comment écris-tu ?

Rarement d’une traite. J’ai plein de carnets dans lesquels j’écris des débuts de chansons. Je cherche des angles sur un thème, puis je développe. Je fais plein d’essais jusqu’au moment où je suis satisfaite. Je jette aussi pas mal. Comme je ne fais pas beaucoup de disques, toutes les chansons que je mets dedans doivent être ciselées. Je veux les aimer très fort et longtemps.

C’est pour ça que ta musique est intemporelle ?

Tout à fait. Je fais en sorte que ma musique ne vieillisse pas. Je ne cherche pas la modernité à tout prix, mais j’espère que mes chansons, elles, sont modernes.

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Après l'interview, le 5 mars 2021.

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02 mars 2021

Gilles Paris : interview pour Certains cœurs lâchent pour trois fois rien

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(© Didier Gaillard-Hohlweg)

Photo Gilles Paris 21 (c) Didier Gaillard-Hohlweg.jpgGilles Paris est l’auteur de huit romans qui ont tous connu un succès critique. Son best-seller Autobiographie d’une courgette a fait l’objet d’un film césarisé et multirécompensé en 2016. Je connais Gilles depuis les années 2000, lui étant attaché de presse et moi journaliste (parfois) littéraire, nous avons « travaillé » ensemble. Puis, je l’ai interviewé pour des livres qu’il a écrit (mandorisation là en 2012, en 2014, en 2017 et en 2018)… enfin, nous sommes devenus deux personnes qui aimons bien nous croiser. Souvent.

En lisant Certains cœurs lâchent pour trois fois rien, récit dans lequel il raconte notamment huit dépressions (et tellement plus que cela), je me suis fait la réflexion qu’on ne connait jamais bien les gens que l’on fréquente. Ce livre est une leçon pour moi. Il faut ouvrir un peu plus les yeux devant nos amis… ils peuvent faire illusion, donner le change. Je n’ai strictement rien vu de la mélancolie de Gilles Paris et je m’en veux. Il me fallait donc lui en parler.

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« Les cliniques spécialisées, je connais. Je m’y suis frotté comme on s’arrache la peau, à vif. Les hôpitaux psychiatriques sont pleins de gens qui ont baissé les bras, qui fument une cigarette sur un banc, le regard vide, les épaules tombantes. J’ai été un parmi eux. »

Une dépression ne ressemble pas à une autre. Gilles Paris est tombé huit fois et, huit fois, s’est relevé. Dans ce récit où il ne s’épargne pas, l'auteur tente de comprendre l’origine de cette mélancolie qui l’a tenaillé pendant plus de trente ans. Une histoire de famille, un divorce, la violence du père. Il y a l’écriture aussi, qui soigne autant qu’elle appelle le vide après la publication de chacun de ses romans. Peut-être fallait-il cesser de se cacher derrière les personnages de fiction pour, enfin, connaître la délivrance. « Ce ne sont pas les épreuves qui comptent mais ce qu’on en fait », écrit-il. Avec ce témoignage tout en clair-obscur, en posant des mots sur sa souffrance, l’écrivain nous offre un récit à l’issue lumineuse. Parce qu’il n’existe pas d’ombre sans lumière. Il suffit de la trouver.

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(© Didier Gaillard-Hohlweg)

Photo Gilles PARIS 1 (c) Celine NIESZAWER.jpgInterview (c) Celine Nieszaer):

Huit dépressions en trente ans de vie. A raison de huit mois par dépression au minimum, ça commence à faire beaucoup d’années de ta vie. Et comme deux dépressions ne se ressemblent pas, ça devient compliqué. Alors que je te voyais souvent, je n’ai rien remarqué de ta mélancolie. Cette mélancolie, qui, expliques-tu, prend toute la place.

Même mon amie d’enfance, Véronique, que je cite dans le livre, n’a rien vu. Quand elle a lu les premiers articles sur le livre, elle est tombée de sa chaise. C’est vrai que j’ai toujours été discret par rapport à ça, non pas parce que j’en avais honte, mais c’est délicat d’annoncer que l’on a cette maladie. Parfois, j’ai été obligé de l’annoncer à mes employeurs de l’époque parce qu’il m’est arrivé d’être hospitalisé un an. Ça se remarque quand tu es censé travailler tous les jours. Pendant certaines dépressions, j’ai continué à travailler comme si de rien n’était. Tant que tu ne dis pas aux gens que tu ne vas pas bien, pourquoi le devineraient-ils ? Cette une maladie que l’on peut cacher sur son visage. J’évitais juste de ne pas prendre un verre d’eau ou un café parce qu’à cause des tremblements, j’en aurais été incapable.

C’est à cause des antidépresseurs ?

Je prenais le plus vieil antidépresseur qui existait. Il m’a sauvé, mais il a le défaut d’avoir beaucoup d’effets secondaires. D’abord, il met trois semaines à rentrer dans le sang, il fait trembler, suer, transpirer, il ralenti ton cerveau et il fait prendre beaucoup de poids.

Ton livre m’a fait toucher du doigt que l’on ne fait pas gaffe aux gens que l’on connait…

Encore une fois, comment veux-tu comprendre que derrière un sourire de clown, tout se déglingue sérieusement ? Donner le change, faire semblant, ce n’est pas très compliqué.

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Tu as compris très vite à quel point les médecins étaient importants.

Quand on ne va pas bien, il faut parler avec un médecin. Ils sont là pour ça. C’est leur métier. Ce n’est pas le métier de ton mari ou de ta femme, ni de tes meilleurs amis. Eux, ils font ce qu’ils peuvent. Chacun donne ce qu’il veut dans la vie, donc, il ne faut pas leur demander trop non plus parce qu’ils ont, eux aussi, leurs soucis quotidiens, leurs pressions…etc. Ta dépression ne fait qu’augmenter leurs problèmes. Par élégance ou par soucis de ne pas peser sur les uns et sur les autres, j’ai décidé de plus me lâcher avec mes médecins ou avec les patients des hôpitaux qu’avec mes proches.

Quand tu parles des médecins, tu évoques des psychanalystes?

Des psychanalystes, des psychologues et des psychiatres. Ce sont trois métiers différents. J’ai fréquenté les trois.

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(© Didier Gaillard-Hohlweg)

Tu écris dans ton récit que tu es à l’aise avec les psychanalystes. Notamment avec un certain M.

Ce n’était pas un ami, parce qu’on n’est jamais ami avec son psychanalyste, mais on s’est quand même vus pendant 25 ans. Pas 25 ans bout à bout, mais quand même… Il y a eu des moments où j’avais besoin de liberté et besoin de ne plus le voir. Pendant les séances, on parle beaucoup de soi. Cela finit par lasser. En tout cas, nous avions une belle relation ensemble. Elle était égale. C’était un homme qui faisait attention à ce que j’étais et à ce que je devenais. Il m’a repris à chaque fois que je voulais revenir vers lui. Ce qui est joli, c’est que, lorsque j’ai fait ma première dédicace pour ce livre chez Gallimard, boulevard Raspail, dont il est client régulier, il m’a laissé un très beau mot dans lequel il avait l’air de valider tout ce que j’avais dit sur lui dans mon livre. Ça m’a beaucoup touché.

Tu as fréquenté des tas d’établissements psychiatriques, souvent et longtemps, tu me l’as dit tout à l’heure. Dans ton récit, tu écris sur ces établissements : « Je n’ai été vivant que sur la forme, jamais sur le fond ». Ça veut dire que tu n’existais pas ?

Il y a quelque chose de cela. On existe, évidemment, mais on est dans un autre univers. La plupart des hôpitaux et des établissements psychiatriques ont des très hauts murs. Tu te sens protégé. Je me souviens que lorsque j’avais mes premières permissions pour rentrer chez moi, j’étais comme une sorte de visiteur. Je ne me sentais pas chez moi. Je n’avais qu’une envie, rentrer chez moi, mais chez moi, c’était à l’hôpital. J’étais coupé du monde. Je ne suivais plus du tout l’actualité. Dans cet isolement, je me sentais épargné et protégé.

Tu écris même: « Je suis incapable d’ouvrir un magazine. J’attrape la douleur d’autrui comme la gale. La détresse me fend et s’enfonce en moi comme une épée. »

Cette hypersensibilité est une des raisons pour lesquelles j’ai eu toutes ces dépressions. Des gens comme moi ont une fêlure et j’étais là pour la soigner, comme les autres patients. Ça nous empêche tous de dépasser certaines choses. Par exemple, quand je regardais le journal télévisé, les mauvaises nouvelles qui étaient annoncées étaient décuplées, démesurées, amplifiées d’une façon épouvantable. Par exemple, la peur devenait panique.

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(© Didier Gaillard-Hohlweg)

C’est curieux parce qu’à une époque où la parole se libère, la dépression reste encore un sujet tabou.

Oui. Pourtant je rappelle qu’il y a une personne sur sept qui souffre de la dépression. 3 millions en France et 300 millions dans le monde.

Tu racontes que tu as fait des tentatives de suicide. Médicaments à forte dose et Whisky. Tu ajoutes : « Défier la mort est une comédie dangereuse ». Pourquoi  une comédie ?

Je n’avais pas vraiment envie d’en finir, j’avais surtout envie d’autre chose. Plus exactement, j’avais envie qu’il se passe quelque chose dans ma vie que je trouvais trop triste et trop monotone. Pour moi, une tentative de suicide était un énorme appel à l’aide. C’était très bien orchestré. Je laissais la porte de mon appartement ouverte, je prévenais mon mari, Laurent, ou une amie, et je savais qu’on me retrouverait et qu’on appellerait les secours et que j’irais directement dans un hôpital psychiatrique. C’était absurde, mais je n’y pouvais rien.

La dernière fois, tu t’es réveillé d’une tentative de suicide avec à tes côtés un médecin qui t’a parlé.

Il m’a dit très gentiment : «  A dose équivalente, un autre patient aurait pu y rester. Certains cœurs lâchent pour trois fois rien »… d’où le titre. Cette phrase a raisonné en moi comme un gong puissant. Elle a eu un effet catharsis. On a beau calculer sa tentative de suicide, on peut tout de même y rester à cause de l’absorption des médicaments. C’est très inconscient comme geste, car le danger est là. Pour moi, réussir un suicide, c’est de rester vivant. J’aime profondément la vie, c’est ça le paradoxe de l’histoire

Tu as publié huit livres, dont tu dis que chacun est  une réponse à la violence de ton père. Violence gp2.jpgphysique et verbale. Je me suis demandé laquelle de ces deux violences laissait le plus de traces en soi. S’entendre dire, « tu ne vaux rien, tu ne feras rien de ta vie, tu es une merde » ou recevoir des beignes ?

Je crois que c’est la première, parce que ces phrases ont raisonné longtemps en moi comme un échec. J’avais beau regarder par-dessus mon épaule, de voir la vie qui était la mienne se dérouler sur un tapis, avec des moments et des rencontres formidables, des livres qui ont bien fonctionné, des succès dans mon métier d’attaché de presse, chaque fois que je vivais un échec, même petit, j’en revenais aux phrases de mon père et je me disais : « Il a raison, je ne suis qu’une merde ». Ça a été très dur de me débarrasser de ça, mais j’ai enfin fini par y parvenir au bout de 25 ans de travail avec un psychanalyste.

C’était beaucoup plus douloureux intérieurement que les coups que tu as reçu.

Mon père était un homme colérique et, souvent, les gens qui se mettent en colère se mettent en colère pour des raisons qui ne sont pas celles qu’ils imaginent. Mon père a été abandonné par le sien. Il a reproduit un schéma. Je me suis pardonné beaucoup de choses et j’ai pu ainsi/aussi lui pardonner.

gp.jpgPenses-tu qu’avec les succès de tes livres, ton père a été fier de toi ?

Je le pense parce que je sais qu’à un moment donné, quand je l’ai revu après la parution de mon premier roman, il avait collecté les articles de presse dans un album. Il aimait bien l’idée que ma sœur, Geneviève, qui est chanteuse et écrivain, et moi, soyons des artistes. Par le passé, mon père avait tenté de chanter. C’est curieux, il avait une certaine fierté mélangée à une indifférence envers nous. Nous ne nous sommes pas vus à deux reprises pendant 15 ans… ça fait presque 30 ans d’absence dans une vie. C’est beaucoup.

Ce n’est pas dans le livre cette histoire d’album. Ca dit pourtant des choses.

Tu as raison. Je ne l’ai pas écrit parce que je n’y ai pas pensé. La lettre d’ouverture est une lettre que j’ai écrite il y quatre ans maintenant. C’est une lettre qui m’a permis de sortir de ma dernière dépression. C’est un ami photographe, celui de la photo sur le bandeau de la couverture du livre, qui m’a poussé à écrire à mon père, même si je ne lui envoyais pas la lettre. Une fois que j’ai su que j’allais écrire un livre sur tout ça, j’ai retravaillé cette lettre littérairement.

Je connais ta pudeur Gilles. Quand on se voit, tu ne dis jamais rien sur toi. Tout à coup, tu lâches tout. Ta vie sexuelle notamment. On passe du non-savoir à : « on sait tout de ta vie »… ou de tes vies d’ailleurs. Le grand écart, quoi !

(Rires) En écrivant ce livre, j’ai eu l’impression que j’étais nu au milieu de la foule, mais en même temps, c’était comme  si les gens ne faisaient pas vraiment attention à moi. C’était juste moi qui me sentait mieux dans la foule. Je n’ai pas cherché à choquer le lecteur, mais je crois que c’était important qu’il ait tous les éléments en main… et encore, je n’ai pas tout raconté.

Quelqu’un d’aussi pudique que toi qui se livre autant, ça touche au cœur. Je t’ai envoyé un sms Photo Gilles copie.jpgquand j’ai fini ton livre pour te dire combien j’étais avec toi et fier de te connaître. Je sais que beaucoup d’amis à toi ont fait la même chose…

J’ai toujours eu un rapport énorme à l’amour et à l’affection que les gens me portent, alors j’ai évidemment était très touché de tous ces messages amicaux. Je ne peux pas m’empêcher d’aimer beaucoup de gens dans ma vie. Je suis comme ça. Je tiens aussi à souligner l’importance de mon mari Laurent. Il m’a aidé à traverser toutes ces épreuves. Il venait me voir presque tous les jours dans les hôpitaux où j’étais. Je le sentais souvent démuni. Il me demandait quand j’allais rentrer à la maison. Il voulait dire : « C’est quoi la maison sans toi ? ». Ça a provoqué parfois des choses terribles. Moi, je me disais : « Mais qu’est-ce que j’ai qui ne va pas qui fait autant souffrir les gens que j’aime ». On a traversé dans notre couple des moments difficiles, mais il a été très patient. Laurent a dégusté. Il ne faut pas croire que c’est rigolo tous les jours de retrouver le soir son mari dans un état de tristesse infinie. Il m’a boosté par moments, il m’a engueulé par d’autres, il a été très gentil, attentif et généreux par d’autres encore.

Tu dis que tu as donné régulièrement ton sperme pour plusieurs cabinets de gynécologie pendant 12 ans et, donc, fait naître des centaines d’enfants… Voilà quelque chose qu’on ne savait pas de toi.

Il faut replacer ça dans le contexte. J’avais 18 ans. J’ai fait toutes sortes de petits métiers qui me faisaient gagner de l’argent. J’avais déjà mon premier appartement, il fallait bien payer le loyer et assurer les sorties du week-end. Oui, j’ai donné mon sperme, j’étais payé 350 francs à chaque fois, mais j’ai aussi testé des médicaments qui n’étaient pas encore lancés sur le marché et j’ai travaillé en usine.

9782259200073_1_75.jpgOn apprend que tu connaissais des gens comme Christophe de Rocancourt et surtout Françoise Sagan et sa compagne Ingrid avec lesquelles tu as fait les 400 coups. Tu as fait partie de sa cour.

J’étais l’attaché de presse du livre de Françoise, Derrière l’épaule, j’ai donc passé beaucoup de temps avec elle. J’étais fan d’elle au sens littéral du terme, alors quand j’ai su que j’allais défendre un de ses livres, ça m’a rendu vraiment heureux. Nous nous sommes plutôt bien entendus, donc on a fait beaucoup de choses ensemble. J’ai même habité chez elle, mais c’est là que je me suis rendu compte  que ce n’était plus possible pour mon équilibre. Comme je le raconte dans mon récit, ça m’a conduit vers une des dépressions que j’ai connue.

Tu as écrit : « Quand on s’assoit face à son psychanalyste pendant plus de 20 ans, rien n’est comparable au bonheur d’écrire. L’écriture ne bouscule pas comme l’analyse. » Plus loin : « L’écriture n’est pas une thérapie pour moi, elle est  ma vie, en dehors de la dépression ».

Pendant les dépressions, je n’ai pas pu écrire. J’ai essayé, mais il faut que je sois bien pour écrire. Tout ce que j’écrivais était stérile et pas bon. Beaucoup d’écrivains ont besoin de la souffrance pour écrire, moi, c’est le contraire. Puisque l’écriture pour moi est une forme de bonheur et de bien-être, il faut que je sois bien dans ma tête.

Je comprends mieux cette phrase dans ton livre : « Ecrire parfois, c’est faire l’amour. L’emballement. L’excitation. »

Quand ton roman prend un virage auquel tu ne t’attendais pas, c’est jouissif. C’est comme si ça libérait des endorphines. C’est comme une jouissance que tu aurais après avoir fait l’amour.

Parfois, dans tes romans, tu as écrit l’inverse de ce que tu as vécu. Et cela t’a libéré. « La fiction a pris le pas sur la réalité et mon imaginaire s’est nourri de la vie de mes personnages. »

Il est toujours question de la distance dans l’écriture. Je n’aurais jamais pu écrire ce livre en étant tout juste sorti d’une dépression. Il m’a fallu du temps avant de l’écrire, d’ailleurs je l’ai écrit très facilement et sans aucun problème. Dans mes romans, je prenais de la distance avec ce qui me heurtait, me faisait du mal, en inversant les rôles ou les personnages.

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Tu dis que « le monde de l’édition est très conservateur, et par extension très hypocrite. Je me suis toujours senti en marge ». Tu ne vas pas te faire que des copains avec de telles déclarations…

Je l’ai souvent dit, ce n’est pas un secret. Tout ce qui est conservateur est toujours un peu hypocrite. Dans le monde de l’édition, on n’échappe pas à ça. J’ai 35 ans dans ce milieu et oui, je me suis senti en marge, mais j’ai fait tout ce qu’il fallait pour me sentir ainsi. En n’allant pas dans les cocktails ou dans les prix littéraires et en créant une forme de distance avec les gens qui travaillent dans ce milieu. Dans la vie, je n’ai jamais cherché à plaire à tout le monde. On m’a raconté une anecdote à propos de Patrick Besson. Il rencontre dans une soirée un journaliste qui avait écrit un papier terrible sur un de ses livres. Besson va droit vers lui en lui serrant la main et lui dit : « Merci infiniment pour ce que vous dites sur moi. » Il a profondément raison et j’aurais ce genre d’attitude dans la vie par rapport à mes ennemis ou aux gens qui ne m’aiment pas. Il ne faut pas leur donner de l’importance. Ils n’en ont pas. Les gens qui ont de l’importance, ce sont ceux qui vous aiment, qui vous soutiennent  et qui sont à vos côtés. Bref, je n’ai pas l’impression de balancer quand je dis que le milieu est conservateur et donc hypocrite, car c’est simplement la vérité.

Cela dit,  je sais que tu adores ton métier d’attaché de presse.

Je n’ai pas du tout l’intention de l’arrêter alors que je pourrais aujourd’hui parce que mes livres me rapportent suffisamment d’argent. Je ne le fais pas parce que c’est une forme d’équilibre qui me convient très bien et j’ai encore beaucoup d’éditeurs qui me font confiance. Je veux travailler le plus tard possible tant que la santé sera là.

Tu t’es occupé de très nombreux auteurs et tu n’es ami qu’avec cinq au maximum. Je sais que tu n’es pas fasciné par les écrivains, ni par la célébrité.

C’est bien que tu le rappelles. Je suis juste fasciné par les vivants, par les gens qui ont en eux la capacité de s’émerveiller par rapport à la vie et d’être généreux et humain. C’est eux qui me fascinent. Des vivants, il n’y en pas beaucoup chez les auteurs. Ceux que je connais, je les ai gardés comme amis. C’est le cas notamment de Nathalie Rheims, Janine Boissard ou Olivier Poivre d’Arvor. Ils ne sont pas nombreux, je t’assure.

Ton livre est sous-titré, « De l’ombre vers la lumière ».  Je me suis demandé pourquoi, puis, je suis tombé sur cette phrase : « Toute ma solitude, enfant et adolescent, m’a permis de trouver à l’extérieur des personnes qui m’ont, elles aussi, élevé, mais cette fois-ci vers la lumière. Je leur dois d’être un homme heureux aujourd’hui. Même les gens normaux ont droit au bonheur. »

Aller vers la lumière, c’est ce à quoi on rêve tous. Personne, à priori, ne souhaite aller vers les ténèbres. Parce que j’ai fait une analyse très longue, j’ai aujourd’hui tendance à vouloir m’élever plutôt qu’à vouloir me rabaisser. C’est essentiel d’aller vers la lumière.

C’est amusant cette  réflexion parce qu’en 2018, tu as écrit un recueil de nouvelles qui s’intitule La lumière est à moi et en 2019 un livre jeunesse qui s’appelle Inventer les couleurs.

Le mot lumière est assez présent dans mes livres parce que j’y crois beaucoup. Tu sais, s’élever, ce n’est pas s’élever seul. C’est emporter les autres avec soi.

Je vais te poser une question nulle. Tu écris dans ce récit : « Une épidémie aurait traversé la planète, je n’en aurais rien su ». Tu as écrit ça avant la pandémie ?

Oui (rires). Personne ne l’a remarqué à part toi. C’est exactement ce que je pensais à l’époque quand j’étais dans les hôpitaux. Mais c’était bien avant le Covid, évidemment.

En écrivant ce livre, tu n’as pas eu peur que cela te ramène à des choses qui auraient pu te refaire tomber en dépression.

Pas moi, mais mes proches, dont Laurent, oui. Cette malédiction de la dépression s’est arrêtée. Mais pour me protéger, quelque que soit mon emploi du temps, je m’octroie toujours dans la journée une dose de légèreté et de bien-être.