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24 mars 2021

Arman Méliès : interview pour Laurel Canyon

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(Photos : Yann Orhan)

AM1.jpegCass ElliotJim MorrisonJoni MitchellJimi HendrixMarilyn MansonIggy PopFrank ZappaNeil YoungCarole King… Ces stars n’ont pas que la musique en commun. Ces icônes du rock ont toutes, à un moment de leur carrière, résidé dans le même quartier de Los Angeles (Californie) : Laurel Canyon. Véritable berceau de la contreculture des années 60 et 70, ce petit havre de musique a accueilli les grands de ce monde, à coup de soirées hippies et trips psychédéliques. C’est aussi le nom du nouvel album d’Arman Méliès.

« Dernier chapitre d’un ambitieux projet placé sous le signe des grands espaces et de l’héroïsme, Arman Méliès clôt sa Trilogie Américaine avec un album de folk crépusculaire où sa voix, libérée, reprend le premier rôle » nous prévient le dossier de presse.

Ce qui est fou avec cet artiste majeur de la scène française, c’est qu’il parvient systématiquement à surprendre son auditoire. Personnellement j’attends toujours avec impatience ses nouveaux morceaux. Ils m’enivrent, me transportent, me bouleversent souvent. Je le tiens pour un très grand, aussi, le 5 mars 2021, je lui ouvre ma porte mandorienne pour la 4e fois (ici en 2013, là en 2015 et enfin en 2018.) Fermez les yeux, vous êtes en Amérique. Bienvenue à Laurel Canyon.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter Laurel Canyon.

Argumentaire officiel (un peu raccourci):AM_LAUREL_CANYON_COVER.jpg

Laurel Canyon brille d’une folk électrique éclairée des expérimentations de ses deux disques frères : musiques électroniques pour Roden Crater, sorti en mai dernier, post-rock sur Basquiat’s Black Kingdom, publié il y 4 mois. En traversant Laurel Canyon, préparez-vous à croiser un chant habité, d’une intensité à laquelle Méliès nous avait peu habitués, fruit d’une véritable libération vécue sur Vertigone. Comme si l’envie de chair et de sang dans les chansons passait autant par une musique sans artifices que par cette voix qui prend totalement possession des lieux visités, dans un français au phrasé anguleux, au vocabulaire riche et d’une poésie à la patine européenne.

Méliès façonne désormais ses chansons à mains nues, sans besoin d’artifices. L’album frappe, tonne d’un son au lyrisme crépusculaire, de coups de colère à en faire trembler les parois d’un canyon, de ce rock fiévreux entendu sur Bleu Pétrole de Bashung auquel Arman avait collaboré. Il a beau nous balader à Laurel Canyon, ce n’est pas l’insouciance du célèbre quartier de Los Angeles à la fin des sixties qui transpire mais les illusions envolées d’une génération engagée, le droit à encore et toujours rêver, cinq décennies plus tard. Des guitares électriques telluriques s’abattent tels des éclairs sur « Laurel Canyon » et « La Mêlée », une pause contemplative ramène le calme au milieu de « Modesta » ou durant l’instrumental « Amor Drive ». On y tombe sur la Bible, on se perd dans la Bible Belt où un banjo vient nous sauver de justesse dans « La Soif ». Tandis que des cordes orageuses à la Ennio Morricone viennent dégager l’horizon de « Météores », chanté en duo avec Hubert-Felix Thiéfaine. Sur les traces d’anglo-saxons indociles comme Neil Young, les Doors ou Springsteen, ce rock dessine les contours des paysages rougeoyants dans une production confiée au fidèle de longue date Antoine Gaillet et mixée par Florian Monchatre.

À la manière de Bashung, Murat ou Manset, ce français ne l’empêche nullement de passer les frontières pour coller à des volontés soniques aussi libres que ses passions musicales et investir les univers de ceux qui l’inspirent. Un autre Méliès l’avait imaginé dans son Voyage dans la Lune et Arman l’a réalisé un siècle plus tard. Au-dessus de son Amérique à lui où sa trilogie, conclue sur Laurel Canyon, plane dans un clair-obscur. Vivre à hauteur de ses rêves, c’était donc ça.

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(Photos : Yann Orhan)

melies intro.jpgInterview :

J’ai l’impression que Laurel Canyon est ton album le mieux accueilli par les médias.

Au début de ma carrière, surtout avec les trois premiers disques, j’étais considéré comme un héritier de Dominique A ou de Jean-Louis Murat… ces gens-là. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’être un peu plus isolé. Dans cet isolement-là, j’ai quand même la sensation qu’il se passe quelque chose avec cet album. Je suis content de cet accueil. Ça fait toujours plaisir quand on a l’impression d’être compris. C’est encourageant parce que je sais que Laurel Canyon est un disque à contre-courant, un disque un peu singulier, mais je le voulais comme ça. Il me ressemble.

Sur Vertigone, ton précédent album chanté, déjà, il y avait un déclic en termes de chant.

J’avais exploré de nouveaux horizons, je m’étais aussi autorisé certaines choses que je m’étais interdites pendant très longtemps. Ce disque-là est la continuité de ce travail. Je ne veux plus me cacher derrière les arrangements foisonnants, en faisant quelque chose de beaucoup plus épuré musicalement pour permettre au chant d'être totalement assumé et d’être au premier plan.

Tu as eu envie de plus incarner tes chansons ?

Oui, et aussi de parfois oser la bizarrerie ou l’emphase, de hurler… tout cela a joué un rôle considérable sur l’écriture et l’enregistrement.

Par rapport à Vertigone, je trouve que Laurel Canyon est dans une vraie continuité.

Je suis d’accord. Mais tu sais, Vertigone est passé un peu inaperçu, alors les médias ont considéré que Laurel Canyon était novateur. Bon, en résumant un peu, Vertigone était un peu léché et Laurel Canyon un peu plus roots, un peu rugueux, authentique et surtout pas aseptisé.

Revenons à tes deux précédents albums instrumentaux avec absolument pas le même type de musique.

Quand j’ai commencé à travailler sur un hypothétique nouvel album, je me suis retrouvé avec énormément de matériel et je me suis rendu compte que les morceaux sur lesquels je travaillais étaient très variés. Ça me paraissait à la fois très hétéroclite et très long. Je trouve toujours indigeste les disques trop longs. Comme ça finissait par partir dans tous les sens, j’ai décidé d’enregistrer trois disques avec à chaque fois, une esthétique différente. Magie du hasard, ces trois albums étaient reliés de façon un peu inconsciente aux grands espaces américains. Tout ça était très cohérent.

Clip de "Laurel Canyon".

Ton premier clip, « Laurel Canyon », utilise des images d’archives de toutes tes influences musicales…

L’idée était de concevoir une sorte d’introduction visuelle et musicale pour faire comprendre ce qu’il y aurait dans le disque. Pouvoir prendre quelques images de Jim Morrison pour le glisser dans mon clip, c’était assez jubilatoire. Ce sont des vieilles images d’archives qui sont libres de droit, du coup,  je me suis intégré dedans. The Doors fait partie des groupes qui m’ont beaucoup marqué. Pas seulement grâce à Jim Morrison, mais les autres musiciens plus en retrait sont tous géniaux. John Densmore, le batteur, était fabuleux par exemple. Parmi mes influences, il y a aussi Neil Young, Joni Mitchell…  « Laurel Canyon » n’est pas un hommage à cette scène là, mais j’ai quand même fouillé et j’ai découvert des artistes, véritables génies.

Avec ces références américaines, pourquoi chantes-tu en français ?

Parce que pour moi, c’est naturel d’écrire en français. Pour le chant, c’est différent. Pendant longtemps, je me suis fait violence pour chanter en français. C’était compliqué parce que j’avais l’impression de me dévoiler beaucoup. Il fallait que je dépasse cette dimension d’impudeur. Et puis, comme c’était la culture anglo-saxonne qui m’intéressait, ce n’était pas évident, mais j’ai fini par m’y faire. Non seulement je m’y suis fait, mais j’y ai vraiment pris goût. Les sonorités de la langue française me plaisent et c’est devenu un véritable plaisir. Pour moi, la forme de l’écriture ne peut être que française. Il faut avoir une maitrise assez grande de la langue dans laquelle on écrit pour pouvoir la manier, la tordre, jouer avec, lui donner des doubles sens, triples sens, faire référence à d’autres œuvres, à d’autres personnes, laisser libre court à l’inconscient… qui parle aussi parfois.

Tu comprends toujours ce que tu écris ?

Oui, mais je découvre parfois ce que je veux dire après l’écriture. Le subconscient agit beaucoup. Parfois, je m’amuse consciemment avec le sens, parfois, il me dépasse. Il m’arrive de réaliser longtemps après que je racontais tout autre chose ou que je me racontais tout autre chose.

Clip de "La soif".

Lis-tu de la poésie ?

Oui, mais depuis récemment. Avant, ce n’est pas ce qui m’attirais le plus et il y avait un peu d’interdit pour moi. J’avais peur d’être influencé par les poésies que je lirais. J’avais peur d’écrire plus des poèmes que des chansons. C’est justement une des choses qui parfois me gênent dans la chanson  française, la prédominance du texte et la façon dont il prend forme. L’écriture en langue française est très codifiée et on a très vite tendance à écrire en alexandrin et à faire du Baudelaire bas de gamme (rires). Je ne pense à personne en particulier, je pense à mes premiers essais quand on écrit ainsi.

Il y en a qui savent faire, quand même. Bashung, par exemple, pour qui, toi aussi, tu as écrit des textes.

Il y a également Thiéfaine, que j’admire énormément, Manset, Murat et Dominique A dans un autre style. Il y a de grands paroliers en France, mais moi j’ai eu besoin de m’émanciper de ça. La poésie me faisait un peu peur.

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(Photos : Yann Orhan)

Lis-tu des romans ?

De moins en moins. Je ne sais pas vraiment pourquoi je ne trouve pas de roman qui me touche vraiment. Je lis beaucoup plus d’essais, de biographies aussi.

Je te verrais bien écrire un roman à l’instar de tes collègues, Dominique A, Bertrand Belin, Joseph d’Anvers, Cali, Olivia Ruiz…

C’est quelque chose que j’aimerais beaucoup faire, mais ce n’est pas la forme littéraire avec laquelle je me sens le plus à l’aise. Pour moi, l’intérêt de l’écriture d’une chanson, c’est justement le fait d’élaguer. On a une matière première qui est là et c’est en soustrayant des choses, petit à petit, que vont naître les doubles sens dont je te parlais tout à l’heure. Il y a une sorte de mystère qui doit en ressortir. En n’en disant le moins possible, c’est là que les images vont naître. Il y a une phrase de Brian Eno que j’adore : « Allez toujours plus vers le paysage que vers la narration ». C’est ce que j’essaie de faire dans la musique. Mais bon, écrire un roman reste une tentation. J’irai peut-être jusqu’au bout un jour. J’attends le déclic.

Le duo avec Thiéfaine, « Météores » est splendide. Mais à la première écoute, j’ai eu l’impression que tu chantais seul. Vos voix sont similaires.

On m’a fait la réflexion plusieurs fois. Comme il chante une mélodie que j’ai écrite, il y a peut-être un effet de mimétisme. Nous avons une tessiture qui, visiblement, est à peu près la même. Comme j’écris des musiques pour lui depuis trois albums, je m’en étais déjà rendu compte. Mais en termes de timbre, je n’avais pas l’impression qu’il y avait cette familiarité aussi forte. C’est en enregistrant le titre que nous avons réalisé qu’effectivement, il y avait quelque chose d’assez troublant que j’ai fini par trouver assez intéressant. J’ai pris ça comme un signe que c’était la bonne personne pour chanter avec moi ce titre. Ce qui est marrant c’est que cette proximité vocale nous a presque posé problème au moment du  mixage. On ne savait plus qui chantait quoi, tant et si bien qu’il a fallu travailler sur le fait de différencier les voix.

Tu ne fais pas beaucoup de duos généralement.

C’est parce que l’on m’en a rarement proposé (rires). Sérieusement, pendant très longtemps, j’ai été incapable de chanter autre chose que ma musique. J’ai eu le déclic avec l’EP, Echappées Belles volume un, que j’ai sorti en 2018. Curieusement, c’est en reprenant des chansons de femmes que j’ai trouvé comment m’approprier les chansons des autres. Je t’annonce au passage qu’il y aura très certainement un volume 2 d’Echappées Belles.

Laurel Canyon est ton 8e album en 18 ans de carrière. Tu commences à constituer une œuvre là.

Certaines personnes me disent en rigolant que je pourrais être nommé dans la catégorie « découvertes » au Victoires de la Musique. Je trouve ça drôle.

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Pendant l'interview...

Tu es un mystère pour moi. Pourquoi n’es-tu pas reconnu à ta juste valeur ?

Je fais de la musique un peu exigeante, qui demande un peu de temps pour être comprise.

Je trouve au contraire que Laurel Canyon est hyper efficace immédiatement.

J’ai aussi l’impression d’être abordable, mais je ne suis pas dans la variété. Les textes sont peut-être un peu abscons et hermétiques. La musique, quant à elle, n’est pas forcément dans l’air du temps. Les influences urbaines ne sont pas très évidentes (rires). J’essaie de constituer une œuvre qui se tient. Je veux m’étonner et prendre du plaisir dans ce que je fais.

Cet album sur scène, ça doit être bien !

J’imagine. Il y a des disques que j’ai pu faire qui se destinaient moins à la scène. Là, il y a une animalité revendiquée dans ces chansons, notamment dans la façon de les interpréter vocalement et de les jouer. Pour moi, c’était naturel de les chanter devant les gens à la sortie du disque. Il va falloir patienter...

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Après l'interview, le 5 mars dernier.

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Quelques journaux qui en ont parlé:

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