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18 février 2021

Jeanne Rochette : interview pour La malhonnête

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(Photo : Frank Loriou)

Après 10 ans au Québec et un 1er album, Elle sort, paru en 2010, Jeanne Rochette est de retour à Paris, sa ville natale, depuis quelques années. Je l’avais mandorisée une première fois pour son 2e album, Cachée, en 2016. Son 3e album, La Malhonnête, vient de sortir.

La Rochette cru 2021 est plus ancrée dans le présent, plus rock, plus frontale, en adéquation avec son énergie sur scène. Si la révolte est en elle, on sent tout de même une sérénité que je lui connaissais peu.

Le 10 février dernier, je me suis rendu chez la chanteuse comédienne pour en savoir plus sur son évolution artistique…

Son site officiel.

Sa page Facebook.

Pour écouter l’album.

jeanne rochette,la malhonnête,interview,mandorArgumentaire de presse (par Alex Jaffray) :

Jeanne Rochette n’est pas ce petit bout de femme qu’elle veut bien nous donner en pâture.
Cette distorsion de la réalité est encore plus saisissante à l’écoute de ce nouvel album.
La « malhonnête » aurait-elle « cachée » son jeu ?
De « Cachée » à « Malhonnête », il y a un album, il y a surtout un voyage.
La robe à fleur a laissé place au cuir, et les histoires qu’elle égrène depuis 10 ans sont plus cinglantes.
« Pas dupe », « Pathétique », « Quand je m’aime pas ». Effeuiller les titres de ce disque nous donne le sentiment d’une introspection sur sa part d’ombre, alors qu’en fait ce sont des chansons lumineuses.
« Malhonnête » mais sincère, c’est toute la dualité de cet album.
Ce n’est pas un album autocentré, c’est un album miroir, on s’y retrouve, on s’y perd avec plaisir. Les paroles sont précises, les guitares plus saturées, la basse pose les fondations et le piano sert de socle à l’écriture. Et quand le sujet est plus sensible, les cordes viennent nous envelopper.
Une forme d’urgence ressort dès la première écoute, l’énergie que Jeanne Rochette réservait habituellement à la scène est insufflée dans ces 12 chansons.
Tour de force pour celle qui déployait une onde radieuse et séductrice pour un public captif, signe des temps d’une année amputée de concert, ce disque contient cette énergie pour un public sans salle.
Disque intemporel et ancré dans une réalité de jeune femme aux deux pays.

« Un mélange de fils en bordel » comme dans sa chanson, c’est aussi ça un disque de grande personne.

L'équipe du  disque :

Jeanne Rochette : piano et chant

François Puyalto : basse électrique et choeurs
Côme Huveline : batterie et guitare électrique 

François Bourassa : piano additionnel

Csaba Palotaï : guitare électrique

Olivier Koundouno : violoncelle 
Gaspard Bourassa : chœurs 

Réalisé par Kim Giani
Enregistré par Nicolas Garnaud au studio Spectral, Paris

Mixé par JB Brunhes au studio Le Chantier, Montreuil 

Editing : JB Brunhes et Guillaume Léglise
Masterisé par Alexis Bardinet à Globe Audio Mastering, Bordeaux

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(Photo : Frank Loriou)

jeanne rochette,la malhonnête,interview,mandorInterview :

Dans ce disque, tu retrouves l’énergie du live.

C’est beaucoup grâce à mes premières parties de Cali. Ma rencontre avec Bruno (Cali) a été hyper instinctive et forte. Son énergie sur scène m’a fascinée. Ça m’a donné envie de donner la même, mais mes chansons ne me le permettaient pas. Je ne suis pas une chanteuse de rock, mais je me sens tout de même dans cette veine-là. C’est la raison pour laquelle j’ai évolué musicalement dans cet album. Il me permet d’être plus alignée sur les artistes que j’apprécie, comme Catherine Ringer, Jacques Higelin ou Serge Gainsbourg. Pour moi, ce disque est cohérent avec ce que j’ai envie de donner et de montrer. Il est le reflet de ce que je suis aujourd’hui.

Ce disque a été enregistré rapidement.

En cinq jours. On l’a enregistré avec le groupe comme un disque de jazz. J’ai fait les voix en deux jours. Il y a vraiment une énergie « live ». Maintenant, j’ai envie de le défendre sur scène. Il faut qu’il existe devant un public.

« Chacha décomplexé » n’a pas de musique. Pourquoi ?

A l’origine, nous devions faire cette chanson batterie/voix. J’ai changé d’avis parce que l'ajout de la batterie ne me semblait finalement pas essentielle. Du coup, le texte, parfois susurré, est plus mis en avant. Comme dans les disques de Camille, j’aime bien qu’il y ait des surprises. J’aime l’idée de passer d’une chanson acoustique calme à une autre qui envoie le bois.

Clip de "Quand je m'aime pas". Réalisation et montage : Xavier Curnillon. Direction de la photographie : Yann Manuel Hernandez. Assistante à la réalisation : Maïa Bonpunt. Maquillage/coiffure : Martine Lheureux. Chorégraphie : Jeanne Rochette et Louise Bédard. Tournage au Lion d’or Montréal 2020.

Cet album te montre sous ton vrai jour ?

A l’image de la pochette de Frank Loriou, ce disque est plein de facettes de moi-même, celles en tant que femme et celles en tant qu’artiste. C’était intéressant de creuser dans plein d’endroits de la complexité humaine. J’ai voulu faire comprendre qu’il faut s’accepter dans son entièreté. Dans ce disque, j’assume qui je suis, mes envies et mes désirs, mes défauts et mes qualités.

Quand on est artiste, il faut aussi séduire. Est-ce un disque d’une femme en quête de séduction ?

Non; Aujourd'hui, je me sens plus en paix avec une certaine séduction. J'aime séduire. C'est un métier avec lequel on joue avec ça en permanence. Mais avec le temps, je de moins en moins la crainte de déplaire. Ca va avec l'acceptation de soi. De sa part d'ombre et de lumière. Reconnaitre la faille permet de laisser jaillir la lumière C'est un peu ce que  j'évoque dans le titre "Quand je m'aime pas".

J’ai l’impression que tu es plus irrévérencieuse qu’avant ?

Tu as raison. Je vais oser aller plus loin, je suis plus "punk". J’aime bien ce mot là parce qu’il a un rapport avec l’attitude. J’assume un côté plus brut, plus sale dans le bon sens du terme. Je veux que les choses soient moins lisses, moins parfaites… bref que ça gratte un peu. Je crois que Cali y est encore pour beaucoup dans ces envies-là. Avant, dans mes disques et dans mon comportement, il y avait peut-être plus de détours, désormais, je suis plus frontale à tous les niveaux.

Audio de "La malhonnête".

Ton album s’intitule La malhonnête. Il faut oser se présenter sous ce jour-là !

Comme d'habitude, je voulais trouver parmi les titres de l'album. Au départ, je voulais appeler ça, Le cri. C’est François Puyalto qui m’a fait changer d’avis. Quand il m'a suggéré La Malhonnête, ça nous a paru comme une évidence. J’adore le côté pas "glamour" de ce titre, un peu provocateur dans son ambiguïté. Je voulais faire comprendre que cette « malhonnête » était aussi une femme libre. Dans la chanson qui porte ce titre, la Malhonnête, c'est la peur. La peur peut te faire croire qu’il y a un danger, alors qu’il n’y en a pas vraiment. J’explique qu’il faut prendre le risque d’aller vers sa peur.

C’est ce que tu fais ?

C’est ce que j’ai toujours essayé de faire, mais aujourd’hui, je le réalise le plus possible au quotidien. J’ai vu une conférence de la chercheuse en sciences-humaines Brenée Brown. Elle parlait du rapport entre le courage et la vulnérabilité. Elle disait qu’en se levant le matin, elle choisissait toujours le risque au confort. Je trouve l'idée belle?

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(Photo : Frank Loriou)

Tous les jours, c’est fatiguant, non ?

Oui, mais c’est aussi palpitant. Artistiquement, en tout cas, j’ai envie de me confronter à mes peurs et de les dépasser ou pas. Parce que se confronter à ses peurs, c'est aussi se confronter à ses limites. C’est comme une honnêteté vis à vis de soi. Le disque s’appelle La malhonnête, mais paradoxalement, c’est peut-être le plus honnête de mes trois albums.

Ces chansons parlent donc de toi ?

Ce qui est certain, c’est que dans l’écriture, il y a une intimité. C’est forcément moi et ce n’est évidemment jamais moi. C’est magnifique la liberté que cela donne. Je me planque souvent derrière ce que j’écris, mais pas tout le temps (rires).

Audio de "La sauterelle".

Dans « La sauterelle », tu parles d’une femme qui s’assume totalement.

C’est parti d’un texte déjà existant affirmant que l’apparition de la sauterelle était un bon présage dans la vie. Dans ma chanson, la sauterelle c’est la messagère qui a le pouvoir de rendre heureux et libre par l’Amour avec un grand A. Physique ou pas d’ailleurs, mais je joue l’ambiguïté sexuelle avec humour. Je trouve ça chouette que les filles puissent aussi faire des blagues de cul (rires) en disant des choses tout de même avec un arrière fond sérieux. Parce que finalement c’est encore la même idée « Libérez-vous et n’ayez pas peur de sauter… »

Quand tu commences à écrire, sais-tu où tu vas ?

Pas vraiment. Je ne décide jamais de quoi je vais parler. Je pars souvent d'une émotion, d'un mot et, à partir de là je tire le fil musical. Souvent je découvre un angle inattendu sur l’histoire que je raconte.

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Jeanne Rochette, chez elle, au piano, le 10 février 2021.

Dans « Coup de bol », tu parles du destin.

C’est une chanson sur le lâché prise. Il ne faut pas lutter contre son destin puisque tout est écrit, donc profitons de la vie. Il faut sauter de l’avion en vol, sans parachute… il faut trouver le courage en tout et en nous. C’est une chanson d’émancipation.

C’est donc l’album de l’émancipation ?

J’aime bien cette idée-là. J’espère qu’en écoutant cet album, les gens vont saisir qui je suis en tant qu’artiste. Plus je suis en phase avec moi artistiquement, plus il y a des choses qui se placent dans ma vie. Avec cet album ça me plaisait de brouiller les pistes par rapport à mon image. M’amuser à troquer mon sourire et mes robes à fleurs pour quelque chose de plus brut, plus irrévérencieux effectivement avec mes docs et mon cuir. Avoir la liberté de changer, de surprendre, de se surprendre soi-même, c’est jouissif ! Aujourd’hui, je n’ai plus envie de m’enfermer dans une case, au contraire, j’ai envie d’éclater les frontières.

Bonus: 

Parfois Jeanne Rochette chante en duo avec certains de ses amis artistes. Ce fut le cas le 22 janvier 2021, à l'occasion de la sortie du nouvel album de MontparnassELa vie revolver. D'ailleurs MontparnassE sera l'un des prochains mandorisés.

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Après l'interview...

15 février 2021

Louis Arti : interview pour l'album C'est une parole

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(Photo  : Claude Billon)

louis arti,c'est une parole,mandor,interviewLouis Arti est auteur, chanteur, compositeur, et poète. Du drame de son enfance, il en fera une œuvre complète. Considéré par certains comme l’héritier de Léo Ferré (je sais, comparaison n'est pas raison), l'auteur de « C'est extra » en personne le recommanda auprès de Barclay, et Louis Arti eut le bonheur de se produire en première partie du grand Léo.

Dans le nouvel album de Louis Arti, C'est une parole, le répertoire est, certes, celui d'un poète de la chanson mais aussi celui d'un compositeur qui sait non seulement parfaitement se mettre en musique mais à, aussi, l'art de servir d'une manière originale les poètes du patrimoine ou les contemporains, sous les formes musicales très variées qu'il pratique depuis ses débuts en 1970 : rock, funk, chanson classique, tzigane, africaine, folk américain, cubaine et blues jusqu'au rap.

Louis Arti, C'est une parole. Et aussi une voix, celle de l’Homme, forte, fragile, tendre, engagée. La mémoire du mal pour en faire naître le bien. La singularité des mots, le cri qui caresse, dixit Catherine Laugier dans le site Nos Enchanteurs.

Voici la première mandorisation de ce grand (et trop méconnu) de la chanson française. Elle a été enregistré le 20 janvier 2021.

Son site officiel.

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Pour écouter l'album : ici ou .

Argumentaire de presse: 

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louis arti,c'est une parole,mandor,interview

louis arti,c'est une parole,mandor,interviewInterview :

Chaque chanson de cet album est dédiée à de nombreuses personnes différentes. Pourquoi ?

J’estime que les chansons ne nous appartiennent pas. Elles appartiennent au public, voire au peuple. Et comme je trouve que la vie passe trop vite, je pense qu’il est essentiel de rendre hommage aux gens que l’on aime. Alors, j’en ai choisi une infime partie.

Vous venez d’un milieu ouvrier où il n’y avait qu’un livre, le Larousse.

C’est la bible du monde ouvrier. Pour moi, ce dictionnaire transformait quelque chose d’abstrait en quelque chose de compréhensible. J’ai appris énormément grâce au Larousse.

Vous écrivez des chansons, mais aussi des pièces de théâtre et des poèmes. L’écriture est la façon louis arti,c'est une parole,mandor,interviewidéale de vous exprimer ?

A partir du moment où je suis parti d’un monde manuel, j’ai commencé à écrire. Ça a été un grand saut de passer du monde ouvrier à un monde intellectuel… comme quelqu’un qui va sur la lune.

Il y a une chanson qui évoque le cinéma, « Ecoute la vieille chanson ». C’est aussi cet art qui vous a poussé vers l’écriture.

J’y allais tous les samedis étant jeune. Quand je regardais les films, je me disais bien qu’il fallait que quelqu’un soit derrière pour écrire les dialogues et l’histoire. Au début,  le cinéma m’a habité beaucoup plus que la chanson. Ce que j’aime dans le cinéma, ce sont les comédiens et les images. Au fond, je suis primaire… un peu comme mon écriture.

Audio de "Le jour de l'heure où je ne t'aim'rai plus". 

Il  y a une chanson d’amour dédiée à Jacqueline, celle qui partage votre vie,  « Le jour de l’heure où je ne t’aim’rai plus ».

C’est l’ange de ma vie, c’est normal que je lui rende hommage. Elle m’est essentielle.

Et vous rendez hommage aux femmes en général dans « Je vous salue madame ».

Dans ma vie, il y a deux femmes qui ont fait de moi un homme. Je dois tout à ma mère et à l’ange de ma vie. Ça ne veut pas dire que les hommes ne m’ont rien appris, mais elles, elles m’ont aidé à me réaliser. En Algérie, quand j’avais dix ans, j’entendais ce que disaient les hommes sur les femmes. A la longue ça formate quelqu’un dans le machisme… je voulu sortir de ce schéma.

Audio de "Les maillots de Fernand".

Etes-vous un chanteur politisé ? Je vous demande ça parce que la chanson « Les maillots de Fernand » est dédiée à François Ruffin.

Pour moi, un poète qui n’est pas politisé n’est pas un poète. Shakespeare et Molière étaient politisés, sinon ils n’auraient aucune valeur. Quand je suis sorti des milieux miniers, les premières personnes qui m’ont fait lire des ouvrages étaient des anarchistes. Ils m’ont fait découvrir des gens comme Nestor Makhno (note de Mandor : communiste libertaire fondateur de l'Armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne qui, après la révolution d'Octobre et jusqu'en 1921, combat à la fois les Armées blanches tsaristes et l'Armée rouge bolchévique) et Léo Ferré.

Dans « Je vieillis en t’attendant », vous évoquez le temps qui passe. Ça vous travaille ?

J’ai un rapport avec le temps qui est particulier. Est-ce que ça me vient de l’Algérie, de l’orient ?  Parfois, quand j’étais jeune, des copains arabes ne savaient quel âge ils avaient. Aujourd’hui, quand on  me demande le mien, je réponds : « j’ai 10 ans et 66 » (rires). Sérieusement, pour moi un créateur, tout comme la poésie, n’a pas d’âge. Pour moi, le temps c’est le temps de la création, le temps où je fais et j’attends quelque chose. La vie, c’est comme un grand immeuble. Soit vous prenez l’ascenseur pour aller au dernier étage, soit vous prenez les escaliers. Moi, j’ai pris les escaliers. C’était plus dur et plus long parce qu’il y a beaucoup de marches et on peut faire de bonnes ou de mauvaises rencontres sur les paliers, mais c’est la seule façon de comprendre ce qu’il se passe dans l’immeuble…

Audio de "Ca ne peut pas être vous".

Vous maniez l’ironie et le second degré à la perfection, notamment dans « Ça ne peut pas être vous ».

Là, je m’attaque aux gens de mon quartier. Je ne suis pas sociologue, je suis un gars du peuple. Tous les problèmes de la société ne viennent pas uniquement des gens qui nous gouvernent, des puissants et des riches. Ça peut venir aussi de nous tous. Il faut que nous soyons tous responsables. C’est ce que j’explique avec dérision dans  cette chanson.

Vous n’aimez pas que l’on dise que vous êtes un chanteur engagé.

Parce que je ne le suis pas. Je suis juste engagé avec moi-même. On a tous une mine en nous, il faut simplement l’explorer, et dans le cas d’un créateur, la dévoiler.

Pour vous, il y a deux catégories de chanteurs : les berceurs et les réveilleurs. Expliquez-moi ça.

Les berceurs sont ceux qui m’ont bercé : Tino Rossi, Charles Aznavour en passant par Johnny Hallyday. Les réveilleurs sont ceux qui m’ont réveillé : Brassens et Ferré en tête de lice. Quand on berce, on s’endort et on endort les gens. Les réveilleurs qui m’ont réveillé m’ont permis de sortir de la cité. Ils m’ont dit : « tu vas aller dans le désert, tu vas certainement en  baver, mais tu vas trouver une fleur unique, que tu ne trouveras nulle part dans la ville et dans ta vie ordinaire ». A partir de là, j’ai creusé dans moi-même et j’ai enfin trouvé ce que j’étais.

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A quoi bon sortir un album en 2021 ?

Je vais vous dire quelque chose que vous pourriez trouvez prétentieux. Je ne fais pas de la chanson, je fais du Louis Arti. Quant à 2021, je ne sais pas ce que cela veut dire. Tant que je serai vivant, je continuerai à explorer ce que je trouverai dans le corps de Louis Arti et je continuerai peut-être à en faire des disques.

Vous  avez une façon d’interpréter vos textes sans nulle autre pareille.

J’écris des textes qui n’ont pas spécialement rapport avec la musique. Parfois même, ils n’ont strictement rien à voir. Les deux font leur vie indépendamment. Je suis donc obligé de les interpréter d’une manière obligatoirement personnelle. Ce ne sont pas des chansons de métier.  J’ai cultivé mon infirmité. Je n’ai jamais été comme les autres, j’ai donc décidé d’être comme moi-même. Je précise tout de même que j’ai beaucoup travaillé ma voix ces dernières années afin de faire chanter les mélodies le mieux que je puisse…

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09 février 2021

Sylvain Cazalbou : argumentaire de presse de son album Bel Avril

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Il m'arrive parfois d'écrire des biographies et des argumentaires de presse pour des artistes ou des labels qui m'en font la demande. J'accepte à partir du moment où l'artiste m'intéresse. C'est la deuxième fois que Sylvain Cazalbou fait appel à moi pour évoquer officiellement un album (la première fois, à lire ici). Ce second disque est une pépite d'inspiration brésilienne (et un peu plus que ça).

Pour écouter l'album Bel Avril, cliquez là!

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Clip issu d’un titre de l’album de Sylvain Cazalbou, Bel Avril. Tu feras l’affaire: Auteur/Compositeur/interprête Sylvain Cazalbou. Réalisé par Julien Bresson. Mixage/Mastering Sebastien Bramardi. Prise son Pascal Rollando. Tourné au café culturel La Grande Famille ( Pinsaguel 31). Scénario Sylvain Cazalbou & Julien Bresson. Personnages apparaissant dans la video Christian Alazard, Maurice, Florian Muller, Isabelle Dniezenstky, Jeremy Rollando, Alexandre Sauvion, Sylvain Cazalbou.

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03 février 2021

Karimouche : interview pour Folies Berbères

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© Photos : Tijana Pakic

Six ans après son précédent album, Action, et onze ans après son premier disque, Emballage d’origine, Karimouche revient enfin avec Folies Berbères. Réalisé par Tom Fire, elle y chante le bonheur, ses racines, l'amour et les désillusions sous une production musclée et des instruments comme résonnance de ses origines berbères.

J’aime beaucoup cette artiste pluridisciplinaire qui, en plus, fait bouger les curseurs du féminisme avec l’art et la manière (comme vous le comprendrez dans l’interview).

Après une rapide première rencontre au Festival Pause Guitare (Albi) en 2015, voici une première vraie mandorisation de Karimouche. C’était chez son attachée de presse à Paris, entre deux confinements, le 7 janvier 2021.

Son site officiel.

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Pour écouter l’album.

karimouche,folies berbères,interview,mandorArgumentaire de presse (par Alexandre Kauffmann) :

Folies Berbères prouve la capacité de Karimouche à se renouveler en affirmant ses fondamentaux : la force poétique, la minutie de la chronique sociale, sans oublier l’humour ravageur.
Chanson française, musique orientale, trap, électro... les influences sont multiples, le style, lui, s’impose comme résolument novateur et épuré. Si l’artiste parvient à danser sur les crêtes en funambule, c’est en vertu d’une expérience unique : rompue au stand-up, actrice pleine d’énergie et de justesse dans des séries à succès telles que Les Sauvages ou Cannabis, elle connaît le mystère des apparences ; après des centaines de concerts à travers le monde, elle investit les scènes comme une boule de feu. Dans sa « folie franco-berbère », où l’autodérision tutoie l’Auto-Tune, Karimouche accomplit un tour de force : rendre sa sincérité au chant du caméléon !

L’album (par Alexandre Kauffmann) :karimouche,folies berbères,interview,mandor

Dans son troisième opus Folies Berbères, Karimouche aborde frontalement le sujet de ses origines. En témoignent le titre de l’album, mais aussi celui de certains morceaux comme « Buñul » ou « Princesses ». Carima Amarouche, alias Karimouche, née à Angoulême dans une famille berbère, balaie les fausses contradictions et les dualités stériles pour célébrer une nouvelle façon d’habiter l’Hexagone et le monde. La chanteuse féline abolit les barbelés entre les cultures. Sous l’empire des Folies Berbères, il n’est qu’une pluralité de goûts, de beats hypnotiques et d’accents vibrants sous une voix chaude et frondeuse. L’album réalisé par Camille Ballon, alias Tom Fire, trouve sa modernité dans ces rapprochements inattendus. Que de souffle, d’acuité, de cordes à ce cri !

L’opus emprunte aussi bien à Edith Piaf qu’à Missy Elliott comme à la musique gnaoua. À Jacques Brel comme à Nass El Ghiwane, groupe marocain légendaire des années 70. Quant aux featurings, ils illustrent à eux seuls l’amplitude des influences : sur une piste, l’irrésistible cariocaise Flavia Coelho ; sur l’autre, R.Wan, parrain du rap-musette, l’un des plus talentueux paroliers de sa génération.

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© Photos : Tijana Pakic

karimouche,folies berbères,interview,mandorInterview :

Vous avez plusieurs vies artistiques, notamment chanteuse et comédienne. C’est une vie idéale pour vous ?

C’est surtout un choix. J’ai commencé en tant que comédienne. Quand j’ai fait mon premier album, c’était écrit comme des courts-métrages et très interprété. Ma première activité a nourri la seconde. C’est vraiment la comédienne qui a impulsé la musique.

La musique est venue comment dans votre vie ?

Si j’ai baigné dans la musique depuis toute petite, mes parents ne jouaient pas d’instrument. Mon père était maçon et ma maman était mère au foyer, ensuite elle a travaillé à l’usine…etc. mais ils écoutaient beaucoup de  musique. J’ai vu ma mère et mes grands-mères chanter et danser toute ma vie. Moi aussi j’adorais ça !

Pourquoi le théâtre d’abord alors ?

J’ai commencé dans un atelier théâtre, j’ai fait du stand up, ensuite j’ai commencé à poser des textes de Brel et de Piaf sur des instrus hip hop avec des gamins de mon quartier. Tout s’est fait naturellement. Quand j’ai commencé à faire mes premiers concerts, ça m’a aidé, parce qu’entre les morceaux, je pouvais tchatcher.

Vous avez été aussi humoriste.

Oui,  j’ai fait aussi un peu de stand up. D’ailleurs, je pensais que j’allais finir humoriste.

Rien n’est perdu !

Je crois que je deviens moins drôle avec l’âge (rires).

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© Photos : Tijana Pakic

Artistiquement, vous avez d’autres cordes à votre arc.

Il y a 15 ans de cela, je faisais des costumes, je jouais dans un Café-Théâtre à Lyon, je faisais des doublages… mais tout cela est cohérent. Il y a un lien entre toutes ces activités, mais malgré tout, on me disait qu’il fallait que je choisisse parce que sinon j’allais perdre en crédibilité. Je m’en moquais, parce que j’avais un fort besoin de m’exprimer de toutes ces manières. Le tissu, la matière, le dessin, la musique, la comédie, la danse étaient vitales pour moi. Tout ceci est ce que je suis. D’ailleurs, j’avais besoin de ça, petite fille, pour m’échapper d’une enfance qui n’était pas très drôle. C’était ma niche où je pouvais créer et m’évader.

Karimouche est la petite fille Carima Amarouche qui a envie de s’amuser ?

Oui, mais surtout la petite fille Carima qui a envie de s’échapper de la réalité dans laquelle elle vivait.

C’est un peu une fuite ?

Ce que je peux dire c’est que ça a été positif pour moi. En y réfléchissant bien, tout ceci a sauvé l’enfant que j’étais.

Aujourd’hui, vous avez le syndrome de Peter Pan ?

Parfaitement. Parfois je me compare à des femmes un peu plus jeunes que moi ou de mon âge et je les trouve très « femmes ». Je me demande pourquoi je ne suis pas comme elles. Et je finis par comprendre qu’il y a un côté chez moi qui n’a pas envie de grandir.

Princesses (Clip officiel) ft. Flavia Coelho

Clip de "Princesses" ft. Flavia Coelho, réalisé par Lucie Borleteau avec la participation de Lyna Khoudri, Aïssa Maïga, Farida Rahouadj, Souheila Yacoub Duarte, Awa Ly, Nawel Ben Kraïem, Carmen Maria Vega, Zaza Fournier, Nabila Mokeddem, Alejandra Roni Gatica, Annie Melza Tiburce, Christophe Paou, Laure Giappiconi, Romy Alizée, Chloé Mazlo, Camille Ballon, Erwan Seguillon (R. Wan), Loundja Roux, Maïa Barouh, Alie Andreani, Samia Tahri, Leila Baptista, Chloé Jauffrineau, Patricia Badin, Shanti Masud, Christine Bourgaut, Naïma Bourgaut, Nora Amarouche, Marie-Julie Dhaou, Marie Britsch, Valentine Gauthier, Brigitte Borleteau, Victoire Boissont, Isabelle Tillou, Brice Pancot, Marine Arrighi de Casanova, Ninotchka Peretjatko, Nassima Aïchouche, Malika Mahha, Mimouth Mohand, Yamina Mohand, Souad-Leela Merabet Narsimulu, Ninotchka Boukrafla Kheira, Ines El Hajjami, Humblot Nour Telor, Victor Delfim, Emma Franco, Rodrigo Martinez, Carine Cabral, Lamine Kouyaté. 

J’ai écouté un album de femme, mais pas féministe dure. Vous en pensez quoi ?

Ce n’est pas parce qu’on est une femme qu’on est obligé de faire des chansons engagées féministes. De toute manière, quand on est femme, on est féministe. L’inégalité entre un homme et une femme est frappante dans le monde entier. Je ne parle pas seulement du salaire des femmes nettement en dessous, mais du harcèlement sur elles, des violences sexuelles… il y a un non-dit depuis toujours.

Ça bouge un peu quand même, non ?

Encore heureux. Et ça dépend des pays. Je suis ravie du mouvement #metoo, des femmes qui témoignent de leur viol, des langues qui se délient enfin. J’espère que ça n’a pas fini de bouger. Il faut que l’on balance ces gros porcs. Il y a du chemin encore, mais on va pédaler encore. On a de l’endurance. J’ai un fils et je fais tout pour l’élever de manière à ce qu’il respecte les femmes. Tout part de l’éducation.

Ce combat pour l’égalité ne fait que commencer.

Après, il y a des femmes qui se battent pour nos droits depuis des années.

Comme Gisèle Halimi ou Simone Veil, par exemple.

Ou la chanteuse égyptienne Oum Kalthoum et bien d’autres. Mais il n’y a pas que des gens connus, je suis bien placée pour le savoir, car je pense à ma mère et mes grands-mères qui sont des battantes. Elles se sont toujours battues pour leur droit.

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© Photos : Tijana Pakic

Vous êtes issue d’une famille matriarcale.

Il y a beaucoup de femmes et peu d’hommes en effet. Et je peux vous dire qu’ils ne mouftent pas. Ils ne font pas leur loi (rires).

C’est cette ambiance familiale qui fait que vous chantez des chansons comme ça.

Bien sûr. C’est ce qui m’a construit. Si j’ai été élevée par des femmes, mon père aussi m’a élevée quelques années. J’ai aussi mes deux oncles, du coté de ma mère et du côté de mon père, que j’aime éperdument. Ce sont des hommes extrêmement ouverts. Par exemple, le petit frère de mon père n’a jamais travaillé. Sa femme est docteur en droit. Elle n’aime pas cuisiner ou s’occuper de la maison, mon oncle fait tout dans de la ferme, et il gère leurs enfants. C’est génial ! Un peu comme Tony Micelli dans Madame est servie (rires). Pour l’anecdote, c’est cet oncle qui m’a transmis l’amour pour Léo Ferré. Celui du côté de ma mère, pour Jacques Brel. Vraiment, ils sont importants dans ma vie. Je ne suis pas une féministe anti homme. Ça n’aurait aucun sens.

Votre disque n’est absolument pas anti homme.

Pas du tout. Par exemple la chanson « Princesses » parle du sexisme, mais surtout du racisme.

Clip de "Apocalyspe Now" réalisé par Jessie Nottola.

Dans « Apocalypse Now », vous parlez de la société française d’aujourd’hui.

Cette chanson évoque toutes les manifestations qu’il y a eu en France. Les soignants, les violences policières, les salaires, l’écologie… il faut continuer de se battre. Cette chanson n’est ni démagogique, ni moraliste, je fais juste un constat.

J’ai appris qu’elle est dans la BO d’un film.

Je suis très fière qu’« Apocalypse Now » soit sur le générique d’un court-métrage de Salim Kechiouche, « Nos gènes ». Ce film avec Bellamine Abdelmalek, Sara Forestier, Benjamin Siksou et Hicham Yacoubi a eu quelques prix sur des festivals, notamment à Angoulême.

La musique de cette chanson est entrainante. Vous avez toujours aimé chanter des chansons graves sur de la musique qui fait bouger.

Généralement, j’aime bien prendre le contre-pied.

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© Photos : Tijana Pakic

Parlez-moi de « La promesse de Marianne ».

Ca évoque le destin des immigrés, de leurs enfants et des migrants qui ont cru au mirage de la France universelle et qui se sont brûlés les ailes. C’est ma mère qui m’a inspirée puisque quand elle est arrivée d’Algérie vers 10 ans, ça n’a pas toujours été facile. De toute manière, l’intégration, ce n’est pas une affaire simple. Quand, encore maintenant, on me demande à moi qui suis née en France, si faire de la musique m’a aidé à m’intégrer, je réponds : « C’est ta question qui m’a désintégrée ! A toi d’intégrer que je n’ai pas à m’intégrer ». Je ne vous parle même pas de comment on est perçus depuis la série d’attentats que  nous avons vécus en France. Dès qu’il y a un attentat, j’ai l’impression que l’on accuse directement mon cousin. Les terrorismes pratiquent un islam qui n’est pas le mien, ni celui de ma mère. On ne tue pas des gens nous. Même le mot islamiste me choque. Islam, ça veut dire « la paix ». Beaucoup vivent leur religion en paix et dans le respect. Ceux qui tuent, ce sont des terroristes fanatiques, pas des islamistes simples. 

Sur scène, vous avez un côté gentiment provocateur.

C’est vital d’être dans la provocation, mais surtout pas dans la provocation haineuse. Il est nécessaire de secouer, de remuer les mentalités, sinon, rien ne bouge. Si on ne met pas de coup de pied dans la fourmilière, les choses n’avanceront pas.

Parlons du réalisateur de ce nouveau disque, Camille Ballon (alias Tom Fire). Pourquoi lui ?

J’ai toujours aimé son travail dans ses albums. Je suis fan, même. Il y a quelque chose de très naturel entre nous. On se comprend très rapidement. Notre façon de travailler était assez simple puisque nous n’étions que deux en studio. La particularité de Camille, c’est que c’est vraiment un homme-orchestre. C’est un virtuose, un génie pour moi. Il travaille avec beaucoup de monde, dont Suzane il y a deux ans. C’est une grande rencontre dans ma vie artistique et humaine. Je veux continuer à travailler avec lui.

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Pendant l'interview...

R.Wan est aussi de l’aventure.

On se connait depuis une dizaine d’années. Dans mon deuxième album, Action, il m’a écrit une superbe chanson d’amour, « Des mots démodés ». Dans ce nouveau disque nous avons collaboré au niveau de l’écriture. Je lui parlais des sujets que je voulais traiter et nous avons vraiment fait un travail de ping-pong. Nous nous sommes partagés des petits bouts de textes, des mots, des punchlines. Pour moi, c’était une évidence de travailler avec lui.

Tu as un public fidèle, je trouve.

Il y a des gens qui me suivent depuis le début et j’ai aussi, à chaque album, de nouvelles personnes qui s’intéressent à ce que je fais, mais j’ai conscience de ne pas être Lady Gaga, ni Aya Nakamura. Je ne demande qu’à être découverte. Ce qui est vital pour moi, c’est de jouer sur scène. Avant la pandémie, j’ai eu la chance de chanter souvent. Aujourd’hui, on patiente tous…

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Après l'interview, le 7 janvier 2021...

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01 février 2021

Thibaud Defever : Interview pour Le temps qu'il faut

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(Photo d'introduction et ci-dessous : Maïwenn Le Guhennec)

Portrait Thibaud 1.jpgDepuis des années, Thibaud Defever creuse le sillon d'une chanson associant avec talent les contraires : elle est complexe et lisible, virtuose et simple, nette et fouillée, fragile et solide (dixit le dossier de presse). On entend dans son travail la fusion d’influences aussi diverses que Dick Annegarn (mandorisé là), Joao Gilberto, William Sheller mais il est une voix singulière et importante dans le paysage de la chanson contemporaine, qui donne sa pleine expression dans son nouvel album Le temps qu'il faut.

Tout simplement, du grand art!

Voici la deuxième mandorisation de Thibaud Defever (la première datant de 2015, du temps où nous le connaissions sous le pseudonyme de Presque Oui). Elle a été réalisée lors du deuxième confinement.

L'album Le temps qu'il faut, à écouter ici.

Son site officiel.

Sa page artiste sur Facebook.

Argumentaire de presse :136673911_3753293484738205_7815914300820113680_n.jpg

La flânerie et le temps qui passe sont des préoccupations récurrentes de la chanson, intimement liées à cette forme d'expression. 

L'un et l'autre se retrouvent mêlés d'une façon renouvelée, brillante et originale dans Le Temps qu'il faut, nouvel album de Thibaud Defever (et premier signé sous son nom). 
Un album traversé par le goût de l'errance, de l'aventure et par l'envie de se perdre. Qu'il s'agisse du désir rimbaldien de tout quitter (« Fugue », « Je dérive »), de celui plus apaisé d'aller s'échouer sur une île déserte (« Île »), de la tentation de la forêt (« Dans la forêt »), du passé qui se consume pour nous libérer (« Brûle » – « La maison d'enfance »), Thibaud Defever nous invite, doucement, tendrement, à nous arracher au réel. 
Et nous promet, au bout d'une quête qui prendra le temps qu'il faut, et nécessitera d'affronter des vents contraires, la consolation fraternelle de la rencontre (Des oiseaux, Nous). 

10 chansons qui constituent un album cohérent, tissé comme un nid et solide comme un refuge.

L’équipe :
Une cohérence thématique mais aussi musicale, qui réside dans la singularité de la formule : guitare-voix et quatuor à cordes. Les arrangements ciselés et évocateurs (Jean-Christophe Cheneval et Thibaud Defever) donnent à chaque titre une identité forte et font le pari de la sobriété, de la retenue. La direction artistique (Antoine Sahler) accompagne tout en finesse l’épanouissement de cette « chanson-musique de chambre », dans ce qu’elle a d’intime et de puissant. Le Well Quartet offre un écrin somptueux à la voix et au jeu de guitare brillant, volubile, d'une extrême musicalité de Thibaud Defever. Sur certains titres, ce dernier s'autorise même à abandonner la guitare pour ne s'appuyer que sur le quatuor (« L'artillerie lourde » par exemple), à l'instar du mémorable « Juliet Letters » d'Elvis Costello.

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(Photo : Frank Loriou)

tb.jpgInterview : (Photo de gauche : Maïwenn Le Guhennec)

Pourquoi as-tu abandonné ton pseudo Presque Oui pour prendre ton vrai patronyme ?

Alexis HK me disait régulièrement que je devrais chanter sous mon propre nom. D’autres me disaient qu’en plus, j’avais un joli nom qui sonne bien. C’était des raisons extérieures, mais je crois que la vraie raison, c’est qu’il était associé à une ancienne vie, un duo et une vie personnelle mélangée, qui s’était terminée dramatiquement.  Elle m’obligeait à porter le deuil perpétuellement. Mais l’ultime raison finalement, c’est le fait de ne plus vouloir être dans l’approximation et l’hésitation. J’avais besoin pour des raisons personnelles d’enlever du Presque pour être un peu plus dans le Oui.

Du coup, en reprenant ton vrai nom, tu te montres plus clairement tel que tu es ?

J’avais déjà amorcé la chose dans l’album De toute évidence. J’aurais déjà pu chanter sous mon vrai nom. Ce n’était juste pas le moment parce qu’il fallait encore rester identifiable. Depuis ces deux derniers albums, il y a plusieurs choses que j’ai acceptées : ne pas faire forcément rire et ne pas alterner systématiquement des moments de gravité avec des moments de rigolade. Dans ce nouveau disque, ce qui est venu, ce sont uniquement des choses douces, plus graves et plutôt intimes. Je constate que l’intime m’intéresse par-dessus tout. Ce qu’il se passe à l’intérieur des gens pour le meilleur et pour le pire me fascine. La meilleure façon de voir ce qu’il se passe à l’intérieur des gens, c’est de voir ce qu’il se passe en soi-même. Du coup, cela fait un disque plus monochrome, mais aussi plus cohérent.

Clip de "Ces vents contraires", réalisé par Maïwenn Le Guhennec, dans le Morbihan (Étel et île de Groix) en septembre 2020.

Dans « Ces vents contraires », tu t’interroges sur toi-même. C’est une chanson confession.

Je raconte l’histoire d’un velléitaire qui n’y arrive pas, mais qui aimerait bien… tandis que la musique trace sa route. Je confesse une impuissance, mais la musique me donne la puissance. Souvent dans mes chansons, la musique dit l’inverse du texte. Quand je chante « Ces vents contraires », j’ai l’impression d’être un marin qui n’a pas peur des flots. Pour résumer, c’est la chanson d’une trouille.

Ta pochette est magnifique. Sobre, mais poétique.

Toutes les illustrations qui figurent sur et dans l’album sont signées de ma compagne, Maïwenn Le Guhennec. Toute compagne qu’elle est, je n’aurais pas choisi son travail si je n’avais pas été convaincu. L’artwork (conception graphique) a été fait par Samuel Rozenbaum.

Au début, il n’était pas question d’un album avec le Well Quartet.

Ça ne devait être qu’un spectacle avec un quatuor. Je ne croyais plus trop à un nouvel album, alors, je n’étais pas motivé pour en faire un. C’est parce que Maïwenn a développé son activité d’illustratrice que j’ai changé d’avis. Je me suis dit que ses dessins seraient idéaux dans un disque et que cela en ferait un bel objet en plus du contenu.

« Je dérive », une chanson-illustration-méditation, un voyage (presque) immobile… 

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Thibaud Defever et les Well Quartet (photo : Frank Loriou)

Raconte-moi la rencontre avec les Well Quartet ?

Je les ai rencontrés après avoir lancé un petit appel sur Facebook. Plusieurs quartets m’ont répondu et j’ai choisi celui de Wihad Abdessemed, Luce Goffi, Anne Berry et Chloé Girodon. Je me suis immédiatement parfaitement entendu avec elles. Avant que l’on se rencontre, elles avaient écouté mes chansons et elles semblaient être émues par certaines. Je sentais qu’il y avait quelque chose d’intime qui se jouait entre nous.

Tu avais déjà joué avec elles dans un disque d’Antoine Sahler.

Elles avaient fait quelques cordes et moi les guitares, mais on ne s’était pas rencontrés en chair et en os.

"Fugue".

Le quatuor à cordes, c’est quelque chose dont tu  rêvais depuis longtemps ?

Oui. Quand j’étais au Conservatoire de musique à Lille et que je jouais de la guitare classique, j’avais des amis qui  jouaient de l’alto, du violon et du violoncelle. Je les enviais beaucoup parce qu’ils pouvaient jouer le répertoire du quatuor à cordes et c’est un répertoire de malade. J’ai toujours été frustré de ne pas rentrer  dans cette musique.

Faire un album de chanson avec un quatuor, d’une certaine façon, c’est pour toi une petite revanche ?

C’était un lointain plaisir qui a été retardé. Evidemment, ce n’est pas du Chostakovitch, ce sont juste mes chansons, mais les arranger avec le grand Jean-Christophe Cheneval a permi qu’elles sonnent un peu comme du Ravel.

"Île".

Qu’est-ce qui t’intéresse dans la chanson ?

C’est la chanson, mais aussi ce qui déborde d’elle. Les arrangements, les textures, la finesse et la nourriture musicale en deçà des mots.

Tu coécris tes chansons avec Isabelle Haas.

Ça dépend des chansons. Les trois dernières de l’album, « Îles », « « Dans la forêt » et « Nous », je les ai écrites seul. Cela fait maintenant plus de 20 ans que nous collaborons. Au fil du temps, nous avons écrit de différentes façons. Parfois ensemble et simultanément. On a vécu la configuration ou j’écris quelque chose et Isabelle, à distance, me fait des retours. Dans cet album, pour « Brûle (la maison d’enfance) », on a passé une semaine ensemble en Normandie. On a tourné autour du sujet avant de trouver le bon angle et le point de vue. Cela dit, par le passé, il nous est arrivé de mettre six mois pour finir une chanson.

"Le temps qu'il faut". Cette vidéo a été réalisée lors de l'enregistrement de l'album "Le temps qu'il faut", par Timothée Raymond, au Durango Studio.

Quand tu écoutes ce disque, tu l’aimes ?

J’aime ce que l’on m’en renvoie. Beaucoup d’émotions. Les mots qui reviennent le plus sont repos et apaisement. Ça me fait vraiment plaisir parce que c’est comme ça que j’ai conçu cet album. Au lieu de Le temps qu’il faut, il aurait pu aussi s’appeler Convalescence.

Pourquoi ?

Parce que je suis très attaché à cette idée de moments où tu te reposes, où tu te rassembles. J’ai l’impression parfois que la vie entière est une convalescence. On passe son temps à se remettre de quelque chose. Finalement quand je me retrouve dans des moments où je suis obligé de m’arrêter, comme le confinement, je suis obligé de me calmer et d’arrêter la fuite en avant… Pour moi, cet album évoque tout cela et principalement la chanson titre, « Le temps qu’il faut ».

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(Photo :  Maïwenn Le Guhennec)

Je sais que pendant le premier confinement, tu as écrit des chansons sans paroles. Sais-tu que dans le milieu de la scène française, on te considère comme l’un des meilleurs guitaristes ?

J’ai déjà entendu ça et j’en suis très touché. Ce qui fait la particularité de mon jeu et de cette petite réputation dont tu parles, c’est parce que je chante en même temps. C’est assez rare de voir des gens s’accompagner à la guitare de façon sophistiquée. Dick Annegarn m’a beaucoup inspiré. C’est lui qui m’a donné envie de reprendre la chanson après mon cursus classique. J’avais envie d’avoir un petit orchestre sous les doigts, j’ai donc bossé pour cela.

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Toute la discographie de Thibaud Defever (anciennement Presque Oui).  A écouter ici.