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« Louis Arti : interview pour l'album C'est une parole | Page d'accueil

18 février 2021

Jeanne Rochette : interview pour La malhonnête

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(Photo : Frank Loriou)

Après 10 ans au Québec et un 1er album, Elle sort, paru en 2010, Jeanne Rochette est de retour à Paris, sa ville natale, depuis quelques années. Je l’avais mandorisée une première fois pour son 2e album, Cachée, en 2016. Son 3e album, La Malhonnête, vient de sortir.

La Rochette cru 2021 est plus ancrée dans le présent, plus rock, plus frontale, en adéquation avec son énergie sur scène. Si la révolte est en elle, on sent tout de même une sérénité que je lui connaissais peu.

Le 10 février dernier, je me suis rendu chez la chanteuse comédienne pour en savoir plus sur son évolution artistique…

Son site officiel.

Sa page Facebook.

Pour écouter l’album.

jeanne rochette,la malhonnête,interview,mandorArgumentaire de presse (par Alex Jaffray) :

Jeanne Rochette n’est pas ce petit bout de femme qu’elle veut bien nous donner en pâture.
Cette distorsion de la réalité est encore plus saisissante à l’écoute de ce nouvel album.
La « malhonnête » aurait-elle « cachée » son jeu ?
De « Cachée » à « Malhonnête », il y a un album, il y a surtout un voyage.
La robe à fleur a laissé place au cuir, et les histoires qu’elle égrène depuis 10 ans sont plus cinglantes.
« Pas dupe », « Pathétique », « Quand je m’aime pas ». Effeuiller les titres de ce disque nous donne le sentiment d’une introspection sur sa part d’ombre, alors qu’en fait ce sont des chansons lumineuses.
« Malhonnête » mais sincère, c’est toute la dualité de cet album.
Ce n’est pas un album autocentré, c’est un album miroir, on s’y retrouve, on s’y perd avec plaisir. Les paroles sont précises, les guitares plus saturées, la basse pose les fondations et le piano sert de socle à l’écriture. Et quand le sujet est plus sensible, les cordes viennent nous envelopper.
Une forme d’urgence ressort dès la première écoute, l’énergie que Jeanne Rochette réservait habituellement à la scène est insufflée dans ces 12 chansons.
Tour de force pour celle qui déployait une onde radieuse et séductrice pour un public captif, signe des temps d’une année amputée de concert, ce disque contient cette énergie pour un public sans salle.
Disque intemporel et ancré dans une réalité de jeune femme aux deux pays.

« Un mélange de fils en bordel » comme dans sa chanson, c’est aussi ça un disque de grande personne.

L'équipe du  disque :

Jeanne Rochette : piano et chant

François Puyalto : basse électrique et choeurs
Côme Huveline : batterie et guitare électrique 

François Bourassa : piano additionnel

Csaba Palotaï : guitare électrique

Olivier Koundouno : violoncelle 
Gaspard Bourassa : chœurs 

Réalisé par Kim Giani
Enregistré par Nicolas Garnaud au studio Spectral, Paris

Mixé par JB Brunhes au studio Le Chantier, Montreuil 

Editing : JB Brunhes et Guillaume Léglise
Masterisé par Alexis Bardinet à Globe Audio Mastering, Bordeaux

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(Photo : Frank Loriou)

jeanne rochette,la malhonnête,interview,mandorInterview :

Dans ce disque, tu retrouves l’énergie du live.

C’est beaucoup grâce à mes premières parties de Cali. Ma rencontre avec Bruno (Cali) a été hyper instinctive et forte. Son énergie sur scène m’a fascinée. Ça m’a donné envie de donner la même, mais mes chansons ne me le permettaient pas. Je ne suis pas une chanteuse de rock, mais je me sens tout de même dans cette veine-là. C’est la raison pour laquelle j’ai évolué musicalement dans cet album. Il me permet d’être plus alignée sur les artistes que j’apprécie, comme Catherine Ringer, Jacques Higelin ou Serge Gainsbourg. Pour moi, ce disque est cohérent avec ce que j’ai envie de donner et de montrer. Il est le reflet de ce que je suis aujourd’hui.

Ce disque a été enregistré rapidement.

En cinq jours. On l’a enregistré avec le groupe comme un disque de jazz. J’ai fait les voix en deux jours. Il y a vraiment une énergie « live ». Maintenant, j’ai envie de le défendre sur scène. Il faut qu’il existe devant un public.

« Chacha décomplexé » n’a pas de musique. Pourquoi ?

A l’origine, nous devions faire cette chanson batterie/voix. J’ai changé d’avis parce que l'ajout de la batterie ne me semblait finalement pas essentielle. Du coup, le texte, parfois susurré, est plus mis en avant. Comme dans les disques de Camille, j’aime bien qu’il y ait des surprises. J’aime l’idée de passer d’une chanson acoustique calme à une autre qui envoie le bois.

Clip de "Quand je m'aime pas". Réalisation et montage : Xavier Curnillon. Direction de la photographie : Yann Manuel Hernandez. Assistante à la réalisation : Maïa Bonpunt. Maquillage/coiffure : Martine Lheureux. Chorégraphie : Jeanne Rochette et Louise Bédard. Tournage au Lion d’or Montréal 2020.

Cet album te montre sous ton vrai jour ?

A l’image de la pochette de Frank Loriou, ce disque est plein de facettes de moi-même, celles en tant que femme et celles en tant qu’artiste. C’était intéressant de creuser dans plein d’endroits de la complexité humaine. J’ai voulu faire comprendre qu’il faut s’accepter dans son entièreté. Dans ce disque, j’assume qui je suis, mes envies et mes désirs, mes défauts et mes qualités.

Quand on est artiste, il faut aussi séduire. Est-ce un disque d’une femme en quête de séduction ?

Non; Aujourd'hui, je me sens plus en paix avec une certaine séduction. J'aime séduire. C'est un métier avec lequel on joue avec ça en permanence. Mais avec le temps, je de moins en moins la crainte de déplaire. Ca va avec l'acceptation de soi. De sa part d'ombre et de lumière. Reconnaitre la faille permet de laisser jaillir la lumière C'est un peu ce que  j'évoque dans le titre "Quand je m'aime pas".

J’ai l’impression que tu es plus irrévérencieuse qu’avant ?

Tu as raison. Je vais oser aller plus loin, je suis plus "punk". J’aime bien ce mot là parce qu’il a un rapport avec l’attitude. J’assume un côté plus brut, plus sale dans le bon sens du terme. Je veux que les choses soient moins lisses, moins parfaites… bref que ça gratte un peu. Je crois que Cali y est encore pour beaucoup dans ces envies-là. Avant, dans mes disques et dans mon comportement, il y avait peut-être plus de détours, désormais, je suis plus frontale à tous les niveaux.

Audio de "La malhonnête".

Ton album s’intitule La malhonnête. Il faut oser se présenter sous ce jour-là !

Comme d'habitude, je voulais trouver parmi les titres de l'album. Au départ, je voulais appeler ça, Le cri. C’est François Puyalto qui m’a fait changer d’avis. Quand il m'a suggéré La Malhonnête, ça nous a paru comme une évidence. J’adore le côté pas "glamour" de ce titre, un peu provocateur dans son ambiguïté. Je voulais faire comprendre que cette « malhonnête » était aussi une femme libre. Dans la chanson qui porte ce titre, la Malhonnête, c'est la peur. La peur peut te faire croire qu’il y a un danger, alors qu’il n’y en a pas vraiment. J’explique qu’il faut prendre le risque d’aller vers sa peur.

C’est ce que tu fais ?

C’est ce que j’ai toujours essayé de faire, mais aujourd’hui, je le réalise le plus possible au quotidien. J’ai vu une conférence de la chercheuse en sciences-humaines Brenée Brown. Elle parlait du rapport entre le courage et la vulnérabilité. Elle disait qu’en se levant le matin, elle choisissait toujours le risque au confort. Je trouve l'idée belle?

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(Photo : Frank Loriou)

Tous les jours, c’est fatiguant, non ?

Oui, mais c’est aussi palpitant. Artistiquement, en tout cas, j’ai envie de me confronter à mes peurs et de les dépasser ou pas. Parce que se confronter à ses peurs, c'est aussi se confronter à ses limites. C’est comme une honnêteté vis à vis de soi. Le disque s’appelle La malhonnête, mais paradoxalement, c’est peut-être le plus honnête de mes trois albums.

Ces chansons parlent donc de toi ?

Ce qui est certain, c’est que dans l’écriture, il y a une intimité. C’est forcément moi et ce n’est évidemment jamais moi. C’est magnifique la liberté que cela donne. Je me planque souvent derrière ce que j’écris, mais pas tout le temps (rires).

Audio de "La sauterelle".

Dans « La sauterelle », tu parles d’une femme qui s’assume totalement.

C’est parti d’un texte déjà existant affirmant que l’apparition de la sauterelle était un bon présage dans la vie. Dans ma chanson, la sauterelle c’est la messagère qui a le pouvoir de rendre heureux et libre par l’Amour avec un grand A. Physique ou pas d’ailleurs, mais je joue l’ambiguïté sexuelle avec humour. Je trouve ça chouette que les filles puissent aussi faire des blagues de cul (rires) en disant des choses tout de même avec un arrière fond sérieux. Parce que finalement c’est encore la même idée « Libérez-vous et n’ayez pas peur de sauter… »

Quand tu commences à écrire, sais-tu où tu vas ?

Pas vraiment. Je ne décide jamais de quoi je vais parler. Je pars souvent d'une émotion, d'un mot et, à partir de là je tire le fil musical. Souvent je découvre un angle inattendu sur l’histoire que je raconte.

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Jeanne Rochette, chez elle, au piano, le 10 février 2021.

Dans « Coup de bol », tu parles du destin.

C’est une chanson sur le lâché prise. Il ne faut pas lutter contre son destin puisque tout est écrit, donc profitons de la vie. Il faut sauter de l’avion en vol, sans parachute… il faut trouver le courage en tout et en nous. C’est une chanson d’émancipation.

C’est donc l’album de l’émancipation ?

J’aime bien cette idée-là. J’espère qu’en écoutant cet album, les gens vont saisir qui je suis en tant qu’artiste. Plus je suis en phase avec moi artistiquement, plus il y a des choses qui se placent dans ma vie. Avec cet album ça me plaisait de brouiller les pistes par rapport à mon image. M’amuser à troquer mon sourire et mes robes à fleurs pour quelque chose de plus brut, plus irrévérencieux effectivement avec mes docs et mon cuir. Avoir la liberté de changer, de surprendre, de se surprendre soi-même, c’est jouissif ! Aujourd’hui, je n’ai plus envie de m’enfermer dans une case, au contraire, j’ai envie d’éclater les frontières.

Bonus: 

Parfois Jeanne Rochette chante en duo avec certains de ses amis artistes. Ce fut le cas le 22 janvier 2021, à l'occasion de la sortie du nouvel album de MontparnassELa vie revolver. D'ailleurs MontparnassE sera l'un des prochains mandorisés.

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Après l'interview...

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