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03 février 2021

Karimouche : interview pour Folies Berbères

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© Photos : Tijana Pakic

Six ans après son précédent album, Action, et onze ans après son premier disque, Emballage d’origine, Karimouche revient enfin avec Folies Berbères. Réalisé par Tom Fire, elle y chante le bonheur, ses racines, l'amour et les désillusions sous une production musclée et des instruments comme résonnance de ses origines berbères.

J’aime beaucoup cette artiste pluridisciplinaire qui, en plus, fait bouger les curseurs du féminisme avec l’art et la manière (comme vous le comprendrez dans l’interview).

Après une rapide première rencontre au Festival Pause Guitare (Albi) en 2015, voici une première vraie mandorisation de Karimouche. C’était chez son attachée de presse à Paris, entre deux confinements, le 7 janvier 2021.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter l’album.

karimouche,folies berbères,interview,mandorArgumentaire de presse (par Alexandre Kauffmann) :

Folies Berbères prouve la capacité de Karimouche à se renouveler en affirmant ses fondamentaux : la force poétique, la minutie de la chronique sociale, sans oublier l’humour ravageur.
Chanson française, musique orientale, trap, électro... les influences sont multiples, le style, lui, s’impose comme résolument novateur et épuré. Si l’artiste parvient à danser sur les crêtes en funambule, c’est en vertu d’une expérience unique : rompue au stand-up, actrice pleine d’énergie et de justesse dans des séries à succès telles que Les Sauvages ou Cannabis, elle connaît le mystère des apparences ; après des centaines de concerts à travers le monde, elle investit les scènes comme une boule de feu. Dans sa « folie franco-berbère », où l’autodérision tutoie l’Auto-Tune, Karimouche accomplit un tour de force : rendre sa sincérité au chant du caméléon !

L’album (par Alexandre Kauffmann) :karimouche,folies berbères,interview,mandor

Dans son troisième opus Folies Berbères, Karimouche aborde frontalement le sujet de ses origines. En témoignent le titre de l’album, mais aussi celui de certains morceaux comme « Buñul » ou « Princesses ». Carima Amarouche, alias Karimouche, née à Angoulême dans une famille berbère, balaie les fausses contradictions et les dualités stériles pour célébrer une nouvelle façon d’habiter l’Hexagone et le monde. La chanteuse féline abolit les barbelés entre les cultures. Sous l’empire des Folies Berbères, il n’est qu’une pluralité de goûts, de beats hypnotiques et d’accents vibrants sous une voix chaude et frondeuse. L’album réalisé par Camille Ballon, alias Tom Fire, trouve sa modernité dans ces rapprochements inattendus. Que de souffle, d’acuité, de cordes à ce cri !

L’opus emprunte aussi bien à Edith Piaf qu’à Missy Elliott comme à la musique gnaoua. À Jacques Brel comme à Nass El Ghiwane, groupe marocain légendaire des années 70. Quant aux featurings, ils illustrent à eux seuls l’amplitude des influences : sur une piste, l’irrésistible cariocaise Flavia Coelho ; sur l’autre, R.Wan, parrain du rap-musette, l’un des plus talentueux paroliers de sa génération.

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© Photos : Tijana Pakic

karimouche,folies berbères,interview,mandorInterview :

Vous avez plusieurs vies artistiques, notamment chanteuse et comédienne. C’est une vie idéale pour vous ?

C’est surtout un choix. J’ai commencé en tant que comédienne. Quand j’ai fait mon premier album, c’était écrit comme des courts-métrages et très interprété. Ma première activité a nourri la seconde. C’est vraiment la comédienne qui a impulsé la musique.

La musique est venue comment dans votre vie ?

Si j’ai baigné dans la musique depuis toute petite, mes parents ne jouaient pas d’instrument. Mon père était maçon et ma maman était mère au foyer, ensuite elle a travaillé à l’usine…etc. mais ils écoutaient beaucoup de  musique. J’ai vu ma mère et mes grands-mères chanter et danser toute ma vie. Moi aussi j’adorais ça !

Pourquoi le théâtre d’abord alors ?

J’ai commencé dans un atelier théâtre, j’ai fait du stand up, ensuite j’ai commencé à poser des textes de Brel et de Piaf sur des instrus hip hop avec des gamins de mon quartier. Tout s’est fait naturellement. Quand j’ai commencé à faire mes premiers concerts, ça m’a aidé, parce qu’entre les morceaux, je pouvais tchatcher.

Vous avez été aussi humoriste.

Oui,  j’ai fait aussi un peu de stand up. D’ailleurs, je pensais que j’allais finir humoriste.

Rien n’est perdu !

Je crois que je deviens moins drôle avec l’âge (rires).

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© Photos : Tijana Pakic

Artistiquement, vous avez d’autres cordes à votre arc.

Il y a 15 ans de cela, je faisais des costumes, je jouais dans un Café-Théâtre à Lyon, je faisais des doublages… mais tout cela est cohérent. Il y a un lien entre toutes ces activités, mais malgré tout, on me disait qu’il fallait que je choisisse parce que sinon j’allais perdre en crédibilité. Je m’en moquais, parce que j’avais un fort besoin de m’exprimer de toutes ces manières. Le tissu, la matière, le dessin, la musique, la comédie, la danse étaient vitales pour moi. Tout ceci est ce que je suis. D’ailleurs, j’avais besoin de ça, petite fille, pour m’échapper d’une enfance qui n’était pas très drôle. C’était ma niche où je pouvais créer et m’évader.

Karimouche est la petite fille Carima Amarouche qui a envie de s’amuser ?

Oui, mais surtout la petite fille Carima qui a envie de s’échapper de la réalité dans laquelle elle vivait.

C’est un peu une fuite ?

Ce que je peux dire c’est que ça a été positif pour moi. En y réfléchissant bien, tout ceci a sauvé l’enfant que j’étais.

Aujourd’hui, vous avez le syndrome de Peter Pan ?

Parfaitement. Parfois je me compare à des femmes un peu plus jeunes que moi ou de mon âge et je les trouve très « femmes ». Je me demande pourquoi je ne suis pas comme elles. Et je finis par comprendre qu’il y a un côté chez moi qui n’a pas envie de grandir.

Princesses (Clip officiel) ft. Flavia Coelho

Clip de "Princesses" ft. Flavia Coelho, réalisé par Lucie Borleteau avec la participation de Lyna Khoudri, Aïssa Maïga, Farida Rahouadj, Souheila Yacoub Duarte, Awa Ly, Nawel Ben Kraïem, Carmen Maria Vega, Zaza Fournier, Nabila Mokeddem, Alejandra Roni Gatica, Annie Melza Tiburce, Christophe Paou, Laure Giappiconi, Romy Alizée, Chloé Mazlo, Camille Ballon, Erwan Seguillon (R. Wan), Loundja Roux, Maïa Barouh, Alie Andreani, Samia Tahri, Leila Baptista, Chloé Jauffrineau, Patricia Badin, Shanti Masud, Christine Bourgaut, Naïma Bourgaut, Nora Amarouche, Marie-Julie Dhaou, Marie Britsch, Valentine Gauthier, Brigitte Borleteau, Victoire Boissont, Isabelle Tillou, Brice Pancot, Marine Arrighi de Casanova, Ninotchka Peretjatko, Nassima Aïchouche, Malika Mahha, Mimouth Mohand, Yamina Mohand, Souad-Leela Merabet Narsimulu, Ninotchka Boukrafla Kheira, Ines El Hajjami, Humblot Nour Telor, Victor Delfim, Emma Franco, Rodrigo Martinez, Carine Cabral, Lamine Kouyaté. 

J’ai écouté un album de femme, mais pas féministe dure. Vous en pensez quoi ?

Ce n’est pas parce qu’on est une femme qu’on est obligé de faire des chansons engagées féministes. De toute manière, quand on est femme, on est féministe. L’inégalité entre un homme et une femme est frappante dans le monde entier. Je ne parle pas seulement du salaire des femmes nettement en dessous, mais du harcèlement sur elles, des violences sexuelles… il y a un non-dit depuis toujours.

Ça bouge un peu quand même, non ?

Encore heureux. Et ça dépend des pays. Je suis ravie du mouvement #metoo, des femmes qui témoignent de leur viol, des langues qui se délient enfin. J’espère que ça n’a pas fini de bouger. Il faut que l’on balance ces gros porcs. Il y a du chemin encore, mais on va pédaler encore. On a de l’endurance. J’ai un fils et je fais tout pour l’élever de manière à ce qu’il respecte les femmes. Tout part de l’éducation.

Ce combat pour l’égalité ne fait que commencer.

Après, il y a des femmes qui se battent pour nos droits depuis des années.

Comme Gisèle Halimi ou Simone Veil, par exemple.

Ou la chanteuse égyptienne Oum Kalthoum et bien d’autres. Mais il n’y a pas que des gens connus, je suis bien placée pour le savoir, car je pense à ma mère et mes grands-mères qui sont des battantes. Elles se sont toujours battues pour leur droit.

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© Photos : Tijana Pakic

Vous êtes issue d’une famille matriarcale.

Il y a beaucoup de femmes et peu d’hommes en effet. Et je peux vous dire qu’ils ne mouftent pas. Ils ne font pas leur loi (rires).

C’est cette ambiance familiale qui fait que vous chantez des chansons comme ça.

Bien sûr. C’est ce qui m’a construit. Si j’ai été élevée par des femmes, mon père aussi m’a élevée quelques années. J’ai aussi mes deux oncles, du coté de ma mère et du côté de mon père, que j’aime éperdument. Ce sont des hommes extrêmement ouverts. Par exemple, le petit frère de mon père n’a jamais travaillé. Sa femme est docteur en droit. Elle n’aime pas cuisiner ou s’occuper de la maison, mon oncle fait tout dans de la ferme, et il gère leurs enfants. C’est génial ! Un peu comme Tony Micelli dans Madame est servie (rires). Pour l’anecdote, c’est cet oncle qui m’a transmis l’amour pour Léo Ferré. Celui du côté de ma mère, pour Jacques Brel. Vraiment, ils sont importants dans ma vie. Je ne suis pas une féministe anti homme. Ça n’aurait aucun sens.

Votre disque n’est absolument pas anti homme.

Pas du tout. Par exemple la chanson « Princesses » parle du sexisme, mais surtout du racisme.

Clip de "Apocalyspe Now" réalisé par Jessie Nottola.

Dans « Apocalypse Now », vous parlez de la société française d’aujourd’hui.

Cette chanson évoque toutes les manifestations qu’il y a eu en France. Les soignants, les violences policières, les salaires, l’écologie… il faut continuer de se battre. Cette chanson n’est ni démagogique, ni moraliste, je fais juste un constat.

J’ai appris qu’elle est dans la BO d’un film.

Je suis très fière qu’« Apocalypse Now » soit sur le générique d’un court-métrage de Salim Kechiouche, « Nos gènes ». Ce film avec Bellamine Abdelmalek, Sara Forestier, Benjamin Siksou et Hicham Yacoubi a eu quelques prix sur des festivals, notamment à Angoulême.

La musique de cette chanson est entrainante. Vous avez toujours aimé chanter des chansons graves sur de la musique qui fait bouger.

Généralement, j’aime bien prendre le contre-pied.

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© Photos : Tijana Pakic

Parlez-moi de « La promesse de Marianne ».

Ca évoque le destin des immigrés, de leurs enfants et des migrants qui ont cru au mirage de la France universelle et qui se sont brûlés les ailes. C’est ma mère qui m’a inspirée puisque quand elle est arrivée d’Algérie vers 10 ans, ça n’a pas toujours été facile. De toute manière, l’intégration, ce n’est pas une affaire simple. Quand, encore maintenant, on me demande à moi qui suis née en France, si faire de la musique m’a aidé à m’intégrer, je réponds : « C’est ta question qui m’a désintégrée ! A toi d’intégrer que je n’ai pas à m’intégrer ». Je ne vous parle même pas de comment on est perçus depuis la série d’attentats que  nous avons vécus en France. Dès qu’il y a un attentat, j’ai l’impression que l’on accuse directement mon cousin. Les terrorismes pratiquent un islam qui n’est pas le mien, ni celui de ma mère. On ne tue pas des gens nous. Même le mot islamiste me choque. Islam, ça veut dire « la paix ». Beaucoup vivent leur religion en paix et dans le respect. Ceux qui tuent, ce sont des terroristes fanatiques, pas des islamistes simples. 

Sur scène, vous avez un côté gentiment provocateur.

C’est vital d’être dans la provocation, mais surtout pas dans la provocation haineuse. Il est nécessaire de secouer, de remuer les mentalités, sinon, rien ne bouge. Si on ne met pas de coup de pied dans la fourmilière, les choses n’avanceront pas.

Parlons du réalisateur de ce nouveau disque, Camille Ballon (alias Tom Fire). Pourquoi lui ?

J’ai toujours aimé son travail dans ses albums. Je suis fan, même. Il y a quelque chose de très naturel entre nous. On se comprend très rapidement. Notre façon de travailler était assez simple puisque nous n’étions que deux en studio. La particularité de Camille, c’est que c’est vraiment un homme-orchestre. C’est un virtuose, un génie pour moi. Il travaille avec beaucoup de monde, dont Suzane il y a deux ans. C’est une grande rencontre dans ma vie artistique et humaine. Je veux continuer à travailler avec lui.

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Pendant l'interview...

R.Wan est aussi de l’aventure.

On se connait depuis une dizaine d’années. Dans mon deuxième album, Action, il m’a écrit une superbe chanson d’amour, « Des mots démodés ». Dans ce nouveau disque nous avons collaboré au niveau de l’écriture. Je lui parlais des sujets que je voulais traiter et nous avons vraiment fait un travail de ping-pong. Nous nous sommes partagés des petits bouts de textes, des mots, des punchlines. Pour moi, c’était une évidence de travailler avec lui.

Tu as un public fidèle, je trouve.

Il y a des gens qui me suivent depuis le début et j’ai aussi, à chaque album, de nouvelles personnes qui s’intéressent à ce que je fais, mais j’ai conscience de ne pas être Lady Gaga, ni Aya Nakamura. Je ne demande qu’à être découverte. Ce qui est vital pour moi, c’est de jouer sur scène. Avant la pandémie, j’ai eu la chance de chanter souvent. Aujourd’hui, on patiente tous…

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Après l'interview, le 7 janvier 2021...

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