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01 février 2021

Thibaud Defever : Interview pour Le temps qu'il faut

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(Photo d'introduction et ci-dessous : Maïwenn Le Guhennec)

Portrait Thibaud 1.jpgDepuis des années, Thibaud Defever creuse le sillon d'une chanson associant avec talent les contraires : elle est complexe et lisible, virtuose et simple, nette et fouillée, fragile et solide (dixit le dossier de presse). On entend dans son travail la fusion d’influences aussi diverses que Dick Annegarn (mandorisé là), Joao Gilberto, William Sheller mais il est une voix singulière et importante dans le paysage de la chanson contemporaine, qui donne sa pleine expression dans son nouvel album Le temps qu'il faut.

Tout simplement, du grand art!

Voici la deuxième mandorisation de Thibaud Defever (la première datant de 2015, du temps où nous le connaissions sous le pseudonyme de Presque Oui). Elle a été réalisée lors du deuxième confinement.

L'album Le temps qu'il faut, à écouter ici.

Son site officiel.

Sa page artiste sur Facebook.

Argumentaire de presse :136673911_3753293484738205_7815914300820113680_n.jpg

La flânerie et le temps qui passe sont des préoccupations récurrentes de la chanson, intimement liées à cette forme d'expression. 

L'un et l'autre se retrouvent mêlés d'une façon renouvelée, brillante et originale dans Le Temps qu'il faut, nouvel album de Thibaud Defever (et premier signé sous son nom). 
Un album traversé par le goût de l'errance, de l'aventure et par l'envie de se perdre. Qu'il s'agisse du désir rimbaldien de tout quitter (« Fugue », « Je dérive »), de celui plus apaisé d'aller s'échouer sur une île déserte (« Île »), de la tentation de la forêt (« Dans la forêt »), du passé qui se consume pour nous libérer (« Brûle » – « La maison d'enfance »), Thibaud Defever nous invite, doucement, tendrement, à nous arracher au réel. 
Et nous promet, au bout d'une quête qui prendra le temps qu'il faut, et nécessitera d'affronter des vents contraires, la consolation fraternelle de la rencontre (Des oiseaux, Nous). 

10 chansons qui constituent un album cohérent, tissé comme un nid et solide comme un refuge.

L’équipe :
Une cohérence thématique mais aussi musicale, qui réside dans la singularité de la formule : guitare-voix et quatuor à cordes. Les arrangements ciselés et évocateurs (Jean-Christophe Cheneval et Thibaud Defever) donnent à chaque titre une identité forte et font le pari de la sobriété, de la retenue. La direction artistique (Antoine Sahler) accompagne tout en finesse l’épanouissement de cette « chanson-musique de chambre », dans ce qu’elle a d’intime et de puissant. Le Well Quartet offre un écrin somptueux à la voix et au jeu de guitare brillant, volubile, d'une extrême musicalité de Thibaud Defever. Sur certains titres, ce dernier s'autorise même à abandonner la guitare pour ne s'appuyer que sur le quatuor (« L'artillerie lourde » par exemple), à l'instar du mémorable « Juliet Letters » d'Elvis Costello.

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(Photo : Frank Loriou)

tb.jpgInterview : (Photo de gauche : Maïwenn Le Guhennec)

Pourquoi as-tu abandonné ton pseudo Presque Oui pour prendre ton vrai patronyme ?

Alexis HK me disait régulièrement que je devrais chanter sous mon propre nom. D’autres me disaient qu’en plus, j’avais un joli nom qui sonne bien. C’était des raisons extérieures, mais je crois que la vraie raison, c’est qu’il était associé à une ancienne vie, un duo et une vie personnelle mélangée, qui s’était terminée dramatiquement.  Elle m’obligeait à porter le deuil perpétuellement. Mais l’ultime raison finalement, c’est le fait de ne plus vouloir être dans l’approximation et l’hésitation. J’avais besoin pour des raisons personnelles d’enlever du Presque pour être un peu plus dans le Oui.

Du coup, en reprenant ton vrai nom, tu te montres plus clairement tel que tu es ?

J’avais déjà amorcé la chose dans l’album De toute évidence. J’aurais déjà pu chanter sous mon vrai nom. Ce n’était juste pas le moment parce qu’il fallait encore rester identifiable. Depuis ces deux derniers albums, il y a plusieurs choses que j’ai acceptées : ne pas faire forcément rire et ne pas alterner systématiquement des moments de gravité avec des moments de rigolade. Dans ce nouveau disque, ce qui est venu, ce sont uniquement des choses douces, plus graves et plutôt intimes. Je constate que l’intime m’intéresse par-dessus tout. Ce qu’il se passe à l’intérieur des gens pour le meilleur et pour le pire me fascine. La meilleure façon de voir ce qu’il se passe à l’intérieur des gens, c’est de voir ce qu’il se passe en soi-même. Du coup, cela fait un disque plus monochrome, mais aussi plus cohérent.

Clip de "Ces vents contraires", réalisé par Maïwenn Le Guhennec, dans le Morbihan (Étel et île de Groix) en septembre 2020.

Dans « Ces vents contraires », tu t’interroges sur toi-même. C’est une chanson confession.

Je raconte l’histoire d’un velléitaire qui n’y arrive pas, mais qui aimerait bien… tandis que la musique trace sa route. Je confesse une impuissance, mais la musique me donne la puissance. Souvent dans mes chansons, la musique dit l’inverse du texte. Quand je chante « Ces vents contraires », j’ai l’impression d’être un marin qui n’a pas peur des flots. Pour résumer, c’est la chanson d’une trouille.

Ta pochette est magnifique. Sobre, mais poétique.

Toutes les illustrations qui figurent sur et dans l’album sont signées de ma compagne, Maïwenn Le Guhennec. Toute compagne qu’elle est, je n’aurais pas choisi son travail si je n’avais pas été convaincu. L’artwork (conception graphique) a été fait par Samuel Rozenbaum.

Au début, il n’était pas question d’un album avec le Well Quartet.

Ça ne devait être qu’un spectacle avec un quatuor. Je ne croyais plus trop à un nouvel album, alors, je n’étais pas motivé pour en faire un. C’est parce que Maïwenn a développé son activité d’illustratrice que j’ai changé d’avis. Je me suis dit que ses dessins seraient idéaux dans un disque et que cela en ferait un bel objet en plus du contenu.

« Je dérive », une chanson-illustration-méditation, un voyage (presque) immobile… 

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Thibaud Defever et les Well Quartet (photo : Frank Loriou)

Raconte-moi la rencontre avec les Well Quartet ?

Je les ai rencontrés après avoir lancé un petit appel sur Facebook. Plusieurs quartets m’ont répondu et j’ai choisi celui de Wihad Abdessemed, Luce Goffi, Anne Berry et Chloé Girodon. Je me suis immédiatement parfaitement entendu avec elles. Avant que l’on se rencontre, elles avaient écouté mes chansons et elles semblaient être émues par certaines. Je sentais qu’il y avait quelque chose d’intime qui se jouait entre nous.

Tu avais déjà joué avec elles dans un disque d’Antoine Sahler.

Elles avaient fait quelques cordes et moi les guitares, mais on ne s’était pas rencontrés en chair et en os.

"Fugue".

Le quatuor à cordes, c’est quelque chose dont tu  rêvais depuis longtemps ?

Oui. Quand j’étais au Conservatoire de musique à Lille et que je jouais de la guitare classique, j’avais des amis qui  jouaient de l’alto, du violon et du violoncelle. Je les enviais beaucoup parce qu’ils pouvaient jouer le répertoire du quatuor à cordes et c’est un répertoire de malade. J’ai toujours été frustré de ne pas rentrer  dans cette musique.

Faire un album de chanson avec un quatuor, d’une certaine façon, c’est pour toi une petite revanche ?

C’était un lointain plaisir qui a été retardé. Evidemment, ce n’est pas du Chostakovitch, ce sont juste mes chansons, mais les arranger avec le grand Jean-Christophe Cheneval a permi qu’elles sonnent un peu comme du Ravel.

"Île".

Qu’est-ce qui t’intéresse dans la chanson ?

C’est la chanson, mais aussi ce qui déborde d’elle. Les arrangements, les textures, la finesse et la nourriture musicale en deçà des mots.

Tu coécris tes chansons avec Isabelle Haas.

Ça dépend des chansons. Les trois dernières de l’album, « Îles », « « Dans la forêt » et « Nous », je les ai écrites seul. Cela fait maintenant plus de 20 ans que nous collaborons. Au fil du temps, nous avons écrit de différentes façons. Parfois ensemble et simultanément. On a vécu la configuration ou j’écris quelque chose et Isabelle, à distance, me fait des retours. Dans cet album, pour « Brûle (la maison d’enfance) », on a passé une semaine ensemble en Normandie. On a tourné autour du sujet avant de trouver le bon angle et le point de vue. Cela dit, par le passé, il nous est arrivé de mettre six mois pour finir une chanson.

"Le temps qu'il faut". Cette vidéo a été réalisée lors de l'enregistrement de l'album "Le temps qu'il faut", par Timothée Raymond, au Durango Studio.

Quand tu écoutes ce disque, tu l’aimes ?

J’aime ce que l’on m’en renvoie. Beaucoup d’émotions. Les mots qui reviennent le plus sont repos et apaisement. Ça me fait vraiment plaisir parce que c’est comme ça que j’ai conçu cet album. Au lieu de Le temps qu’il faut, il aurait pu aussi s’appeler Convalescence.

Pourquoi ?

Parce que je suis très attaché à cette idée de moments où tu te reposes, où tu te rassembles. J’ai l’impression parfois que la vie entière est une convalescence. On passe son temps à se remettre de quelque chose. Finalement quand je me retrouve dans des moments où je suis obligé de m’arrêter, comme le confinement, je suis obligé de me calmer et d’arrêter la fuite en avant… Pour moi, cet album évoque tout cela et principalement la chanson titre, « Le temps qu’il faut ».

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(Photo :  Maïwenn Le Guhennec)

Je sais que pendant le premier confinement, tu as écrit des chansons sans paroles. Sais-tu que dans le milieu de la scène française, on te considère comme l’un des meilleurs guitaristes ?

J’ai déjà entendu ça et j’en suis très touché. Ce qui fait la particularité de mon jeu et de cette petite réputation dont tu parles, c’est parce que je chante en même temps. C’est assez rare de voir des gens s’accompagner à la guitare de façon sophistiquée. Dick Annegarn m’a beaucoup inspiré. C’est lui qui m’a donné envie de reprendre la chanson après mon cursus classique. J’avais envie d’avoir un petit orchestre sous les doigts, j’ai donc bossé pour cela.

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Toute la discographie de Thibaud Defever (anciennement Presque Oui).  A écouter ici.