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28 décembre 2020

Yvan Dautin : interview pour ses 50 ans de carrière et le coffret La plume au cœur

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(Photo : David Desreumaux/Hexagone)

yvan dautin,la plume au coeur,epm,interview,mandorEn 2019, Yvan Dautin sortait son premier album depuis sept ans, Le cœur à l’encan. « Textes poétiques d'une grande sensibilité pour parler de l'amour (« Le cœur à l'encan », « Je ne vois qu'elle... », de la vie de maintenant (« Pourquoi faut-il encore? ») ou du désastre écologique (« Plus d'abeilles »...)... Le tout servi par une émotion et une rare sensibilité », dixit Michel Kemper du site Nos enchanteurs.

En cette fin d’année 2020, c’est un coffret de plus de 100 chansons, La plume au cœur, qui vient de sortir pour fêter ses 50 ans de carrière. Pour en parler, c’est un Yvan Dautin, malicieux et rieur, mais toujours franc du collier, qui m’a répondu (par téléphone parce qu’en plein deuxième confinement, le 11  novembre dernier).

Argumentaire de presse officiel :yvan dautin,la plume au coeur,epm,interview,mandor

Pour ses 50 ans de carrière, Yvan Dautin s’est (enfin !) fait coffret … Si ce n’est pas un comble pour ce pur esprit libertaire !

Quand on s’apprête à biographer l’homme aussi sûrement qu’on anthologie son œuvre, faut-il commencer par le début ou par la faim ? Qu’importe, le voici, en crooner un tantinet suranné, classique et classieux, à faire le pitre entre deux graves, des œillades énamourées aux dames du premier rang, des bisous déposés à la commissure de leurs lèvres. De langoureuses grimaces aussi. Il bécote tant qu’il pleut, il cabotine. Fait le singe, le clown, le zouave, fait son Bourvil, son baba, son Boby à la pointe des mots, au bout des rimes. Fait rire et l’instant d’après pleurer, explorant d’autres dimensions d’un monde à part : l’huissier qui n’a pas tout saisi, la femme battue qui n’a pas tout compris, ou la dame Cendrillon des bas-fonds qui dort dans ses cartons. Dautin ne donne ni sa langue au chat ni sa part au chien. Sans renier le rire, sans nullement dissoudre l’émotion, il chante ses quatre vérités, fait rimer ses indignations, musiquer ses colères.

Car, ne vous déplaise, Yvan Dautin est arrimé au temps présent, celui de nos vies, des angoisses du quotidien, des mille difficultés, mille embûches, de ce monde qui ne fait plus miel de ses abeilles, qui scie la branche sur laquelle il a posé son cul. 102 titres enregistrés entre 1968 et 2020…

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(David Desreumaux/Hexagone)

yvan dautin,la plume au coeur,epm,interview,mandorInterview :

A l’écoute de ce coffret de plus de 100 chansons, on se dit que vous avez une sacrée carrière !

Je n’aime pas trop la touche « rewind », car je déteste me pencher sur mon passé. Ça me donne l’impression d’être au bord du vide. Vous savez, j’ai traversé aussi un peu le désert à une époque pas si lointaine. Un copain m’a envoyé tous les vinyles de moi que je n’avais pas. Je les ai écoutés et ça m’a mis dans un cafard absolu. Un vrai blues. Si Christian De Tarlé, le directeur du label EPM, ne m’avait pas convaincu de l’intérêt de la chose et de la possibilité de réunir ces chansons (parce que j’ai des disques chez AZ, chez Pathé, chez RCA…etc.), je n’aurais jamais entrepris une telle gageure. J’étais bloqué là-dessus, mais il m’a parlé si gentiment, que j’ai accepté (rires).

D’avoir un coffret comme celui-ci, c’est quand même une reconnaissance, non ?

Bien sûr. Aujourd’hui, en fait, je suis très content que cette anthologie existe. Ça me rappelle que j’ai eu 16 ans de ma vie, où ça marchait bien. J’enregistrais un album tous les deux ans. J’ai pu vivre de mon métier suffisamment correctement pour que ce soit agréable. J’avais une vraie vie de chanteur. Je chantais partout et le public était là. C’était une période où tous les journaux nationaux avaient un chroniqueur « chansons », ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

"La méduse" (1969) en version audio.

La chanson n’intéresse plus grand monde selon vous ?

Ce sont les médias que cela n’intéressent plus. Le public, lui, continue à aimer mais il n’est plus informé de ce qu’il sort en la matière.

Je sais que vous n’aimez pas le terme « chansons à texte », ce que vous faites pourtant.

Je trouve cette expression désastreuse. Avec elle, on est de nouveau en plein Rive Gauche, ce qui reviendrait à penser qu’il n’y a pas beaucoup d’ambitions musicales. Je considère qu’une chanson doit être bien écrite, mais la musique ne doit pas être remise au second plan.

"Boulevard des Batignolles" (1982-texte d'Etienne Roda-Gil).

C’est vrai que le terme Rive Gauche ne vous convient pas. Vous avez fait très peu de cabarets finalement.

J’ai commencé ma carrière quand les cabarets fermaient les uns après les autres. Je l’ai regretté parce qu’à L’Ecluse, par exemple, quand on y chantait, nous étions payés. Maintenant, c’est le contraire. Il faut payer pour chanter à Paris.

En réécoutant votre œuvre, j’ai plongé dans plein d’émotions. Je suis passé du rire au sourire… et parfois aux larmes.

Je fais de la variété variée. Sur scène, j’aime transmettre toutes les facettes des émotions. Je peux passer à des moments où je fais le pitre à des chansons tragiques. Dans mes tours de chant je passe constamment de l’un à l’autre.

"Monsieur, monsieur" (1981).

Vous aimez faire rire ?

Oui, parce que quand on sait faire ça, on a une récompense énorme. Le public est heureux. Quand ça ne marche pas, on pénètre indéniablement dans une grande solitude.

C’est plus facile de faire rire ou de faire pleurer ?

C’est aussi difficile l’un que l’autre, mais il me semble que les gens sont plus indulgents envers les pleureurs qu’envers les comiques (rires).

Sur scène, vous parlez beaucoup entre les chansons et c’est souvent drôle…

Je suis un chanteur à voir sur scène. Je ne suis pas qu’un auteur-compositeur-interprète, j’ai un côté showman.

"La mal mariée" (1975).

Vous avez été aussi comédien, ça a dû vous servir pour être à l’aise avec le public.

Quand j’étais interne au lycée Clémenceau, en 1965, à Nantes, je m’emmerdais beaucoup. Je me suis donc intéressé à plein de choses : la politique, les filles, les livres… j’ai commencé à en lire qui n’étaient pas au programme de la faculté des Lettres : le surréalisme, Brecht… Et j’avais aussi envie de faire du théâtre. Je suis donc allé au Conservatoire en auditeur libre. Comme on ne m’a pas poussé, j’ai vite arrêté. Ma mère était couturière, mon père était déjà parti depuis longtemps, nous n’avions pas beaucoup d’argent. Du coup, j’ai fait du théâtre mais dans une troupe d’amateurs.

"Qu'elle est jolie la fille d'en bas" (1977).

Vous n’avez pas un ego surdimensionné, ni un esprit de compétition comme certains de vos collègues.

C’est pour ça que ma carrière est là où elle en est (rires).

Il paraît que vous aimez bien être haïssable ?

Disons que l’on m’a toujours considéré comme quelqu’un d’atypique. J’ai remarqué que les artistes qui marchent bien font toujours la même chanson, comme un pâtissier qui saurait faire parfaitement le baba au rhum ne ferait que du baba au rhum. Moi, il est difficile de me mettre une étiquette, car je fais rarement la même recette. J’ai commencé avec « La méduse » qui était une chanson rigolote, puis le disque d’après, j’ai chanté « La mal mariée », une chanson triste. Au fond, j’ai cette dualité en moi depuis toujours.

Cette dualité vous a-t-elle porté préjudice ?

Je ne pense pas. C’est moi qui me suis porté préjudice. Je n’ai pas accepté le contrat Faustien avec le showbiz. S’il n’y a pas Lederman, il n’y a pas Coluche, s’il n’y a pas Talar, il n’y a pas Cabrel...etc.

Vous me dites que pour réussir, il faut vendre son âme au diable ?

Un peu… Je suis de gauche et donc un peu con. J’ai des valeurs (rires).

8 octobre 1976. Rencontre du chanteur Yvan Dautin. Il parle de ses voyages, de la folie. "La vie est formidable, dit-il, mais pas celle que l'on nous impose". Il chante quelques unes de ses chansons. Il parle du show business, du spectacle et de la communication dans le spectacle. Images d'archive INA Institut National de l'Audiovisuel.

Vous regrettez de ne pas avoir cédé à quelques sirènes ?

Pas du tout parce que je peux me regarder dans la glace. Le seul jeu auquel j’ai joué, c’est le mien. L’envie de réussir n’était pas assez grand pour que je devienne arriviste et pour que j’emploie tous les moyens pour parvenir à me hisser aux plus hautes marches. Il faut dire que j’ai un côté nonchalant qui ne croit pas en moi. Je suis même surpris que certaines personnes se souviennent de ma pomme. Je me ramène à Cyrano : « ne pas monter très haut, mais tout seul ».

Pourquoi ne croyiez-vous pas en vous ?

Ma mère disait souvent, en ma présence : « celui-là, il n’est pas comme les autres, je ne sais pas ce que je vais en faire ». C’est drôle, les adultes parlent comme si les enfants n’étaient pas là. J’ai entendu beaucoup cette phrase, ça m’a marqué au fer rouge…  ce qui est certain, c’est que ça ne donne pas confiance.

Votre enfance est aussi ce qui vous a construit.

Ca m’a construit tout en me détruisant. On a tous nos blessures, nos fêlures… je ne suis pas un cas unique, je sais bien. En tout cas, écrire m’a libéré et m’a permis de me tirer vers le haut. Verbaliser les choses, c’est pas mal.

Yvan Dautin chante "Monsieur William" (texte de Jean-Roger Caussimon) au Forum Léo Ferré, à Ivry, le 14 janvier 2017. Filmé par David Desreumaux/Hexagone.

Vous écrivez encore ?

Bien sûr. J’écris pour ne pas mourir. J’ai encore 200 textes de chansons possibles ou impossibles, je ne sais pas.

Etes-vous un chanteur romantique ?

Quand j’étais en 4e, un prof d’allemand m’avait dit que j’étais un romantique refoulé. Au fond, ce n’est pas totalement faux.  Ce qui est certain, c’est que j’ai un côté désenchanté. Je me suis toujours trouvé moche, alors pour séduire, j’ai utilisé mon sens comique… ça marchait mieux avec les filles.

Yvan Dautin chante "Elle est comme elle est belle" au Forum Léo Ferré, à Ivry, le 14 janvier 2017. Filmé par David Desreumaux/Hexagone.

Vous étiez considéré comme un contestataire, voire un libertaire, est-ce encore le cas aujourd’hui ?

Evidemment. On vit depuis des années dans l’impasse suicidaire du capitalisme ou du mondialisme, appelons ça comme on veut. C’est la croissance à tout prix. Ce n’est plus possible qu’il y ait un pour cent de la population mondiale qui détient 99% des richesses. Et les pauvres que nous sommes, nous nous battons entre nous. On voit bien que l’on vit dans un monde absurde qui ne tient pas debout. Et je ne parle pas du réchauffement climatique... Les hommes politiques sont à la solde des financiers, les maîtres du monde. On vit dans une société de comptables. Je trouve que le monde dans lequel on vit est assez inacceptable.

Commentaires

j'aime beaucoup Yvan Dautin .Il a un regard très clair sur le "métier" sur lui même..
S'il chante par chez vous allez le voir , ça fera du bien à vous et à lui.

Écrit par : christian valmory | 29 décembre 2020

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