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20 décembre 2020

Noé Preszow : interview pour l'EP Ca ne saurait tarder

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(Photo : Pierre Cattoni)

Noé Preszow-1084-04(c)pierre cattoni (2).jpgNoé Preszow est un artiste bruxellois de 25 ans. Je l’ai découvert il y a quelques mois (après beaucoup de monde visiblement… Mandor a un sacré flair, dites donc). La première fois que j’ai écouté « A nous », je suis resté scotché. Je me suis demandé ce qu’était cet ovni incompréhensible, mais qui me filait les poils. Je dis incompréhensible parce que je ne comprenais rien à ses propos. Il disait tout et son contraire, mais cette chanson me fascinait. Je n’arrêtais pas de l’écouter. Au bout d’un  moment, je me suis dit qu’une mandorisation s’imposait. Le 26 octobre dernier, cela fut fait dans les locaux de son label tôt Ou tard. Et enfin, j’ai compris « A nous ». Je parle de cette première chanson, mais les trois autres de son EP, Ca ne saurait tarder, m’ont plu tout autant. Vraiment beaucoup. Cet artiste est impressionnant textuellement, dans le flow et son sens de la mélodie évidente.

Petit plus : 

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter l'EP.

Un article dans Libération signé  Patrice Barbot.

Argumentaire de presse officiel :NOEPRESZOW_CANESAURAITTARDER_1440x1440.jpg

Il y quelques mois, Noé Preszow sortait «À nous», comme une carte de visite. À nous qui, comme lui, avons du mal à trouver notre place, à nous positionner. Noé Preszow (prononcer Prèchof), envisage un monde où solitude et solidarité cohabitent, se complètent, et ou le « nous » prend la place du « je ». Il était temps. Plusieurs millions de streams, des passages radio nombreux et toujours en croissance, des invitations sur les plateaux des médias belges et français. Une place qui se dessine pour cet artiste qui détonne. En  septembre dernier, Noé Preszow a sorti son premier EP, Ça ne saurait tarder. Il y est question d’amitié, qu’il s’agisse de l’impossibilité d’une fête («Que tout s’danse») ou que le dialogue soit rompu («Je te parle encore»). Quatre titres urgents et intenses, aussi impudiques que généreux. Quatre titres et déjà un appel d’air. Cela faisait longtemps que l’on n’avait entendu de tels mots dans un hymne pop.

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(Photo : Pierre Cattoni)

IMG_8895.jpgInterview :

Avant de signer chez tôt Ou tard, tu avais déjà quelques « petites » expériences dans la musique. Lesquelles ?

J’ai joué dans quelques groupes. Ma passion, c’est d’enregistrer. Je n’ai pas attendu une maison de disque pour commencer à m’adonner à cette activité. Dès que j’avais un peu d’argent de côté, j’allais le dépenser en studio avec des musiciens. C’est ainsi que j’ai avancé petit à petit. Peu importe comment ça allait finir, j’ai considéré qu’agir comme ça faisait partie de mon chemin.

Dans tes quatre chansons, il  n’y a pas d’économie de mots. Disons-le, il y a beaucoup de textes.

Je dis souvent que j’ai commencé à écrire vers 12 ans, quand j’ai reçu mon premier enregistreur, mais en fait il me semble que j’ai toujours écrit. J’ai appris à écrire en même temps que j’apprenais à taper à l’ordinateur. Mes premiers textes évoquaient les chanteurs que j’écoutais à l’époque. Le tout premier s’appelait « Ce que j’aime dans la musique de Renaud ». J’ai toujours fait les choses avant de me demander ce que je faisais. J’imaginais que mes textes ressemblaient à des chansons.

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(Photo : Pierre Cattoni)

J’ai l’impression que votre vie, même d’aujourd’hui, est construite autour de la chanson.

En effet, c’est comme ça que je suis en relation avec le monde qui m’entoure. Si j’écoute beaucoup de musiques contemporaines, c’est parce que ça me raconte l’époque dans laquelle je suis.

Vous écoutez beaucoup de chansons françaises, je crois.

Il y a des chansons de Beyonce que j’aime beaucoup, mais cette artiste ne me bouleverse pas comme Brigitte Fontaine, par exemple.

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(Photo : Pierre Cattoni)

Il n’y a que les chansons françaises qui vous bouleversent ?

Non. Bob Dylan et Leonard Cohen sont très importants dans ma vie. En règle générale, les chansons qui me bouleversent le plus peuvent être liées à des histoires familiales.

Ce que j’aime chez vous, c’est que ce que vous faites est original. Ça ne ressemble à aucune œuvre d'un autre artiste.

J'aime les chansons à texte, mais en même temps, j’ai une culture pop. J’ai beaucoup écouté les Waterboys par exemple. Je considère que c’est un des plus grands groupes au monde. Pour en revenir à votre constatation, il faut que je vous sachiez que je me sens libéré de mes influences parce que musicalement, dans mes goûts, c’est un peu le bordel.

Clip de "A nous".

Noé Preszow-1094-10(c)pierre cattoni.jpgParlons de « A nous ». Je n’ai pas compris le sens de cette chanson qui s’envole dans toutes les directions. C’est beaucoup pour avoir des explications que je voulais vous rencontrer. J’ai l’impression que vous êtes multiple dans la tête.

Quand on dit « vous dites tout est son contraire », ce n’est pas vrai. En disant  « on peut dire tout et son contraire », c’est dire quelque chose. Je suis toujours dans ce mélange là (rires). La vérité, c’est que cette chanson part d’une certaine souffrance. Cette multiplicité dont vous parlez me fait beaucoup souffrir parce qu’elle est réelle.

Comme la bipolarité ?

Totalement. Je suis quelqu’un de très nerveux et c’est la guerre tout le temps dans ma tête. Cela a contribué à faire « A nous ». J’ai un refus du positionnement, mais en même temps, c’est comme si je levais mon verre à ces mille personnes qui sont dans ma tête et à toutes ces voix que j’entends. Jeanne d’Arc est une figure qui m’a beaucoup marqué quand j’étais enfant. Je demandais tout le temps que l’on me raconte l’histoire de Jeanne d’Arc. Plusieurs années plus tard j’ai compris que c’était parce qu’elle entendait des voix que j’aimais cette histoire. Parler seul et entendre des voix font partie de ma vie.

Clip de "Tout s'danse".

Ce que vous venez de me dire explique quasiment toutes les chansons qui ont toutes de nombreuses contradictions. Vous êtes comment dans la vie ?

Je suis dans l’excès tout le temps dans la vie, mais un excès intériorisé, plus ou moins bien canalisé. Je ne suis pas quelqu’un de scandaleux. Camus disait « un homme, ça s’empêche ». Je souffre un peu de ça. Du coup, cet empêchement génère chez moi des crises de rire absolument abominables ou des crises de colère…etc. C’est par la musique que je peux tout exprimer et trouver mon propre centre.

La musique est-elle chez vous, une façon de vous soigner ? Ca remplace un psy ?

Je me soigne avec les deux.

Dans les chansons, avez-vous peur de trop en dire ?

Non, je pense vraiment que les chansons servent à ça. J’en dis très peu par rapport à ce que je disais quand j’étais très jeune (sourire). Mais, c’est important que les choses nous échappent.

Audio que "J'ai les armes que j'ai". 

Autre chanson, « Les armes que j’ai ».

Une partie de moi se demandait si j’allais vraiment sortir cette chanson parce que je ne suis pas un spécialiste de l’ego trip et de la plainte.

Vous n’avez pas peur d’être parfois négatif ?

Ce qui accompagne le capitalisme que l’on vit, c’est une sorte de dictature du positivisme.

Vous êtes plein de doutes ?

Oui et non. Non, parce qu’ils font partie de ma façon de vivre. Ce ne sont plus des doutes, ils font partie du chemin, je les ai intégrés. Par contre, je suis incapable d’acheter mon pain avant de répéter la phrase dix fois. Quand je suis tout seul, par contre, là, je n’ai aucun doute.

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Pendant l'interview...

Je suis surpris parce que là, nous sommes en interview, on ne se connait pas et pourtant vous me parlez brillement, sans aucune hésitation. Je trouve cela hyper paradoxal.

Par chance, mes parents ne m’ont jamais préservé de rien. De leurs conversations, de leurs amis….. J’ai vécu dans un milieu de conversations, alors je sens très vite à qui je peux parler. Je ne parle pas avec vous comme avec tout le monde. Ca dépend quelles sont les questions et qui j’ai en face de moi.

Vous êtes aux balbutiements de votre carrière, mais tout de même, vous vous êtes bien fait remarquer par les professionnels et déjà par un certain public. Ça vous rassure ?

Ce qui a changé, c’est mon rapport à ma ville natale, Bruxelles. On a toujours un rapport conflictuel avec sa ville natale. Pour le reste, je suis hyper paniqué pour la suite de ma débutante carrière, mais le fait que les quatre premières chansons ont trouvé un public, ça me libère l’esprit pour écrire la suite.

Vous êtes sûr de ne pas regretter de m'avoir parlé si sincèrement?

Si, évidemment (rires). Mais si je vous en ai parlé, vous pouvez l'écrire.

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                      Le 26 octobre 2020 chez Tôt Ou Tard.

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