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27 octobre 2020

Thomas Chaline : interview pour Francis Cabrel, une vie en chansons.

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francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie« Thomas  Chaline, au lieu de compiler les interviews et les témoignages douteux dont sont faites la plupart des biographies, a eu la bonne idée d’aller chercher directement dans les textes de Francis Cabrel pour raconter son histoire, et faire apparaître cette part de lui-même qui se dérobe d’ordinaire aux regards trop curieux. C’est une bonne idée, car Francis Cabrel ne se confit jamais autant que dans ses chansons, souvent à demi-mot, par allusion. Ce sont des fonds de décor qui apparaissent à l’angle d’une phrase, des instants voilés par la brume du souvenir, des personnages, fugaces, qui passent et disparaissent déjà…

Thomas Chaline, comme un détective subtil, a choisi les textes de l’auteur, les a étudiés à la loupe en les remettant dans leur contexte pour essayer de reconstituer les faits à partir d’indices qu’il faut parfois chercher entre les lignes […] Et  puis, ce qui est intéressant dans ce livre quand on parcourt plus de quarante ans de carrière, c’est de voir le temps laisser son empreinte, de retrouver à travers ses textes le jeune homme, l’artiste accompli, le père et, maintenant, l’homme de la maturité […]

Au fil des pages, des thèmes de chansons, des anecdotes, l’auteur nous fait partager un peu de la vie de cet artiste exceptionnel. Je dis un peu car il reste toujours une part d’ombre, et c’est tant mieux. C’est l’ombre qui donne des reliefs aux choses. Francis Cabrel le sait bien quand il écrit « L’ombre au tableau ».

Thomas Chaline tire avec délicatesse les fils des mots avec lesquels le poète tisse ses textes pour reconstituer son histoire, morceau par morceau. Qu’est-ce que la vie sinon l’histoire qu’on en raconte ? Car l’homme est autant fait de mots que de chair et d’os. »

Extrait de la préface du livre Francis Cabrel, une vie en chansons (Hugo Doc) par Richard Seff.

Ecrire un livre sur Cabrel et obtenir la préface de Richard Seff… Respect !francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

Rappelons qu’en 1974, ce dernier rencontre Francis Cabrel dans un concours organisé par Sud Radio. Conquis par l’originalité des chansons et par la voix du jeune chanteur, Richard Seff décide de le produire. Pendant plusieurs mois, Francis Cabrel passe les week-ends et ses jours de congé au studio Condorcet de Toulouse pour enregistrer les chansons de son premier album dans lequel figure « Petite Marie » qui sortira en 1977 chez CBS. Bref, que Richard Seff, premier artisan du succès de Francis Cabrel, accepte d’écrire la préface d’un livre sur le dernier des troubadours français, c’est une preuve de confiance envers l’auteur et une validation envers les propos tenus.

J’ai rencontré Thomas Chaline (plusieurs fois mandorisés), le 8 octobre dernier, une heure avant qu’il ne se rende à une écoute du nouvel album de Francis Cabrel, A l’aube revenant, en présence de l’artiste (qui, me racontera Thomas le lendemain, est venu le saluer et le remercier pour la précision et l’honnêteté de son livre…) Son livre est conceptuel. Il dévoile les secrets de création de Cabrel et propose de découvrir, à l’aide de nombreuses anecdotes, l’histoire d’une cinquantaine de ses chansons.

Le site officiel de Francis Cabrel. 

Pour écouter le nouveau disque, A l'aube revenant. 

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francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnieInterview :

Pourquoi un livre sur Francis Cabrel ?

J’ai toujours voulu écrire sur lui parce que c’est mon artiste préféré. Je suis un vrai admirateur depuis l’âge de 7 ans. A cause d’une biographie précédente, largement sujet à caution, les éditeurs étaient plus que frileux. Quatre ans plus tard, enfin, Clément Ronin des éditions Hugo & Cie, a accepté. Comme Cabrel devait sortir un disque le 16 octobre 2020, mon éditeur et moi avons joué sur cette synchronicité qui tombait à pic.

Comment expliques-tu la longévité de la carrière de Cabrel ?

D’abord, il laisse du temps entre chaque album. Il en sort tous les quatre ou cinq ans, se fait le plus discret entre deux disques hormis quand il fait une tournée. C’est quelqu’un qui joue le jeu de la promo, mais au tout début de la sortie d’un disque. Ça ne dure jamais longtemps. Cela dit, pour ce disque, il a fait exception à cette règle. En règle générale, c’est vraiment quelqu’un qui maîtrise parfaitement l’art de se faire désirer. Il part du principe que si on voit trop quelqu’un à la télé, on n’a plus envie d’aller le voir en concert.

Je sais que tu l’as déjà rencontré puisque tu le racontes dans le livre.

C’était à l’été 1998 au Tennis Club d’Hossegor. On m’avait appris qu’il participait à un tournoi. Le matin, avant d’aller le voir, j’avais quelques appréhensions. En fait, j’ai eu avec lui un échange personnel et privilégié, comme on en a rarement la chance d’en vivre à 14 ans. Je lui ai expliqué que je jouais de la guitare et que je composais. Il m’a écouté et semblait intéressé. Ça prouve bien que les Rencontres d’Astaffort existent parce que Cabrel aime et s’intéresse aux jeunes auteurs-compositeurs-interprètes. Je me souviens qu’il avait été simple, accessible, sympathique et discret avec moi. Parfaitement à l’image de ce que l’on peut penser de lui.

"Le philosophe, poète et naturaliste Henry David Thoreau écrivait : "La nature à chaque instant s'occupe de votre bien-être. Elle n'a pas d'autre fin. Ne lui résistez pas." Une philosophie que l'on retrouve dans "Le reste du temps" et dont Francis Cabrel a fait un principe de vie essentiel à son équilibre."

Thomas Chaline. 

Pourquoi le concept d’écrire l’histoire des chansons ?

Je savais que j’allais écrire sur Cabrel, mais je n’imaginais pas forcément une biographie. Mon éditeur n’était pas très chaud pour cela non plus, parce qu’il y en a déjà eues, notamment, celle qui a été décriée par Cabrel lui-même. Nous avons cherché une idée originale et très vite, nous sommes tombés d’accord sur l’histoire des chansons. Ca correspondait tellement à Francis Cabrel. Il a toujours mis sa vie en chansons. Finalement, c’est devenu une biographie en chansons.

Cabrel est certainement l’artiste français qui a le moins de pression.

Tu as raison. Il s’est créé un cocon affectif avec ses enfants, ses petits-enfants, ses amis de toujours, ce qui fait qu’il n’a pas la dépendance affective avec son public. Il semble heureux.

La chanson "In extremis", extrait de l'album éponyme - le treizième de Francis Cabrel - sorti en 2015, est une prouesse représentative de l'œuvre de l'artiste. Ce dernier y raconte à sa manière l'extinction de la langue occitane.

Thomas Chaline.

Il m’est arrivé d’interviewer Cabrel à Paris pour des journaux pour lesquels je travaillais, puis je l’ai rencontré plusieurs fois à Astaffort. J’ai trouvé que ce n’est pas tout à fait le même homme. Il a toujours été très gentil avec moi, mais chez lui, il est vraiment naturel et hyper convivial.

A Astaffort, tout  le monde le connait, il va à la boulangerie comme n’importe qui. Il n’est absolument pas dérangé. Là-bas, il est connu depuis toujours. C’est juste Francis, le fils de son père… Astaffort est le seul endroit au monde où on le laisse tranquille. Il est chez lui, donc il se comporte sans filtre. Enfin, Cabrel reste tout de même un homme secret qui, d’après ce que l’on m’a dit,  ne s’épanche pas beaucoup… même auprès de ses amis.

Je trouve tout de même qu’il s’est « détendu » ses dernières années, non ?

Oui, tu as raison. Il se lâche un peu plus. Pour la promo, en général, il choisit les journalistes qu’il connait depuis très longtemps et en qui il a confiance. En tout cas, ils sont triés sur le volet. Et puis, tu sais, il a 66 ans, la sérénité est venue avec l’âge. Là, je parle à sa place et je n’aime pas trop ça.

Tout le monde s’accorde à dire que la couverture du livre signée Maxime Ruiz est fabuleuse.

C’est une photo qu’il a prise à la fin de l’enregistrement de l’album Hors saison. Je te passe les détails, mais nous nous sommes vus trois heures à Bruxelles. Il a apprécié le concept de mon livre et m’a donc proposé quelques photos. Nous avons choisi celle que nous avons considéré la meilleure pour cet ouvrage.

Clip de "Te ressembler" réalisé par l'auteur de la couverture du livre de Thomas Chaline, Maxime Ruiz, extrait de son nouvel album, "A l'aube revenant". 

Tu révèles aussi sa part d’ombre, mais avec tact et sans indiscrétion.

Moi, pas du tout. C’est Richard Seff qui en parle dans la préface. C’est honnête de sa part parce qu’il le démystifie un peu. Il y a l’artiste adulé, le poète, mais Cabrel reste un homme avec ses failles et ses faiblesses. On est tous pareils.

Comment as-tu choisi les chansons ?

Clément Ronin, mon éditeur, très amateur de chansons françaises, m’a envoyé une liste de chansons essentielles pour lui. Sa sélection était intéressante parce que je savais qu’il y avait des choses à dire sur chacune d’entre elles. Et ensuite, j’ai choisi des chansons qui me plaisaient personnellement. Ce ne sont pas les plus commerciales. J’aime l’idée que le lecteur lise l’histoire et que ça lui donne envie d’écouter la chanson en question.

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Pendant l'interview...

Je te pose la question gênante. Te considères-tu comme le spécialiste de Cabrel ?

Si je te réponds oui, n’as-tu pas l’impression que je passerais pour un prétentieux ? Je suis admirateur, j’en connais un rayon sur lui, de là à dire que je suis le spécialiste, je ne franchis pas le cap. Par contre, pas un seul fan ne m’a reproché d’avoir oublié telle ou telle chose. Tu sais, il y a des gens qui se considèrent toujours comme les gardiens du temple. Même ceux-là n’ont pas émis de critiques.

Je vais te dire ce que je pense. Pour moi, ce livre est le livre référence sur Cabrel. Ni plus ni moins.

Merci, ça me touche. Je suis fier de ce livre parce qu’il a eu la validation et le soutien de ses proches. Maxime Ruiz m’a expliqué que Cabrel ne dira jamais ce qu’il pense du livre, mais ça l’a intéressé de savoir ce que j’avais dans le ventre.

Il l’a lu ?

Oui. J’en suis certain. Un pote à moi lui a transmis pendant le confinement. Un peu plus tard, ce pote a été en relation avec lui et il a tenu à préciser des choses. Par exemple, sur les pages concernant « Petite Marie », il a dit qu’il n’avait jamais été en scooter à Toulouse, mais en 4L 3 vitesses. Il a dit à mon pote : « Dis-lui, je veux qu’il rectifie cette petite erreur ! ».

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Le 8 octobre 2020, après l'interview.

Bon, comme vous le savez, si vous me suivez ici depuis 2006, Mandor est un sacré vantard. Il n'hésite pas à se mettre en avant en publiant des photos de lui avec le sujet du livre de Thomas Chaline. Honte à lui.

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Le 18 mars 1986 à Montpellier, après une interview pour Nostalgie Montpellier.

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Le 10 septembre 2012, à Paris, après une interview pour le magazine des Espaces Culturels Leclerc.

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Le 18 mars 2015, à Paris, après une interview pour le magazine des Espaces Culturels Leclerc. 

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Le 21 avril 2015, à Paris, après la cérémonie du 8e prix Centre des Ecritures de la chanson Voix du Sud-Fondation La Poste.

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Le 25 avril 2017, à Paris, après la cérémonie du 10e prix Centre des Ecritures de la chanson Voix du Sud-Fondation La Poste.

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Le 25 septembre 2018, à Astaffort, lors des Rencontres, dans la cour de Création. 

19 octobre 2020

Jonathan Dassin : interview pour A toi Joe Dassin

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jonathan dassin,joe dassin,à toi,interview mandor« Joe Dassin n’est pas mort il y a 40 ans. Il s’est seulement absenté, laissant un extraordinaire répertoire qui, à jamais, porte les couleurs de l’été, de l’amour et du partage. Tout naturellement, les artistes pop français de 2020 le connaissent par cœur et reprennent les chansons avec lesquelles ils ont grandi. Tous enfants de Dassin, ils rouvrent aujourd’hui le songbook le plus radieux de la chanson française. » Bertrand Dicale.

Pas étonnant donc qu'au 40ème anniversaire de sa disparition (le 20 août 1980), un hommage en musique lui soit rendu, lui qui a illuminé de sa voix chaude la chanson française. La nouvelle génération de chanteurs et chanteuses (Ycare et Axelle Red, Les Frangines, Trois Cafés Gourmands, Patrick Fiori, Lola Dubini, AldebertCamélia JordanaTibz et Jérémy Frérot, Kids United Nouvelle Génération, Madame Monsieur, 21 Juin le duo et La Deryves, Julien Dassin et Jonathan Dassin) s'attaque à quelques-uns des monuments du répertoire de Joe Dassin dans l’album A toi, le 23 octobre prochain. Il propose une relecture moderne du répertoire de l'américain. Joe Dassin fait partie de ces artistes qui savent réunir les générations, ce qui est rare aujourd'hui.

Clip de "A toi" par Axelle Red et Ycare.

Le 28 septembre 2020, j’ai mandorisé pour la troisième fois le fils du chanteur, Jonathan Dassin, qui exerce lui aussi le même métier (les deux autres (et un peu plus) à lire ici). C‘est dans une brasserie de la Gare du Nord qu’il m’a expliqué le pourquoi du comment de ce projet discographique.

Sa page Facebook.

Pour écouter l'album.

La bande annonce de l'album Joe dassin, A toi.

jonathan dassin,joe dassin,à toi,interview mandorInterview :

Tu es content de cet album hommage à ton père ?

Ça fait longtemps que je le souhaitais. Il y a eu des discussions à ce sujet avec Sony. Au départ, ils n’étaient pas intéressés, puis ça s’est décanté. L’intérêt est arrivé. A titre personnel, c’est vraiment un hommage comme celui-ci que je voulais rendre à mon père. Tous ces jeunes qui chantent ses chansons, ça me touche profondément. Il y a des artistes en devenir dans la nouvelle scène française et des plus confirmés comme Axelle Red et Patrick Fiori. Le casting de Sony est vraiment bon. Je suis très satisfait du résultat. En plus, mon frère Julien et moi en faisons partie.

Teaser Julien Dassin.

Symboliquement, que vous soyez tous les deux sur ce projet, c’est évidemment important.

Oui. Mais vraiment, l’idée principale de ce disque est de transmettre l’œuvre de mon père à la nouvelle génération, même si je sais que l’on apprend, déjà, ses chansons à l’école. Ce projet a le mérite de pouvoir plaire à ceux qui l’ont aimé à l’époque, mais aussi aux jeunes d’aujourd’hui. Mon père fait partie du patrimoine de la chanson française, voire de l’histoire de la musique. J’en suis très fier.

Les arrangements sont un peu différents que ceux originaux. En écoutant les chansons, on s’aperçoit de leur modernité.

Je trouve que la réalisation de ses chansons a tout à fait respectée l’esprit original, en effet. Même si chaque artiste a mis un peu de sa personnalité, là encore, ce n’est pas aux antipodes de ce que voulait transmettre mon père.

Teaser Trois Cafés Gourmands.

Teaser 21 Juin le duo et La Deryves

Je me souviens que dans nos précédentes interviews, tu me disais que tu ne souhaitais pas particulièrement chanter le répertoire de Joe Dassin. As-tu changé d’avis ?

J’ai traversé une période où j’avais besoin de prendre du recul par rapport à lui. Je l’assume plus depuis plusieurs mois. Cette année, le chanter devenait même indispensable. Je voulais ardemment lui rendre hommage.

Tu chantes dans ce disque « Siffler sur la colline » avec la jeune Carla et « Marie-Jeanne ».

Il m’est arrivé de chanter « Marie-Jeanne » ces derniers temps et j’y prenais beaucoup de plaisir, quant à Carla, j’aime beaucoup sa voix et « Siffler sur la colline » lui va bien. Tous les deux, nous nous sommes immédiatement entendus. Par sa famille, elle a été élevée avec les chansons de mon père. Elle était donc, m’a-t-elle dit, ravie de participer à ce disque.

Teaser Carla et Jonathan Dassin.

Teaser Patrick Fiori et Lolo Dubini. 

jonathan dassin,joe dassin,à toi,interview mandorÇa t’émeut d’entendre ces artistes chanter les titres de ton père ?

Beaucoup. C’est très émouvant pour moi un tel respect des artistes pour lui. Je tiens aussi à dire qu’il y a beaucoup de succès de mon père qui n’y sont pas. Il y en a trop. Les autres seront peut-être dans un volume 2… Moi, en tout cas, les chansons de mon père que je préfère sont les moins connues.

Dans ta carrière perso, où en es-tu ?

Pour le moment, je privilégie ce projet sur mon père, mais j’ai plein de chansons qui sont prêtes pour mon deuxième disque. J’enregistre aussi les chansons de mon premier album en allemand. J’ai également un nouveau groupe, très rock, avec lequel j’ai fait quelques concerts en Belgique il n’y a pas longtemps et on espère en faire d’autres malgré les contraintes du Covid 19.

Ton deuxième album, tu comptes le sortir quand ?

On va sortir un premier titre à la fin de cette année ou au début de l’année 2021. Après, sortirais-je les titres un par un ou ferais-je un album ? Je ne le sais pas encore. Il y a plein de chansons de prêtes et je piétine d’impatience de les présenter. Ces chansons seront plus electro et plus rock que le premier. Elles auront un caractère nettement plus marqué.

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Le 28 septembre 2020, après l'interview.

16 octobre 2020

Luc-Michel Fouassier : interview pour Les pantoufles

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les pantoufles,interview,mandorCela fait 12 ans que je connais Luc-Michel Fouassier. Je l’ai mandorisé maintes fois pour la plupart de ses ouvrages et vécu des salons du livre et des débats avec lui (voir tout ceci ici). Bref, j’aime l’homme autant que l’écrivain. Mais à la lecture de son dernier livre, Les pantoufles (Editions de l'arbre Vengeur), j’ai tout à fait oublié que c’était le livre d’un pote. Dans ce doux brûlot, le héros, parce qu’il sort de chez lui en pantoufles (clés évidemment oubliées à l’intérieur de son appartement), va affronter les diktats sociaux et bousculer les non-dits.

« Je n'étais pas devenu l'homme invisible, mais l'homme silencieux. Je ne foulais plus le même sol que mes congénères, j'avançais en marge. A côté de mes pompes, en quelque sorte. » 

Vous l’avez compris, Luc-Michel Fouassier fait la part belle à l'anticonformisme et au pas de côté qui permet de regarder les choses différemment. Drôle et sarcastique et parfaitement jubilatoire.

J’ai donné rendez-vous à Luc-Michel Fouassier le 23 septembre dernier dans une brasserie de la gare du nord.

4e de couverture :les pantoufles,interview,mandor

Ne jamais sortir de chez soi en pantoufles avec ses clefs à l’intérieur ! Ou alors être prêt à l’aventure urbaine et sociale. Le héros de cette épopée urbaine va éprouver le pouvoir de ses charentaises et de quelle manière sa vie, pourtant si banale, peut en être changée. Face à ses collègues de travail, sa famille, ses amis, les forces de l’ordre, voire la confrérie des farfelus, il se lance pendant plusieurs jours dans un combat inattendu pour imposer sa si tranquille façon de marcher et de regarder les gens, à hauteur de chaussettes. Ce numéro de funambule s’achèvera devant un spectacle de Guignol, joliment.

L’auteur :

Luc-Michel Fouassier est né en mai 68, non loin des pavés, en région parisienne. Ses premiers livres ont paru en Belgique. Au contact de nos amis wallons, il a acquis la conviction que l’humour bien troussé et bien chaussé reste le moyen de lutter le plus efficace contre les fâcheux de tous poils. Il a publié chez Quadrature et Luce Wilquin, notamment Le Zilien, préfacé par Jean-Philippe Toussaint.

Sa page Facebook.

Présentation de "les pantoufles" de Luc-Michel Fouassier par les éditions de l'arbre Vengeur.

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les pantoufles,interview,mandorInterview :

Comment t’es venu l’idée de cette histoire ?

Ce sont principalement mes lectures qui m’ont inspiré. Je voulais un bouquin court et efficace comme Bartleby d’Herman Melville, avec un personnage en marge face à la société. Je souhaitais aussi un minimum de moyen pour le mettre en marge, un peu à la façon du héros de Jean-Philippe Toussaint dans son roman La salle de bain. Comme j’adore aussi Albert Cossery, un pourfendeur des choses établies, je voulais que ce personnage égratigne un peu ses contemporains.

Le minimum de moyen, c’est donc les pantoufles.

Un jour mon épouse m’a acheté des charentaises. Je ne les ai jamais mises parce qu’elles étaient trop chaudes. A force de les voir traîner chez moi, inconsciemment, ça a dû m’influencer. Quand c’est venu à mon esprit, je savais que je tenais mon sujet. Choquer à cause de pantoufles, alors qu’il n’y pas plus mignons et doux, ça m’a amusé.

Contrairement au héros de Bartleby qui reste dans l’étude du notaire, le tien est confronté à plusieurs situations.

Oui, par exemple, le monde du travail. L’entreprise, la performance à tout prix, les brainstormings… tout ceci permet à mon personnage en pantoufles de vivre quelques situations truculentes. J’évoque aussi la société marchande, le monde de l’art, les amis, la famille… et pour poétiser mon histoire, pour l’ouvrir sur d’autres dimensions, j’ai créé la confrérie des farfelus. Dans la réalité, je suis pour une société humaniste où nous avons nos faiblesses, nos joies… Par les mots, je me bats contre cette société qui devient plate et hypocrite. On arrive à un point où il va falloir faire demi-tour.

Merci de ne pas en dire plus sur cette confrérie. Il faut que les lecteurs la découvrent. Ce que j’aime dans ton livre, c’est que malgré une certaine critique sociétale, la bienveillance est là.

Je ne sais pas si mon livre est bienveillant, mais j’ai voulu qu’il y ait beaucoup d’humour et de dérision. Je ne voulais pas traiter ce sujet de manière agressive. Les messages passent mieux par l’humour…

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Pendant l'interview...

En lisant ce livre-là, alors que j’ai tout lu de toi, je n’ai pas retrouvé ton écriture habituelle. J’ai eu l’impression de lire un autre auteur. Ça te choque que je te dise cela ?

Non. J’écris depuis plus de 30 ans, mais je ne suis publié que depuis 2008. Les livres se suivent et je commence à voir où je veux aller et où je peux amener une pierre supplémentaire à la littérature anti bien-pensance.

Est-ce que le personnage de ton roman te ressemble ?

Ce personnage est juste ma soupape. Tu accumules, tu accumules et à un moment donné, tu lâches les vannes. Ça fait du bien de ne pas être « comme il faut ». Je vais t’avouer une chose. Je suis en train de changer. Il y a une usure qui s’installe en moi.

Je sais que tu as été déçu par certaines personnes à qui tu avais donné toute ma confiance et ton amitié… cette usure vient aussi de là ?

Oui, beaucoup. Je suis attaché à des personnes, à des objets, je ne veux jamais m’en séparer. Le cœur est là pour vibrer, pas pour faire les choses à moitié, sinon, tu vis à moitié.

Peut-on dire que c’est un livre philosophico-sociétal ?

(Rires). Tu as un peu raison. Mon personnage a une façon de vivre tel un philosophe et moi-même, j’aime observer la marche du monde et ses occupants. Éric Holder disait : « L’écriture, c’est se mettre plus bas et observer ».

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Pendant l'interview (bis).

Je tiens à préciser que tu n’es pas un donneur de leçon dans ce livre. Tu te contentes d’observer et raconter à ta façon.

Tu as raison, je ne veux surtout pas être moralisateur. Je le répète, dans ce roman, je voulais juste signifier que l’on est pas obligé d’être dans la bien-pensance et que l’on peut être en marge.

Les critiques sont dithyrambiques sur ton livre.

Oui. Les libraires sont avec moi et me défendent tellement bien qu’il est déjà en réimpression. Au niveau des médias, par contre, je ne suis pas très soutenu, mais ce n’est pas grave. Je pense que ce livre va s’installer dans la longueur.

Tu fais la promo en pantoufles, comme aujourd’hui.

Partout où  j’irai défendre ce livre, je viendrai en pantoufles. Je me vois très bien sur le canapé de François Busnel avec mes pantoufles (rires). Regarde-les ! Ce sont de belles charentaises made in France.

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Heureusement que le titre de ton livre n’est pas Le string !

(Eclat de rire). J’aurais fait le tour des plages de France, une tournée d’été. Très bonne idée !

Je conseille ton livre à tout le monde tellement je l’aime, parce qu’il est essentiel pour comprendre l’âme humaine… et de manière si drôle.

Tu me diras combien je te dois après. En vrai, ça me fait plaisir parce que tu me connais et que tu lis beaucoup de bouquins. Ce qui est terrible pour un auteur, c’est de faire du sur place. Tes propos me touchent, car ils me prouvent que ce n’est pas un livre inutile.

Je verrais bien une adaptation cinématographique.

Moi aussi. Il est peut-être un peu âgé aujourd’hui, mais il y a 20 ans, Jean-Pierre Darroussin aurait été parfait pour jouer le rôle de mon héros. Mon livre est suivi par l’agence Trames. Ils sont chargés de céder les droits. On ne sait jamais…

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Le 23 septembre 2020, à Paris.

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11 octobre 2020

Illustre : interview pour l'album Ille

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(Photo : Julien Mignot)

illustre,ille,interview,mandor,xrayIl y a eu Diam’s, il y a désormais Illustre. Cette nouvelle rappeuse frappe textuellement encore plus fort. « Elle se déplace avec une aisance déconcertante sur la fine ligne de crête entre poésie et engagement. Portée par un élan inaltérable, riche d'un regard neuf, elle avance à grande vitesse et s'attache à transmettre cette énergie débordante » explique  l’argumentaire  de presse.

Après un premier EP en auto production l’année dernière, Les mains bleues, elle arrive pour casser la baraque avec un premier album qui risque de faire date, Ille. Le 22 septembre dernier, en terrasse d''une brasserie de la gare du nord, j’ai rencontré ce phénomène venu de Clermont-Ferrand pour une première mandorisation.

Pour écouter l'album,  c'est là.

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Mini biographie officielle :illustre,ille,interview,mandor,xray

Comme les deux pôles d'un iceberg, Illustre cherche à assembler les différences. Créer une cohésion, une alchimie, dans une société en plein bouleversements. Hors des codes et non-binaire, remettant en question les clichés sur le genre, elle aime rendre complémentaire ce qui tend à s’éloigner. Et s'adresse à toute une génération, qui doit puiser dans ses complexes les plus enfouis, pour devenir enfin soi-même.

Cette identité singulière se retrouve dans son premier album, ILLE, une ode musicale rap soutenue par des productions modernes entre chill trap et turn up hip hop. A travers un jeu de miroirs entre féminin et masculin, elle parle de notre monde, de notre identité, du lâcher prise, de la place de la femme, elle parle de persévérance, d'émotion...

Illustre a mis un peu de son histoire, de son chemin personnel, dans une robe soyeuse, classe et accessible. Car elle fait du rap pour les gens. L'art pour rassembler, connecter les énergies, raconter un possible, élargir les frontières et oublier les limites. L’album ILLE sera la première pierre de ce puissant édifice. La scène sera son terrain de jeu.

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(Photo : Julien Mignot)

illustre,ille,interview,mandor,xrayInterview :

Tu as commencé en faisant tes maquettes dans ton home studio.

Avec ces maquettes, j’ai rencontré des gens dans ma ville qui m’ont permis d’aller plus loin que ça. J’ai fait beaucoup de scènes ouvertes, des open mic (micros ouverts) pour les performances qu’il y avait à faire. Avec ces expériences, j’ai commencé à comprendre l’idée d’esprit de groupe propre au hip-hop. Avant cela, j’étais toute seule à tout faire jusqu’au jour où  j’ai  rencontré mon meilleur ami aux Beaux-Arts. Il faisait de la musique sur des scènes locales, ça m’a donné envie de faire évoluer les choses. En tout cas, je ne voulais plus rester seule dans mon coin. De fil en aiguille, ça m’a permis de sortir mon premier album sous le label XRay. Grace au gros soutien de Clermont-Ferrand les choses sont allées assez vite. J’ai pu jouer dans certains lieux qui, indéniablement, nous ont aidés à sacrément évoluer.

Tes chansons délivrent des messages sur le « genre ».

Mon album est constitué de deux parties. J’ai essayé d’enlever cette binarité (concept utilisé en sciences sociales pour désigner la catégorisation de l'identité de genre en deux et uniquement deux formes distinctes et complémentaires : masculin et féminin) tout en l’exprimant. Il y a parfois des textes assez virulents dans le propos et la manière de l’énoncer, mais il y a aussi des textes plus introspectifs qui ramènent plus à mes histoires personnelles.

C’est quoi ton propos exact, finalement?

Il y a énormément d’affirmation de soi. Dans cet album, j’ai été portée par une année de développement personnel assez poussée. C'était une manière introspective de prendre du recul sur tout cela. Très sincèrement, les sujets que je traite ne sont pas abordés dans le rap : s’affranchir des codes sociaux, des lois morales, parler de la maladie, de l’intelligence émotionnelle… ce sont vraiment des thématiques qui me concernent et qu’on n’entend pas dans le rap. J’avais envie d’amener un peu de fraîcheur là-dedans, avec un côté hybride. J’en ai profité pour rendre complémentaire les deux facettes de ma personnalité, entre la poésie et mon côté écorché. Je suis aussi lucide de la réalité qui est la nôtre.

"Dans « Type Chelou », Illustre aborde sans faux-semblants les questions du genre, de l’identité et de la diversité, qui lui sont chères, en s'adressant à toute une génération, qui doit puiser dans ses complexes les plus enfouis, pour devenir enfin soi-même. Véritable ode à l’émancipation, Illustre y exprime sa non-binarité assumée et traite du conflit générationnel dans lequel elle vise à déconstruire les codes prédéfinis pour en créer une vision libre et nouvelle."

Tu n’as pas peur de devenir porte-parole des personnes qui épousent ta cause ?

Je  n’ai pas envie d’être  l’étendard de quoi que ce soit parce que je ne suis personne pour l’être. Je n’estime pas avoir toutes les questions et toutes les réponses sur le sujet. Je cherche encore. Je fais mon truc, je me présente comme je suis, c’est tout.

Tu te sens différente des autres rappeurs ?

Disons que je n’ai jamais voulu me fondre dans la masse. Depuis ma jeunesse, je n’ai jamais aimé cela. On ne peut pas espérer quelque chose de différent en faisant la même chose que tout le monde. Il y a de la singularité dans toute performance artistique, mais je trouve dommage que les jeunes qui démarrent essayent de faire ce qui a déjà été fait sans chercher en eux ce qu’il a d’unique. Tout le monde a des choses personnelles à raconter parce qu’on a tous des parcours et des identités différentes.

Je formule ma question différemment. Te sens-tu à part ?

J’ai plus l’impression d’être une intruse. C’est une relation personnelle de moi à moi-même. Tout l’enjeu de la dimension artistique, c’est d’arriver à s’accepter soi-même et à s’affirmer…  

"Vautour" : morceau égo-trip dans lequel Illustre mêle punchlines, technique et flow. Premier extrait de son premier album, c'est une manière de nous dire qu’elle est possédée par la passion du rap, qu’elle arrive, avec un peu de clash, de classe et surtout beaucoup de détermination.

Ça te fait du bien de livrer tout ce qu’il y a en toi ?

Oui. C’est réellement une thérapie. Au début inconsciemment, aujourd’hui consciemment. J’écrivais pour exprimer et relâcher un peu toutes les émotions que j’avais, au bout d’un moment, c’est devenu un style de vie, j’écrivais tous les jours. J’écrirai toute la vie, que j’ai de la notoriété ou pas, parce qu’écrire me rend vivante. C’est une manière de laisser une trace en moi-même.

Ça t’a sauvé d’écrire ?

C’est une belle question, mais j’ai besoin de réfléchir avant de te répondre. Ça m’a sauvé dans le sens où ça m’a donné une ligne de conduite et créé un chemin… là où je ne voyais pas d’issue.

Dans "Mémoire", Illustre expose sa vision de la France et de notre démocratie. Son ambition est de nous rappeler que les droits que nous avons acquis ne sont pas dus pour autant et que c’est une chance de les avoir. Elle fait le parallèle entre une génération passée qui s'est battue pour obtenir ces droits, et une génération actuelle qui oublie le confort dans laquelle elle se trouve. Avec « Mémoire », Illustre prône ainsi le fait de continuer à se battre pour préserver nos droits, et potentiellement en obtenir de nouveaux.

Tu as beaucoup de tatouages bien visibles. C’est pour un peu choquer, interpeller.

On n’a pas besoin de choquer pour choquer. J’aimerais juste que les gens se posent des questions et qu’ils tentent d’aller chercher autre chose que dans l’apparence. Je veux plus bousculer les consciences que choquer.

Sur ton visage, tu as un tatouage du mot amour, tu veux bien m’en parler ?

Cela faisait deux ans que je réfléchissais à un tatouage sur le visage, il ne fallait donc pas que je le regrette. Je voulais choisir un mot. Amour concerne tout le monde. Cela peut être l’amour d’une personne, d’un projet, d’une sensation. Il est partout et c’est la seule chose que tout le monde possède. Amour, c’est aussi pour me regarder avec amour. Là où certaines personnes pourraient trouver cela niais, moi je trouve ça très frontal et authentique.

Illustre nous dévoile sa facette émotionnelle et poétique avec « Maladif », un morceau intimiste dans lequel elle aborde la maladie de son père : « C’est comme si un vent violent venait vous frapper sans que vous n'ayez le contrôle. Je ressens et je chante le refrain de manière très spirituelle, comme s'il y avait un déploiement d'énergie qui se manifestait, dans lequel j'essayais de répondre aux questions existentielles. J'y exprime un quotidien désorienté et un inversement des rôles. Mon pilier identitaire est absent, je dois grandir plus vite, comprendre le comportement des gens, et m'adapter. » Pour réaliser le clip qui illustre ce nouveau morceau, l’artiste est allée puiser dans les archives VHS des vidéos familiales.

Dans ta façon de chanter, je décèle une niaque très rare.

Ce sont des textes assez conscients et violents qui m’ont amenée au rap. J’ai donc cette partie-là en moi dans ce que je fais, mais je ne me contente pas uniquement de cette manière d’exprimer les choses. Je ne me cantonne pas à une forme de rap parce qu’il en existe une multitude.

Soudain, un homme même pas éméché s’approche de nous et lance à Illustre : « Toi tu es une rock star, ça se voit direct. »

C’est très intéressant cette scène que nous venons de vivre. Il n’y a ni micro visible ni camera et un homme vient pour te dire ça. C’est qu’il y a indéniablement quelque chose qui se dégage de toi.

(Rires un peu gêné).

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(Photo : Julien Mignot)

Tu as un flow hyper rapide. Il faut beaucoup de pratique pour y parvenir ?

Ah oui ! Je t’assure que ça ne vient pas du jour au lendemain. Ça demande beaucoup de travail. Ça fait dix ans que j’écris et cinq ans que je slame/rappe/chante. Aujourd’hui, j’aime sortir de ma zone de confort. Je cherche des nouvelles productions, des nouveaux rythmes et je change les structures habituelles. A force, cela crée une technique assez unique. J’essaie aussi d’élargir mon panel de capacités vocales.

Quel artiste t’a donné envie de prendre ce chemin-là ?

Sans hésiter Diam’s. Au début, ce qui m’a intéressée dans le rap, c’était l’amour des mots. Diam’s maniait les mots parfaitement. Il faut comprendre que je viens de la poésie. J’en écrivais sans musique. Puis, j’ai découvert le rap, alors je me suis lancée là-dedans pour que mes textes à messages puissent être intégrés par un plus large public. Dans le rap, il y a une réflexion sur des sujets qu’il n’y a pas forcément dans les autres styles musicaux. Ce n’est pas mieux ou moins bien, je ne porte aucun jugement.

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Pendant l'interview...

Tu me sembles quelqu’un que le métier ne va pas pouvoir diriger.

C’est viscéral pour moi. Je ne pourrai jamais faire semblant. Je ne serais tout simplement pas capable de faire ce que je ne souhaite pas. Je me sens incapable de monter sur scène avec le sourire si je me sens étriquée.

As-tu le souci d’être comprise par tous où tu t’en fous ?

Intéressante question. J’aimerais l’être… de manière différente. Dans le plus profond, pas juste en surface. En y réfléchissant je me demande si en voulant être comprise, ce n’est pas pour que je me comprenne moi-même. J’ai l’impression que ce sont les autres qui nous font comprendre ce qu’on est. C’est la question de l’ego.

Tu as l’impression d’avoir beaucoup d’ego ?

Oui, beaucoup. Trop. Il en faut quand tu fais du rap, mais à juste dose.

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Le 22 septembre 2020.

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(Photo : Julien Mignot)

04 octobre 2020

Antoine de Maximy : interview pour J'irai mourir dans les Carpates

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(Photo : Marie Augustin)

antoine de maximy,j'irai dormir dans les carpates,interview,mandorDepuis toujours, Antoine de Maximy recherche l’originalité, faire autrement, prendre un autre chemin. Avec J’irai dormir chez vous, en filmant avec son harnais et ses trois caméras, il a inventé une écriture filmique.

Le 17 septembre dernier, j’ai donné rendez-vous à Antoine de Maximy dans une brasserie de la Gare du Nord où j’ai mes habitudes. L’objet de cette deuxième mandorisation (lire la première là, en 2012) est son premier film de fiction J’irai mourir dans les Carpates. Ce que j’aime avec Antoine, c’est qu’il parle cash (et ça fait du bien en ces temps de bien-pensance et de lissitude).

Biographie (source AlloCiné) :

Issu d’une famille assez bohème, Antoine de Maximy est passionné de voyages, d’expéditions et de découvertes. C’est aussi un homme d’images car il commence à filmer très tôt, réalisant une fiction de 3 minutes en super 8 à 12 ans. Viré du lycée en seconde, il s’engage au cinéma des armées comme ingénieur du son. Il couvre plusieurs conflits avant de faire un premier pas dans le cinéma toujours comme ingénieur du son sur le film de Gérard Vienne Le Peuple Singe en 1989. Puis Antoine réalise de nombreux documentaires animaliers et scientifiques partout sur la planète, aussi bien à 6 800 m d’altitude qu’en sous-marin à 5 000 m de profondeur dans le Pacifique. C’est en 2004 qu’il se fait connaître du grand public en créant et présentant la série J’irai dormir chez vous : des carnets de voyage fantaisistes et antoine de maximy,j'irai dormir dans les carpates,interview,mandortotalement improvisés, tournés dans plus de 60 pays. Le concept est unique : il se filme seul à l’aide de plusieurs caméras, en cherchant à dormir chez l’habitant. À partir de ce concept, Antoine de Maximy réalise un long métrage J’irai dormir à Hollywood dans lequel il traverse seul les États-Unis avec une bonne dose d’autodérision et une grande tendresse pour les personnages rencontrés. Le film sorti en salles en 2008 est nommé aux César. Poursuivant cette idée il décide alors d’écrire et réaliser son 1er long-métrage de fiction : J’irai mourir dans les Carpates.

Sa page YouTube.

Synopsis :

L’histoire commence par un banal accident de voiture sur une route montagneuse des Carpates. La voiture d'Antoine de Maximy, le présentateur de la série J'irai dormir chez vous a été emportée dans une rivière et son corps n’a pas été retrouvé. Le matériel et les images du globe-squatteur sont rapatriés à Paris. Agnès, la monteuse de la série, décide de terminer ce dernier épisode. Après avoir visionné les images elle s’attaque au montage du film. Mais des détails attirent l'attention d'Agnès. Petit à petit le doute s'insinue. L’histoire n’est peut-être pas aussi simple...

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(Photo : Nathalie Guyon-France 5)

antoine de maximy,j'irai dormir dans les carpates,interview,mandorInterview :

Ça s’est bien passé la promo de ce film ?

J’arrive au bout. J’ai fait 113 avant-premières dans toute la France, seul avec ma bagnole. 10 000 kilomètres parcourus en tout. La réaction des gens est hyper bonne. Si tu regardes sur AlloCiné les critiques de la presse, tu constateras qu’elles sont mitigées. J’ai 2 et demi sur 5, donc, c‘est très moyen. Par contre, avec les notes du public des avant-premières, on arrive à 4,7. Visiblement, les gens qui aiment la série s’y sont complètement retrouvés. Les vrais cinéphiles et les gens de cinéma ne s’y retrouvent pas forcément parce que je n’ai respecté aucun code.

Pourquoi n’as-tu pas respecté les codes du cinéma ?

Premièrement, je ne les connais pas et deuxièmement, je m’en fous. Je voulais faire mon film, sans influence, sans conseils de pros. Je voulais faire une histoire, je l’ai faite. Le film qui existe, c’est celui que je voulais faire. J’assume ce film comme tu n’as pas idée.

Bande annonce du film J'irai mourir dans les Carpates.

D’où t’es venu l’idée d’écrire une vraie fiction?

Je me retrouvais régulièrement dans des situations un peu tendues. A peu près tous les trois épisodes, il y a des séquences où on se demande comment ça va finir et je dirais que tous les dix épisodes, il y un moment plus que critique. Je me suis souvent posé la question de savoir comment ça pourrait déraper. J’ai commencé à imaginer ce qu’il pourrait se passer. Très rapidement, j’ai réalisé que ça ne serait pas suffisant. Ce qui m’intéressait encore plus, c’est de faire une enquête dans les images. Il y a donc une intrigue qui est cachée dans les rushs. Je sais qu’il y a des gens qui retournent le voir pour voir si rien ne leur a échappé, si tous les détails sont réellement en place. Sans vouloir comparer mon film à ceux-là, j’aime beaucoup Blow up et Blow out dans lesquels on cherche à résoudre un mystère grâce aux photos pour l’un et au son pour l’autre…

Je me souviens que tu as déjà tourné un épisode de J’irai dormir chez vous en Roumanie, il y a une quinzaine d’années.

Je me souviens qu’une fois sorti des grandes villes, on découvrait une campagne comme la France d’avant-guerre avec des charrettes à chevaux, des paysans avec des fourches et des mobylettes. Même si les choses ont complètement changé en quinze ans, j’avais gardé cette image en tête. Pour ce film, je me suis concentré sur les Carpates parce qu’elles s’étendent de la Roumanie à la Pologne en passant par de nombreux pays comme l’Ukraine. Cela donne un côté mystérieux, sans s’attacher à un pays particulier.

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Antoine de Maximy avec Maxime Boublil (Photo : Tiberiu Hila)

On te voit souvent parler à ta caméra pour t’adresser au  monteur de l’émission. Tu fais vraiment cela quand tu tournes ?

Oui, car je suis toujours seul. Aux Etats-Unis, quand j’ai tourné J’irai dormir à Hollywood, j’ai pété les plombs. J’étais là depuis deux mois et j’en avais ras le bol. J’ai dit à la caméra, donc au monteur : « Les américains me font chier, j’en ai plein le cul ! » Quand tu parles à la caméra, même si c’est décalé dans le temps, tu parles à quelqu’un et ça fait un bien fou.

Ce n’est pas dommage de dévoiler un peu les coulisses de tes tournages ?

Tu sais, je n’ai jamais rien caché des tournages de J’irai dormir chez vous. Personne n’est dupe, quand je parle à la caméra, il m’arrive de faire 15 prises. Dans les bonus ou bêtisiers, il m’arrive de mettre ces 15 prises.

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Pub : Antoine de Maximy et Alice Pol (avec un casque Marko).

J’ai l’impression que ton film a été conçu hyper vite.

C’est un record. Le 16 mai 2019, on n’a pas un centime pour faire le film. Le scénario était écrit et j’avais déjà trouvé mes producteurs. Mais ces derniers n’arrivaient pas à trouver des sous. Personne ne voulait mettre d’argent sur ce film. Un an après, le film était terminé et prêt  à être projeté. Je suis très content.

Comment as-tu obtenu un financement alors ?

Grace à KissKissBankBank, mais ça ne suffisait pas. On a récupéré 256 000 euros. Une fois remboursé les contreparties, il ne restait plus que 178 000 euros. Le film a coûté à peu près dix fois plus. On s’est débrouillé avec 1 500 000 et le budget était plutôt d’1 900 000. Pour un film, ça reste dans les petits budgets. Le financement participatif a eu un intérêt décisif parce que c’est comme une étude de marché, tu vois si les gens sont intéressés par le projet. Personne ne met cinq ou dix euros sur un projet auquel il ne croit pas. Sauf tes potes évidemment. Mais moi, je n’ai pas 6730 potes (rires). En moyenne, ces 6730 KissBankers ont mis une quarantaine d’euros chacun. Quand tu mets 40 euros sur un film qui n’existe pas, ça veut dire que tu veux que ce film existe. Ça, ça a rassuré tout le monde, dont mon distributeur Apollo. Le film passera sur OCS, ensuite sur Ciné + et après France 2. Ce sont eux qui ont financé le film après le financement participatif.

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Alice Pol sur le tournage du film (photo : Tiberiu Hila)

Tu t’en sors avec ça ?

Je n’en sais rien. Alice Pol, Max Boublil, toute l’équipe technique et moi, on a tous été mal payés. Je le répète, on est sur un petit budget, on a tous accepté de venir parce qu’on croyait au film.

Alice Pol et Max Boublil tiennent les rôles principaux, avec toi évidemment. C’est toi qui les as choisis ?

Non, je ne connaissais pas bien ces formidables comédiens. Alice, je l’avais repérée dans un ou deux films et Max, ma fille écoutait ses chansons, mais je ne l’avais jamais vue dans un film. Je vais être complètement transparent avec toi. Il y a eu d’autres choix avant. Eux ont eu le courage de venir. Ce film était assez à part et trop risqué pour pas mal de personnes. Un film écrit sur une émission improvisée, ce ne doit pas être engageant parce que cela peut paraître contradictoire. Quand Alice et Max ont accepté, j’ai vu qu’ils s’impliquaient vraiment. Ces deux comédiens de comédie sont plus audacieux que les autres. J’ai fait un stage de direction d’acteur de sept semaines et ça m’a beaucoup aidé. J’y ai appris que la direction d’acteur est beaucoup une histoire de confiance et de communication. Quand on sait ce qu’on veut obtenir, il faut le faire ressentir aux comédiens, ne surtout pas leur dire comment faire. Et quand on y arrive, les choses se font harmonieusement. Dans le film, en plus, je trouve super bons Alice et Max.

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Sur le tournage, Antoine de Maximy dirige Max Boublil et Alice Pol (photo : Tiberiu Hila)

Julie Gayet est une des productrices du film avec Yves Darondeau.

Elle est la première à m’avoir dit oui. Pour l’anecdote, j’ai dormi chez eux avec François Hollande. Ils m’ont invité à Tulle quand on a fait une avant-première dans cette ville. C’était très sympa. Nous n’étions que tous les trois.

Dans le film, il y a des scènes où tu te retrouves dans des situations ridicules et où, parfois, tu es ridicule. Je me souviens aussi avoir vu plein d’épisodes de J’irai dormir chez vous où tu n’as pas peur de te montrer tel que tu es.

Tu sais, j’assume ma vie. J’assume tout. J’assume aussi toutes les conneries que j’ai faites, même si je les regrette parfois. J’ai des défauts comme tout le monde, mais comme j’assume ma vie, je pense que j’en ai moins que les autres parce que j’essaie d’être en adéquation avec ce que je suis. Je n’ai pas deux niveaux de vie. Je suis pareil à la télé comme dans la vie. Le seul truc que l’on ne pourra jamais me reprocher, c’est de ne pas être authentique. Ça ne me dérange pas que l’on ne m’aime pas, ce que je ne veux pas, c’est que l’on ne m’aime pas pour de mauvaises raisons, sans savoir qui je suis.

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L'une des avant-premières, au cinéma Jean-Vilar à Conflans (photo : Fred Lecoq).

Dans J’irai mourir dans les Carpates, tu manges une chauve-souris, fausse évidemment. Tu es parfois obligé d’accepter de tout manger par politesse ?

Pas par politesse. Quand tu te retrouves face à un plat qui est vraiment répugnant, les mecs du pays savent très bien que, par rapport à ta culture, c’est dégueulasse. Donc, si tu dis « je ne peux pas manger ça », ils sont morts de rire. Tu ne les vexes pas, je t’assure.

Tu as traversé 110 pays dans ta vie ? Estimes-tu connaître tout de l’âme humaine ?

Je connais bien les gens. Je pense juger rapidement quelqu’un, mais je peux me tromper. Les vrais escrocs sont des gens difficiles à cerner parce qu’ils sont tellement retors à l’intérieur qu’ils ne sont pas faciles à débusquer.

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Au cinéma CGR de Cholet (Photo : Carla Loridan)

Pourquoi, dans ton film,  puisque tu es dans les Carpates, il n’y a aucune scène dans le château de Dracula ?

Il n’y a pas beaucoup de gens qui m’ont posé cette question. D’abord, ce n’est pas le vrai château de Dracula, et aller visiter cette très belle demeure, c’est se retrouver avec des touristes français… ça n’a aucun intérêt.

Tu évites de montrer les caricatures des pays que tu traverses.

Je n’en sais rien parce que certaines personnes prétendent que je stigmatise les pays. Je ne stigmatise rien du tout. Dans mon film, il n’y a que trois méchants, alors qu’il y a de nombreuses rencontres sympathiques. Si tu fais un film sur le gang des lyonnais, tu stigmatises Lyon ?

antoine de maximy,j'irai dormir dans les carpates,interview,mandorL’émission J’irai dormir chez vous va-t-elle revenir ?

Je n’en sais rien. D’abord, j’ai un problème de cheville. Je ne sais pas si je dois me faire opérer. Si tel est le cas, j’en ai pour six mois de rééducation. A  61 ans, je n’ai pas la même capacité de récupération. Avec le Covid-19, je ne sais même pas si je pourrais voyager comme je le voudrais. Et enfin, je n’ai pas de nouvelles de France 5. Aujourd’hui, je ne sais pas s’ils ont envie de continuer.

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Pendant l'interview...

Tu aimes les journalistes ?

Honnêtement, les rencontrer ne me fais pas chier. Même ceux qui ne m’aiment pas.

Tu préfères même ?

Bien sûr. Quand il y a une joute verbale, quand on se dispute, c’est passionnant.

Là, donc, tu te fais chier avec moi ?

Non. Mais c’est comme dans J’irai dormir chez vous, quand ça se passe bien, c’est bien, quand ça se passe mal, c’est bien aussi. Le public préfère quand ça se passe mal.

Je continue en étant méchant alors ?

Fais ce que tu veux.

Ce n’est pas dans mon ADN. En tout cas, ce film a plein de niveaux de lectures.

Oui, c’est vrai. Les spectateurs découvriront les coulisse de J’irai dormir chez vous, ils verront un métier qu’ils ne connaissent pas qui est le métier du montage… et surtout, je te le répète, c’est une enquête dans les images. Les gens pourront découvrir plein de choses avant la monteuse. D’une certaine manière, c’est un jeu.

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Le 17 septembre 2020.