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16 octobre 2020

Luc-Michel Fouassier : interview pour Les pantoufles

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les pantoufles,interview,mandorCela fait 12 ans que je connais Luc-Michel Fouassier. Je l’ai mandorisé maintes fois pour la plupart de ses ouvrages et vécu des salons du livre et des débats avec lui (voir tout ceci ici). Bref, j’aime l’homme autant que l’écrivain. Mais à la lecture de son dernier livre, Les pantoufles (Editions de l'arbre Vengeur), j’ai tout à fait oublié que c’était le livre d’un pote. Dans ce doux brûlot, le héros, parce qu’il sort de chez lui en pantoufles (clés évidemment oubliées à l’intérieur de son appartement), va affronter les diktats sociaux et bousculer les non-dits.

« Je n'étais pas devenu l'homme invisible, mais l'homme silencieux. Je ne foulais plus le même sol que mes congénères, j'avançais en marge. A côté de mes pompes, en quelque sorte. » 

Vous l’avez compris, Luc-Michel Fouassier fait la part belle à l'anticonformisme et au pas de côté qui permet de regarder les choses différemment. Drôle et sarcastique et parfaitement jubilatoire.

J’ai donné rendez-vous à Luc-Michel Fouassier le 23 septembre dernier dans une brasserie de la gare du nord.

4e de couverture :les pantoufles,interview,mandor

Ne jamais sortir de chez soi en pantoufles avec ses clefs à l’intérieur ! Ou alors être prêt à l’aventure urbaine et sociale. Le héros de cette épopée urbaine va éprouver le pouvoir de ses charentaises et de quelle manière sa vie, pourtant si banale, peut en être changée. Face à ses collègues de travail, sa famille, ses amis, les forces de l’ordre, voire la confrérie des farfelus, il se lance pendant plusieurs jours dans un combat inattendu pour imposer sa si tranquille façon de marcher et de regarder les gens, à hauteur de chaussettes. Ce numéro de funambule s’achèvera devant un spectacle de Guignol, joliment.

L’auteur :

Luc-Michel Fouassier est né en mai 68, non loin des pavés, en région parisienne. Ses premiers livres ont paru en Belgique. Au contact de nos amis wallons, il a acquis la conviction que l’humour bien troussé et bien chaussé reste le moyen de lutter le plus efficace contre les fâcheux de tous poils. Il a publié chez Quadrature et Luce Wilquin, notamment Le Zilien, préfacé par Jean-Philippe Toussaint.

Sa page Facebook.

Présentation de "les pantoufles" de Luc-Michel Fouassier par les éditions de l'arbre Vengeur.

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les pantoufles,interview,mandorInterview :

Comment t’es venu l’idée de cette histoire ?

Ce sont principalement mes lectures qui m’ont inspiré. Je voulais un bouquin court et efficace comme Bartleby d’Herman Melville, avec un personnage en marge face à la société. Je souhaitais aussi un minimum de moyen pour le mettre en marge, un peu à la façon du héros de Jean-Philippe Toussaint dans son roman La salle de bain. Comme j’adore aussi Albert Cossery, un pourfendeur des choses établies, je voulais que ce personnage égratigne un peu ses contemporains.

Le minimum de moyen, c’est donc les pantoufles.

Un jour mon épouse m’a acheté des charentaises. Je ne les ai jamais mises parce qu’elles étaient trop chaudes. A force de les voir traîner chez moi, inconsciemment, ça a dû m’influencer. Quand c’est venu à mon esprit, je savais que je tenais mon sujet. Choquer à cause de pantoufles, alors qu’il n’y pas plus mignons et doux, ça m’a amusé.

Contrairement au héros de Bartleby qui reste dans l’étude du notaire, le tien est confronté à plusieurs situations.

Oui, par exemple, le monde du travail. L’entreprise, la performance à tout prix, les brainstormings… tout ceci permet à mon personnage en pantoufles de vivre quelques situations truculentes. J’évoque aussi la société marchande, le monde de l’art, les amis, la famille… et pour poétiser mon histoire, pour l’ouvrir sur d’autres dimensions, j’ai créé la confrérie des farfelus. Dans la réalité, je suis pour une société humaniste où nous avons nos faiblesses, nos joies… Par les mots, je me bats contre cette société qui devient plate et hypocrite. On arrive à un point où il va falloir faire demi-tour.

Merci de ne pas en dire plus sur cette confrérie. Il faut que les lecteurs la découvrent. Ce que j’aime dans ton livre, c’est que malgré une certaine critique sociétale, la bienveillance est là.

Je ne sais pas si mon livre est bienveillant, mais j’ai voulu qu’il y ait beaucoup d’humour et de dérision. Je ne voulais pas traiter ce sujet de manière agressive. Les messages passent mieux par l’humour…

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Pendant l'interview...

En lisant ce livre-là, alors que j’ai tout lu de toi, je n’ai pas retrouvé ton écriture habituelle. J’ai eu l’impression de lire un autre auteur. Ça te choque que je te dise cela ?

Non. J’écris depuis plus de 30 ans, mais je ne suis publié que depuis 2008. Les livres se suivent et je commence à voir où je veux aller et où je peux amener une pierre supplémentaire à la littérature anti bien-pensance.

Est-ce que le personnage de ton roman te ressemble ?

Ce personnage est juste ma soupape. Tu accumules, tu accumules et à un moment donné, tu lâches les vannes. Ça fait du bien de ne pas être « comme il faut ». Je vais t’avouer une chose. Je suis en train de changer. Il y a une usure qui s’installe en moi.

Je sais que tu as été déçu par certaines personnes à qui tu avais donné toute ma confiance et ton amitié… cette usure vient aussi de là ?

Oui, beaucoup. Je suis attaché à des personnes, à des objets, je ne veux jamais m’en séparer. Le cœur est là pour vibrer, pas pour faire les choses à moitié, sinon, tu vis à moitié.

Peut-on dire que c’est un livre philosophico-sociétal ?

(Rires). Tu as un peu raison. Mon personnage a une façon de vivre tel un philosophe et moi-même, j’aime observer la marche du monde et ses occupants. Éric Holder disait : « L’écriture, c’est se mettre plus bas et observer ».

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Pendant l'interview (bis).

Je tiens à préciser que tu n’es pas un donneur de leçon dans ce livre. Tu te contentes d’observer et raconter à ta façon.

Tu as raison, je ne veux surtout pas être moralisateur. Je le répète, dans ce roman, je voulais juste signifier que l’on est pas obligé d’être dans la bien-pensance et que l’on peut être en marge.

Les critiques sont dithyrambiques sur ton livre.

Oui. Les libraires sont avec moi et me défendent tellement bien qu’il est déjà en réimpression. Au niveau des médias, par contre, je ne suis pas très soutenu, mais ce n’est pas grave. Je pense que ce livre va s’installer dans la longueur.

Tu fais la promo en pantoufles, comme aujourd’hui.

Partout où  j’irai défendre ce livre, je viendrai en pantoufles. Je me vois très bien sur le canapé de François Busnel avec mes pantoufles (rires). Regarde-les ! Ce sont de belles charentaises made in France.

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Heureusement que le titre de ton livre n’est pas Le string !

(Eclat de rire). J’aurais fait le tour des plages de France, une tournée d’été. Très bonne idée !

Je conseille ton livre à tout le monde tellement je l’aime, parce qu’il est essentiel pour comprendre l’âme humaine… et de manière si drôle.

Tu me diras combien je te dois après. En vrai, ça me fait plaisir parce que tu me connais et que tu lis beaucoup de bouquins. Ce qui est terrible pour un auteur, c’est de faire du sur place. Tes propos me touchent, car ils me prouvent que ce n’est pas un livre inutile.

Je verrais bien une adaptation cinématographique.

Moi aussi. Il est peut-être un peu âgé aujourd’hui, mais il y a 20 ans, Jean-Pierre Darroussin aurait été parfait pour jouer le rôle de mon héros. Mon livre est suivi par l’agence Trames. Ils sont chargés de céder les droits. On ne sait jamais…

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Le 23 septembre 2020, à Paris.

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