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11 octobre 2020

Illustre : interview pour l'album Ille

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(Photo : Julien Mignot)

illustre,ille,interview,mandor,xrayIl y a eu Diam’s, il y a désormais Illustre. Cette nouvelle rappeuse frappe textuellement encore plus fort. « Elle se déplace avec une aisance déconcertante sur la fine ligne de crête entre poésie et engagement. Portée par un élan inaltérable, riche d'un regard neuf, elle avance à grande vitesse et s'attache à transmettre cette énergie débordante » explique  l’argumentaire  de presse.

Après un premier EP en auto production l’année dernière, Les mains bleues, elle arrive pour casser la baraque avec un premier album qui risque de faire date, Ille. Le 22 septembre dernier, en terrasse d''une brasserie de la gare du nord, j’ai rencontré ce phénomène venu de Clermont-Ferrand pour une première mandorisation.

Pour écouter l'album,  c'est là.

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Comme les deux pôles d'un iceberg, Illustre cherche à assembler les différences. Créer une cohésion, une alchimie, dans une société en plein bouleversements. Hors des codes et non-binaire, remettant en question les clichés sur le genre, elle aime rendre complémentaire ce qui tend à s’éloigner. Et s'adresse à toute une génération, qui doit puiser dans ses complexes les plus enfouis, pour devenir enfin soi-même.

Cette identité singulière se retrouve dans son premier album, ILLE, une ode musicale rap soutenue par des productions modernes entre chill trap et turn up hip hop. A travers un jeu de miroirs entre féminin et masculin, elle parle de notre monde, de notre identité, du lâcher prise, de la place de la femme, elle parle de persévérance, d'émotion...

Illustre a mis un peu de son histoire, de son chemin personnel, dans une robe soyeuse, classe et accessible. Car elle fait du rap pour les gens. L'art pour rassembler, connecter les énergies, raconter un possible, élargir les frontières et oublier les limites. L’album ILLE sera la première pierre de ce puissant édifice. La scène sera son terrain de jeu.

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(Photo : Julien Mignot)

illustre,ille,interview,mandor,xrayInterview :

Tu as commencé en faisant tes maquettes dans ton home studio.

Avec ces maquettes, j’ai rencontré des gens dans ma ville qui m’ont permis d’aller plus loin que ça. J’ai fait beaucoup de scènes ouvertes, des open mic (micros ouverts) pour les performances qu’il y avait à faire. Avec ces expériences, j’ai commencé à comprendre l’idée d’esprit de groupe propre au hip-hop. Avant cela, j’étais toute seule à tout faire jusqu’au jour où  j’ai  rencontré mon meilleur ami aux Beaux-Arts. Il faisait de la musique sur des scènes locales, ça m’a donné envie de faire évoluer les choses. En tout cas, je ne voulais plus rester seule dans mon coin. De fil en aiguille, ça m’a permis de sortir mon premier album sous le label XRay. Grace au gros soutien de Clermont-Ferrand les choses sont allées assez vite. J’ai pu jouer dans certains lieux qui, indéniablement, nous ont aidés à sacrément évoluer.

Tes chansons délivrent des messages sur le « genre ».

Mon album est constitué de deux parties. J’ai essayé d’enlever cette binarité (concept utilisé en sciences sociales pour désigner la catégorisation de l'identité de genre en deux et uniquement deux formes distinctes et complémentaires : masculin et féminin) tout en l’exprimant. Il y a parfois des textes assez virulents dans le propos et la manière de l’énoncer, mais il y a aussi des textes plus introspectifs qui ramènent plus à mes histoires personnelles.

C’est quoi ton propos exact, finalement?

Il y a énormément d’affirmation de soi. Dans cet album, j’ai été portée par une année de développement personnel assez poussée. C'était une manière introspective de prendre du recul sur tout cela. Très sincèrement, les sujets que je traite ne sont pas abordés dans le rap : s’affranchir des codes sociaux, des lois morales, parler de la maladie, de l’intelligence émotionnelle… ce sont vraiment des thématiques qui me concernent et qu’on n’entend pas dans le rap. J’avais envie d’amener un peu de fraîcheur là-dedans, avec un côté hybride. J’en ai profité pour rendre complémentaire les deux facettes de ma personnalité, entre la poésie et mon côté écorché. Je suis aussi lucide de la réalité qui est la nôtre.

"Dans « Type Chelou », Illustre aborde sans faux-semblants les questions du genre, de l’identité et de la diversité, qui lui sont chères, en s'adressant à toute une génération, qui doit puiser dans ses complexes les plus enfouis, pour devenir enfin soi-même. Véritable ode à l’émancipation, Illustre y exprime sa non-binarité assumée et traite du conflit générationnel dans lequel elle vise à déconstruire les codes prédéfinis pour en créer une vision libre et nouvelle."

Tu n’as pas peur de devenir porte-parole des personnes qui épousent ta cause ?

Je  n’ai pas envie d’être  l’étendard de quoi que ce soit parce que je ne suis personne pour l’être. Je n’estime pas avoir toutes les questions et toutes les réponses sur le sujet. Je cherche encore. Je fais mon truc, je me présente comme je suis, c’est tout.

Tu te sens différente des autres rappeurs ?

Disons que je n’ai jamais voulu me fondre dans la masse. Depuis ma jeunesse, je n’ai jamais aimé cela. On ne peut pas espérer quelque chose de différent en faisant la même chose que tout le monde. Il y a de la singularité dans toute performance artistique, mais je trouve dommage que les jeunes qui démarrent essayent de faire ce qui a déjà été fait sans chercher en eux ce qu’il a d’unique. Tout le monde a des choses personnelles à raconter parce qu’on a tous des parcours et des identités différentes.

Je formule ma question différemment. Te sens-tu à part ?

J’ai plus l’impression d’être une intruse. C’est une relation personnelle de moi à moi-même. Tout l’enjeu de la dimension artistique, c’est d’arriver à s’accepter soi-même et à s’affirmer…  

"Vautour" : morceau égo-trip dans lequel Illustre mêle punchlines, technique et flow. Premier extrait de son premier album, c'est une manière de nous dire qu’elle est possédée par la passion du rap, qu’elle arrive, avec un peu de clash, de classe et surtout beaucoup de détermination.

Ça te fait du bien de livrer tout ce qu’il y a en toi ?

Oui. C’est réellement une thérapie. Au début inconsciemment, aujourd’hui consciemment. J’écrivais pour exprimer et relâcher un peu toutes les émotions que j’avais, au bout d’un moment, c’est devenu un style de vie, j’écrivais tous les jours. J’écrirai toute la vie, que j’ai de la notoriété ou pas, parce qu’écrire me rend vivante. C’est une manière de laisser une trace en moi-même.

Ça t’a sauvé d’écrire ?

C’est une belle question, mais j’ai besoin de réfléchir avant de te répondre. Ça m’a sauvé dans le sens où ça m’a donné une ligne de conduite et créé un chemin… là où je ne voyais pas d’issue.

Dans "Mémoire", Illustre expose sa vision de la France et de notre démocratie. Son ambition est de nous rappeler que les droits que nous avons acquis ne sont pas dus pour autant et que c’est une chance de les avoir. Elle fait le parallèle entre une génération passée qui s'est battue pour obtenir ces droits, et une génération actuelle qui oublie le confort dans laquelle elle se trouve. Avec « Mémoire », Illustre prône ainsi le fait de continuer à se battre pour préserver nos droits, et potentiellement en obtenir de nouveaux.

Tu as beaucoup de tatouages bien visibles. C’est pour un peu choquer, interpeller.

On n’a pas besoin de choquer pour choquer. J’aimerais juste que les gens se posent des questions et qu’ils tentent d’aller chercher autre chose que dans l’apparence. Je veux plus bousculer les consciences que choquer.

Sur ton visage, tu as un tatouage du mot amour, tu veux bien m’en parler ?

Cela faisait deux ans que je réfléchissais à un tatouage sur le visage, il ne fallait donc pas que je le regrette. Je voulais choisir un mot. Amour concerne tout le monde. Cela peut être l’amour d’une personne, d’un projet, d’une sensation. Il est partout et c’est la seule chose que tout le monde possède. Amour, c’est aussi pour me regarder avec amour. Là où certaines personnes pourraient trouver cela niais, moi je trouve ça très frontal et authentique.

Illustre nous dévoile sa facette émotionnelle et poétique avec « Maladif », un morceau intimiste dans lequel elle aborde la maladie de son père : « C’est comme si un vent violent venait vous frapper sans que vous n'ayez le contrôle. Je ressens et je chante le refrain de manière très spirituelle, comme s'il y avait un déploiement d'énergie qui se manifestait, dans lequel j'essayais de répondre aux questions existentielles. J'y exprime un quotidien désorienté et un inversement des rôles. Mon pilier identitaire est absent, je dois grandir plus vite, comprendre le comportement des gens, et m'adapter. » Pour réaliser le clip qui illustre ce nouveau morceau, l’artiste est allée puiser dans les archives VHS des vidéos familiales.

Dans ta façon de chanter, je décèle une niaque très rare.

Ce sont des textes assez conscients et violents qui m’ont amenée au rap. J’ai donc cette partie-là en moi dans ce que je fais, mais je ne me contente pas uniquement de cette manière d’exprimer les choses. Je ne me cantonne pas à une forme de rap parce qu’il en existe une multitude.

Soudain, un homme même pas éméché s’approche de nous et lance à Illustre : « Toi tu es une rock star, ça se voit direct. »

C’est très intéressant cette scène que nous venons de vivre. Il n’y a ni micro visible ni camera et un homme vient pour te dire ça. C’est qu’il y a indéniablement quelque chose qui se dégage de toi.

(Rires un peu gêné).

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(Photo : Julien Mignot)

Tu as un flow hyper rapide. Il faut beaucoup de pratique pour y parvenir ?

Ah oui ! Je t’assure que ça ne vient pas du jour au lendemain. Ça demande beaucoup de travail. Ça fait dix ans que j’écris et cinq ans que je slame/rappe/chante. Aujourd’hui, j’aime sortir de ma zone de confort. Je cherche des nouvelles productions, des nouveaux rythmes et je change les structures habituelles. A force, cela crée une technique assez unique. J’essaie aussi d’élargir mon panel de capacités vocales.

Quel artiste t’a donné envie de prendre ce chemin-là ?

Sans hésiter Diam’s. Au début, ce qui m’a intéressée dans le rap, c’était l’amour des mots. Diam’s maniait les mots parfaitement. Il faut comprendre que je viens de la poésie. J’en écrivais sans musique. Puis, j’ai découvert le rap, alors je me suis lancée là-dedans pour que mes textes à messages puissent être intégrés par un plus large public. Dans le rap, il y a une réflexion sur des sujets qu’il n’y a pas forcément dans les autres styles musicaux. Ce n’est pas mieux ou moins bien, je ne porte aucun jugement.

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Pendant l'interview...

Tu me sembles quelqu’un que le métier ne va pas pouvoir diriger.

C’est viscéral pour moi. Je ne pourrai jamais faire semblant. Je ne serais tout simplement pas capable de faire ce que je ne souhaite pas. Je me sens incapable de monter sur scène avec le sourire si je me sens étriquée.

As-tu le souci d’être comprise par tous où tu t’en fous ?

Intéressante question. J’aimerais l’être… de manière différente. Dans le plus profond, pas juste en surface. En y réfléchissant je me demande si en voulant être comprise, ce n’est pas pour que je me comprenne moi-même. J’ai l’impression que ce sont les autres qui nous font comprendre ce qu’on est. C’est la question de l’ego.

Tu as l’impression d’avoir beaucoup d’ego ?

Oui, beaucoup. Trop. Il en faut quand tu fais du rap, mais à juste dose.

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Le 22 septembre 2020.

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(Photo : Julien Mignot)

Commentaires

Ma nièce, tu as franchis un cap et je suis tellement fier de ce que tu as déjà accompli. Le début d’une longue et belle histoire.

Écrit par : François Toribio | 13 octobre 2020

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