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04 octobre 2020

Antoine de Maximy : interview pour J'irai mourir dans les Carpates

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(Photo : Marie Augustin)

antoine de maximy,j'irai dormir dans les carpates,interview,mandorDepuis toujours, Antoine de Maximy recherche l’originalité, faire autrement, prendre un autre chemin. Avec J’irai dormir chez vous, en filmant avec son harnais et ses trois caméras, il a inventé une écriture filmique.

Le 17 septembre dernier, j’ai donné rendez-vous à Antoine de Maximy dans une brasserie de la Gare du Nord où j’ai mes habitudes. L’objet de cette deuxième mandorisation (lire la première là, en 2012) est son premier film de fiction J’irai mourir dans les Carpates. Ce que j’aime avec Antoine, c’est qu’il parle cash (et ça fait du bien en ces temps de bien-pensance et de lissitude).

Biographie (source AlloCiné) :

Issu d’une famille assez bohème, Antoine de Maximy est passionné de voyages, d’expéditions et de découvertes. C’est aussi un homme d’images car il commence à filmer très tôt, réalisant une fiction de 3 minutes en super 8 à 12 ans. Viré du lycée en seconde, il s’engage au cinéma des armées comme ingénieur du son. Il couvre plusieurs conflits avant de faire un premier pas dans le cinéma toujours comme ingénieur du son sur le film de Gérard Vienne Le Peuple Singe en 1989. Puis Antoine réalise de nombreux documentaires animaliers et scientifiques partout sur la planète, aussi bien à 6 800 m d’altitude qu’en sous-marin à 5 000 m de profondeur dans le Pacifique. C’est en 2004 qu’il se fait connaître du grand public en créant et présentant la série J’irai dormir chez vous : des carnets de voyage fantaisistes et antoine de maximy,j'irai dormir dans les carpates,interview,mandortotalement improvisés, tournés dans plus de 60 pays. Le concept est unique : il se filme seul à l’aide de plusieurs caméras, en cherchant à dormir chez l’habitant. À partir de ce concept, Antoine de Maximy réalise un long métrage J’irai dormir à Hollywood dans lequel il traverse seul les États-Unis avec une bonne dose d’autodérision et une grande tendresse pour les personnages rencontrés. Le film sorti en salles en 2008 est nommé aux César. Poursuivant cette idée il décide alors d’écrire et réaliser son 1er long-métrage de fiction : J’irai mourir dans les Carpates.

Sa page YouTube.

Synopsis :

L’histoire commence par un banal accident de voiture sur une route montagneuse des Carpates. La voiture d'Antoine de Maximy, le présentateur de la série J'irai dormir chez vous a été emportée dans une rivière et son corps n’a pas été retrouvé. Le matériel et les images du globe-squatteur sont rapatriés à Paris. Agnès, la monteuse de la série, décide de terminer ce dernier épisode. Après avoir visionné les images elle s’attaque au montage du film. Mais des détails attirent l'attention d'Agnès. Petit à petit le doute s'insinue. L’histoire n’est peut-être pas aussi simple...

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(Photo : Nathalie Guyon-France 5)

antoine de maximy,j'irai dormir dans les carpates,interview,mandorInterview :

Ça s’est bien passé la promo de ce film ?

J’arrive au bout. J’ai fait 113 avant-premières dans toute la France, seul avec ma bagnole. 10 000 kilomètres parcourus en tout. La réaction des gens est hyper bonne. Si tu regardes sur AlloCiné les critiques de la presse, tu constateras qu’elles sont mitigées. J’ai 2 et demi sur 5, donc, c‘est très moyen. Par contre, avec les notes du public des avant-premières, on arrive à 4,7. Visiblement, les gens qui aiment la série s’y sont complètement retrouvés. Les vrais cinéphiles et les gens de cinéma ne s’y retrouvent pas forcément parce que je n’ai respecté aucun code.

Pourquoi n’as-tu pas respecté les codes du cinéma ?

Premièrement, je ne les connais pas et deuxièmement, je m’en fous. Je voulais faire mon film, sans influence, sans conseils de pros. Je voulais faire une histoire, je l’ai faite. Le film qui existe, c’est celui que je voulais faire. J’assume ce film comme tu n’as pas idée.

Bande annonce du film J'irai mourir dans les Carpates.

D’où t’es venu l’idée d’écrire une vraie fiction?

Je me retrouvais régulièrement dans des situations un peu tendues. A peu près tous les trois épisodes, il y a des séquences où on se demande comment ça va finir et je dirais que tous les dix épisodes, il y un moment plus que critique. Je me suis souvent posé la question de savoir comment ça pourrait déraper. J’ai commencé à imaginer ce qu’il pourrait se passer. Très rapidement, j’ai réalisé que ça ne serait pas suffisant. Ce qui m’intéressait encore plus, c’est de faire une enquête dans les images. Il y a donc une intrigue qui est cachée dans les rushs. Je sais qu’il y a des gens qui retournent le voir pour voir si rien ne leur a échappé, si tous les détails sont réellement en place. Sans vouloir comparer mon film à ceux-là, j’aime beaucoup Blow up et Blow out dans lesquels on cherche à résoudre un mystère grâce aux photos pour l’un et au son pour l’autre…

Je me souviens que tu as déjà tourné un épisode de J’irai dormir chez vous en Roumanie, il y a une quinzaine d’années.

Je me souviens qu’une fois sorti des grandes villes, on découvrait une campagne comme la France d’avant-guerre avec des charrettes à chevaux, des paysans avec des fourches et des mobylettes. Même si les choses ont complètement changé en quinze ans, j’avais gardé cette image en tête. Pour ce film, je me suis concentré sur les Carpates parce qu’elles s’étendent de la Roumanie à la Pologne en passant par de nombreux pays comme l’Ukraine. Cela donne un côté mystérieux, sans s’attacher à un pays particulier.

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Antoine de Maximy avec Maxime Boublil (Photo : Tiberiu Hila)

On te voit souvent parler à ta caméra pour t’adresser au  monteur de l’émission. Tu fais vraiment cela quand tu tournes ?

Oui, car je suis toujours seul. Aux Etats-Unis, quand j’ai tourné J’irai dormir à Hollywood, j’ai pété les plombs. J’étais là depuis deux mois et j’en avais ras le bol. J’ai dit à la caméra, donc au monteur : « Les américains me font chier, j’en ai plein le cul ! » Quand tu parles à la caméra, même si c’est décalé dans le temps, tu parles à quelqu’un et ça fait un bien fou.

Ce n’est pas dommage de dévoiler un peu les coulisses de tes tournages ?

Tu sais, je n’ai jamais rien caché des tournages de J’irai dormir chez vous. Personne n’est dupe, quand je parle à la caméra, il m’arrive de faire 15 prises. Dans les bonus ou bêtisiers, il m’arrive de mettre ces 15 prises.

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Pub : Antoine de Maximy et Alice Pol (avec un casque Marko).

J’ai l’impression que ton film a été conçu hyper vite.

C’est un record. Le 16 mai 2019, on n’a pas un centime pour faire le film. Le scénario était écrit et j’avais déjà trouvé mes producteurs. Mais ces derniers n’arrivaient pas à trouver des sous. Personne ne voulait mettre d’argent sur ce film. Un an après, le film était terminé et prêt  à être projeté. Je suis très content.

Comment as-tu obtenu un financement alors ?

Grace à KissKissBankBank, mais ça ne suffisait pas. On a récupéré 256 000 euros. Une fois remboursé les contreparties, il ne restait plus que 178 000 euros. Le film a coûté à peu près dix fois plus. On s’est débrouillé avec 1 500 000 et le budget était plutôt d’1 900 000. Pour un film, ça reste dans les petits budgets. Le financement participatif a eu un intérêt décisif parce que c’est comme une étude de marché, tu vois si les gens sont intéressés par le projet. Personne ne met cinq ou dix euros sur un projet auquel il ne croit pas. Sauf tes potes évidemment. Mais moi, je n’ai pas 6730 potes (rires). En moyenne, ces 6730 KissBankers ont mis une quarantaine d’euros chacun. Quand tu mets 40 euros sur un film qui n’existe pas, ça veut dire que tu veux que ce film existe. Ça, ça a rassuré tout le monde, dont mon distributeur Apollo. Le film passera sur OCS, ensuite sur Ciné + et après France 2. Ce sont eux qui ont financé le film après le financement participatif.

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Alice Pol sur le tournage du film (photo : Tiberiu Hila)

Tu t’en sors avec ça ?

Je n’en sais rien. Alice Pol, Max Boublil, toute l’équipe technique et moi, on a tous été mal payés. Je le répète, on est sur un petit budget, on a tous accepté de venir parce qu’on croyait au film.

Alice Pol et Max Boublil tiennent les rôles principaux, avec toi évidemment. C’est toi qui les as choisis ?

Non, je ne connaissais pas bien ces formidables comédiens. Alice, je l’avais repérée dans un ou deux films et Max, ma fille écoutait ses chansons, mais je ne l’avais jamais vue dans un film. Je vais être complètement transparent avec toi. Il y a eu d’autres choix avant. Eux ont eu le courage de venir. Ce film était assez à part et trop risqué pour pas mal de personnes. Un film écrit sur une émission improvisée, ce ne doit pas être engageant parce que cela peut paraître contradictoire. Quand Alice et Max ont accepté, j’ai vu qu’ils s’impliquaient vraiment. Ces deux comédiens de comédie sont plus audacieux que les autres. J’ai fait un stage de direction d’acteur de sept semaines et ça m’a beaucoup aidé. J’y ai appris que la direction d’acteur est beaucoup une histoire de confiance et de communication. Quand on sait ce qu’on veut obtenir, il faut le faire ressentir aux comédiens, ne surtout pas leur dire comment faire. Et quand on y arrive, les choses se font harmonieusement. Dans le film, en plus, je trouve super bons Alice et Max.

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Sur le tournage, Antoine de Maximy dirige Max Boublil et Alice Pol (photo : Tiberiu Hila)

Julie Gayet est une des productrices du film avec Yves Darondeau.

Elle est la première à m’avoir dit oui. Pour l’anecdote, j’ai dormi chez eux avec François Hollande. Ils m’ont invité à Tulle quand on a fait une avant-première dans cette ville. C’était très sympa. Nous n’étions que tous les trois.

Dans le film, il y a des scènes où tu te retrouves dans des situations ridicules et où, parfois, tu es ridicule. Je me souviens aussi avoir vu plein d’épisodes de J’irai dormir chez vous où tu n’as pas peur de te montrer tel que tu es.

Tu sais, j’assume ma vie. J’assume tout. J’assume aussi toutes les conneries que j’ai faites, même si je les regrette parfois. J’ai des défauts comme tout le monde, mais comme j’assume ma vie, je pense que j’en ai moins que les autres parce que j’essaie d’être en adéquation avec ce que je suis. Je n’ai pas deux niveaux de vie. Je suis pareil à la télé comme dans la vie. Le seul truc que l’on ne pourra jamais me reprocher, c’est de ne pas être authentique. Ça ne me dérange pas que l’on ne m’aime pas, ce que je ne veux pas, c’est que l’on ne m’aime pas pour de mauvaises raisons, sans savoir qui je suis.

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L'une des avant-premières, au cinéma Jean-Vilar à Conflans (photo : Fred Lecoq).

Dans J’irai mourir dans les Carpates, tu manges une chauve-souris, fausse évidemment. Tu es parfois obligé d’accepter de tout manger par politesse ?

Pas par politesse. Quand tu te retrouves face à un plat qui est vraiment répugnant, les mecs du pays savent très bien que, par rapport à ta culture, c’est dégueulasse. Donc, si tu dis « je ne peux pas manger ça », ils sont morts de rire. Tu ne les vexes pas, je t’assure.

Tu as traversé 110 pays dans ta vie ? Estimes-tu connaître tout de l’âme humaine ?

Je connais bien les gens. Je pense juger rapidement quelqu’un, mais je peux me tromper. Les vrais escrocs sont des gens difficiles à cerner parce qu’ils sont tellement retors à l’intérieur qu’ils ne sont pas faciles à débusquer.

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Au cinéma CGR de Cholet (Photo : Carla Loridan)

Pourquoi, dans ton film,  puisque tu es dans les Carpates, il n’y a aucune scène dans le château de Dracula ?

Il n’y a pas beaucoup de gens qui m’ont posé cette question. D’abord, ce n’est pas le vrai château de Dracula, et aller visiter cette très belle demeure, c’est se retrouver avec des touristes français… ça n’a aucun intérêt.

Tu évites de montrer les caricatures des pays que tu traverses.

Je n’en sais rien parce que certaines personnes prétendent que je stigmatise les pays. Je ne stigmatise rien du tout. Dans mon film, il n’y a que trois méchants, alors qu’il y a de nombreuses rencontres sympathiques. Si tu fais un film sur le gang des lyonnais, tu stigmatises Lyon ?

antoine de maximy,j'irai dormir dans les carpates,interview,mandorL’émission J’irai dormir chez vous va-t-elle revenir ?

Je n’en sais rien. D’abord, j’ai un problème de cheville. Je ne sais pas si je dois me faire opérer. Si tel est le cas, j’en ai pour six mois de rééducation. A  61 ans, je n’ai pas la même capacité de récupération. Avec le Covid-19, je ne sais même pas si je pourrais voyager comme je le voudrais. Et enfin, je n’ai pas de nouvelles de France 5. Aujourd’hui, je ne sais pas s’ils ont envie de continuer.

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Pendant l'interview...

Tu aimes les journalistes ?

Honnêtement, les rencontrer ne me fais pas chier. Même ceux qui ne m’aiment pas.

Tu préfères même ?

Bien sûr. Quand il y a une joute verbale, quand on se dispute, c’est passionnant.

Là, donc, tu te fais chier avec moi ?

Non. Mais c’est comme dans J’irai dormir chez vous, quand ça se passe bien, c’est bien, quand ça se passe mal, c’est bien aussi. Le public préfère quand ça se passe mal.

Je continue en étant méchant alors ?

Fais ce que tu veux.

Ce n’est pas dans mon ADN. En tout cas, ce film a plein de niveaux de lectures.

Oui, c’est vrai. Les spectateurs découvriront les coulisse de J’irai dormir chez vous, ils verront un métier qu’ils ne connaissent pas qui est le métier du montage… et surtout, je te le répète, c’est une enquête dans les images. Les gens pourront découvrir plein de choses avant la monteuse. D’une certaine manière, c’est un jeu.

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Le 17 septembre 2020.