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30 avril 2020

La Pièta : interview pour son premier album La moyenne

La Pietà - Studio (C) Cedrick Nöt (25).jpg

(Photo : Cédrick Nöt)

la-pieta-pic-dor-session-©-cedrick-Not-preselection-114.jpg« La Pietà est une lutte, une statue de Michel-Ange version punk... La Pietà est brute mais jamais brusque, enragée mais toujours sensible, volcanique et parfois gracile » indique fort justement le dossier de presse. Il est vrai que depuis trois ans, La Pietà (déjà mandorisé là) explose sur scène, aux quatre coins du pays. Ces moments live « tendus, ombrageux, provocants, festifs, propices à la communion » ne laissent personne indifférent. Voir La Pièta sur scène, c’est vivre une expérience unique qui provoque un choc émotionnel immédiat. Uppercut au cœur et à l’âme du début à la fin. Une performance.

Cela fait des années que je suis cette artiste dans ses différents projets, mais il est clair qu’elle s’est parfaitement trouvée dans le rôle de La Pièta (son double obscur qui tente aujourd’hui de trouver plus de lumière). Avec ce premier album, La moyenne, si elle est toujours aussi percutante, on décèle une discrète pointe de sérénité… et ça lui va bien.

J’ai appelé La Piètà, chez elle à Montpellier, en plein confinement, pour parler de ce nouveau disque…

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Argumentaire de presse (par Arnaud de Vaubicourt) :pochette album 800x800.jpg

La Pièta. C’est un cri. Une écorchure. Un désespoir porté par la lumière. La Pietà cogne, hurle, revendique. Elle caresse, aussi. La Pietà parle aux tripes et aux cœurs, avec la rage du punk et la poésie du slam. C’est un trop plein d’émotions extrêmes ressenties durant une poignée d’années qui a transformé La Pietà pour toujours. « Si la rage est un moteur, alors j’risque d’aller loin », scande-t-elle sur « Jusqu’ici tout va bien ». Cette hargne, cette rugosité verbale n’est pas plus dirigée contre la société que vers elle-même. Elle est juste l’expression primale d’un cerveau qui refuse de tourner en rond dans sa cage.

« La Moyenne », « Tapez », « Ma Guerre est Finie » ne sont ni des complaintes ni des errances poético-dégoulinantes : ce sont des pamphlets personnels, des claques que l’on donne aux autres autant qu’à soi-même, des textes d’une noirceur qui n’oublie jamais que renoncer à la lumière est la première des lâchetés.

La Pietà est une griffure, prête à appliquer du baume à celui qui saura l’écouter en regardant à l’intérieur de soi. La Pietà rugit son punk-à-textes-electro-rap (celui qui leur colle l’étiquette musicale qu’il faut gagne son poids en paires de claques).

Après trois EP rageurs en forme de chapitres où elle avançait masquée, autant sur scène que symboliquement, La Pietà sort à visage découvert La Moyenne, son premier album, le 22 mai 2020.

La parution d’un roman suivra de près.

La Pietà - Studio (C) Cedrick Nöt (52).jpg

(Photo : Cédrick Nöt)

94186339_2621151678156594_2608852492384993280_o.jpgInterview :

Malgré les textes chocs, je trouve La Pièta discètement plus sereine, non ?

Tu as raison. La Pièta est un projet qui a commencé il y a cinq ans. Je voulais raconter l’histoire d’une fille qui s’en était pris plein la gueule. En l’occurrence, c’était un peu moi, mais pas seulement. Une chanson de La Pièta n’est jamais autobiographique, mais une dérive de ce que j’ai pu vivre. Au départ, je voulais que cette histoire racontée dans un roman et en chansons dure trois ans parce que j’estimais que c’était suffisant pour évoquer juste une période de vie.

Et pourtant, elle est toujours là!

Aujourd’hui, j’essaie de m’amuser de cette Pièta qui change et qui se nourrit maintenant de Virginie, c’est-à-dire la fille qu’il y avait derrière le masque. Je tente de trouver un juste équilibre entre ce personnage qui était très sombre et ce que j’ai envie de lui apporter comme lumière désormais.

Clip de "Y en a", entièrement tourné à l'Iphone, à Rome, en Février 2020, extrait de l'album La moyenne.

Le masque, tu l’as complètement ôté ?

Oui, mais apparemment, je vais être obligée de le remettre (rires). (Note de Mandor : humour qui m’avait échappé sur l’obligation du port du masque pour sortir lors du confinement.) En vrai, je l’avais complètement retiré dans l’optique de dire que je me libère de cette histoire, de ce personnage sombre. La Pièta continue à exister, mais commence à se muter avec d’autres facettes de ma personnalité.

La première chanson de l’album est « La moyenne ». On l’a connaissait puisqu’elle était déjà sur le premier EP. Là, tu clames ton texte sans musique…

94504916_2624465864491842_8399640929169833984_o.jpg« La moyenne » est le titre phare de La Pièta. C’est le premier que j’ai sorti en disque et le premier texte que j’ai écrit dans mon roman. Pour le remettre dans l’album, nous nous sommes rendu compte que c’était compliqué de créer une nouvelle version musicale. La première avait été faite à l’arrache et c’est certainement cela qui lui avait donné une telle densité et personnalité… avec un son presque punk. Elle était très viscérale et pas léchée, du coup, quand on a essayé d’en faire une version plus propre, plus modernisée, c’était moins bien. Et remettre la même version n’avait aucun intérêt parce que la plupart des gens qui aiment mon travail l’avaient déjà. On a opté pour un a capella, ce qui a permis de mettre plus en avant le texte pur.

Es-tu de la génération qui ne croit plus en rien ?

Non. Moi Virginie Nourry, la personne qui est derrière La Piéta, t’affirme que ce n’est pas ce que je pense de la vie. Heureusement que je ne suis pas aussi désespérée qu’elle a pu l’être. J’avais besoin d’exprimer cette part sombre pour que ma part vivante et lumineuse puisse exister. Ma manière de mettre de la lumière dans tout ça et de sublimer la douleur, c’était d’en faire quelque chose d’artistique.

Clip de "J'revendique", tiré de l'album La moyenne.

En terme de texte, je trouve que celui de « J'revendique » est celui qui résume le plus la pensée de La Pièta. Et musicalement, c’est un titre plus pop et dansant que tout ce que tu as fait jusqu’à présent avec ce personnage.

C’est une chanson que je n’ai pas composé. J’ai travaillé sur cet album avec un ami, Anthony Bellevrat. J’aimais bien quelques compositions à lui qu’il n’utilisait pas, j’ai choisi celle-ci. Je me suis bien amusée à poser des textes sur une musique qui n’est pas de moi. Plus ça va, plus je vais aller vers ça. Me libérer de la partie musicale me permet de me concentrer sur les textes. Je trouve que j’ai mes limites musicalement et travailler avec des gens qui sont meilleurs que moi dans leur instrument et leur technique musicale, ça me permet de m’ouvrir vers d’autres choses.

C’est quoi ta plus forte revendication ?

Être libre… et être totalement libre d’être qui on est.

Clip de "Tapez", extrait de l'album La Moyenne.

Dans « Tapez », qui est une chanson sur la déshumanisation de notre système, on a l’impression que c’est aussi un appel à la violence.

Non, pour moi, cette chanson, c’est comme quand on regarde le film « Joker ». Le réalisateur n’est pas en train de dire qu’il faut faire comme Joker, c’est à dire, tout faire péter. Il dresse juste le tableau d’une société dans laquelle un homme est exclu et qui a des problèmes psychiatrique. La colère peut susciter des drames. Pour « Tapez », c’est la même chose. Elle raconte l’histoire de quelqu’un qui vit un deuil. Au moment d’aller enterrer cette personne, mon héroïne se retrouve confrontée à des gens et un environnement déshumanisé qui va lui faire péter les plombs. Ce n’est pas un appel à la violence, c’est un appel à faire gaffe. Si le système continue à ne plus prendre en compte nos émotions et nos sentiments, ça peut mal finir… 

Dans « Jusqu’ici tout va bien », tu dis « si la rage est un moteur, je risque d’aller loin ». Chez toi, la rage a toujours été un moteur ?

Oui, mais pas uniquement. C’est un mélange de rage et d’amour. Et pour être plus précise,  mon moteur principal, c’est quand même l’amour.

Clip de "7 mois", tiré de l'album La moyenne.

« Sept mois » et « Arrêtez tout » sont des histoires d’amours blessés et de ruptures.la-pieta-pic-dor-session-©-cedrick-Not-preselection-007.jpg

Cet album a été entièrement conçu et enregistré après une rupture amoureuse douloureuse. Il ne parle pas uniquement de ça, mais il en parle pas mal. En tant que fille passionnée, quand je vis une rupture, j’ai l’impression que le monde s’écroule. C’est vrai à ce moment-là, mais plus tard, j’arrive ensuite à le reconstruire.

Dans « Pas désolé », tu emploies la première personne du masculin.

C’est la première fois que je fais ça. Comme ça parle d’un pote homosexuel qui raconte son histoire, je me suis mise dans sa peau. De manière plus générale, c’est aussi une façon d’expliquer que dans mes chansons, quand je dis « je », ça ne veut pas dire obligatoirement que c’est moi.

Dans « Le mal du siècle », tu racontes la dépression.

Là encore, ça ne parle pas uniquement de moi. Il y a aussi un peu un ex qui était sur une mauvaise pente et mon père qui était un grand dépressif. Ca me paraissait une évidence d’appeler cette chanson comme ça, parce que j’estime que la dépression est le mal du siècle en occident. C’est un mal qui gangrène et qui est compliqué parce qu’il n’est pas tangible et très mal perçu. Quand on se casse un pied, on va directement se faire soigner, mais aller à l’hôpital psychiatrique pour soigner son mal intérieur, c’est encore très mal vu, alors souvent, on ne le fait pas.

"Ma guerre est finie" en version piano-voix. Arrangements et Piano : Anthony Bellevrat. Réalisation Vidéo : Cédrick Nöt au théâtre de Tarbes le 25 mai 2019.

La chanson qui clôt ton album s’intitule « Ma guerre est finie ». Si ta guerre est finie, de quoi va parler La Pièta ?

Il y a plein d’autres guerres… Mais c’est une manière de dire que cette douloureuse période de vie est close. Cet album est à la fois la conclusion de la période précédente et le cheminement vers la suite. J’apprends à canaliser la colère… je te le répète, je me laisse le droit de faire des choses plus lumineuses et plus joyeuses.

Comment vis-tu ce confinement ?

Bien et mal. Je suis une grande solitaire, donc ça ne me dérange pas d’être seule. Mes passions sont d’écrire, chanter, composer, peindre… je fais un peu tout ça. Mais pour moi, le confinement, c’est aussi une vraie question philosophique sur la vie et sur la mort… et sur la liberté aussi. Jusqu’où on est prêt à aller par peur de mourir ? Le confinement met aussi en exergue les inégalités sociales. Il y a les gens qui sont enfermés à plusieurs dans des petits appartements et d’autres qui sont dans de grandes maisons avec de grands jardins et des espaces libres. C’est surtout ça que je trouve insupportable. Et puis, naïvement, j’aurais aussi espéré que ce drame mondial nous rapprocherait tous. Je pensais que la bienveillance et la solidarité allait dominer. J’ai constaté sur les réseaux sociaux que c’est le contraire qui est arrivé. La haine, la malveillance, la dénonciation du voisin qui sort trop souvent… J’ai du mal à vivre cette agressivité latente.

Bonus : Un live électrique de 35 minutes enregistré en avril 2020 en plein confinement.

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