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08 avril 2020

Tom Poisson : interview pour Se passer des visages

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(Photos : Ayumi Moore Aoki)

tom poisson, se passer des visages, interview, mandorTom Poisson a peaufiné ses 10 nouvelles chansons en tournée pendant près de deux ans avant de nous les offrir sur son nouvel album Se passer des visages. 10 petits bijoux "chanson pop" finement ciselés. Je le suis depuis le début de sa carrière (quelques mandorisations, seul ou avec Les Fouteurs de joies) et force est de constater qu’il est comme le bon vin. Il vieillit bien avec le temps. Assurément, le cru 2020 est sa meilleure cuvée.

Confinement oblige, nous avons réalisé cette interview par téléphone en fin de semaine dernière.

 

Son site officiel.

Sa page Facebook.

Pour écouter le disque Se passer des visages.

Ce qu'en dit Sylvain  Siclier dans Le Monde du 5 avril 2020: 

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Argumentaire de presse officiel, par Arnaud de Vaubicourt (mais légèrement écourté) :

Se Passer des Visages pourrait bien être l'album qui, paradoxalement, impose le faciès de Tom Poisson comme indispensable en 2020. Plus de quinze ans après le début de sa carrière, ce nouvel opus est en effet un recueil de chansons qu'il distille à visage découvert. Non pas que Tom Poisson ait nagé en eaux troubles jusqu'alors, mais ces titres éclairent la personnalité de l’artiste d'un halo assez nouveau. Les thèmes abordés ici, la violence conjugale (« Trois Bleus de Plus »), le drame des migrants (« Se Passer des Visages ») ou l'émancipation face à nos propres démons (« Ma Peur ») forment l'architecture de ces chansons, qu'il déploie sur des airs parfois légers, sautillants, où la mélodie semble alléger la profondeur des textes.

Des teintes sombres s'y profilent alors. Et comme il n'y a pas d'ombre sans lumière, le chanteur y imprime aussi une sensibilité galvanisante. Celui qui "faisait des chansons" en 2004 les vit dorénavant. Il les habite pleinement. C'est à ce titre que ce nouveau disque saute tout de suite aux oreilles comme un album intimiste dans lequel on se sent immédiatement inclus, invité, pris par la main. Dévoiler une peau neuve implique de se confronter à la réalité. Alors, lorsqu'il ne chahute pas avec son groupe Les Fouteurs de Joie, Tom Poisson se présente en live dans une formule plus intimiste, aux côtés de Paul Roman, dans un spectacle baptisé 2+1* - 2 hommes & 1 micro.

En filigrane de l'album, les mélodies, les guitares, arborent une simplicité, une épure qui séduit d'emblée. Les arrangements laissent alors la part belle aux motifs plus complexes, agencés par Tom Poisson et ses acolytes Alexandre Léauthaud et Fred Pallem. Ce travail d'orfèvre ouvre aussi la voie à des gimmicks synthétiques (14 ans plus tard) qui servent la rythmique avec entêtement. Au final, si se passer des visages est une option, et parfois une nécessité, se passer de ces dix chansons de Tom Poisson devient difficile dès la première écoute.

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(Photo : Ayumi Moore Aoki)

tom poisson,se passer des visages,interview,mandorInterview :

Ton premier album est sorti en 2004. Tu as donc 16 ans de carrière en solo, avec Les fouteurs de joie et tes projets « jeune public ». Tu es en permanence dans l’action.

J’ai toujours les mains dans le moteur parce que je n’ai jamais connu une autre manière d’envisager mon métier. Je n’ai jamais été signé par une grosse maison de disque qui m’a pris en main en me facilitant la tâche. Tant mieux parce que c’est ma petite entreprise. Elle me permet de varier les plaisirs. Je n’aurais pas pu me contenter de la casquette de chanteur et vivre ainsi : faire un album, une tournée, refaire un album, refaire une tournée… J’aurais vite tourné en rond. J’essaie de trouver des formes différentes pour continuer à m’amuser de l’intérieur. Mes projets ont la chance de fonctionner à une échelle qui me convient. Même si je ne suis pas dans les grands médias, j’ai la chance d’être toujours sur la route... et c’est déjà précieux.

Tu prends juste du plaisir avec ces matières que sont la musique et la chanson.

C’est exactement ça. Ça fait du bien d’avoir des projets différents et des implications différentes dans chaque projet. Ça te donne de l’air frais et ça t’évite de trop te regarder le nombril. Je fais ce métier avant tout pour trouver du partage. L’existence est tellement courte que le partage est mon moteur.

Clip de "De loin", réalisé par François Berdeaux.

Alexandre Léauthaud, autre Fouteur de joie, et Fred Pallem t’ont aidé pour les arrangements.

J’ai écrit toutes les chansons et j’ai impulsé toute cette énergie totale acoustique. Fred et Alexandre, qui sont comme deux frangins, ont arrangé certaines chansons. Alexandre a été musicien, arrangeur et surtout réalisateur de l’album puisqu’il a fait les prises de son et le mixage. Fred a passé une dizaine de jours avec nous et a pris à son compte les chansons les plus orchestrées.

Tu as testé tes nouvelles chansons lors de ton spectacle 2+1 avec  Paul Romain.

Je voulais trouver une dynamique scénique à ce projet. En les portants sur scène, ça m’a permis de les patiner et de les affiner.

En tout il y a avait 16 titres et tu n’en a gardé que 10.

Dans le propos et dans la forme, il ne fallait pas que ce soit redondant.  Du coup, je pense que ça ne l’est pas et je trouve qu’il y a une cohérence entre toutes les chansons.

Clip de "Trois bleus de plus", réalisé par Fernando De Azevedo.

Tes chansons sont fines et loin d’être lisses.

J’essaie de les rendre pertinentes et percutantes en fonction de l’angle de tir. Il y a une chanson sur une rupture, une sur le temps qui passe, une sur les migrants, une sur les violences conjugales. Le sujet abordé n’a d’intérêt qu’à partir où on choisit le bon angle pour raconter.

Tu ne parles plus beaucoup de toi dans ce disque.

Raconter ma vie ne m’intéresse pas, beaucoup moins qu’avant en tout cas. Je ne décide pas vraiment des thèmes qui vont se dessiner dans mes chansons. Au début, je trouve un gimmick, un mot qui amène une phrase qui amène un thème. Ma façon d’écrire est un peu impressionniste et intuitive.

"Les gifles",version à la maison pendant le confinement. 

Ton écriture a changé. Elle est devenue plus poétique.

Le musicien aussi a changé et le chanteur également. Certains artistes ont une immédiateté à 25 ans. Dans mon cas, c’est comme un puzzle, assez long à faire mais qui vaut sûrement le coup de voir terminé. La vie, les épreuves, le travail nous font grandir, cela se ressent forcément dans ce que l’on peut produire. Et puis, j’aime donner aux choses le temps de voir le jour sans force volontarisme. Je suis lent dans un monde qui va vite. C’est comme suivre un long parcours sensuel jusqu’à sa propre voix/voie.

Du coup, tu as mis longtemps à te trouver en tant que chanteur ?

J’ai mis du temps à trouver mon identité vocale. Au début, je ne faisais pas ce métier pour devenir chanteur. Mon premier album, en 2004, s’appelait Tom Poisson fait des chansons pour bien signifier que c’était le côté artisanal qui m’intéressait. Je me disais que livrer des chansons comme Brassens le faisait suffisait. Pas dans mon cas. Je le répète, j’ai dû passer par un long cheminement pour trouver ma voix de chanteur.

"Ma peur", version à la maison pendant le confinement. 

Il y a deux duos : « Les fantômes » avec Laurence Jaillet et « La chanson » avec Clio.

Laurence Jaillet est une chanteuse en reconstruction musicale. Elle avait un projet il y a quelques années et elle a envie de revenir. C’est une très belle personne et une très bonne chanteuse, c’est pour ça que je suis allé la chercher. Quant à Clio, elle est top. Je suis impressionné par son deuxième album. Les gars qui l’ont réalisé ont été vraiment malins. Ca l’a modernisé sans la pervertir, le tout en rendant justice à sa plume.

Tu es content de cet album ?

C’est la première fois que je suis hautement satisfait d’un disque. Je le trouve dense. J’assume parfaitement la forme poétique utilisée qui, je l’espère, n’est pas hermétique. L’auteur, le compositeur et le chanteur que je suis se sont enfin rejoints.

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(Photos : Ayumi Moore Aoki)