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30 mars 2020

Gemma : interview pour son second EP

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(Photo : Léa Tartière)

Gemma est apparue en 2015 avec un premier EP,  Juste après. Remarquée par France Inter et une partie de la profession. Personnellement, j’étais un peu passé à côté, mais à l’écoute de ce deuxième EP éponyme, j'ai été conquis immédiatement. De la pop moderne avec de jolis textes, parfois un peu grinçants, ce n’est pas notre lot quotidien. Sa sensibilité m’a beaucoup parlé.

Nous nous sommes attablés dans un bar de la capitale le 25 février dernier pour une première mandorisation qui, je l’espère, ne sera pas la dernière.

Sa page Facebook officielle. 

Pour écouter l'EP.

gemma,estelle  bruant,ep,interview,mandorArgumentaire de presse :

Gemma aime la pluie, les longues soirées d’hiver, les rendez-vous ratés et les explications inutiles.
Gemma n’aime pas le vide, le bruit, les odeurs d’essence et le mépris.
Gemma aime donner du sens aux aléas, aux détails du quotidien, aux silences entre deux mots, et à la musique des songes.

Gemma a séduit Didier Varrod et Valli sur France Inter, a joué devant Benjamin Biolay et Gaëtan Roussel, Alex Beaupain et Jeanne Cherhal.

Entre la liberté et le carcan sociétal, entre le désir d’être entendue et l’envie de se taire, Gemma écrit, compose et interprète un nouvel EP réalisé par Olivier Lude (Vanessa Paradis, - M-, Catherine Ringer, Johnny Hallyday, Yodelice...), une collaboration née au fil de l’accompagnement fidèle de la Coopérative de Mai, la SMAC de Clermont-Ferrand.

L’EP :gemma,estelle  bruant,ep,interview,mandor

En six titres étincelants et grinçants, habillés de musiques urbaines et de pop fragile, GEMMA parle du narcissisme maladif de notre société (« Les Autres », single partagé et co-écrit avec le chanteur et comédien Pierre Rochefort), de sentiments contrariés et d’amours inoubliables (« Jamais mieux que toi »), une touchante et désarmante légèreté de l’être traduite également en langue des signes, dans un spectacle pour personnes sourdes et malentendantes. 

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(Photo : Léa Tartière)

gemma,estelle  bruant,ep,interview,mandorInterview :

Quel est ton cursus professionnel ?

J’ai eu une formation en violon et en piano au Conservatoire de musique jusqu’à l’âge de 16 ans. Ensuite, je me suis mise à la guitare et j’ai commencé à composer mes premières chansons vers 20 ans. Parallèlement, j’ai fait des études assez longues, ce qui fait que je ne me suis pas focalisée sur la musique. J’ai un DEUG en Lettres et en art du spectacle. J’ai aussi une maîtrise en science du langage et j’ai suivi les cours Florent. Enfin, j’ai passé un master de médiation culturelle à Clermont-Ferrand. Ça fait cinq ans que je suis devenue plus professionnelle dans le milieu de la musique grâce à un concours de France Inter qui m’a permis de me faire remarquer par des professionnels. Sinon, à côté de ça, je suis prof d’éducation socio-culturelle. Ça reste dans l’artistique.

Tes parents t’ont-ils éduqué musicalement ?

Dans ma famille, à part moi, personne ne fait de la musique. Le Conservatoire, c’est un choix personnel. Mes parents ne m’ont pas incité à le faire. A la maison, ils écoutaient beaucoup de variété comme Souchon ou Goldman. De moi-même, à l’adolescence, je suis allée vers Jacques Brel, Charles Aznavour et Barbara. J’étais aussi très rock, Bob Dylan, Nirvana, Gun’s N Roses… J’aime aussi beaucoup William Sheller, Stephan Eicher et Véronique Sanson. Bref, plus jeune, j’étais rock et chanson française.

"Jamais mieux que toi", tiré du deuxième EP de Gemma. Ceci n'est pas un clip, mais une séquence vidéo expérimentale. 

Je sais qu’aujourd’hui, textuellement, tes préférences vont vers le hip hop.

Les rappeurs sont très doués. Oxmo Puccino et Orelsan ont des textes qui font réfléchir. C’est très riche.

Ce  deuxième EP est extrêmement bien réalisé. Il a un son d’aujourd’hui que j’apprécie beaucoup.

A la base, j’écris en piano-voix, mes chansons sont donc très acoustiques. Pour ce disque, je voulais des arrangements en phase avec ce qu’il se fait aujourd’hui. C’est La Coopérative de mai à Clermont Ferrand qui m’a mis en lien avec Olivier Lude, un ingénieur du son qui  a travaillé avec des artistes majeurs français. Lui-même m’a mis en lien avec d’autres arrangeurs. A trois, ils ont fait les arrangements de mes chansons piano-voix. Si cet EP pop chanson française trouve son public, l’idée est que nous nous retrouvions tous plus tard pour faire un album.

En écoutant les textes, j’ai eu l’image d’une femme qui doute, qui vit des histoires d’amour qui ne sont pas très positives.

Tu as bien cerné le personnage. Dans la vie, je crois que l’on tourne tous autour du même thème. Mon thème de prédilection est la rupture, mais la rupture au sens large du terme. Autant la rupture amoureuse que la rupture avec la société. La rupture de l’être, en fait. Je précise que ce n’est pas lié au fait que j’ai raté mes histoires amoureuses, puisque je vis une histoire qui fonctionne très bien depuis des années. Après, c’est vrai que je suis fragile et que j’ai des doutes. Il n’y a que les cons qui ont des certitudes.

"Déconsidération" (chanson qui ne figure pas sur le 2e EP  de Gemma). Prestation filmée par France 3 Auvergne-Rhône-Alpes (Studio 3).

C’est rare aujourd’hui, mais ton disque n’est pas foncièrement « féministe ».

Un peu quand même, mais involontairement. A partir du moment où on est une femme, il est évident qu’on est féministe. Parfois je parle des hommes dans mes chansons de manière pas très sympathique, mais j’ai conscience qu’ils ne sont pas tous des cons. Toutes les femmes ne sont pas parfaites non plus.

Tu as fait beaucoup de premières parties. Récemment avec Pomme devant 1500 personnes.

Je n’ai jamais fait un concert comme ça. C’est la première fois que je ressentais à ce point-là la force du public. 1500 personnes qui applaudissent, c’est indescriptible. C’est comme un tsunami. Ça réchauffe l’âme.

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Sur la scène de Trois Baudets, le soir de l'interview, le 25 février 2020.

Tu aimes la scène ?

Oui, même si je suis à la base une fille de l’ombre. Ce que j’aime vraiment, c’est écrire et trouver la musique qui va avec. Pour moi, c’est un peu scientifique. C’est comme une équation que l’on est en train de résoudre et à la fin, on a le résultat de notre travail. Dans le cerveau, le solfège se trouve au même endroit que les mathématiques. Ce n’est pas un hasard.

Pourquoi fais-tu de la musique ?

Pour savoir si mes textes peuvent toucher les gens. Si je vois que c’est le cas, je trouve que c’est utile de continuer à me produire sur scène et de faire des disques.

"Les autres" par Gemma et Pierre Rochefort (clip officiel, solidaire et confiné), tiré du 2e EP de Gemma. 

Sur scène, tu es à l’aise. Tu fais même rire le public.

A l’issue des concerts, il y a des personnes qui me disent que je devrais faire du one-woman-show. Comme je ne suis pas à l’aise d’avoir toute la lumière sur moi parce que je suis timide, je compense par l’humour.

Pourquoi te mets-tu en avant si tu es timide ?

L’être humain est ambivalent. C’est bien de l’admettre, ça peut nous aider. Moi, je suis au paroxysme de mon ambivalence. Je suis timide, j’ai le trac, je me demande pourquoi je fais ça, mais j’ai trouvé la réponse. J’aime ça.

Il y a des gens avec lesquels tu aimerais travailler ?

Albin de la Simone, Vincent Delerm ou Alex Beaupain… je les apprécie beaucoup.

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Après l'interview, le 25 février 2020.

28 mars 2020

Sages Comme Des Sauvages : interview pour Luxe/Misère

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Ava Carrère et Ismaël Colombani. (Photos : Claire Delfino)

sages comme des sauvages,ava carrère,ismaël colombani,émilie alenda,osvaldo hernandez,luxe misère,interview,mandorOn a connu le duo Sages comme des sauvages en 2015 avec un premier album qui se situait déjà entre univers tribaux et urbains, Largue la peau. Ava Carrère (chant, guitare, percussions) et Ismaël Colombani (chant, instruments à cordes), tous deux artistes non-conformistes, proposent des chansons folk sans frontières (calypso, rebetiko ou même country), avec toutefois une influence prononcée par le maloya réunionnais. Pour leur deuxième disque, Luxe/Misère, le duo devient quatuor. Osvaldo Hernandez (percussions afro-latines) et Emilie Alenda (basson, clavier, chant) les ont rejoints. Ils signent tous les quatre les arrangements luxuriants et foisonnants, le tout enregistré par le producteur Jean Lamoot (Alain Bashung, Noir Désir, Raphaël, Dominique A...). 

Le 18 février dernier, j’ai rencontré Ava et Ismaël (et leur bébé) dans les locaux de leur label, Zamora Productions.

Leur site officiel.

Leur page Facebook officielle.

Pour écouter l’album.

La chronique du programmateur musical de France Inter, Thierry Dupin.

Argumentaire de presse officiel :sages comme des sauvages,ava carrère,ismaël colombani,émilie alenda,osvaldo hernandez,luxe misère,interview,mandor
Avec Luxe Misère, Sages Comme Des Sauvages signe un album multiple mais constant, un album vert d’eau et jaune fluorescent à bandes réfléchissantes.

Sages Comme Des Sauvages c’est d’abord un grouple (un couple, qui a fait un groupe). Et un grouple a autre chose à faire qu’à chanter des bluettes. De leur point de vue à deux têtes, les auteurs-compositeurs s’inspirent de la maladresse des hommes (« Garçon »), des 8 mois durant lesquels ils ont accueilli deux jeunes Soudanais en partance pour l’Angleterre (« Inattendu »), du suicide dans tout ce qu’il a d’énigmatique (« Quasiment Parfait), des névroses de fond de tiroirs (« Ah les angoisses ») ou du naufrage européen (« Yassou Evropi »). À l’instar du premier album, chaque titre vient avec sa propre ambiance, et Sages comme des sauvages sait qu’une chanson peut être d’autant plus triste qu’elle est chantée gaiement, ainsi le grouple se permet tous les contrastes, toutes les fantaisies stylistiques. De nouveaux instruments viennent rejoindre leur zoo musical, une dombrah du Kazakhstan, une guitare lionne du Mexique, une guitare malgache…

Ainsi sont nées 12 chansons pour parer à la brutalité du monde, pour prendre le maquis, se cacher dans le feuillage et préparer les révoltes à venir. Les espaces sont neufs, mais sonnent pourtant familier. Le poumon sage et sauvage vient souffler aux oreilles attentives de nouveaux refrains qui sauront se rendre indispensables.

sages comme des sauvages,ava carrère,ismaël colombani,émilie alenda,osvaldo hernandez,luxe misère,interview,mandorInterview :

Avant ce duo, ni l’un ni l’autre ne jouait ce genre de musique ?

Ava : J’ai commencé la musique à l’âge de 26 ans. J’ai fait les beaux-arts, donc en musique, j’étais autodidacte. Avant Sage comme des sauvages, je faisais de la chanson qui pouvait être punk, funk ou plus traditionnel. Je ne savais pas jouer d’instrument donc j’en avais des faux, en carton, et je faisais semblant de les utiliser. J’étais plus dans le cabaret.

Ismaël : Pour ma part, j’ai commencé la musique très tôt. J’ai attaqué le violon classique à sept ans, j’ai donc eu une approche académique, mais très vite, j’ai dévié parce que le classique me saoulait. Je me suis donc dirigé vers l’expérimental. Quand j’avais seize ans, je voulais être compositeur de musique electro acoustique. J’étais attiré par la musique contemporaine, voire bruitiste. Ce qui est sûr, c’est que la chanson ne m’attirait pas du tout. Le point commun que nous avions, Ava et moi, c’est qu’on aimait briser les codes de la musique que l'on jouait.

Et quand vous vous êtes réunis, vous avez créé quelque chose qui a fonctionné.

Ismaël : Nous avons beaucoup négocié, mais nous sommes parvenus à un terrain d’entente.

Ava : La somme de nous deux allait beaucoup plus loin que ce que nous faisions chacun de notre côté.

Ismaël : Il y a une chose primordiale, c’est que nos deux voix se sont collées parfaitement et très vite. Nous avons une tessiture assez proche.

Clip de "Luxe misère" tiré de l'album Luxe/Misère.

Chanter en français était une évidence pour vous ?

Ismaël : Ça a été une ouverture immédiate par rapport à ce que je faisais avant. Le public comprend le propos et s’approprie la chanson, ce qui n’était pas le cas dans la musique que je faisais.

Ava : Notre projet Sages comme des sauvages a touché les familles. Les enfants comme les parents aiment ce que nous faisons. Nous avions des projets underground et là, c’est l’exact opposé.

Ismaël : Nous sommes arrivés dans la chanson par les bords. Et depuis que nous faisons de la vraie chanson, à notre façon, certes, nous parvenons à fédérer.

Vous êtes contents que les enfants aussi adorent votre musique.

Ismaël : Nous en sommes très fiers. Dans nos chansons, on évoque aussi beaucoup l’enfance. C’est notre premier Eden.

Ava : Les yeux d’enfants, ce sont ceux par lesquels tu peux toujours voir l’étrangeté du monde avec une certaine distance.

"Rouge colère" extrait de Luxe/Misère (live aux Studios Ferber).

Ce nouvel album s’est fait à quatre, contrairement au premier où vous étiez seuls. Là, vos comparses de scène, Emilie Alenda (basson, clavier, chant) et Osvaldo Hernandez (percussions afro-latines) vous ont aidé.

Ismaël : A deux, c’était hyper bien, mais nous étions peut-être un peu trop dans le côté chanson. Il nous manquait le côté dansant. A quatre, nous captons le public, mais on le fait aussi se mouvoir.

Ava : Avant, nous étions même assis, par nécessité.

Ismaël : Mais en même temps, nous avions développé la parlotte. On parlait beaucoup  entre les chansons et ça tissait des liens avec les spectateurs. Nous cherchions la convivialité. Aujourd’hui, à quatre, il y a un côté super héros. On a l’impression d’être les quatre fantastiques. Chacun à ses supers pouvoirs avec ses instruments respectifs.

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De gauche à droite, Emilie Alenda, Ava Carrère, Ismaël Colombani et Osvaldo Hernandez.

(Photo : Claire Delfino).

sages comme des sauvages,ava carrère,ismaël colombani,émilie alenda,osvaldo hernandez,luxe misère,interview,mandorC’est Jean Lamoot qui a enregistré et mixé ce deuxième album. Comment cela s’est passé avec lui ?

Ismaël : Ce que je trouve génial chez Jean, c’est qu’il s’adapte très facilement.

Ava : Malgré son énorme réputation de producteur, il respectait totalement notre travail et se contentait juste de nous faire des propositions le plus simplement du monde. Il a un côté très pointu dans son écoute, très sûr, mais il reste gentil et doux tout le temps. C’est un bonheur de travailler avec lui.

Ismaël : Tu sens qu’il met la musique au-dessus de lui-même. Il n’a aucun ego. Ce qui comptait avant tout, c’est qu’ensemble, nous faisions de la bonne musique. J’ajoute que c’est un des rares à comprendre la percussion. Nos deux percussionnistes nous ont dit qu’ils avaient rarement rencontré quelqu’un qui plaçait leur instrument à ce niveau-là.

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Pendant l'interview...

Vos textes évoquent la société de manière pas très positives, mais sur de la musique solaire.

Ismaël : Derrière nos chansons sociétales ou politiques, on essaie de voir le cœur des gens.

Ava : Ce qui amènent nos chansons, ce sont les ritournelles que l’on créé pour se soigner nous-mêmes. C’est presque une lapalissade ce que je vais dire, mais la musique joyeuse contrecarre la tristesse.

Ismaël : C’est comme un exorcisme. D’ailleurs, nous jouons comme des sorciers.

Il y a des participations de deux voix exceptionnelles, celle de Kate Stables dans « De l’eau » et Danyèl Waro dans « Le goût de la fumée ».

Ismaël : Ces deux voix sont magiques, chacune dans leur style. Ce que provoque leur voix nous touchent beaucoup. Il y a un côté mystique dans leur façon de chanter.

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(Photo : Claire Delfino)

Vous vous considérez plus dans la chanson française ou dans la musique du monde ?

Ismaël : On fait de la chanson française parce que nos textes sont en français, mais, c’est vrai que nous avons le cul entre deux ou trois chaises. On essaie de trouver une troisième voie qui ne respecte pas forcément les codes de la chanson française.

Vous être un grouple (groupe/couple). C’est être un binôme particulier ?

Ismaël : Oui. Il y a des thématiques que tu vas traiter différemment. Par exemple, c’est un peu compliqué de chanter une chanson d’amour à l’autre ou de chanter les amours déçus… L’introspection, sujet fort en vogue actuellement dans la chanson, c’est aussi hors de question puisque nous sommes deux. En tout cas, travailler à deux permet de se reposer l’un sur l’autre, ce qui crée une dynamique de force renouvelée intéressante.

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Après l'interview, le 18 février 2020. (Et non, vous ne verrez pas la tête de leur enfant.)

23 mars 2020

Miegeville : interview pour l'album EstOuest

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miegevielle,matthieu miegeville,interview,mandor,estouestMatthieu Miegeville n’est pas un débutant. Il dispense depuis vingt ans ses mots aux quatre coins du globe de Pékin à Los Angeles, de Clisson à Casablanca au sein de projets musicaux toujours ambitieux (Psykup, My Own Private Alaska, Agora Fidelio…) souvent issus des musiques dures (rock et metal). Trois recueils de textes ont d’ailleurs aussi vu le jour (L’Enfant du Silence, Si bleu qu’à sa brisure, Là où convergent les points cardinaux), rassemblant une partie de ses écrits.

Amorcé l’an dernier, sa carrière solo a démarré avec un très bon premier EP, Longue Distance avant que n’arrive cet album huit titres, EstOuest. Un disque qui montre toute l’étendue de son talent. Il passe d’un genre musical à l’autre avec une facilité déconcertante. C’est poétique, esthétique, violent ou doux et surtout… urgent !

Rendez-vous aux Trois Baudets, le 13 février dernier, pour faire connaissance avec cet artiste.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter son album.

Argumentaire de presse (par Arnaud de Vaubicourt) :miegevielle,matthieu miegeville,interview,mandor,estouest

Dans un monde où il faut absolument tout faire rentrer dans des cases, où le besoin impérieux de coller une étiquette règne, Miegeville fait figure d’électron libre. Si c’est pour Toulouse que son cœur bat, au rythme d’une ville en perpétuelle ébullition culturelle, c’est aux quatre coins du monde que Matthieu Miegeville a jadis posé ses flight cases, en officiant pour des groupes de rock, tendance dure. Et comme le talent protéiforme de cet auteur-compositeur-interprète aime vagabonder, il se met ici à nu avec EstOuest, recueil de huit chansons taillées dans le granit pour ce féru de poésie. Ce premier album a été enregistré durant l’été 2019, avec Serge Faubert aux manettes.

miegevielle,matthieu miegeville,interview,mandor,estouestL’album (argumentaire de presse officiel):

Une voix enveloppante, dense et burinée se raconte sans ambages au fil de ces compositions à fleur de peau. « Longue Nuit » ouvre l’album et c’est ici que le voyage commence. Un road trip émotionnel où le sensible côtoie l’âpreté de la vie. Sur EstOuest, la mélancolie ne cède jamais aux injonctions du désespoir, bien au contraire, elle tend à se mouvoir vers une lumière salvatrice qui point au détour de chaque titre. Accompagné par Candice Pellmont (chanteuse du groupe Winnipeg) sur « La Baleine Bleue » et « Acte Manqué », Miegeville donne à entendre des mélodies plus pop, aux refrains imparables que l’on jurerait avoir toujours connues.

Entre poésie chantée et chanson urbaine, Miegeville navigue au plus profond de ses émotions mais jamais en eaux troubles. C’est même plutôt de manière clairvoyante qu’il ressent le monde dans lequel on vit, comme dans « Blanche », faussement désabusé, ou dans le pamphlet « Les Portes », morceau coup de poing où un phrasé hip hop impose une tension palpable. De Jacques Brel à Nick Cave en passant par Dominique A, qui par ailleurs a déjà salué la qualité de ses textes, Miegeville prend un malin plaisir à adresser un clin d’œil habile à ses influences, pour dénouer nos émotions les plus enfouies.

Sous sa voix ténébreuse s’érige un kaléidoscope de sentiments puissants, ceux d’un auteur dont les stigmates et les fêlures se muent peu à peu en un bouquet mélodique aussi délicat qu’engagé.

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miegevielle,matthieu miegeville,interview,mandor,estouestInterview :

Tu viens du metal. C’est marrant comme les gens qui viennent de la musique « dure », comme Kent, sont excellent dans la pure chanson française.

Le parallèle avec Kent, j’aime bien. Pour mon cas personnel, je suis un enfant de la chanson et du rock français. Avec tout l’amour que j’ai pour mes parents, ce ne sont pas eux qui ont fait mon éducation musicale. Mon père était fan de Sardou et on écoutait le Top 50, c’est dire d’où je viens (sourire). Je suis tombé dans la marmite du metal par pur hasard, même si je m’y suis bien épanoui, mais ce n’est pas ma culture de base. Mes dieux étaient Jacques Brel, Reggiani, Ferré..

Avec tes divers projets metal, tu as chanté dans une vingtaine de pays et trois continents. Tu as enregistré un album à Los Angeles avec le producteur de The Cure et de Korn. Sacrée carrière !

Merci. Il y a des gens qui ne me connaissent qu’avec cette partie-là de ma carrière.

En 20 ans de musique, tu as joué au Printemps de Bourges, aux Eurockéennes,  au Hellfest…  et avec cet album, c’est comme si tu étais redevenu débutant. Tu ne trouves pas la situation particulière ?

C’est bien de repartir à zéro. Ça ne me dérange pas que l’on ne sache pas ce que j’ai fait avant ce disque. C’est même normal puisque je viens d’un tout autre univers musical.

"Blanche", extrait de l'album EstOuest.

Le cri est une des composantes du metal. Là, dans EstOuest, tu chantes de manière très « intime ».

Ça me permet de mettre les textes en avant. Dans le milieu du metal, il est vrai que les textes ne sont pas trop écoutés.

Tu étais frustré que les gens se foutent royalement de tes textes ?

Oui, carrément. Quand il y a trop de décibels, ce que tu chantes est noyé dans  la musique. Mon premier EP en tant que Miegeville, cet album et mes trois recueils de poésie m’ont permis de calmer ma frustration.

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Tu es un peu le poète du milieu metal ?

Pendant un temps, c’était honteux de faire de la poésie, mais aujourd'hui, je me suis rendu compte qu’il y a des gens qui appréciaient cela. Aujourd’hui, je l’assume et je suis fier de le revendiquer.

Et ça ne t’empêches surtout pas de continuer le metal ?

Dans le milieu anglo-saxon, les gens se foutent de la pluralité, en France, il faut que l’on soit dans de petites boites. Je suis obligé d’expliquer que je fais de la chanson, mais que je n’ai pas arrêté le metal. Ce n’est pas toujours bien vu dans le milieu de la chanson. Certains ne comprennent pas.

"Longue nuit", extrait de l'album EstOuest.

Musicalement, c’est album est plutôt calme.

Il y a un piano, des guitares en sons clairs et des textures electro qui ne prennent jamais l’avantage. Mais j’assume le fait que ce n’est pas de la musique légère. Des gens comme Dominique A, Miossec ou Bertrand Belin ont mis du temps à s’imposer. Moi, j’ai l’impression que ça va être la même chose. Je me dis qu’avec ce projet, il va falloir que je sois patient. Je suis content d’avancer au fur et à mesure, avec le sentiment du devoir accompli.

C’est quoi ta musique ?

C’est de la chanson moderne. Je dis chanson parce que ce sont des chansons avec refrains, couplets, mélodies, textes qui se tiennent…  Je me plais à croire que je dépoussière la vieille chanson avec des arrangements un peu electro. Et dieu sait que j’aime cette vieille chanson…

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Pourquoi il n’y a que huit titres ?

Parce que je suis très dur et exigeant envers moi-même au niveau des textes. J’aurais pu mettre 13 morceaux, mais j’en ai viré plein parce qu’ils ne me satisfaisaient pas totalement.

Serge Faubert a enregistré et mixé ce disque.

J’ai travaillé avec lui pour d’autres projets et ça colle bien entre nous. Je suis allé vers lui une nouvelle fois, car il a beaucoup de bienveillance envers moi. Il a souvent répondu à mes doutes. Il m’a incité à avoir confiance et à garder le cap.

Il y a des jeunes que tu aimes bien dans la nouvelle génération ?

Baptiste Walker Hamon. Je le trouve très touchant et ses textes sont magnifiques. « Soleil, soleil bleu », « Peut-être que nous serons heureux » et « Quitter l’enfance », à mon avis, on en reparle dans 40 ans. J’aime aussi Govrache. J’admire beaucoup cet artiste. Tous les trois, nous ne faisons pas la même musique, mais nous faisons très attention aux textes.

Je suis en train d'écrire un livre sur Daniel Balavoine, je crois savoir que tu l'apprécies beaucoup.

J’ai un respect énorme pour lui. Il avait une sacrée paire de couilles. Aujourd’hui, les artistes qui marchent sont d’une vacuité et d’une superficialité... Qui parle de quelque chose ? Est-ce que quelqu’un aborde un sujet ? Balavoine abordait dans ses chansons des sujets lourds, importants. Ce genre de mec, il y en a plus !

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Après l'interview, le 13 février 2020.

Bonus :

Matthieu Miegeville participe à l'action socio-culturelle "Transformer le Négatif en Positif". Il s'agit d'intervention Scolaire en partenariat avec l'Agence Régionale de la Santé - Occitanie et le Rectorat (Toulouse) pour la Prévention du Mal-Être et de l'Angoisse chez les Jeunes.

Cette vidéo a été réalisée par Angel FONSECA, assisté de Grégory COURTOIS, avec le soutien de l’ADPS.

18 mars 2020

Tristen : interview pour Les identités remarquables

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(Photo : Jérémy Chaussignand)

Représentant encore trop méconnu d’une chanson française indie pop très actuelle, à la limite d’une variété française aux atours électro et rock, Tristen confirme avec ce 4e album, Les identités remarquables, tout son talent et son potentiel.

Cet album  a été réalisé, enregistré et mixé par lui-même au Studio Harmonium Sauvage. Pour les arrangements, il s’est attribué l’aide de Romain Delorme.

Cette rencontre avec Tristen (déjà mandorisé-là) permet d’en savoir un peu plus sur cet artiste et sur ce brillant album. Pour être tout à fait honnête, j’ai complété certaines réponses sur ses chansons avec des propos qu’il a tenus sur sa page Facebook officielle. Evidemment, avec son accord.

Son site officiel.

Pour écouter l’album.

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Romain Delorme et Tristen (Photo : Jérémy Chaussignand)

Biographie officielle :

Après une décade à œuvrer sur la scène indie rock parisienne comme batteur ou bassiste, Sébastien Pasquet a peu à peu développé son propre universde chansons comme auteur compositeur interprète sous le pseudonyme de Tristen.

Il s’est fait connaitre avec 3 albums parus chez Volvox Music ou La Souterraine, grâce notamment à des mises en avant sur France Inter, FIP, France 2 et Libération, et surtout en accédant aux finales du Prix Moustaki 2014 et du Prix Desinvolt 2015.

C’est à Montpellier où il vit désormais que Tristen a réalisé son 4ème album intitulé Les Identités Remarquables (sortie le 24 janvier 2020 chez Bambino Musique / Inouie Distribution), dans lequel il célèbre le mariage aventureux de la pop indie et de la chanson française chère à son cœur.

tristen,les identités remarquables,interviews,mandorLe disque :

Dans cet album aux tonalités claires obscures, Tristen affirme avec force son goût pour la contemplation et se délecte du simple plaisir du mot en bouche. L’album est tout de même parsemé d’éclats pop : le duo avec La Féline, « Heureux les simples d’esprit », le duo avec sa femme Bénédicte, « Orion va-t-en-guerre », ou encore « A la face du monde ».

Comme pour ses précédents albums, les influences de Tristen sont multiples, puisées dans ses amitiés montpelliéraines (la liberté de Iaross, la flamboyance de Volin, la délicatesse de Fälk), aussi bien que dans la folie douce et l'emphase d’artistes québécois francophones tels Avec Pas d'Casque et Louis-Jean Cormier. Bien sûr, dans les hérauts de la nouvelle scène française aussi (Bastien Lallemant, Bertrand Belin, Albin de la Simone, Arman Melies, Olivier Marguerit). Avec toujours, dans un coin de la tête, le lyrisme sincère et touchant de Véronique Sanson.

Ce qu’ils en pensent :

«TRISTEN promène ses élégances à la Dominique A, Frédéric Lo ou Bertrand Belin. Remarquable » MAGIC RPM

«Une alliance parfaite entre indie pop et chanson française » LONGUEUR D'ONDES
«Tout en sensualité, nous rappelant Gainsbourg. Un album de toute beauté » FRANCOFANS
«Une voix attachante, des mélodies, des textes originaux » NOS ENCHANTEURS
« Très élégant » POP NEWS
« TRISTEN s'approche ici de l'excellence. Un disque fascinant » INDIE POP ROCK
«Remarquable du début à la fin » FROGGY DELIGHT
«La beauté de cet album vient de cette façon de s’approprier la musique, de l’accorder avec des mots » HEBDOBLOG

Interview :

Tu as presque tout fait dans cet album. Tu es guitariste, bassiste, batteur, pianiste…

Oui, mais Romain Delorme m’a beaucoup aidé. C’est un musicien important dans la scène de Montpellier, car il joue dans tous les groupes d’indie pop majeurs, dont dans un de mes groupes préférés, Volin. Il joue avec moi sur scène et sur le disque. Il m’a aidé sur des arrangements et a enregistré de la basse, de la contrebasse et du synthé. Il m’a un peu éloigné de ma zone de confort, car j’avais tendance à tout faire en milieu fermé, de la composition, à l’écriture jusqu’à l’enregistrement. Romain m’a ouvert un peu plus l’esprit et donné de l’oxygène. Pour ce disque, je ne veux pas oublier les participations précieuses sur certains titres de Gilles Yvanez à la guitare, Nicolas Larossi au violoncelle et Guillaume Gardey de Soos au bugle (instrument de musique de la famille des cuivres, plus exactement des saxhorns mis au point par Adolphe Sax au XIXe siècle). 

Ton album est plutôt sombre… à l’image de ce qu’il y a dans ta tête ?

Très certainement. Dans la vie, je suis quelqu’un de souriant et de jovial, mais dans la musique, je dois remuer le noir qui est en moi. Cela dit, si cet album n’est pas jovial, il n’est pas noir foncé. Les thèmes évoqués sont de l’ordre du contemplatif. Ce que je raconte n’est ni noir, ni blanc. Je suis posé et je regarde ce qu’il y a en moi, autour de moi… et je l’écris.

C’est particulièrement le cas dans « A la face du monde ».

Autant le dire, les paroles ont été écrites par un jeu d'associations libres que Lacan n’aurait pas renié. De ce point de départ formel se dégage en fait une description toute personnelle du monde qui m’entoure et qui m’interroge...comme nous tous à quelque degré que ce soit!

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Romain Delorme et Tristen (Photo : Jérémy Chaussignand)

Ton écriture a évolué je trouve. Elle est devenue à la fois poétique et surréaliste.

Sur ce 4e album, j’ai tout écrit alors qu’auparavant on m’aidait beaucoup. On me donnait des bribes de textes, je construisais là-dessus ou au contraire, je donnais quelques mots et on construisait un texte pour moi. Peut-être que je ne savais pas ce que je voulais… Dans Les identités remarquables, en tout cas, j’assume tout, ce qui donne une certaine cohérence.

Le fait d’écrire toi-même désormais, est-ce pour gagner un peu plus en légitimité ?

Non, c’est par envie, besoin et nécessité.

Ce disque est-il l'aboutissement de ce que tu voulais faire dans la musique ?

Il me semble avoir eu la bonne cohésion entre la musique et le texte. C’est conforme à ce que j’avais en tête.

Il y a trois duos avec ta femme Bénédicte. Symboliquement, ça représentait quelque chose de chanter avec ta femme ?

Il lui est arrivée de m’accompagner sur scène, mais depuis que nous sommes revenus à Montpellier, nous avons eu un deuxième enfant et ça devenait compliqué d’être tous les deux en concert, du coup, on a matérialisé notre envie de chanter ensemble dans des duos sur le disque.

Clip de "Heureux les simples d'esprit" feat. La Féline.

Il y a aussi un duo avec la chanteuse philosophe Agnès Gayraud, alias La Féline.

Lors de l'écriture d' « Heureux les simples d’esprit », j’ai tout de suite pensé à elle quand la mélodie est arrivée. Je lui ai demandé si elle voulait bien chanter avec moi et elle a accepté. C’est aussi simple que cela.

Elle te connaissait ?

Oui, c’est pour cela que j’ai osé lui demander. Je savais qu’elle appréciait ce que je faisais auparavant. Pendant mes 13 ans à Paris, nous nous étions déjà rencontrés. Je suis un grand fan de ce qu’elle fait depuis le début. Je trouve qu’il n’y a aucune faute dans sa discographie.

« Heureux les simples d’esprit » renvoie au message christique de l’évangile selon Mathieu : « heureux les pauvres en esprit ».

Je n’ai jamais lu cet évangile et étant totalement athée, il m’est impossible de te dire ni même de comprendre pourquoi il y a tant de références religieuses dans ce que j’écris. Comme souvent dans les chansons de cet album, le texte est parti de la description d’une sensation interne “je me tenais loin devant, là où l’orage s’est levé”. Puis je me suis laissé embarquer dans une histoire qui évoque un être simple d’esprit, à qui l’on a dit de ne pas se tenir sous les arbres un soir d’orage, pour éviter la foudre, mais qui le fait quand même...la foudre tombe et lui fait changer ses perceptions internes. C’est presque une expérience surréaliste en fait.

Live à la maison de "L'Alpha et l'Omega". TRISTEN : chant et guitare. Romain DELORME : tom et choeurs. Colin VINCENT : piano et chœurs. Bénédicte PASQUET : chœurs. Captation réalisée le 13/04/19 à Montpellier par Jérémy Chaussignand.

« L’Alpha et l’Omega », là encore référence religieuse. Cela symbolise l'éternité du Christ comme commencement et fin de tout. 

C’est bel et bien avec cet état d’esprit holistique que j’ai écrit la chanson. Je me souviens avoir commencé soft dans l’écriture “Donnez-moi le visage de la félicité. Je veux être un mirage qui guidera vos pas”, puis avoir peu à peu glissé dans la peau d’un prédicateur fou, avoir lâché les chevaux et avoir aimé ça! Un conseil, ne votez jamais pour moi... La fin de la chanson est amère ou apocalyptique, c’est selon.

Dans « Orion va-t-en guerre », avec ta femme, tu évoques la communication au sein d’un couple…

Impossible de dire pourquoi j’ai choisi ce titre, il m’est venu directement en composant le thème au piano. J’ai enchaîné ensuite sur des paroles en utilisant le gimmick “on s’était dit” et j’ai développé cette histoire de couple qui cherche à se comprendre et se parle sur fond de mélancolie astrale, pour finir par fusionner avec le soleil. Il s’agit d’un voyage interstellaire vers un monde perdu. Les impossibilités voire les absurdités matérielles évoquées dans la chanson collent parfaitement à ma nature mélancolique, qui se décline dans tout l'album.

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Clip de "Orion va-t-en guerre" feat. Bénédicte Pasquet.

Il y a une reprise de la chanson de Desireless, « Voyage voyage » ».

Comme celles du groupe Abba, c’est le genre de chansons que j’écoutais enfant et qui ont laissé une empreinte mélancolique incroyable en moi.

Dans « Contemplations II », tu évoques les feux follets. Pourquoi as-tu choisi de parler de ces petites manifestations naturelles que l’on peut apercevoir au-dessus des étangs ?

Bien qu’ils soient juste le fruit d’une rencontre éphémère de phosphore et de méthane et donc complètement dépourvus de vie, on pourrait presque croire qu’ils sont animés d’intentions, celle de danser notamment. Parler de l’éphémère, de l'inutile, c’est ce que j’ai aimé faire tout au long de cet album.

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Tristen en live.

Dans « Les bougeons de fer », tu parles des villes d’aujourd’hui ?

C’est en revoyant avec mes enfants certains épisodes des Barbapapas que j’ai commencé à écrire ce texte en alexandrins, en résonance avec l’écologisme naïf et manichéen mais si charmant de ce dessin animé des années 70. Il s’agit d’une description poétique de friches urbaines que je trouve à la fois d’une grande laideur et extrêmement fascinantes. Les utopistes des villes nouvelles des années 70 pourraient presque reprendre à leur compte quelques vers de la chanson, si elle n’évoquait pas tant une envie de nature et d’animalité…

C’est une curieuse chanson dans laquelle il y a trois parties musicales.

Le début est un hommage assumé à l’album Third de Portishead. On s’est amusé avec Romain Delorme sur la partie centrale de la chanson, à expérimenter sur nos claviers. Il a improvisé sur un Farfisa une partie floydesque bien acide à la Rick Wright pendant que je tripotais un autre synthé balancé dans du délai. Une seule prise a été faite, et c’est celle qui a été conservée dans la chanson ! Moment magique et garanti sans drogue, car nous sommes des gens comme il faut, mais l’esprit du LSD était bel et bien là je crois. La dernière partie est un moment tripatif, que nous adorons jouer sur scène d’ailleurs. On a commencé par les Barbapapas, on termine par évoquer le LSD, c’est bon on est raccord !

Live à la maison de "Contemplations 1". TRISTEN : chant et guitare. Romain DELORME : contrebasse et chœurs. Gilles YVANEZ : guitare. Guillaume GARDEY DE SOOS : bugle. Captation réalisée le 24/05/19 à Montpellier par Colin VINCENT

Dans « Je suis une  île », tu  évoques un homme et ses envies de sexe. 

Le sexe est un thème qui m’est cher. La chanson évoque donc l’histoire d’un garçon (moi) seul sur une île...enfin pas si seul que ça : des créatures viennent à lui. La suite orgiaque va se révéler être finalement une hallucination...

L’eau est pas mal présente dans ton disque. C’est le cas aussi dans « Le pavillon noir ».

Le court récit “Requin” de Bertrand Belin a été à l’origine de cette chanson. Il y parle de quelqu’un qui se noie et tout le livre est l’histoire de ce moment où l’on voit passer sa vie devant soi. Dans ma chanson, j’ai voulu décrire toutes les perceptions ressenties, sans évoquer aucune des sensations sordides que l’on doit avoir en de tels instants. En fait cette chanson ne parle pas tant de mort que de laisser aller, de mélancolie, d’enfance perdue, celle où l’on jouait aux pirates et aux corsaires (d'où le pavillon noir).

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Pendant l'interview...

Ton disque s’intitule Les identités remarquables. En tant qu’ancien prof de math, c’est une coïncidence ?

En math, les identités remarquables servent en général à accélérer les calculs, à simplifier certaines écritures, à factoriser ou à développer des expressions. Ce sont des petits outils que l’on apprend en 4e ou 5e. J’aime bien la notion d’apprendre des choses à l’école qui, ponctuellement, semblent importantes, alors que dans la vie, on n’en a pas vraiment l’utilité. Les gens en tirent la conclusion erronée qu’apprendre ce genre de choses ne sert à rien. Mais en fait, ces petites connaissances laissent des traces dans le cerveau et le façonnent. L’éducation ne laisse pas toujours des choses concrètes, mais la trace des choses. Pour moi, les mathématiques, c’est la liberté de se tromper, la liberté de créer. Léopold Sédar Senghor disait que « les mathématiques sont la poésie des sciences ». Il y a un aspect poétique et créatif dans les mathématiques dont je me sers tous les jours pour écrire des chansons.

Mais pourquoi ce titre ?

Parce que je suis aussi très fan d’un album de Marie Modiano, en 2013, Espérance Mathématique. C’est une sorte d’hommage.

As-tu déjà songé à arrêter de faire des disques ?

Nous sommes nombreux dans ce positionnement-là. Nous faisons beaucoup d’efforts financiers et temporels et ils ne sont pas toujours récompensés. La vie de famille aussi est parfois un peu sacrifiée. Alors, oui, personnellement, parfois je me dis que je vais arrêter à me donner tout ce mal. Par contre, arrêter de faire de la musique, c’est hors de question ! J’ai besoin de ça pour m’exprimer. Je sais que je continuerais toujours à faire des chansons dans mon home studio.

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Après l'interview.

15 mars 2020

Rodrigue : interview pour l'album A Fuck Toute - A Love Toute

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(Photos : Aliosha)

rodrigue,afuck toute a fuck love,interview,mandorComme l’indique son dossier de presse, Rodrigue, c’est « de la pop française sans lipstick mais qui flirte insolemment avec le rock parfois libertaire et insouciant, souvent sombre et engagé. En solo ou en groupe, avec plus de 300 concerts au compteur, huit créations scéniques pro depuis 2006, quatre albums studio, un album live, deux dvds, cinq clips et un public qui suit, le projet, reconnu pour son inventivité, a aujourd’hui atteint, une maturité et une force sans précédent. »

J’aime beaucoup cet artiste qui apporte depuis 12 ans un renouveau à la chanson française. A l’occasion de son quatrième album studio, A Fuck Toute – A Love Toute, (dans lequel il met en musique les relations amoureuses, les émotions et les étapes d’un chemin de vie plein de paradoxes), voici sa troisième mandorisation (la première là en 2011 pour son deuxième album L’Entre-Mondes et la seconde en 2014 pour son troisième, #Spectaculaire Diffus.)

Le 27 février dernier, nous nous sommes retrouvés dans un bar de la Gare du Nord.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter l’album.

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(Photo : Cécile Marcant)

rodrigue,afuck toute a fuck love,interview,mandorLe disque A Fuck Toute, A Love Toute(photo de la couverture: Natacha  Kerkhove)  par Rodrigue :

Quand mon réveil sonne, je m'entends souvent dire : “Allez tous vous faire foutre !”
Nihilisme joyeux et désinvolte ou glas de la défaite, déliquescence dans une pulsion de mort ?
Pourtant je sais... la vie. Tout est paradoxe.
Faut-il que tout meure pour se rendre compte de la beauté ?
En prendre conscience...
Petites épiphanies : nager dans la mer, marcher dans les montagnes... y ressentir depuis toujours le divin...
Faut-il que tout meure pour évoluer ? Peut-être oui...
Cet album est ce chemin...
Où la noirceur dans sa folie à aimer, met en lumière tout ce qui fait de nous des êtres sensibles.
Où le refus est fécond et interroge notre pugnacité à espérer.

Un album follement amoureux des désespérés, de ceux et celles qui sont revenus de tout et dont la foi en l’humanité ne tient qu’à un fil.
Un album de résilience, lorsqu'on sent que tout ne va pas se passer comme prévu
et qui nous interroge sur la direction :

À Fuck Toute : comme une banderole au devant d'un cortège

À Love Toute : comme le regard de l'homme qui palpite, change et prend un nouveau souffle

À Fuck Toute : comme le courage devant le Léviathan, malgré toute conséquence et avec une énergie proche du discernement.

À Love Toute : comme une lézarde à travers le mur pour répandre la bonnen ouvelle.

À Fuck Toute ~ À Love Toute : Comme celui qui veut jouir souverainement de tout et se réapproprier sa vie.

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(Photo : Aliosha)

rodrigue,afuck toute a fuck love,interview,mandorInterview :

Entre disques et tournées, depuis 2008 que je te suis, j’ai l’impression que tu n’arrêtes jamais.

Comme je n’ai pas de vraies tournées, je prends toutes les dates qui tombent… et il y en a eu pas mal. Là, je sais que je vais défendre cet album pendant trois ans.

Toutes les chansons de cet album sont nouvelles ?

Je les ai écrites entre 2016 et 2018, mais elles restent d’actualité.

L’album a un titre assez provocateur avec, en plus, un double sens, « A Fuck Toute, A Love Toute ».

C'est un chemin ce disque, c’est ce que je suis. Parfois, je peux ruminer sur des choses qui m’exaspèrent et au bout d’un moment, empathie oblige, comprendre que rien n'est ni blanc, ni noir. Tu sais, c’est un album de cassure et de résilience, donc, il a ce repli sur soi, cette cicatrice, ce premier élan sombre de dire « allez-vous faire foutre ! », mais il fait aussi ce chemin constructif, car aimer c'est faire, et du coup, il s'accompagne en même temps d'un véritable élan d'amour et d'ouverture. Ces deux élans paradoxaux tourbillonnent ensemble. Dans la chanson « À Fuck toute », il y a deux degrés. Je chante une phrase importante : « je veux jouir souverainement de tout ». C’est-à-dire, je veux faire mes propres choix et ne pas céder aux injonctions permanentes. Laissez-nous tranquilles et nous trouverons notre sens à la vie nous-même, avec le temps.

Teaser de A Fuck Toute - A Love Toute.

Dans « Au galop », tu te demandes « comment s’aimer quand ça n’a pas marché ? »

J’aime bien cette phrase parce qu’elle est à double sens. Comment aimer l’autre quand le couple a rompu et comment s’aimer soi-même par rapport à une rupture qui forcément te blesse narcissiquement.

J’aime beaucoup « Atteinte à l’intégrité d’un cadavre ».

Dans cette chanson, j’imagine quelqu’un qui fuit et qui revient de temps en temps faire un bilan. C’est quelqu’un qui cherche du sens à sa vie, mais qui n’en trouve pas.

Toi-même, tu es en quête de sens ?

Je ne suis pas sûr, mais j’ai un besoin d’expérimentation de la vie. Je suis un scientifique de la vie.

Ta chanson « Nous : Somme » est censé être féministe ?

Ecouter cette chanson peut mener à la réflexion à un moment T, elle est ce moment de suspension où on se dit: "Mais pourquoi ça me touche ?". Elle retrace ce chemin là. En fait c’est une chanson en deux parties. Et la deuxième partie, c’est un peu : « mais pourquoi diable j’écris ça !?! C’est une chanson qui parle de féminisme oui, mais en fait, ce n'est pas vraiment le sujet je trouve, et elle serait d'ailleurs plutôt pour les hommes alors. Mais non, en vérité, cette chanson parle avant tout de compréhension, de comprendre pourquoi quelque chose nous blesse pour pouvoir en discuter. C'est tout simple, mais pour moi, ça parle vraiment de ça en fait, nous sommes des élèves qui apprenons de la vie... ensemble.
J’ai écrit cette chanson en me disant qu’elle était juste destinée à la scène. En concert, je voyais bien qu’elle marchait particulièrement bien et qu’elle plaisait autant aux femmes qu’aux hommes. J’ai donc décidé de l’enregistrer pour qu’il en reste une trace.

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(Centre culturel de Lesquin - 2019. Photo : André C)

Aucun de tes albums n’est le même. Tu te renouvelles en permanence.

Je n’aime pas l’idée d’avoir un style et de rester dedans. Je suis toujours à l’écoute des musiques qui sortent aujourd’hui. Quand j’entends un son qui me plait, j’essaie des trucs en studio qui pourraient s’en rapprocher.

Musicalement, ton nouvel album est très varié. Pop, rock, chanson, variété, sons nouveaux…

J’ai retrouvé dans ce disque l’éclectisme que j’avais dans le premier Le jour où je suis devenu fou (2008). Il y a des artistes qui donnent un habillage à un album, moi je donne un habillage à chaque chanson. J’essaie de trouver des couleurs différentes quitte à ne pas respecter l’unité, ce n’est pas si grave. Je suis quelqu’un qui est ouvert à tout, il en est de même pour ma musique.

Sur l’album de 2014, Spectaculaire diffus, tu avais tenté l’unité.

En effet, mais finalement je préfère être éclectique.

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(Photo : André Caré)

Dans ce disque, tu joues avec les musiciens qui t’accompagnent sur scène depuis 2016.

Ce sont des bons potes et ils croient à mon projet. Il y a une très bonne ambiance entre nous. J’ai besoin de bienveillance autour de moi.

Textuellement, il y a des chansons poétiques dont la signification n’est pas évidente, comme dans « L’araignée », et des chansons plus « premier degré ».

Mais j’ai besoin que les gens qui m’écoutent ne soient pas largués. Il y a des chansons de Bashung dont j’ai du mal à comprendre les textes. Je pense être moins opaque que lui. Je me trouve compréhensible et abordable sans difficulté pour quelqu’un qui s’attarde un peu.

Ce disque est mixé par Dominique Ledudal (Les Innocents, Jeanne Cherhal, Tryo, Renaud…).

Ce que j’aime chez lui c’est qu’il travaille super bien les voix. C’est l’album où ma voix est la mieux mise en avant. J’ai fait des expérimentations de voix graves et je trouve cela beau. Je suis vraiment content de la production.

Clip de "Monokini".

Tu es satisfait de ce nouveau disque?

Oui, mais à chaque album, j’ai l’impression que c’est le meilleur. Celui-là est émotif, à fleur de peau. Si quelqu’un est disposé à l’émotion, il pourra être très touché. C’est le but de mes disques et de mes concerts… émouvoir, bousculer les gens.

Toi-même, tu es de plus en plus à fleur de peau ?

Je l’ai toujours été et j’en joue. Sur scène et sur disque. Je me mets totalement dans un moment émotionnel. Quand j’ai écrit en trois jours « Atteinte à l’intégrité d’un cadavre », j’étais dans cet état.

Es-tu content de ton sort dans le métier ?

J’ai coché tous mes rêves professionnels, sauf la tournée. Je n’ai jamais fait une vraie tournée avec un tourneur qui m’accompagne, alors que le live est ce qu’il y a de plus important pour moi.

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Après l'interview, le 27 février 2020.

12 mars 2020

Nirman : interview pour son premier album

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nirman,dimitri nirman,interviewJ’ai connu Nirman en 2017 avec son EP Animal (voir mandorisation-là). Comme il le disait lui-même, « de la chanson française teintée de pop hybride et d’électro organique ». Nous avions été nombreux à remarquer la chanson « Azzam David ». Il y évoque le pouvoir de l’amitié entre deux enfants rattrapés par la haine de leurs ancêtres : belle caisse de résonance dans le contexte actuel. Elle a permis à Nirman de décrocher le prix du texte lors du tremplin du Pic d’Or à Tarbes (pour l’anecdote, remis par Dominique Janin et moi-même le 26 mai 2018). Cette chanson a aussi ému Francis Cabrel au cours d’une résidence de travail à Astaffort. Autant de signaux approbateurs qui ont fini par convaincre son auteur de lui offrir une seconde vie sur l’album qui vient de sortir et réalisé par Da Silva (mandorisé là)

Le 10 février dernier, nous nous sommes retrouvés dans un bar parisien pour évoquer l’album pop le plus classieux du moment.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Argumentaire de presse (légèrement écourtée) :nirman,dimitri nirman,interview

Nirman, le nom du père, barde et musicien russe, contraint de se réfugier dans les caves de Saint-Pétersbourg pour faire entendre ses ritournelles engagées, et bifurquant presque par obligation (la contrainte de la langue) vers la composition de musique de films lors de son arrivée à Toulouse. Initiation naturelle, transmission héréditaire et passion commune. Dimitri s’inscrit au Conservatoire, écoute en boucle les Beatles et confesse à 13 ans qu’il sera chanteur.

Inconsciemment, c’est le rêve avorté du père qu’il veut atteindre. Chez lui, de la détermination et de la discipline. D’abord la clarinette en tant qu’instrumentiste, puis la chanson-jazz. L’alliage entre les deux genres est fragile, surtout dans les esprits. Nirman ne joue pas les prolongations. Il revêt alors un habit qui lui sied davantage et conforme à ses aspirations actuelles. Collaboration probante et de longue haleine avec Guillaume Farley. Première carte de visite, il y a deux ans : l’EP Animal.

nirman,dimitri nirman,interviewL’album :

Sous la houlette de Da Silva au prestigieux studio ICP à Bruxelles, Nirman n’a pas cherché ici à courir derrière les modes. C’est un disque intemporel, aux teintes nuancées et dans lequel les mélodies s’insinuent en douceur et avec élégance. Un disque sur lequel des invités investis et de renom se glissent : Thomas de Pourquery au saxophone, Nicolas Fiszman le fidèle bassiste de Benjamin Biolay, Cali pour un duo autour de l’engrenage des errances nocturnes (« Compagnon de lune »).

Il y a la voix feutrée, très en avant, proche de celle d’un Alex Beaupain. Il y a aussi une délicate offrande à son fils (« Je te dirai »), une mue féminine et féministe (« Quand je ne serai plus belle »), l’apprivoisement de l’isolement créatif (« Ma solitude »), une pièce amoureuse en plusieurs actes (« C’est déjà du passé »), une déclaration frontale (« Mon amour »). Il y a là encore une percée dans les eaux plus sombres de la nostalgie (« Elles me rappellent ») et de la tristesse profonde. Celle de l’absence du père, disparu pendant la conception du disque (« Sur le balcon de mon cœur », « Où es-tu »). Des mots ordinaires, touchants de justesse et de simplicité. Comme son interprète.

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nirman,dimitri nirman,interviewInterview :

Comment as-tu contacté Emmanuel Da Silva pour la réalisation de ce disque ?

Un matin de juin 2017, alors que j’étais chez mon beau-père dans les Cévennes, j’allume mon téléphone. Une notification Twitter précise : « Da Silva vous suit ». Comme je le tiens en haute estime, je ne réprime pas mes élans d’enthousiasme. Je lui envoie un message incluant « Azzam David », une proposition de duo et une invitation pour mon concert parisien au Café de la danse. Da Silva répond dans les dix minutes. Indisponible pour le concert, partant pour le duo. Il demande aussi un numéro. Appel dans le quart-heure, causeries musicales et enregistrement en studio le mois suivant.

Pourquoi a-t-il accepté de travailler avec toi ?

Il a estimé qu’il pouvait apporter quelque chose à mes chansons et m’aider à me réaliser musicalement. Ce qu’il a fait. Nous nous sommes retrouvés aux studios ICP pour enregistrer le duo « Highlands ».

Cette première chanson, c’était aussi l’occasion de voir si ça collait suffisamment entre vous pour faire un album entier ensemble ?

Non, parce qu’au départ, il n’en était pas question. Après l’enregistrement du titre, il m’a simplement dit qu’il voulait bien continuer tout l’album si ça m’intéressait. J’ai accepté avec beaucoup de plaisir. C’est quelqu’un que j’admire depuis très longtemps.

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Nirman et Da Silva, lors de l'enregistrement du disque. 

Qu’as-tu appris avec Da Silva ?

Beaucoup de choses. Il m’a appris à chanter les mots. Il m’engueulait parfois pour que je chante plus avec les tripes. Il trouvait aussi que j’avais de jolis graves dans ma voix, mais que je n’exploitais pas. On a un peu travaillé ce côté-là et ça a bien collé.

Vous avez coécrit six chansons et lui en a écrit quatre.

Et les deux autres sont deux chansons de l’EP, dont « Azzam David ». Ecrire avec lui a été aussi très formateur. Il me reprochait souvent d’être trop dans la retenue dans le texte, de ne pas aller au bout des choses. Avant, je ne faisais que suggérer. Lui est plus tranchant que moi dans les mots. Je l’ai beaucoup écouté et observé. Ensemble, on a balayé des sujets, des moments de vie qui me traversent, qu’ils soient heureux ou malheureux, sans me cacher derrière un masque ou un personnage, comme j’avais tendance à le faire avant. J’ai pu évoquer tous mes questionnement sur l’amitié, la solitude, la mort, l’amour…

Clip de "Compagnons de lune".

nirman,dimitri nirman,interviewIl y a un duo avec Cali, que tu as rencontré à Tarbes au Pic d’Or 2018.

Après la finale, tous les candidats fumaient dehors en discutant entre eux. Moi, j’avais dans l’idée de choper Cali. Je suis parti tout seul devant la grande porte d’entrée du Théâtre des Nouveautés. Il est sorti au bout d’une demi-heure, nous avons fait une photo et nous avons parlé quelques minutes. Je lui ai dit que je travaillais avec Da Silva et je lui ai présenté mon projet. Quelques semaines après, je retourne à l’ICP faire mon album avec Emmanuel. On a commencé à chercher une personne pour un autre duo. Je lui suggère Cali. Comme c’est un pote à lui, il lui a envoyé le texte et, l’ayant apprécié, il a accepté de chanter avec moi. Cali est donc venu au studio et quand il m’a vu, il m’a dit qu’il se souvenait très bien de moi au Pic d’Or.

Comment s’est passé l’enregistrement du duo ? nirman,dimitri nirman,interview

Quand il a commencé à chanter, j’ai pris un grand coup de vent. J’ai eu l’impression que j’allais tomber à la renverse. J’étais troublé tant il était dans la chanson. Il était habité par elle au point de laisser couler des larmes en chantant. Inutile de te dire que j’avais une très grosse pression. C’est encore Da Silva qui a su trouver les mots pour me rassurer. Il m’a dit « Ce n’est pas un combat de coq. Quand tu reçois un ami chez toi, tu l’accueilles bien, tu lui fais de la place pour qu’il se sente bien chez toi… Tu fais pareil avec Cali sur ton album!" Du coup, on a trouvé un équilibre.

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Avec Cali et Da Silva, lors d'une pause.

nirman,dimitri nirman,interviewAvoir deux duos avec Da Silva et avec Cali sur son premier album… quel luxe !

Je ne les ai pas choisis au hasard. Ce sont deux personnes que j’admire énormément et avec lesquels je rêvais de travailler.

C’est marrant, je t’aurais plus associé à un artiste comme Alain Chamfort.

Pour « Compagnons de lune », Cali était l’interprète idéal, je t’assure. Dans le registre sombre et triste, il est exceptionnel. Tu n’as qu’à écouter son disque sur Léo Ferré, il est incroyable ! Quand tu lis ses livres, tu le constates, c’est quelqu’un à fleur de peau qui a des plaies encore bien ouvertes.

Clip de "Sur le balcon de mon cœur", tourné à Saint-Pétersbourg (Russie) et réalisé par Stéphane Neville.

Ton deuxième single est la chanson qui ouvre l’album, « Sur le balcon de mon cœur ». Le clip a été tourné chez toi, en Russie.

C’est une chanson qui parle de mon père que j’ai perdu pendant l’enregistrement du disque. Il fallait que les choses soient dites. Quand on a réfléchit à un clip, étant donné mes origines, mon vidéaste, Stéphane Neville, a trouvé logique que nous allions en Russie.

Tu es franco-russe, ça t’a fait quelque chose de te rendre là où sont tes racines ?

Ça m’a fait beaucoup de bien. J’ai retrouvé une partie de moi-même. En revenant en France, ça allait déjà un peu mieux.

La chanson, ça remplace un psy ?

Quelque part, oui.

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(Photo : Stéphane Neville)

Tu as écrit aussi sur ton fils, « Je te dirai » et sur ta femme, « Mon amour ».

Je réfléchissais à écrire une chanson d’amour et je me suis rappelé une interview de Florent Pagny qui expliquait qu’il ne voulait pas qu’on lui propose des chansons d’amour où il serait malheureux parce qu’il est très heureux depuis plus de 15 ans avec la même femme. Moi, je suis dans le même cas puisque je suis avec ma femme depuis 10 ans et que tout se passe bien. J’ai repensé à la chanson « Mon amour » de Kent dans laquelle il se demande comment sa femme et lui ont résisté au temps. J’avais enfin mon angle.

J’aime beaucoup la chanson « Ma solitude ».

J’ai beaucoup souffert de la solitude dans le milieu de la musique, mais depuis trois ans, je l’ai apprivoisé. Je me suis battu au quotidien pour mon projet et j’étais tout seul à travailler. Je n’avais pas de collègues et il y avait beaucoup de concurrence. J’ai aussi souffert que mes amis s’éloignent un peu et ne prennent pas au sérieux mon investissement dans la musique. J’en ai fait une chanson, avec l’aide de Da Silva qui, encore une fois, m’a permis d’aller jusqu’au bout.

Si je te dis que c’est un disque de variété française, tu le prends comment ?

C’est plus un album pop, mais j’ai fait en sorte que tout le monde puisse s’y retrouver, qu’il soit très large. Mais dire que c’est un disque de variété, je vis très bien avec ça.

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Nirman en première partie de Suarez en Belgique.

Tu as fait beaucoup de premières parties de Suarez en Belgique devant 800 à 1000 personnes, parfois plus encore. Je sais que ça c’est hyper bien passé.

Cette aventure, c’est encore grâce à Da Silva. C’est lui qui m’a présenté le chanteur du groupe, Marc Pinilla. On est devenu très copains. Un jour, il m’a proposé de faire ses premières parties en Belgique où ils sont multi disques d’or. Lors de la première date à Liège on a été accueilli comme des rois. J’ai appris que Marc parlait de moi à chaque fois qu’il faisait une télé ou une radio. J’ai halluciné ! Je ne vois pas qui, en France, considère autant sa première partie.

Tu vas continuer à tourner en Belgique, en Suisse (où le duo avec Cali est coup de cœur de l’année par RTS), en France, au Maroc…

Oui, et je suis accompagné par un brillant multi instrumentiste, Sylvain Briat. Il m’a beaucoup aidé à me trouver dans cette formule à deux.

Tu as formé une petite équipe autour de toi qui t’est essentielle.

Mon noyau dur c’est un musicien, Sylvain Briat, un photographe vidéaste, Stéphane Neville et un agent, Jean-Luc Bonaventure. Ces trois personnes m’ont permis d’éclore et aujourd’hui, on y va à fond. J’ai galéré des années pour espérer vivre ça.

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Après l'interview, le 10 février 2020.

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08 mars 2020

Marijosé Alie : interview pour l'album Madanm

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(Photo : Mike Ibrahim)

marijosé ali,madanm,une semaine et un jour,interview,mandorMarijosé Alie sort successivement son troisième disque, Madanm, et son deuxième roman, Une semaine et un jour. Cette artiste martiniquaise est connue musicalement pour avoir écrit et interprété un des plus grands tubes caribéens, le sensuel « Caressé Mwen ». Elle est aussi réputée comme journaliste ayant fait une belle carrière dans le service public à la télévision.

Ayant travaillé quatre ans à RFO Guyane, j’ai croisé la route de Marijosé Alie (voir après l’interview) en tant qu’artiste et en tant que journaliste. Je l’ai toujours considéré comme une sommité antillaise, ou plus simplement, une grande dame pour laquelle j’avais beaucoup de respect. D’ailleurs, le titre de son nouvel album signifie « Madame » en créole martiniquais, mais aussi maîtresse femme. Cela lui va comme un gant.

Quand les deux attachées de presse de Marijosé Alie m’ont fait parvenir son nouvel album dans le but de l’interviewer, j’ai accepté immédiatement. En écoutant ce disque enregistré et réalisé avec Mike Ibrahim, j’ai été immédiatement transporté dans mes années guyano-antillaises. C’est l’effet que me fait sa voix et ses mélodies. Les souvenirs remontent à la surface. Quant à ses textes, ils sont toujours aussi percutants que poétiques, en créole et en anglais. Ici, elle évoque des thèmes essentiels tels que les violences conjugales ou la place des femmes dans la société d’aujourd’hui. Il y a aussi un titre sur l'attentat du Bataclan…

Le 11 février dernier, je suis donc allé chez elle pour une première mandorisation. J’ai retrouvé la Marijosé Alie que j’ai toujours connu, sans aucune langue de bois. Appréciable…

Pour écouter l'album Madanm.

Biographie officielle :marijosé ali,madanm,une semaine et un jour,interview,mandor

Vingt ans que Marijosé Alie n’avait pas enregistré de disque à son nom. Pour autant, elle ne s’était pas murée dans le silence. Au cours d’une brillante carrière de journaliste (successivement grand reporter, rédacteur en chef, directrice régionale, elle évolue entre Paris, Dijon et la Martinique jusqu'en 2002, où elle occupe à Paris le poste de directrice de l'international à RFO) qu'elle achève en tant que directrice déléguée aux programmes chargée de la diversité à France Télévision, elle a trouvé le temps d’écrire deux livres, d’enregistrer un album en compagnie de ses filles également musiciennes, et de créer le concept Dom Tom folies qui a permis pendant 7 ans à des artistes des outre-mers de monter sur la grande scène des Francofolies de la Rochelle. Son amour pour la Martinique, son île, l'amène à croiser la route d'illustres écrivains de cette terre antillaise, qu'il s'agisse d'Aimé Césaire (à qui elle consacre un documentaire, Le Chemin de Lumière en 1982) ou d'Édouard Glissant, père de la pensée du tout-monde. Il n’y aurait d’ailleurs point de « tout-monde » sans des « toutes-femmes », ces femmes-rhizomes qui luttent sans relâche pour s'élever en se défaisant des liens pesants qui entravent leur pas. Marijosé Alie s’est justement construite dans ces mangroves-là.

marijosé ali,madanm,une semaine et un jour,interview,mandorArgumentaire de presse de l’album :

Cet album, Madanm (Madame, en créole martiniquais mais que l'on pourrait
aussi volontiers traduire par Maîtresse-Femme ou Femme Puissante), vient donc ponctuer une nouvelle étape du parcours de celle qui n’aura jamais cessé de garder le poing levé, un poing debout pour, dit-elle, «accentuer la verticalité de la détermination au féminin». Et bien que l’interprète de l’inoubliable « Caressé Mwen » n’affectionne pas particulièrement le terme «féminisme», les chansons de cet album sont sans ambiguïté des baumes, des miroirs, des interrogations, des clés pour les femmes, en particulier celles qui, du Moyen-Orient à Fort-de-France, de Paris à Harare, essaient de toutes leurs forces de participer à la construction d’un devenir, d’un avenir pour ce monde qui ne serait pas sans elles.

En suggérant les rythmes caribbéens plus qu’en les appuyant (les percussions sont rares) et en construisant l’essentiel de ses chansons sur un piano solitaire, Marijosé Alie élabore en compagnie du producteur Mike Ibrahim une folk créole élégante tout autant qu’elle redessine les contours de la chanson antillaise.

Les chansons :

Qu’elle aborde les violences conjugales dans « Madanm », chanson-titre de l’album, ou s’adresse comme une sœur à celles qui subissent la terreur (« Sista »), la plume de Marijosé Alie est aussi subtile que percutante, impressionniste et réconfortante, comme dans « An Ti Moman », où elle assure que le salut d’un monde à la dérive réside dans la douceur furtive de l’instant.

Même promesse de transcendance avec le très sixties « Missié Byron » dans lequel elle cite le poète Swinburne qui promet que même les rivières les plus lasses trouveront leur chemin jusqu’à la mer.

Comme ces rivières, la songwriteuse ne se perd d’ailleurs jamais. Ainsi, dans « Eva », la musique de Bach rejoint un traditionnel guadeloupéen, dans « Say Yes » un bottleneck très « morriconnien » répond à une guitare aride, dans « Missié Byron » encore, la poésie de 1866 et le créole du nouveau millénaire sont une seule et même voix et c’est dans « Da Me » qu’une pulsation afro-cubaine est traversée de stridences rocks avant de faire un détour reggae-dub.

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(Photo : Mike Ibrahim)

marijosé ali,madanm,une semaine et un jour,interview,mandorInterview :

Avant ce nouveau disque, il y a eu en 2015 l’album Kalenda du trio Elle et elles avec deux de vos trois filles, Frédérique et Sohée. C’était une sorte de « transmission ».

C’était très important pour moi d’enregistrer avec elles. On a eu envie de partager au public les moments de plaisir que l’on se donnait entre nous. Frédérique, mon ainée, et Sohée sont compositrices et auteures. Elles font donc leur propre musique. La première donne dans le latino-caribéen et la deuxième dans le folk, soul, blues. Quant à moi, je suis assise entre la musique classique et la musique traditionnelle, entre Bach et le tambour. Nous avons des accents musicaux qui sont complètement différents, même s’ils plongent dans le même creuset, la Caraïbe.

"Paloma", extrait de l’album Kalenda de Elle et elles, sorti en février 2016, raconte l'histoire d'une jeune femme mariée qui a une aventure avec un autre homme tandis que son mari l'attend à la maison.

Dans votre jeunesse, je sais que vous aimiez autant la musique classique, la musique traditionnelle, vous venez de me le dire, mais aussi le rock’n’roll, comme Santana ou Jimi Hendrix. Il y a d’ailleurs un peu de rock dans votre nouvel album…

Vous avez raison. Quand on écoute « Missie Byron », c’est assez électrique. Il y a dans cet album des rythmes très blues et des musiques qui n’ont rien à voir avec notre univers caribéen tout en ayant tout à voir. Avec Mike Ibrahim, qui a travaillé avec moi sur ce disque, on a dépouillé les morceaux de tous les marqueurs culturels de chez nous. Il n’y a pas beaucoup de tambours, pas beaucoup de basse… C’était un choix d’en mettre peu et de ne pas surligner cette musique-là que nous avons tellement dans notre ADN. Le groove est là, dans la manière de poser le piano et de poser les mots. D’avoir des musiques le plus dépouillée possible m’a permis d’aller au bout de ce que je suis. Parfois, on camoufle, on couvre les imperfections. Là, les imperfections sont nues. Je pense que dans les imperfections et les silences, il y a toujours un message musical qui passe.

Dans le disque, c’est vous qui êtes au piano.

C’est Mike Ibrahim qui m’a forcé. Il a trouvé que les maquettes de mes compositions, que je joue au piano, avaient déjà quelque chose d’intéressant. Pour chaque chanson, j’ai réenregistré le piano, mais les arrangements ont respecté la base.

Clip de "Live Goes On", tiré de l'album Madanm.

Peut-on dire que Madanm est l’album qui vous ressemble le plus ?

C’est en tout cas le disque qui ressemble le plus à ce que je suis aujourd’hui. Avant, j’avais beaucoup de plaisir à inviter d’autres musiciens, les meilleurs de la Caraïbe, à mettre leur patte et leur savoir-faire sur mes morceaux. A mes yeux, ça leur donnait une valeur ajouté. Je n’ai jamais été persuadée que je faisais des musiques qui pouvaient intéresser les gens.

A tort, je trouve. C’est comme votre voix. Je sais que vous, vous ne la trouvez pas exceptionnelle, alors qu'elle véhicule en moi beaucoup d'émotions.  

Je n’ai jamais été chanteuse. J’en connais beaucoup qui m’impressionnent parce qu’elles ont un grain, une personnalité vocale forte. Moi, je chante avec mes pieds (rires), mes tripes et mon cœur, mais pas avec mes cordes vocales. Je ne suis pas une instrumentiste de la voix. Ma voix ne me transporte pas. D’autres me transportent, mais pas la mienne.

Vous vous sentez plus musicienne que chanteuse ?

C’est ça, tout en ayant des choses à dire par le biais de la voix, mais surtout des mélodies. Je sais que suis une mélodiste.

Extrait du passage de Marie-José ALIE, lors du concert des 40 ans du groupe Malavoi au Zenith de Paris, le 1er Décembre 2012.

marijosé ali,madanm,une semaine et un jour,interview,mandorVotre chanson « Caressé Mwen », créé en 1983 avec le groupe Malavoi puis réenregistré en solo en 1988, est devenu un standard de la musique caribéenne. Vous avez toujours pensé que le monde a besoin de caresses ?

Complètement. J’ai eu l’idée de cette chanson alors que j'étais journaliste à FR3 Bourgogne, après avoir lu un graffiti sur un mur qui disait : « Alie rentre chez toi ». Je l'ai écrite et composée d'une traite à la guitare, en pensant à mes enfants.

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(Photo : Thierry Joly)

Vous avez travaillé avec les groupes Malavoi, Fal Frett, Ultra Marine… autant dire les meilleurs musiciens caribéens.

Oui, et c’est d’autant plus curieux que je ne l’ai jamais cherché puisque je ne me considérais pas comme une professionnelle de la musique.

C’est amusant parce que, je le répète, la perception que vous avez de vous n’est pas la mienne. Je vous vois plus comme une artiste que comme la journaliste star qui a occupé de hautes fonctions au sein de France Télévisions.

Franchement, la dimension artistique ne m’a jamais quitté dans la relation avec les autres, dans la manière dont j’inventais des programmes, des évènements. Je pense aussi que j’avais des réflexes d’artistes sur beaucoup de sujets, même si j’étais carrée et exigeante. Quand j’étais rédactrice en chef, on m’appelait Cruella, c’est tout dire.

C’était justifié ?

Je ne sais pas, mais ce qui n’avait rien à voir avec la réalité, c’est que les 101 dalmatiens, c’était des innocents. Moi, je peux vous dire que je n’avais pas affaire à des petits innocents (rires).

Et en plus, vous étiez une femme…

J’étais la première rédactrice en chef, la première directrice régionale… ça faisait beaucoup.

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(Photo : Mike Ibrahim)

Est-ce que vos collègues journalistes vous prenaient au sérieux alors que vous faisiez de la scène, qu’on vous voyait chanter à la télé et que vos chansons passaient à la radio ?

Quand je suis venue à la musique, j’avais déjà fait mes preuves journalistiques, donc ma réputation était déjà faite. Mais ce qui m’a été dit c’est : « tu ne peux pas interviewer le président de la République et chanter « Caressé Mwen » ! » Ça ne m’a pas empêché de le faire quand même. Le mélange des genres, dans deux domaines qui n’ont rien n’à voir, les gens n’aiment pas. Si j’ai été extrêmement critiquée, notamment par les politiques, c’était surtout parce que je ne faisais de cadeau à personne.

C’était en 1981 et la droite menait la danse…

Que ce soit outre-mer ou ailleurs, il y avait une sorte de main mise sur l’info. Si on n’était pas dans les clous ou si on ne caressait pas la bête dans le sens du poil, on était considéré comme un immonde gaucho communiste qui devait être cloué au pilori. C’était une époque où personne n’admettait qu’on ait une rigueur professionnelle, que l’on se batte pour être le plus objectif possible et que l’on donne la parole aux uns et aux autres. La résistance du journaliste face au pouvoir, ça n’a pas toujours été facile pour moi.

Et les musiciens, ils pensaient quoi de cette autre vie-là ?

Certains considéraient aussi qu’il n’était pas normal que je sois à la fois journaliste et chanteuse musicienne, c’était avoir deux fois de la lumière sur moi.

Globalement, il y avait beaucoup de jalousie autour de vous.

C’était plus de la perplexité que de la jalousie. Tout le monde se demandait si j’irais au bout de ce que je faisais. N’étais-je pas en touriste dans toutes mes activités ? Pas du tout parce que mon caractère profond m’incite à aller toujours au bout de ce que j’entreprends.

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Mariejosé Alie, Patrice Duhamel, Patrick de Carolis et Aurélie Bambuck, lors de la 11e rencontre avec les téléspectateurs de France Télévision.  

marijosé ali,madanm,une semaine et un jour,interview,mandor(A gauche, à l'anniversaire de François Mitterrand en 1991Vous parliez du pouvoir des hommes politiques, mais vous-même, vous avez été une journaliste influente et une patronne qui avait aussi beaucoup de pouvoir.

Ce n’était pas du pouvoir, c’était de la responsabilité.

Un petit peu quand même.

Non. D’avoir la possibilité de faire bouger les choses en donnant à voir les évènements au plus près du réel, c’est une forme de pouvoir, mais ce n’est pas un pouvoir qu’on exerce, c’est un pouvoir que l’on met à la disposition des autres. C’est complètement différent.

Mais la frontière est mince, non ?

Non. Elle est énorme. J’estime que je n’étais rien. D’ailleurs si j’écris et si je fais de la musique, c’est pour pouvoir parler à la première personne. Quand on est journaliste, on n’a pas le droit d’avoir une opinion… et moi, j’ai tout le temps des opinions et des convictions. L’art a toujours été une soupape qui m’a permis de ne pas imploser. Mon être profond a pu ainsi s’exprimer.

Clip de "Eva", tiré de l'album Madanm.

Est-ce que Madanm est un disque féministe ?

J’ai beaucoup de respect pour le féminisme du début du siècle dernier. J’ai du respect pour celles qui se sont battues au sens propre du terme, qui ont risqué leur vie, qui sont allées en prison… C’était des combattantes qui se heurtaient à un mur. Le féminisme à cette époque-là, c’était une action physique permanente. Moi, je suis juste une femme qui défend son territoire et par conséquent, celui de toutes les femmes parce qu’on est en complicité de par le monde.

Vous appartenez au parlement des écrivaines francophones.

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Nous sommes 100 et nous venons du monde entier. Il y a des femmes d’Afrique de l’ouest, d’Afrique du Sud, des femmes d’Inde, du Canada... C’est l’écriture en langue francophone qui nous relie. Nous ne sommes pas au même degré de revendication et aux mêmes étapes de combat selon d’où l’on vient, mais nous nous attendons les unes, les autres.

Vous vivez le féminisme d’aujourd’hui comment ?

Je suis femme, solidaire de toutes les femmes et solidaires de tous les combats que l’on peut mener ensemble pour pouvoir avancer. Il y a encore beaucoup de choses à faire. Les espaces que l’on a conquis ne sont jamais acquis. Il faut rester en vigilance permanente pour que ça ne redescende pas ou que ça ne retourne pas en arrière. Comme dans n’importe quelle bataille, ce qui est conquis n’est pas acquis.

On peut dire tout de même que la parole des femmes s’impose désormais. Le #balancetonporc ou #metoo ont changé la donne. Avez-vous été victime vous-même d’hommes un peu trop prévenants.

A mon époque, on se battait un peu chacune individuellement. Il n’y avait ni cet élan, ni ce partage de la parole. Quand je suis arrivée à Paris parce que l’on ne voulait pas de moi en Martinique (j’étais jugée trop subversive), le big chief de l’époque m’a accueilli dans son bureau pour que l’on discute de ma mutation. Il m’a dit que si je voulais Paris, c’était possible. En gros, c’était : « tu couches, tu as Paris ». Il devait s’imaginer des choses… femme et femme des îles de surcroit, double pénalité. Je précise que je n’ai pas eu à me défendre d’un attouchement quelconque, mais il y avait quelque chose de tellement méprisant et méprisable à me faire très clairement comprendre que pour obtenir Paris, ça ne dépendait que de moi. Résultat, je me suis retrouvée à FR3 Bourgogne, à Dijon. Franchement, je ne le regrette pas. C’est une belle région et c’était une belle période.

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Marijosé Alie, présentatrice du journal télévisé à FR3 Bourgogne – © crédit photo : Droits Réservés

Vous avez eu le droit à des mains qui traînent ?

Non, je suis assez sauvage et capable d’être violente physiquement. Je crois que les hommes le savaient. Je n’ai donc pas eu à me défendre d’agression physique. Par contre, je ne suis pas la seule dans ce cas-là, mais je me suis fait beaucoup rabaisser. Je ne me suis jamais laissé faire, j’ai d’ailleurs la réputation d’avoir le verbe haut. Avec les mots, je suis capable de mettre les gens plus bas que terre … ce qui fait que ma carrière a été difficile et chaotique.

Je la trouve belle, moi, votre carrière.

En tout cas, je ne la dois qu’à moi.

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Marijosé Alie excelle dans ce rôle de marraine de jeunes talents puisqu’elle a été, lorsqu’elle était directrice de RFO, l’ancêtre des réseaux 1ére, à l’origine d’une opération baptisée « Dom-Tom Folies » à la Rochelle qui consistait à faire monter sur la scène des Francofolies un représentant de chaque territoire ultramarin donnant ainsi de la visibilité à des jeunes artistes ultramarins. Autant dire que dans sa carte blanche à l'Olympia, elle a pris un malin plaisir à concocter et à valider une sélection d’artistes de la jeune génération.

Parlons écriture de livres. Vous avez publié deux romans et un recueil de poèmes. Pourquoi ne pas écrire sur votre vie ? Vous avez vécu beaucoup de choses…

Je ne pense pas que ma vie représente un intérêt quelconque. Par contre, j’ai besoin de libérer mon imaginaire. Ce n’est pas avec ma vie que je vais libérer mon imaginaire. Peut-être que pour mes enfants, un jour j’écrirais mes mémoires, parce que ce sont des époques et raconter comment je les ai vécues s’inscrit dans une plus grande histoire.

Dans vos livres, vous ne racontez jamais la Martinique. Vous tournez autour…

Dans mon troisième roman, sur lequel je suis en train de travailler, l’action se situe en Martinique. Ça a été difficile pour moi, car j’ai beaucoup de pudeur par rapport à mon pays. Dans la relation profonde entre les gens et leur endroit, leur espace et eux-mêmes, il y a beaucoup de désarroi, de haine parfois, de rancœurs, de passions positives ou négatives. C’est toujours difficile à restituer sans que cela ne soit manipulable. Je n’ai pas eu le courage de raconter mon endroit, mais ça vient… disons que ça fini par venir.

marijosé ali,madanm,une semaine et un jour,interview,mandorMarijosé Alie s’installe définitivement au premier plan dans le paysage de la littérature francophone. Prix Ivoire 2016 décerné pour son premier roman Le Convoi, elle revient avec un nouveau roman, Une semaine et un jour. En voici le résumé officiel :

Soraya marche dans les rues de Paris ; elle erre comme peuvent errer les gens qui ont tout perdu ou qui se sont perdus eux-mêmes. Elle n'a qu'un sac sur le dos et un vieux cahier qu'elle ne quitte pas. Elle a certainement eu une autre vie avant ; ses manières sont trop belles, son porte-monnaie trop plein. Alors quoi ? Qu'est-ce qui la pousse à vivre dehors, à écumer les chambres d'hôtel minables, à suivre cet homme étrange qui parle aux morts ?
Et pourquoi ce vieux cahier qu'elle ouvre dès qu'elle le peut et qui semble être le seul à pouvoir l'apaiser ? Qui est donc cette Célestine qui a traversé les océans pour arriver à Paris durant l'hiver 1788, alors que le froid sévit et que la Révolution française se prépare ?

Je lui ai posé quelques questions sur le livre en fin d’interview, puis je suis tombé sur cette rencontre enregistrée lors d’une soirée de présentation du roman le mardi 4 février 2020 à la Maison de l’Amérique Latine (Paris). Marijosé Alie répond aux questions de Viktor Lazlo. J’ai donc trouvé plus judicieux de diffuser cette vidéo plutôt que de publier les réponses de l’auteure à mes questions. Cette complicité féminine a indéniablement apporté un plus. Je ne lutte pas. Je vous propose la meilleure façon de vous inciter à lire ce formidable roman.

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Archives!

Comme je vous l'ai indiqué dans l'introduction de cette mandorisation, dans les années 80, j'ai parfois croisé la route de Marijosé Alie. Il m'en reste quelques clichés...

Ici, c'était le 24 août 1988. Elle participait au Grand Méchant Zouk qui s'est tenu au stade Baduel à Cayenne.

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L'année suivante, le 16 décembre 1989, toujours à Cayenne, je l'ai de nouveau interviewé, mais je ne sais plus du tout à quelle occasion. 

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04 mars 2020

Mira Cetii : interview pour Cailloux & Météores

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©Thomas Guerigen

mira cétii,aurore reichert,cailloux & météores,interview,mandorJe ne connaissais pas du tout Mira Cétii, qui pourtant évolue déjà depuis 2014, et j’avoue que l’écoute de son album Cailloux & Météors m’a véritablement charmé. Voix céleste, texte poético-onirique sur une pop entre acoustique, organique et électronique. Vous seriez bien inspirés de ne pas passer à côté.

Moi, en tout cas, je ne le pouvais pas. Il fallait que je mandorise cette auteure-compositrice-interprète surdouée.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter l’album Cailloux & Météores.

Biographie officielle :mira cétii,aurore reichert,cailloux & météores,interview,mandor

Mira Cétii c’est le nom d’une étoile.

Avec deux « i » et deux poings sur les hanches, c’est le nom de la chanteuse autrice et compositrice : Aurore Reichert.

Après ses précédents EP portant des noms de constellations et chargés de mythologies célestes, Mira Cétii décide d’atterrir sur le sol (mais est-ce le sol de la Terre ?) avec une douceur fracassante pour son premier album Cailloux & Météores.

De comptines poétiques susurrées au creux de l’oreille, en chansons plus rythmées, ironiques ou revendicatrices, sa voix dépose ses mots doucement ou bien les projette en avant comme pour mieux avancer sur son chemin intérieur. Inspirée par des artistes aux musiques organiques et minimalistes telles Camille et Kate Bush pour le côté expérimental ou comme Alain Bashung pour la poésie, Aurore utilise dans cet album toutes les nuances de sa voix, suspendues entre mélodies diaphanes et refrains plus rocailleux. En solo ce sont ses double voix et le fil de la guitare qui la porte mais il y a aussi ses machines : sur la lignée d’Émilie Simon ou de Björk, Aurore ancre ses morceaux avec des sons électro, sorte de cailloux cubiques qui construisent brique par brique la plupart des rythmiques et des ambiances étranges et lunaires.

Laissez-vous emporter dans l’univers étrange de Mira Cétii tout au long des 11 titres de son premier album aussi onirique que magnétique (avec la participation exceptionnelle de Christian Décamps/Ange sur une chanson).

Mira Cétii cherche peut-être à ne pas se perdre en semant des cailloux… à moins que ce ne soit une invitation à la suivre sur sa planète ?

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©Thomas Guerigen

mira cétii,aurore reichert,cailloux & météores,interview,mandorInterview (photo ©Thomas Guerigen) :

Tu as commencé la musique avec ton père, guitariste et « bidouilleur de son ».

Grâce à lui, je suis rentrée dans le bain de la musique de façon assez naturelle. Il était du genre à nous faire assoir ma mère, ma sœur et moi pour nous proposer des séances d’écoute en commentant le disque en question. Très vite, je me suis rendu compte que jouer de la musique était ce que je voulais faire, mais petite, je ne m’en sentais pas capable parce que j’étais très timide, ou disons, très réservée. La musique, c’était mon secret. Un jour mon père m’a entendu chanter et, du coup, il m’a incité à continuer. Au début, ça m’amusait et, très vite, je me suis prise au jeu et j’ai eu envie d’aller plus loin.

Tu as écumé les petites salles et caf’conc’ de Moselle de 1996 à 2000 avec ton père dans le duo T’Aï. Puis, avec Jean-Pascal Boffo, tu as intégré le groupe pop folk electro Alifair, expérience qui a duré 10 ans.

C’est avec Alifair que je suis vraiment devenue intermittente et semi-professionnelle. Avec Jean-Pascal, on a pu facilement faire des albums de qualité (quatre en tout) sans trop dépenser d’argent parce qu’il avait un studio. De travailler avec des musiciens plus âgés que moi a été une belle école de musique et une aubaine. J’ai appris beaucoup avec Jean-Pascal et j’ai gagné pas mal d’années d’expérience. C’est en le voyant travailler que j’ai découvert mon intérêt pour les ordinateurs et les possibilités qu’ils offraient.

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©Thomas Guerigen

Comme Alifair a commencé à s’essouffler, le groupe s’est séparé. De 2011 à 2014, tu décides de vivre dans la forêt dans une maison avec ton compagnon d’alors. C’est un changement de vie radical.

Alifair est au départ un duo et on ne s'est pas séparé. On a juste ralenti notre travail sous ce nom là, mais Jean-Pascal est toujours très présent. Il m'avait aidé à développer Mira Cétii, et quand l'occasion se présente il fait encore parfois mon son en concert. Nous collaborons également à d'autres projets... En tous les cas, on reste très  proches et il n'est pas exclu que l'on fête dignement les 20 ans d'Alifair en 2021 !

Mira Cétii, c’est un double d’Aurore Reichert ?

Ce n’est pas un autre personnage, c’est plus une robe, une tenue spéciale pour monter sur scène. J’aime l’idée de trouver un look que je n’aurais pas dans ma vie quotidienne pour vivre ma vie d’artiste. Mira Cetii, c’est juste une partie de moi, celle que j’ai envie de mettre en avant.

Tu finis par enregistrer un triptyque d’EP nommé Ce que les étoiles commettent avec Orion en 2015, Persée en 2016 et Cetus en 2018.

Fin 2014, j’ai participé à un appel à projets musicaux. Il m'a permis de jouer en première partie d’Emilie Simon à La Laiterie, à Strasbourg. Je ne suis pas la seule à avoir été sélectionnée puisque c'était pour sa tournée nationale : elle cherchait des groupes par région. Bref, je n’avais pas de chansons prêtes. Mira Cétii n’était pas prête non plus, mais je m’en suis sortie. L’accueil du public a été parfait. Ça m’a incité à foncer. J’ai donc sorti ces 3 EPs assez rapidement.

Clip de "La source" réalisé "à la maison" par shelleygrafx & MiRA CÉTii

En mai 2019, tu fais la première partie du groupe Ange à Nancy. Là, tu rencontres leur producteur, Jean Christophe Boileau, qui te propose d'intégrer leur label, ArtDisto.

Comme il avait apprécié ma prestation, Jean-Christophe Boileau m’a dit qu’il cherchait quelqu’un pour les premières parties de leur tournée. La condition était que je fasse un album pour pouvoir les vendre à l’issue des concerts. Je ne m’y attendais pas, donc je n’avais pas beaucoup de chansons dans ma besace. J’avais neuf mois pour en créer et les enregistrer. Ils m’ont présenté un réalisateur, Laurent Lepagneau. J’ai travaillé sur l’album, avec un musicien additionnel : qsb, avec lequel j’avais déjà bossé sur mes deux précédents EP, car j'adore son travail et son style électro-déglingué. Il m’aide à faire un pas de côté sur mes arrangements pour que mes chansons aient toujours un petit truc original et inattendu. Laurent aussi a apporté beaucoup de sa touche personnelle. Il m'a notamment aidé à élaguer mes excès éventuels, car la liberté apportée par la MAO me pousse souvent à en faire des tonnes ! (rires)

Vous avez partagé le travail comment ?

J’ai composé des chansons que j’ai aussi arrangées. Il y a des chansons que nous avons co-composés et co-arrangés qsb et moi, puis nous avons donné le fruit de notre collaboration au réalisateur. Il y avait une trentaine de chansons ! Laurent Lepagneau en a choisi onze qui lui paraissait les plus cohérentes pour l’album, puis il a également retravaillé certains arrangements.

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©Thomas Guerigen

Qu’est-ce que ça t’a apporté de travailler avec un réalisateur ?

J’ai trouvé ça très intéressant. Au début, j’avais peur d’être dépossédée de mon projet, mais en fait, pas du tout. Il a cerné l’artiste que je suis et il a fait au mieux pour se fondre dans mon univers et m’apporter son savoir pour que le projet parle aux gens. Un regard extérieur est essentiel. Je n’aurais pas cru que cela me facilite autant les choses.

Je crois savoir qu’il t’a aussi conseillé dans ta façon de chanter.

Je considère que ma voix est un instrument. J’adore chanter, donc j’aime le faire de plein de manières différentes. Il m’a demandé de me concentrer sur une seule façon, celle qui correspondait le plus, selon lui, à ma personnalité et aux chansons de l’album. Avec le recul, je trouve qu’il a bien fait, car il m’a aidé à affiner la personnalité de Mira Cétii.

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©Thomas Guerigen

Textuellement, il est question d’amour, de nature, de paysage… on est dans les sensations et la poésie… .

J’aime bien dire que je fais de la poésie pop. La musicalité des mots est très importante, mais j’aime les textes qui restent le plus ouvert possible à l’interprétation. En tant qu’auditrice, j’aime bien interpréter le sens d’une chanson comme je le veux. Dans mes chansons, j’aime donc proposer plusieurs niveaux de compréhension. J’aime aussi créer des combinaisons de mots que l’on n’utilise pas dans la vraie vie. Il m’arrive également de changer le sexe des mots. Et je ne suis pas la seule : une amie chanteuse (Veren Ka)
avec qui j'ai beaucoup travaillé avait écrit un jour une chanson nommée "La soleil », j'avais trouvé cela très beau. Et c'est dans ce genre de prise de liberté que je me retrouve. Je souhaite que mes mots soient créateurs d’émotions et générateurs de beauté, même si celle-ci peut être cruelle parfois. Quoiqu'il en soit, le langage est une force, une arme… j’essaie de l’utiliser le mieux possible.
 

Et musicalement ?

Dans ce disque, j’ai essayer d’utiliser des sons que l’on n’a pas l’habitude d’entendre. J’ai aussi tenté de trouver un équilibre, ou un déséquilibre, entre l’organique et l’électronique.

03 mars 2020

Morgane Imbeaud : Interview pour l'album Amazone

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(®Goledzinowski)

morgane imbeaud,amazone,interview,mandorDans son premier album solo, Morgane Imbeaud se livre sans concession, sans maquillage, à l’image de la photo de la pochette. Comme l’indique le dossier de presse, « il est loin le temps où la jeune fée folk courait ses premières scènes avec le duo Cocoon. Pour ce projet, la compositrice s’est exilée en Norvège, seule, loin des autres, plus proche d’elle. Son constat : malgré une première partie de carrière bien remplie (au sein de Cocoon, Peaks et Orage, nombreuses collaborations avec Jean-Louis Murat, Julien Doré, Elias Dris, sans oublier son conte musical Les Songes de Léo » (pour lequel je l’avais mandorisé une première fois).

Avec ce premier disque en solo, Amazone, la carrière de Morgane Imbeaud va prendre un nouveau chemin, celui de la légitimité mérité. Accueillons-là dans le monde des artistes français qui comptent. De la pop folk délicate, épurée, aux mélodies d’une redoutable efficacité. La voix plus affirmée, sur des textes à la fois légers et profonds (si, c'est possible) interprétés en français et en anglais et une assurance musicale qui fait plaisir à entendre. Elle sera en concert le 12 mars 2020 aux Étoiles (Paris). Une deuxième mandorisation s’imposait.

Sa page Facebook officielle.

Son site officiel.

Pour écouter son disque, Amazone.

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(®Goledzinowski)

morgane imbeaud,amazone,interview,mandorInterview :

Depuis toutes ces années de carrière, c’est ton premier album solo. Tu te dis enfin ?

A la pause de Cocoon en 2011, on m’a souvent reproché d’avoir eu des projets en duo. Avant de me lancer seule, j’avais besoin de grandir encore un peu et de m’affirmer. C’est un souci que j’avais aussi dans ma vie personnelle. A 32 ans, j’ai des choses à dire et il est tant que j’assume parce que rien n’est grave. Aujourd’hui, je me suis émancipée et affirmée. J’ose être qui je suis. Nous n’avons qu’une vie et elle est très courte, alors à quoi bon se cacher, à quoi bon être angoissée, à quoi bon être mal ? On est dans un monde très anxiogène, autant faire les choses que l’on a envie de faire en essayant de faire du mieux que l’on peut. Advienne que pourra… c’est ça qui rend heureux.

Tu as ôté ton masque ?

J’ai toujours été très angoissée, donc ça a été toujours très compliqué de me montrer tel que j’étais. J’ai toujours eu envie de plaire, pas en mode séduction ou amoureux, mais je n’avais pas envie de décevoir. Aujourd’hui, je crois que je m’en moque. J’ai compris que ça ne rendait pas heureux d’essayer d’être un caméléon. Comme cet album, je sais qu’il y en a qui l’aimeront beaucoup et d’autres qui ne l’aimeront pas… et bien tant pis !

"Gressholmen" (Home session)

Ce que j’ai lu de-çi de-là sur cet album est très positif. morgane imbeaud,amazone,interview,mandor

Ça me fait super plaisir parce que l’on a tenté de faire un album intemporel. On n’est pas dans les sons du moment, dans l’electro. Nous avons essayé de marier la froideur des machines à la chaleur des cordes, les bandes analogiques aux sons électroniques. Dans cette optique, on a enregistré cet album au mythique studio Black Box, à Angers, fondé par Iain Burgess et Peter Deimel. Sur place de l’analogique et des trésors vintage, dont une table de mixage Flickinger de 1969. Des jouets d’un autre temps…c’est justement cela qui a rendu ce disque intemporel. En huit jours, non seulement nous avons enregistré sur bande treize morceaux, mais en plus en live. C’était génial !

L’album est réalisé par Renaud Brustlein de H-Burns. Que t’a-t-il apporté ?

Il m’a aidé à m’assumer, à lâcher-prise, notamment sur la voix. Je n’essaie plus de chanter comme une petite fille. On a trouvé un bon équilibre. Il a su me faire confiance pour que je sorte un peu de mes habitudes passées. J’ai cassé le côté lisse que j’avais avant. Renaud a réussi à m’emmener là où je voulais aller. Je ne savais pas comment y parvenir seule.

A l’image de ta musique, tu as épuré le propos et durci le ton.

Quand on fait un travail sur soi, le but est de revenir à l’essentiel. On m’a souvent reproché ma gentillesse, elle m’a d’ailleurs joué des tours plein de fois. Maintenant, j’en ai un peu marre ! Je pense que tout peut se faire en douceur et de façon affirmée. J’en ai marre que la douceur et la gentillesse soient considérées comme des traits de caractère négatifs. Je ne supporte plus qu’ils soient assimilés à de la faiblesse et de l’idiotie. Avant, j’étais un peu trop timide, aujourd’hui, j’arrive à tout dire. J’ai même du mal à me taire, mais en respectant toujours les gens.

Il y a eu un déclic qui t’a fait prendre conscience de tout ça ?

En me retenant toute ma vie, j’ai accumulé trop de choses en moi. J’en suis la seule responsable. J’avais peur des conflits et je craignais de blesser les autres, mais aujourd’hui, j’en ai marre.

Clip d'"Amazone".

Dans le clip d’ « Amazone », tu te montres comme une femme qui assume aussi sa féminité.

Il y a très longtemps, j’avais un ami qui m’appelait « petite chose ». Cela m’énervait. D’accord, je ne suis pas très grande, je suis menue et j’ai un visage assez juvénile, je le sais, mais je ne suis pas une petite chose fragile qui a besoin d’être protégée. J’y arrive très bien toute seule. Dans ce clip, j’utilise un langage corporel d’une femme désormais forte.

Il y a un duo avec Marina Hands, « Messenger ».

Je voulais absolument un duo avec une femme. Je connaissais Marina parce que nous avons des amis communs. J’ai pensé à elle parce que je trouve qu’elle est la définition parfaite de l’amazone des temps modernes. C’est une femme libre et indépendante. Elle fait ce qu’elle veut et passionnément. Nous avons testé nos voix dans un studio à Paris et ça s’est super bien passé. Marina Hands est décidément douée dans tout. Je la trouve parfaite.

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(®Goledzinowski)

C’est quoi une amazone des temps modernes ?

Les amazones ont des figures de guerrières. Il y a plein de légendes autour de ces femmes-là. Moi, je ne me sens pas guerrière, dans le sens violent, c’est plus une affirmation et le fait d’être une femme libre et indépendante en 2020. Les femmes sont libres depuis pas si longtemps que cela… et il y a encore du boulot.

Tu te sens féministe ?

On devrait tous se sentir comme cela. Ce qui est aberrant, c’est qu’il y a beaucoup de gens qui n’osent pas le dire, comme si c’était un gros mot. Etre féministe, c’est juste normal. C’est vouloir l’égalité entre les hommes et les femmes. Je ne comprends même pas comment on peut ne pas l’être. Le droit des femmes n’est-il pas celui de chaque être humain avant tout ? Je suis féministe, j’ose espérer qu’on le sera tous un jour, ainsi le mot disparaitra.

Il y a un autre duo. Cette fois-ci avec le New-Yorkais Chris Garneau pour un dialogue cotonneux à l’esthétique glam-rock down tempo, « Je t’en veux ».

Chris, c’est mon chouchou. Il avait fait quelques premières parties, en 2007, quand j’étais la chanteuse de Cocoon. J’avais adoré. J’étais hyper fan de sa voix. Nous sommes restés en contact. Je lui ai proposé cette chanson et elle lui a plu. Je suis super contente parce que j’attendais ce duo depuis des années (rires).

La chanson « Si l’amour est un sport » est écrite par l’ami auvergnat Jean-Louis Murat. Il n’est jamais loin de tes productions…

On bosse ensemble depuis longtemps. Nous avons souvent fait des duos et nous avons quelques scènes en commun. En évoluant avec lui, ça m’a décoincé sur mon jeu de scène et sur ma façon d’écrire en français. Je lui demande souvent de l’aide.

"Je ne vous oublierai jamais" (audio).

Il y a aussi un texte écrit par Mickael Furnon, « Je ne vous oublierai jamais » sur une mélodie easy listening et un peu sixties.

Cette chanson m’a parlé tout de suite, dès la première phrase. Elle correspondait parfaitement à ma façon d’être dans ma vie. « Je ne vous oublierai jamais, même si mon nom ne vous dirait rien… » Quand tu te fous de l’avis des gens, ça change aussi ta façon d’aimer. J’arrive désormais à donner sans rien n’attendre en retour. Ça m’a beaucoup apaisé.

Tu lis ce que les journalistes écrivent sur toi ?

Avant je ne lisais pas trop les articles par peur des mots ou des remarques que j’allais trouver. Maintenant, j’apprends à tout lire parce qu’il faut apprendre à encaisser n’importe quoi. Même les choses positives, j’avais du mal à les recevoir. Aujourd’hui tout va bien.

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