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15 mars 2020

Rodrigue : interview pour l'album A Fuck Toute - A Love Toute

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(Photos : Aliosha)

rodrigue,afuck toute a fuck love,interview,mandorComme l’indique son dossier de presse, Rodrigue, c’est « de la pop française sans lipstick mais qui flirte insolemment avec le rock parfois libertaire et insouciant, souvent sombre et engagé. En solo ou en groupe, avec plus de 300 concerts au compteur, huit créations scéniques pro depuis 2006, quatre albums studio, un album live, deux dvds, cinq clips et un public qui suit, le projet, reconnu pour son inventivité, a aujourd’hui atteint, une maturité et une force sans précédent. »

J’aime beaucoup cet artiste qui apporte depuis 12 ans un renouveau à la chanson française. A l’occasion de son quatrième album studio, A Fuck Toute – A Love Toute, (dans lequel il met en musique les relations amoureuses, les émotions et les étapes d’un chemin de vie plein de paradoxes), voici sa troisième mandorisation (la première là en 2011 pour son deuxième album L’Entre-Mondes et la seconde en 2014 pour son troisième, #Spectaculaire Diffus.)

Le 27 février dernier, nous nous sommes retrouvés dans un bar de la Gare du Nord.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter l’album.

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(Photo : Cécile Marcant)

rodrigue,afuck toute a fuck love,interview,mandorLe disque A Fuck Toute, A Love Toute(photo de la couverture: Natacha  Kerkhove)  par Rodrigue :

Quand mon réveil sonne, je m'entends souvent dire : “Allez tous vous faire foutre !”
Nihilisme joyeux et désinvolte ou glas de la défaite, déliquescence dans une pulsion de mort ?
Pourtant je sais... la vie. Tout est paradoxe.
Faut-il que tout meure pour se rendre compte de la beauté ?
En prendre conscience...
Petites épiphanies : nager dans la mer, marcher dans les montagnes... y ressentir depuis toujours le divin...
Faut-il que tout meure pour évoluer ? Peut-être oui...
Cet album est ce chemin...
Où la noirceur dans sa folie à aimer, met en lumière tout ce qui fait de nous des êtres sensibles.
Où le refus est fécond et interroge notre pugnacité à espérer.

Un album follement amoureux des désespérés, de ceux et celles qui sont revenus de tout et dont la foi en l’humanité ne tient qu’à un fil.
Un album de résilience, lorsqu'on sent que tout ne va pas se passer comme prévu
et qui nous interroge sur la direction :

À Fuck Toute : comme une banderole au devant d'un cortège

À Love Toute : comme le regard de l'homme qui palpite, change et prend un nouveau souffle

À Fuck Toute : comme le courage devant le Léviathan, malgré toute conséquence et avec une énergie proche du discernement.

À Love Toute : comme une lézarde à travers le mur pour répandre la bonnen ouvelle.

À Fuck Toute ~ À Love Toute : Comme celui qui veut jouir souverainement de tout et se réapproprier sa vie.

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(Photo : Aliosha)

rodrigue,afuck toute a fuck love,interview,mandorInterview :

Entre disques et tournées, depuis 2008 que je te suis, j’ai l’impression que tu n’arrêtes jamais.

Comme je n’ai pas de vraies tournées, je prends toutes les dates qui tombent… et il y en a eu pas mal. Là, je sais que je vais défendre cet album pendant trois ans.

Toutes les chansons de cet album sont nouvelles ?

Je les ai écrites entre 2016 et 2018, mais elles restent d’actualité.

L’album a un titre assez provocateur avec, en plus, un double sens, « A Fuck Toute, A Love Toute ».

C'est un chemin ce disque, c’est ce que je suis. Parfois, je peux ruminer sur des choses qui m’exaspèrent et au bout d’un moment, empathie oblige, comprendre que rien n'est ni blanc, ni noir. Tu sais, c’est un album de cassure et de résilience, donc, il a ce repli sur soi, cette cicatrice, ce premier élan sombre de dire « allez-vous faire foutre ! », mais il fait aussi ce chemin constructif, car aimer c'est faire, et du coup, il s'accompagne en même temps d'un véritable élan d'amour et d'ouverture. Ces deux élans paradoxaux tourbillonnent ensemble. Dans la chanson « À Fuck toute », il y a deux degrés. Je chante une phrase importante : « je veux jouir souverainement de tout ». C’est-à-dire, je veux faire mes propres choix et ne pas céder aux injonctions permanentes. Laissez-nous tranquilles et nous trouverons notre sens à la vie nous-même, avec le temps.

Teaser de A Fuck Toute - A Love Toute.

Dans « Au galop », tu te demandes « comment s’aimer quand ça n’a pas marché ? »

J’aime bien cette phrase parce qu’elle est à double sens. Comment aimer l’autre quand le couple a rompu et comment s’aimer soi-même par rapport à une rupture qui forcément te blesse narcissiquement.

J’aime beaucoup « Atteinte à l’intégrité d’un cadavre ».

Dans cette chanson, j’imagine quelqu’un qui fuit et qui revient de temps en temps faire un bilan. C’est quelqu’un qui cherche du sens à sa vie, mais qui n’en trouve pas.

Toi-même, tu es en quête de sens ?

Je ne suis pas sûr, mais j’ai un besoin d’expérimentation de la vie. Je suis un scientifique de la vie.

Ta chanson « Nous : Somme » est censé être féministe ?

Ecouter cette chanson peut mener à la réflexion à un moment T, elle est ce moment de suspension où on se dit: "Mais pourquoi ça me touche ?". Elle retrace ce chemin là. En fait c’est une chanson en deux parties. Et la deuxième partie, c’est un peu : « mais pourquoi diable j’écris ça !?! C’est une chanson qui parle de féminisme oui, mais en fait, ce n'est pas vraiment le sujet je trouve, et elle serait d'ailleurs plutôt pour les hommes alors. Mais non, en vérité, cette chanson parle avant tout de compréhension, de comprendre pourquoi quelque chose nous blesse pour pouvoir en discuter. C'est tout simple, mais pour moi, ça parle vraiment de ça en fait, nous sommes des élèves qui apprenons de la vie... ensemble.
J’ai écrit cette chanson en me disant qu’elle était juste destinée à la scène. En concert, je voyais bien qu’elle marchait particulièrement bien et qu’elle plaisait autant aux femmes qu’aux hommes. J’ai donc décidé de l’enregistrer pour qu’il en reste une trace.

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(Centre culturel de Lesquin - 2019. Photo : André C)

Aucun de tes albums n’est le même. Tu te renouvelles en permanence.

Je n’aime pas l’idée d’avoir un style et de rester dedans. Je suis toujours à l’écoute des musiques qui sortent aujourd’hui. Quand j’entends un son qui me plait, j’essaie des trucs en studio qui pourraient s’en rapprocher.

Musicalement, ton nouvel album est très varié. Pop, rock, chanson, variété, sons nouveaux…

J’ai retrouvé dans ce disque l’éclectisme que j’avais dans le premier Le jour où je suis devenu fou (2008). Il y a des artistes qui donnent un habillage à un album, moi je donne un habillage à chaque chanson. J’essaie de trouver des couleurs différentes quitte à ne pas respecter l’unité, ce n’est pas si grave. Je suis quelqu’un qui est ouvert à tout, il en est de même pour ma musique.

Sur l’album de 2014, Spectaculaire diffus, tu avais tenté l’unité.

En effet, mais finalement je préfère être éclectique.

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(Photo : André Caré)

Dans ce disque, tu joues avec les musiciens qui t’accompagnent sur scène depuis 2016.

Ce sont des bons potes et ils croient à mon projet. Il y a une très bonne ambiance entre nous. J’ai besoin de bienveillance autour de moi.

Textuellement, il y a des chansons poétiques dont la signification n’est pas évidente, comme dans « L’araignée », et des chansons plus « premier degré ».

Mais j’ai besoin que les gens qui m’écoutent ne soient pas largués. Il y a des chansons de Bashung dont j’ai du mal à comprendre les textes. Je pense être moins opaque que lui. Je me trouve compréhensible et abordable sans difficulté pour quelqu’un qui s’attarde un peu.

Ce disque est mixé par Dominique Ledudal (Les Innocents, Jeanne Cherhal, Tryo, Renaud…).

Ce que j’aime chez lui c’est qu’il travaille super bien les voix. C’est l’album où ma voix est la mieux mise en avant. J’ai fait des expérimentations de voix graves et je trouve cela beau. Je suis vraiment content de la production.

Clip de "Monokini".

Tu es satisfait de ce nouveau disque?

Oui, mais à chaque album, j’ai l’impression que c’est le meilleur. Celui-là est émotif, à fleur de peau. Si quelqu’un est disposé à l’émotion, il pourra être très touché. C’est le but de mes disques et de mes concerts… émouvoir, bousculer les gens.

Toi-même, tu es de plus en plus à fleur de peau ?

Je l’ai toujours été et j’en joue. Sur scène et sur disque. Je me mets totalement dans un moment émotionnel. Quand j’ai écrit en trois jours « Atteinte à l’intégrité d’un cadavre », j’étais dans cet état.

Es-tu content de ton sort dans le métier ?

J’ai coché tous mes rêves professionnels, sauf la tournée. Je n’ai jamais fait une vraie tournée avec un tourneur qui m’accompagne, alors que le live est ce qu’il y a de plus important pour moi.

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Après l'interview, le 27 février 2020.

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