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08 mars 2020

Marijosé Alie : interview pour l'album Madanm

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(Photo : Mike Ibrahim)

marijosé ali,madanm,une semaine et un jour,interview,mandorMarijosé Alie sort successivement son troisième disque, Madanm, et son deuxième roman, Une semaine et un jour. Cette artiste martiniquaise est connue musicalement pour avoir écrit et interprété un des plus grands tubes caribéens, le sensuel « Caressé Mwen ». Elle est aussi réputée comme journaliste ayant fait une belle carrière dans le service public à la télévision.

Ayant travaillé quatre ans à RFO Guyane, j’ai croisé la route de Marijosé Alie (voir après l’interview) en tant qu’artiste et en tant que journaliste. Je l’ai toujours considéré comme une sommité antillaise, ou plus simplement, une grande dame pour laquelle j’avais beaucoup de respect. D’ailleurs, le titre de son nouvel album signifie « Madame » en créole martiniquais, mais aussi maîtresse femme. Cela lui va comme un gant.

Quand les deux attachées de presse de Marijosé Alie m’ont fait parvenir son nouvel album dans le but de l’interviewer, j’ai accepté immédiatement. En écoutant ce disque enregistré et réalisé avec Mike Ibrahim, j’ai été immédiatement transporté dans mes années guyano-antillaises. C’est l’effet que me fait sa voix et ses mélodies. Les souvenirs remontent à la surface. Quant à ses textes, ils sont toujours aussi percutants que poétiques, en créole et en anglais. Ici, elle évoque des thèmes essentiels tels que les violences conjugales ou la place des femmes dans la société d’aujourd’hui. Il y a aussi un titre sur l'attentat du Bataclan…

Le 11 février dernier, je suis donc allé chez elle pour une première mandorisation. J’ai retrouvé la Marijosé Alie que j’ai toujours connu, sans aucune langue de bois. Appréciable…

Pour écouter l'album Madanm.

Biographie officielle :marijosé ali,madanm,une semaine et un jour,interview,mandor

Vingt ans que Marijosé Alie n’avait pas enregistré de disque à son nom. Pour autant, elle ne s’était pas murée dans le silence. Au cours d’une brillante carrière de journaliste (successivement grand reporter, rédacteur en chef, directrice régionale, elle évolue entre Paris, Dijon et la Martinique jusqu'en 2002, où elle occupe à Paris le poste de directrice de l'international à RFO) qu'elle achève en tant que directrice déléguée aux programmes chargée de la diversité à France Télévision, elle a trouvé le temps d’écrire deux livres, d’enregistrer un album en compagnie de ses filles également musiciennes, et de créer le concept Dom Tom folies qui a permis pendant 7 ans à des artistes des outre-mers de monter sur la grande scène des Francofolies de la Rochelle. Son amour pour la Martinique, son île, l'amène à croiser la route d'illustres écrivains de cette terre antillaise, qu'il s'agisse d'Aimé Césaire (à qui elle consacre un documentaire, Le Chemin de Lumière en 1982) ou d'Édouard Glissant, père de la pensée du tout-monde. Il n’y aurait d’ailleurs point de « tout-monde » sans des « toutes-femmes », ces femmes-rhizomes qui luttent sans relâche pour s'élever en se défaisant des liens pesants qui entravent leur pas. Marijosé Alie s’est justement construite dans ces mangroves-là.

marijosé ali,madanm,une semaine et un jour,interview,mandorArgumentaire de presse de l’album :

Cet album, Madanm (Madame, en créole martiniquais mais que l'on pourrait
aussi volontiers traduire par Maîtresse-Femme ou Femme Puissante), vient donc ponctuer une nouvelle étape du parcours de celle qui n’aura jamais cessé de garder le poing levé, un poing debout pour, dit-elle, «accentuer la verticalité de la détermination au féminin». Et bien que l’interprète de l’inoubliable « Caressé Mwen » n’affectionne pas particulièrement le terme «féminisme», les chansons de cet album sont sans ambiguïté des baumes, des miroirs, des interrogations, des clés pour les femmes, en particulier celles qui, du Moyen-Orient à Fort-de-France, de Paris à Harare, essaient de toutes leurs forces de participer à la construction d’un devenir, d’un avenir pour ce monde qui ne serait pas sans elles.

En suggérant les rythmes caribbéens plus qu’en les appuyant (les percussions sont rares) et en construisant l’essentiel de ses chansons sur un piano solitaire, Marijosé Alie élabore en compagnie du producteur Mike Ibrahim une folk créole élégante tout autant qu’elle redessine les contours de la chanson antillaise.

Les chansons :

Qu’elle aborde les violences conjugales dans « Madanm », chanson-titre de l’album, ou s’adresse comme une sœur à celles qui subissent la terreur (« Sista »), la plume de Marijosé Alie est aussi subtile que percutante, impressionniste et réconfortante, comme dans « An Ti Moman », où elle assure que le salut d’un monde à la dérive réside dans la douceur furtive de l’instant.

Même promesse de transcendance avec le très sixties « Missié Byron » dans lequel elle cite le poète Swinburne qui promet que même les rivières les plus lasses trouveront leur chemin jusqu’à la mer.

Comme ces rivières, la songwriteuse ne se perd d’ailleurs jamais. Ainsi, dans « Eva », la musique de Bach rejoint un traditionnel guadeloupéen, dans « Say Yes » un bottleneck très « morriconnien » répond à une guitare aride, dans « Missié Byron » encore, la poésie de 1866 et le créole du nouveau millénaire sont une seule et même voix et c’est dans « Da Me » qu’une pulsation afro-cubaine est traversée de stridences rocks avant de faire un détour reggae-dub.

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(Photo : Mike Ibrahim)

marijosé ali,madanm,une semaine et un jour,interview,mandorInterview :

Avant ce nouveau disque, il y a eu en 2015 l’album Kalenda du trio Elle et elles avec deux de vos trois filles, Frédérique et Sohée. C’était une sorte de « transmission ».

C’était très important pour moi d’enregistrer avec elles. On a eu envie de partager au public les moments de plaisir que l’on se donnait entre nous. Frédérique, mon ainée, et Sohée sont compositrices et auteures. Elles font donc leur propre musique. La première donne dans le latino-caribéen et la deuxième dans le folk, soul, blues. Quant à moi, je suis assise entre la musique classique et la musique traditionnelle, entre Bach et le tambour. Nous avons des accents musicaux qui sont complètement différents, même s’ils plongent dans le même creuset, la Caraïbe.

"Paloma", extrait de l’album Kalenda de Elle et elles, sorti en février 2016, raconte l'histoire d'une jeune femme mariée qui a une aventure avec un autre homme tandis que son mari l'attend à la maison.

Dans votre jeunesse, je sais que vous aimiez autant la musique classique, la musique traditionnelle, vous venez de me le dire, mais aussi le rock’n’roll, comme Santana ou Jimi Hendrix. Il y a d’ailleurs un peu de rock dans votre nouvel album…

Vous avez raison. Quand on écoute « Missie Byron », c’est assez électrique. Il y a dans cet album des rythmes très blues et des musiques qui n’ont rien à voir avec notre univers caribéen tout en ayant tout à voir. Avec Mike Ibrahim, qui a travaillé avec moi sur ce disque, on a dépouillé les morceaux de tous les marqueurs culturels de chez nous. Il n’y a pas beaucoup de tambours, pas beaucoup de basse… C’était un choix d’en mettre peu et de ne pas surligner cette musique-là que nous avons tellement dans notre ADN. Le groove est là, dans la manière de poser le piano et de poser les mots. D’avoir des musiques le plus dépouillée possible m’a permis d’aller au bout de ce que je suis. Parfois, on camoufle, on couvre les imperfections. Là, les imperfections sont nues. Je pense que dans les imperfections et les silences, il y a toujours un message musical qui passe.

Dans le disque, c’est vous qui êtes au piano.

C’est Mike Ibrahim qui m’a forcé. Il a trouvé que les maquettes de mes compositions, que je joue au piano, avaient déjà quelque chose d’intéressant. Pour chaque chanson, j’ai réenregistré le piano, mais les arrangements ont respecté la base.

Clip de "Live Goes On", tiré de l'album Madanm.

Peut-on dire que Madanm est l’album qui vous ressemble le plus ?

C’est en tout cas le disque qui ressemble le plus à ce que je suis aujourd’hui. Avant, j’avais beaucoup de plaisir à inviter d’autres musiciens, les meilleurs de la Caraïbe, à mettre leur patte et leur savoir-faire sur mes morceaux. A mes yeux, ça leur donnait une valeur ajouté. Je n’ai jamais été persuadée que je faisais des musiques qui pouvaient intéresser les gens.

A tort, je trouve. C’est comme votre voix. Je sais que vous, vous ne la trouvez pas exceptionnelle, alors qu'elle véhicule en moi beaucoup d'émotions.  

Je n’ai jamais été chanteuse. J’en connais beaucoup qui m’impressionnent parce qu’elles ont un grain, une personnalité vocale forte. Moi, je chante avec mes pieds (rires), mes tripes et mon cœur, mais pas avec mes cordes vocales. Je ne suis pas une instrumentiste de la voix. Ma voix ne me transporte pas. D’autres me transportent, mais pas la mienne.

Vous vous sentez plus musicienne que chanteuse ?

C’est ça, tout en ayant des choses à dire par le biais de la voix, mais surtout des mélodies. Je sais que suis une mélodiste.

Extrait du passage de Marie-José ALIE, lors du concert des 40 ans du groupe Malavoi au Zenith de Paris, le 1er Décembre 2012.

marijosé ali,madanm,une semaine et un jour,interview,mandorVotre chanson « Caressé Mwen », créé en 1983 avec le groupe Malavoi puis réenregistré en solo en 1988, est devenu un standard de la musique caribéenne. Vous avez toujours pensé que le monde a besoin de caresses ?

Complètement. J’ai eu l’idée de cette chanson alors que j'étais journaliste à FR3 Bourgogne, après avoir lu un graffiti sur un mur qui disait : « Alie rentre chez toi ». Je l'ai écrite et composée d'une traite à la guitare, en pensant à mes enfants.

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(Photo : Thierry Joly)

Vous avez travaillé avec les groupes Malavoi, Fal Frett, Ultra Marine… autant dire les meilleurs musiciens caribéens.

Oui, et c’est d’autant plus curieux que je ne l’ai jamais cherché puisque je ne me considérais pas comme une professionnelle de la musique.

C’est amusant parce que, je le répète, la perception que vous avez de vous n’est pas la mienne. Je vous vois plus comme une artiste que comme la journaliste star qui a occupé de hautes fonctions au sein de France Télévisions.

Franchement, la dimension artistique ne m’a jamais quitté dans la relation avec les autres, dans la manière dont j’inventais des programmes, des évènements. Je pense aussi que j’avais des réflexes d’artistes sur beaucoup de sujets, même si j’étais carrée et exigeante. Quand j’étais rédactrice en chef, on m’appelait Cruella, c’est tout dire.

C’était justifié ?

Je ne sais pas, mais ce qui n’avait rien à voir avec la réalité, c’est que les 101 dalmatiens, c’était des innocents. Moi, je peux vous dire que je n’avais pas affaire à des petits innocents (rires).

Et en plus, vous étiez une femme…

J’étais la première rédactrice en chef, la première directrice régionale… ça faisait beaucoup.

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(Photo : Mike Ibrahim)

Est-ce que vos collègues journalistes vous prenaient au sérieux alors que vous faisiez de la scène, qu’on vous voyait chanter à la télé et que vos chansons passaient à la radio ?

Quand je suis venue à la musique, j’avais déjà fait mes preuves journalistiques, donc ma réputation était déjà faite. Mais ce qui m’a été dit c’est : « tu ne peux pas interviewer le président de la République et chanter « Caressé Mwen » ! » Ça ne m’a pas empêché de le faire quand même. Le mélange des genres, dans deux domaines qui n’ont rien n’à voir, les gens n’aiment pas. Si j’ai été extrêmement critiquée, notamment par les politiques, c’était surtout parce que je ne faisais de cadeau à personne.

C’était en 1981 et la droite menait la danse…

Que ce soit outre-mer ou ailleurs, il y avait une sorte de main mise sur l’info. Si on n’était pas dans les clous ou si on ne caressait pas la bête dans le sens du poil, on était considéré comme un immonde gaucho communiste qui devait être cloué au pilori. C’était une époque où personne n’admettait qu’on ait une rigueur professionnelle, que l’on se batte pour être le plus objectif possible et que l’on donne la parole aux uns et aux autres. La résistance du journaliste face au pouvoir, ça n’a pas toujours été facile pour moi.

Et les musiciens, ils pensaient quoi de cette autre vie-là ?

Certains considéraient aussi qu’il n’était pas normal que je sois à la fois journaliste et chanteuse musicienne, c’était avoir deux fois de la lumière sur moi.

Globalement, il y avait beaucoup de jalousie autour de vous.

C’était plus de la perplexité que de la jalousie. Tout le monde se demandait si j’irais au bout de ce que je faisais. N’étais-je pas en touriste dans toutes mes activités ? Pas du tout parce que mon caractère profond m’incite à aller toujours au bout de ce que j’entreprends.

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Mariejosé Alie, Patrice Duhamel, Patrick de Carolis et Aurélie Bambuck, lors de la 11e rencontre avec les téléspectateurs de France Télévision.  

marijosé ali,madanm,une semaine et un jour,interview,mandor(A gauche, à l'anniversaire de François Mitterrand en 1991Vous parliez du pouvoir des hommes politiques, mais vous-même, vous avez été une journaliste influente et une patronne qui avait aussi beaucoup de pouvoir.

Ce n’était pas du pouvoir, c’était de la responsabilité.

Un petit peu quand même.

Non. D’avoir la possibilité de faire bouger les choses en donnant à voir les évènements au plus près du réel, c’est une forme de pouvoir, mais ce n’est pas un pouvoir qu’on exerce, c’est un pouvoir que l’on met à la disposition des autres. C’est complètement différent.

Mais la frontière est mince, non ?

Non. Elle est énorme. J’estime que je n’étais rien. D’ailleurs si j’écris et si je fais de la musique, c’est pour pouvoir parler à la première personne. Quand on est journaliste, on n’a pas le droit d’avoir une opinion… et moi, j’ai tout le temps des opinions et des convictions. L’art a toujours été une soupape qui m’a permis de ne pas imploser. Mon être profond a pu ainsi s’exprimer.

Clip de "Eva", tiré de l'album Madanm.

Est-ce que Madanm est un disque féministe ?

J’ai beaucoup de respect pour le féminisme du début du siècle dernier. J’ai du respect pour celles qui se sont battues au sens propre du terme, qui ont risqué leur vie, qui sont allées en prison… C’était des combattantes qui se heurtaient à un mur. Le féminisme à cette époque-là, c’était une action physique permanente. Moi, je suis juste une femme qui défend son territoire et par conséquent, celui de toutes les femmes parce qu’on est en complicité de par le monde.

Vous appartenez au parlement des écrivaines francophones.

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Nous sommes 100 et nous venons du monde entier. Il y a des femmes d’Afrique de l’ouest, d’Afrique du Sud, des femmes d’Inde, du Canada... C’est l’écriture en langue francophone qui nous relie. Nous ne sommes pas au même degré de revendication et aux mêmes étapes de combat selon d’où l’on vient, mais nous nous attendons les unes, les autres.

Vous vivez le féminisme d’aujourd’hui comment ?

Je suis femme, solidaire de toutes les femmes et solidaires de tous les combats que l’on peut mener ensemble pour pouvoir avancer. Il y a encore beaucoup de choses à faire. Les espaces que l’on a conquis ne sont jamais acquis. Il faut rester en vigilance permanente pour que ça ne redescende pas ou que ça ne retourne pas en arrière. Comme dans n’importe quelle bataille, ce qui est conquis n’est pas acquis.

On peut dire tout de même que la parole des femmes s’impose désormais. Le #balancetonporc ou #metoo ont changé la donne. Avez-vous été victime vous-même d’hommes un peu trop prévenants.

A mon époque, on se battait un peu chacune individuellement. Il n’y avait ni cet élan, ni ce partage de la parole. Quand je suis arrivée à Paris parce que l’on ne voulait pas de moi en Martinique (j’étais jugée trop subversive), le big chief de l’époque m’a accueilli dans son bureau pour que l’on discute de ma mutation. Il m’a dit que si je voulais Paris, c’était possible. En gros, c’était : « tu couches, tu as Paris ». Il devait s’imaginer des choses… femme et femme des îles de surcroit, double pénalité. Je précise que je n’ai pas eu à me défendre d’un attouchement quelconque, mais il y avait quelque chose de tellement méprisant et méprisable à me faire très clairement comprendre que pour obtenir Paris, ça ne dépendait que de moi. Résultat, je me suis retrouvée à FR3 Bourgogne, à Dijon. Franchement, je ne le regrette pas. C’est une belle région et c’était une belle période.

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Marijosé Alie, présentatrice du journal télévisé à FR3 Bourgogne – © crédit photo : Droits Réservés

Vous avez eu le droit à des mains qui traînent ?

Non, je suis assez sauvage et capable d’être violente physiquement. Je crois que les hommes le savaient. Je n’ai donc pas eu à me défendre d’agression physique. Par contre, je ne suis pas la seule dans ce cas-là, mais je me suis fait beaucoup rabaisser. Je ne me suis jamais laissé faire, j’ai d’ailleurs la réputation d’avoir le verbe haut. Avec les mots, je suis capable de mettre les gens plus bas que terre … ce qui fait que ma carrière a été difficile et chaotique.

Je la trouve belle, moi, votre carrière.

En tout cas, je ne la dois qu’à moi.

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Marijosé Alie excelle dans ce rôle de marraine de jeunes talents puisqu’elle a été, lorsqu’elle était directrice de RFO, l’ancêtre des réseaux 1ére, à l’origine d’une opération baptisée « Dom-Tom Folies » à la Rochelle qui consistait à faire monter sur la scène des Francofolies un représentant de chaque territoire ultramarin donnant ainsi de la visibilité à des jeunes artistes ultramarins. Autant dire que dans sa carte blanche à l'Olympia, elle a pris un malin plaisir à concocter et à valider une sélection d’artistes de la jeune génération.

Parlons écriture de livres. Vous avez publié deux romans et un recueil de poèmes. Pourquoi ne pas écrire sur votre vie ? Vous avez vécu beaucoup de choses…

Je ne pense pas que ma vie représente un intérêt quelconque. Par contre, j’ai besoin de libérer mon imaginaire. Ce n’est pas avec ma vie que je vais libérer mon imaginaire. Peut-être que pour mes enfants, un jour j’écrirais mes mémoires, parce que ce sont des époques et raconter comment je les ai vécues s’inscrit dans une plus grande histoire.

Dans vos livres, vous ne racontez jamais la Martinique. Vous tournez autour…

Dans mon troisième roman, sur lequel je suis en train de travailler, l’action se situe en Martinique. Ça a été difficile pour moi, car j’ai beaucoup de pudeur par rapport à mon pays. Dans la relation profonde entre les gens et leur endroit, leur espace et eux-mêmes, il y a beaucoup de désarroi, de haine parfois, de rancœurs, de passions positives ou négatives. C’est toujours difficile à restituer sans que cela ne soit manipulable. Je n’ai pas eu le courage de raconter mon endroit, mais ça vient… disons que ça fini par venir.

marijosé ali,madanm,une semaine et un jour,interview,mandorMarijosé Alie s’installe définitivement au premier plan dans le paysage de la littérature francophone. Prix Ivoire 2016 décerné pour son premier roman Le Convoi, elle revient avec un nouveau roman, Une semaine et un jour. En voici le résumé officiel :

Soraya marche dans les rues de Paris ; elle erre comme peuvent errer les gens qui ont tout perdu ou qui se sont perdus eux-mêmes. Elle n'a qu'un sac sur le dos et un vieux cahier qu'elle ne quitte pas. Elle a certainement eu une autre vie avant ; ses manières sont trop belles, son porte-monnaie trop plein. Alors quoi ? Qu'est-ce qui la pousse à vivre dehors, à écumer les chambres d'hôtel minables, à suivre cet homme étrange qui parle aux morts ?
Et pourquoi ce vieux cahier qu'elle ouvre dès qu'elle le peut et qui semble être le seul à pouvoir l'apaiser ? Qui est donc cette Célestine qui a traversé les océans pour arriver à Paris durant l'hiver 1788, alors que le froid sévit et que la Révolution française se prépare ?

Je lui ai posé quelques questions sur le livre en fin d’interview, puis je suis tombé sur cette rencontre enregistrée lors d’une soirée de présentation du roman le mardi 4 février 2020 à la Maison de l’Amérique Latine (Paris). Marijosé Alie répond aux questions de Viktor Lazlo. J’ai donc trouvé plus judicieux de diffuser cette vidéo plutôt que de publier les réponses de l’auteure à mes questions. Cette complicité féminine a indéniablement apporté un plus. Je ne lutte pas. Je vous propose la meilleure façon de vous inciter à lire ce formidable roman.

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Archives!

Comme je vous l'ai indiqué dans l'introduction de cette mandorisation, dans les années 80, j'ai parfois croisé la route de Marijosé Alie. Il m'en reste quelques clichés...

Ici, c'était le 24 août 1988. Elle participait au Grand Méchant Zouk qui s'est tenu au stade Baduel à Cayenne.

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L'année suivante, le 16 décembre 1989, toujours à Cayenne, je l'ai de nouveau interviewé, mais je ne sais plus du tout à quelle occasion. 

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