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27 février 2020

Valentin Vander : interview pour l'album Mon étrangère

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(Photo : Franck Loriou)

valentin vander,mon étrangère,interview,mandor« Valentin Vander est un artiste hors-temps, qui se joue des codes de la chanson française traditionnelle en l’habillant de mille tissus pop et d’ornements électroniques » nous explique l’argumentaire de presse. On ne saurait mieux dire. Réalisé par Nicolas Gueguen, Mon Étrangère s’est fabriqué au studio 129H dans le quartier de Ménilmontant. Il en résulte 10 chansons qui inscrivent Valentin Vander dans la cour des grands auteurs-compositeurs-interprètes français.

C’est la troisième fois que je le mandorise, mais jamais seul (voir/lire les précédentes ici et ). Premier tête à tête avec cet artiste qui ne restera pas méconnu très longtemps. C’était le 6 février dernier dans un bar de la capitale.

Sa page Facebook officielle.

Son site officiel.

Pour écouter l'album.

Biographie officielle (par Arnaud de Vaubicourt) mais raccourcie :

Le terrain de jeu de Valentin Vander est un véritable champ d’expérimentations entre introspection mélancolique et panache pop. « So frenchy ! », pourraient instantanément s’exclamer les anglo-saxons, à l’écoute de ce deuxième album chatoyant. Mais le cahier des charges musical de Mon Étrangère s’avère plus complexe que cela…

L’auteur compositeur interprète, élevé dans une famille de musiciens, use d’armes de séduction massive tout valentin vander,mon étrangère,interview,mandorau long de ce nouveau chapitre. Entre espièglerie, profondeur et constat éclairé sur les relations sentimentales qui lient les êtres, il insuffle une couleur mélodique qui capte dès la première écoute. On trouve alors, au gré des chansons qui jalonnent l’album, ce petit quelque chose d’unique dans sa personnalité joliment désabusée qui n’oublie jamais d’opter pour la dérision. Ici, les émotions priment et semblent inédites, comme si la mélancolie avait embrassé une forme de légèreté. Quand Valentin Vander ne s’amuse pas dans ses spectacles humoristiques Les Goguettes en trio (mais à quatre), il creuse le sillon d’une chanson pop racée à l’élégance discrète. Cet opus l’atteste sur chacune des dix plages qui racontent les atermoiements de l’amour, subtilement éclairés du halo des enjeux de notre temps. La fidélité, l’exclusivité, le caractère aléatoire des désirs : il caresse à chaque mesure l’espoir de trouver une réponse. Bien sûr, elle ne pointe jamais le bout de son nez. Alors Valentin Vander émet ses hypothèses avec douceur souvent, avec ironie parfois.

Encore plus que sur son premier album, L’Audace ou la Timidité, paru en 2015, la palette du chanteur se teinte ici d’humour et d’une lucidité malicieuse.

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(Photo et Artwork de la pochette : Frank Loriou)

valentin vander,mon étrangère,interview,mandorInterview :

Tu viens d’une famille de musiciens ?

Mon père est un excellent pianiste jazz. Je précise que n’est pas Christian Vander. Je l’ai toujours vu jouer du piano, mais aussi composer et écrire des chansons. Il est passionné par la chanson et notamment par Brassens, Brel, Ferré, Bobby Lapointe et les vieux standards de musette. Ça, ça vient de mon grand-père qui était accordéoniste de bal. Malgré moi, dans ma jeunesse, j’en ai ingurgité du standard de musette, de baloche et de yéyé…

Tu as écrit des chansons très tôt, je crois.

J’ai eu mon premier projet à l’âge de 7 ans avec deux voisins qui avaient mon âge. On a enregistré trois chansons avec mon père. J’écrivais des textes naïfs qui prônaient la tolérance et qui étaient contre le racisme.

Clip officiel de "L'écho du bonheur" réalisé et monté par Watcheuz.

Tu as toujours écrit ? valentin vander,mon étrangère,interview,mandor

Oui, des poèmes et des histoires. J’étais fou de littérature fantastique. J’ai commencé à lire avec ce genre. A 10 ans, j’écrivais donc des pastiches du Seigneur des Anneaux ou d’Harry Potter. J’avais un besoin irrépressible d’écrire. J’y passais des heures et des heures. Ca arrangeait bien mes parents, parce que du coup, je leur foutais la paix.

Tu écoutais quoi ado ?

Lors de ma préadolescence, j’ai découvert des groupes comme Tryo, La Rue Kétanou, Les Ogres de Barbacks, les Wriggles… c’était mes premières influences. Encore aujourd’hui, ils restent de vrais modèles et de vrais exemples d’indépendance et de réussite artistico-humaine. Je suis aussi très sensible à leur côté festif. (Je le sens réfléchir…) Ah ! J’oubliais ! J’écoutais aussi Kyo, mais c’est un peu plus inavouable. Je suis encore capable de chanter par cœur « Dernière danse », alors que je l’ai apprise en 5e.

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Au lycée, tu as eu un groupe ?

Oui, d’ailleurs très inspiré de La Rue Kétanou et des Wriggles. Il s’appelait Les Voisins. On a fait deux disques. On a eu notre petit succès local en Basse-Normandie, dans l’Orne. Je dirais, un succès Est-Ornais (rires).

Après, tu as quitté ta Normandie.

Le groupe a splitté, mais j’ai toujours ressenti le besoin de faire des chansons. J’ai fait un premier disque seul, mais que je n’ai ni joué, ni commercialisé. Juste, il fallait que je le fasse.

Tu as fait des études dans le milieu du spectacle.

J’ai été régisseur son et lumière. Un temps, j’ai été donc un peu technicien, un peu comédien, un peu musicien… après j’ai arrêté de faire de la régie, je n’étais plus que comédien et musicien, j’ai monté ma compagnie, j’ai fait des spectacles Jeune Public. L’idée était d’acquérir une certaine indépendance plus financière et professionnelle qu’artistique.

Lyrics de "Elle passe".

Aujourd’hui, tu n’es donc dupe de rien, tu connais tous les rouages du métier.

Oui, mais du coup, j’ai tendance à vouloir m’occuper de trop de choses à la fois, puisque je sais. Je mets mon grain de sel sur les lumières et sur le son dans mes projets personnels, mais aussi avec les Goguettes. Je veux toujours m’assurer qu’il n’y ait aucun souci.

Tu es chiant en fait ?

Oui, je suis chiant. En création collective, je peux même être hyper chiant. Je ne le revendique pas, mais j’en suis conscient. J’essaie de travailler dessus.

En 2011, tu sors un premier EP.

Tout seul encore une fois, mais cette fois-ci je l’ai déclaré et déposé aux différents organismes. C’est mon premier vrai CD officiel distribué. Il n’est plus disponible aujourd’hui et c’est tant mieux car je ne l’assume pas beaucoup.

Clip de "La femme de ma vie", réalisé en stop-motion par Sylvain Cornut. Dessins de Valentin Dahmani. Avec l'apparition de Margaux Astravare.

valentin vander,mon étrangère,interview,mandorLes choses commencent à devenir sérieuses à la sortie de ton premier album solo, L’audace et la timidité, produit par un label.

Celui-ci, je l’assume et l’assumerai encore longtemps.

Deux ans avant ce premier album, tu avais déjà commencé avec les Goguettes (lire la mandorisation là).

Oui, mais on jouait dans de petits lieux. Quand est sorti mon premier album solo, ma carrière perso était plus importante que les Goguettes. C’était juste un délire entre copains dont personne ne parle encore. Ça n’avait rien à voir avec ce qu’est devenu le groupe aujourd’hui. Quand les Goguettes se sont professionnalisées et que l’on commençait à parler de nous à la radio, j’ai décidé de mettre de côté ma carrière solo.

Aujourd’hui, la sortie de ce deuxième album « officiel », Mon étrangère, arrive à point ?

Oui, parce que j’ai parfois l’impression d’être schizophrène. J’ai un moi humoriste qui est assumé par les Goguettes et j’ai un moi qui aime beaucoup les chansons tristes et touchantes. J’aime bien la poésie, les chansons d’amour, les chansons un peu torturées aussi. Il y a des émotions que je ne peux pas approcher avec les Goguettes puisque le but unique de ce groupe est de faire rire. Tout ce qui ne fait pas rire, je le garde pour mes chansons personnelles.

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(Photo : Franck Loriou)

S’il y a une forme de mélancolie, je ne trouve pas ton album triste. Il y a de la dérision et de l’autodérision dans ces chansons qui parlent d’amour qui ne finissent pas toujours bien…

C’est un vrai disque de rupture. Il s’est construit dans la douleur d’une relation amoureuse et il s’est terminé dans la rupture. Mais tant mieux s'il ne donne pas une sensation de tristesse. 

Un artiste fait du beau avec son malheur.

Il est obligé. Ça lui sert à ça d’être artiste ! C’est pour se sauver soi-même. Quand je parviens à écrire une chanson dans laquelle j’arrive à exprimer les émotions qui me traversent, comme un désespoir amoureux, ça me sauve. C’est là-dedans que va mon énergie, mon émotion négative qui pourrait m’emmener à rester enfermé pendant des mois. Je ne sais pas comment font les gens qui n’ont pas cette possibilité. Sur le disque, il y a 10 titres, mais j’en ai fait 45 pour raconter comment j’allais mal (rires).

"Mon étrangère" en version live acoustique. 

A part « Mon étrangère », le titre éponyme, les chansons d’amour ne sont pas si tristes.

Les autres sont plus imagées, moins directes. De toute manière, j’ai un relativisme et un optimisme intégrés qui font que je ne peux pas trop vivre de drame à cause de l’amour.

Tu ne chantes pas que des chansons d’amour…

Je ne sais pas si j’écris des chansons d’amour. Je pense écrire des chansons sur plein de sujets et je me sers de l’amour comme étant un prisme qui permet de zoomer sur le sujet et lui donner un contexte.

Tu évoques d’autres sujets. Dans « Poussez-vous j’arrive », tu évoques les migrants, dans « Il se peut », tu racontes la misère du monde…

Dans cette dernière, c’est une autocritique de moi. Je raconte l’histoire d’un jeune, plutôt bourgeois, qui s’intéresse à des questions d’écologie et de société en général, mais qui globalement, arrive à vivre sa vie confortablement sans être pris par l’urgence des propres causes qu’il défend.

valentin vander,mon étrangère,interview,mandorIl y a duo avec Léopoldine HH, « L’hirondelle ».

C’est moi qui l’ai contacté pour le disque. On ne se connaissait pas personnellement, mais nous nous sommes vite très bien entendus. Elle est particulièrement gentille, drôle et lumineuse, comme elle est sur scène.

Ce que j’aime dans ton album, c’est qu’il est varié. On passe d’une chanson comme « Elle passe » (voir lyrics plus haut), très pop, à une chanson comme « Verlaine », de facture plus classique, piano-voix.

En faisant ce disque, j’ai réalisé que j’en avais marre de la chanson, du jazz, qui était un peu le style de mon premier album, j’ai donc voulu faire de la pop mâtinée d’electro… J’ai trouvé un beat maker en la personne de Nicolas Gueguen qui a réalisé et arrangé tout l’album. Je lui ai dit que j’adorais le groupe L’Impératrice, qui fait de la pop un peu electro disco d’aujourd’hui, avec un bon sens de la mélodie. Je lui ai filé « Elle passe » en version guitare voix et je lui ai demandé d’en faire ce qu’il voulait. J’étais hyper content du résultat. Nous sommes donc parti avec cette ligne directrice-là, mais avec mes autres chansons, nous avons considéré qu’il fallait une palette qui se rapprochait plus de la chanson plus « classique ». La pop electro voulue au départ n’est qu’esquissée pour le moment, mais je pense que mes prochains travaux iront vers là.

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Valentin Vander et Gauvain Sers.

Tu seras en première partie de Gauvain Sers, les 12, 13 et 14mars à Chenôve, Grenoble et Toulouse.

Il est venu me voir en concert, ce qui est cool de sa part, et il m’a proposé quasiment dans la foulée trois premières parties. C’est une nouvelle super réjouissante, enrichissante et gratifiante. Il n’est pas obligé d'aider ses camarades qui n’ont pas autant de succès que lui et il le fait. Je vais chanter seul devant 1500 personnes. Ça ne m’est jamais arrivé et c’est lui qui me le permet. Je lui en suis très reconnaissant.

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Après l'interview, le 6 février 2020.

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24 février 2020

22H22 : interview pour l'EP Tout tremble et rien ne bouge

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(De gauche à droite, Yves et Pierre Le Coz)

pierre le coz,yves le cos,22h22,interview,tout tremble et rien ne bouge,mandorL’un est commissaire de police judiciaire (il a même été chef de la section opérationnelle de la BRI de Paris, la fameuse Brigade de recherche et d'intervention, communément appelée l’antigang), l’autre est prof de gym dans une ZEP (mais un prof à la Pennac, un prof qu’on n'oublie pas, un prof qui fait des films de danses avec ses élèves). Malgré leurs vies trépidantes, les frères Pierre et Yves Le Coz s’adonnent à la musique la nuit. Et pas en dilettante… ils le font sérieusement et passionnément. Ils jouent d’ailleurs très régulièrement au Café Quartier, rue de Charonne, leur fief (on y revient dans l’interview). Après un premier album il y a 6 ans, voici un nouvel EP, Tout tremble et rien ne bouge, contenant 6 titres avec aux arrangements Fred Jacquemin et au mix et à la production, Philippe Avril. De la très bonne variété à l'ancienne, mais moderne (ce qui n'est pas nécessairement paradoxal). Bijou.

Avec les frères Le Coz, nous nous sommes retrouvés dans une brasserie parisienne pour une première mandorisation…

Leur page Facebook officielle.

Pour écouter l’EP.

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Biographie officielle (mais légèrement écourtée) :

L’un compose, écrit et interprète, nourri aux plus grands de la chanson française. Il fait de la scène depuis toujours. Quand il commence un concert en plein air avec vingt copains dans le public, il finit avec trois cent personnes galvanisées. Un mec de scène. L’autre crée des images qui ressemblent à la vie ou plutôt, il crée une vie qui donne de belles images. A eux deux, ils forment le groupe 22H22.

Après des années à s’inspirer mutuellement, ils font se répondre leurs créations qui signent un univers ultra singulier. Le premier a le crâne rasé, l’autre a les cheveux en pétard. Complémentaires on vous a dit. Et frère en plus de ça. Ça ne s’invente pas !

22H22 c’est un concentré de vie, de leurs vies et de celles des autres, de ces vies sans ligne droite. De l’amour, de l’intime, de l’humanité, de la mélancolie et de l’espoir, de la gravité et de la joie. Les créations de 22H22 sont libres et gavées d’amour, leur ton décalé et leur poésie urbaine. Sur scène et dans leurs vidéos, leur énergie et leur sincérité vous explosent à la gueule. Les paroles vous saisissent, les mélodies ne vous lâchent pas. Le terrain de jeux de 22H22 est la scène, la vraie, la généreuse, celle qui vous prend et vous fait tout oublier.

Ils ont suffisamment vécu pour ne faire que ce qu’ils aiment. Leur amour est contagieux et donne envie de rester dans leurs chansons, de vivre dans leurs images.

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pierre le coz,yves le cos,22h22,interview,tout tremble et rien ne bouge,mandorInterview :

Comment votre histoire avec la musique a commencé ?

Pierre : La musique a toujours fait partie de ma vie, depuis tout petit. On a grandi entre le XXe et le XIe arrondissement de Paris. Pour te la faire courte, Yves et moi sommes devenus amis avec deux frangins kabyles qui tiennent un bar, le Café Quartier. On y joue depuis 15 ans avec guitare, basse, batterie.

Mais que fait Yves ?

Pierre : Comme toujours, il apporte des images, il projette des films, il habille la scène avec des lumières. Au départ, c’était mon projet, mais il est vite devenu indissociable de ma musique, tant sur scène que sur disque. C’est également lui qui fait les pochettes de disques, les affiches, les flyers, les clips…

Clip de "Tout tremble et rien ne bouge" filmé par Benoit Grimont.

Vous avez joué dans ce bar avec plein de musiciens différents, mais il y a 6 ans, il y a eu un tournant.

Pierre : Parce qu’il apprécie mon travail, je rencontre Philippe Avril, ingénieur du son du Studio Ferber. Nous avons très vite décidé de travailler ensemble dans la durée. Depuis ce temps, son apport est primordial, d’autant que le studio, ce n’est pas du tout mon truc. Pour moi, une chanson est faite pour être chantée sur scène et faire vibrer le public.

Ce qui est dingue, c’est que grâce à Philippe Avril, vous faites des concerts démentiels dans votre bar du XIe avec un son impeccable et des musiciens qui tournent avec les plus grands chanteurs français… C’est unique !

Pierre : C’est un truc de fou ! On a à la batterie Fred Jacquemin (Lavilliers, Sardou, Fugain, Sanseverino… et des grands noms du jazz), le guitariste Marco Papazian qui vient de finir la tournée de Renaud et le bassiste Vincent Perrot (Laurent Voulzy, Sylvie Vartan et Véronique Sanson…) et bien d’autres du même acabit.

Yves : Tous les gens qui viennent ressortent en ne croyant pas ce qu’ils viennent de voir. C’est le luxe total dans la cave d’un bar qui peut contenir une trentaine de personnes.

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Pourquoi ces grands musiciens acceptent-ils de jouer avec vous ? Vous n’êtes pas connus et vous jouez dans un bar.

Yves : J’espère que c’est parce qu’ils croient au projet. Et puis, ils savent qu’ils jouent entre bons musiciens. Ils se sont donnés le mot. Il y a un endroit bizarre où il faut jouer (rires).

Pierre : Pour nous depuis quelques années, chaque concert, c’est la Coupe du Monde. On joue maintenant en ayant conscience que nous ne sommes pas des imposteurs. Pendant longtemps, nous nous sommes excusés de faire de la musique.

Clip de "Au clair de la lune".

Vous parliez du Studio Ferber tout à l’heure. Dans votre jeunesse, vous habitiez à côté. Et Higelin aussi. Je sais que Pierre l’a rencontré tout minot.

Pierre : Oui, j’avais 10 ans. Un jour j’ai frappé chez lui. Il m’a permis d’entrer. Quatre fois, je lui ai chanté des chansons que j’avais écrites.

Parlons de vos parents. Ils sont très importants par rapport aux choix de vos vies.

Pierre : Nous sommes fils de militants communistes, intellectuels. A la maison, les journaux que l’on trouvait étaient Télérama, Politis… Nos parents sont très élitistes.

Yves : Ils estiment que si tu n’es pas Mozart ou Picasso, il ne faut pas emmerder le monde avec sa vie artistique. Pour eux, ton rôle dans la vie, c’est de changer le monde.

Petite pression quand même, donc…

Yves : Nous avons fait nos métiers respectifs en ayant ça dans la tête, en essayant de les faire évoluer à notre façon. Quant à la musique, on prend notre temps pour y parvenir.

Pierre : Nous, on veut faire le Zénith un jour.

Yves : Je suis fan de musique depuis toujours, entre chansons françaises, un peu de variété et beaucoup de rock. Je sais que les chansons de Pierre sont de très bonnes chansons. Ma mission, c’est de les défendre et de l’accompagner.

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(Pierre Le Coz, à Tarbes, au Pic d'Or 2014. Photo : Not)

Pierre, je t’ai vu au Pic d’Or en 2014, l’année du sacre de Radio Elvis. Tu chantais sous le nom de Le Coz.

Pierre : J’avais signé un premier album chez Discograph sous mon vrai nom. Au Pic d’Or, j’étais en plein divorce et je n’avais pas la tête à faire un tremplin. Je suis arrivé en demi-finale. Je me souviens avoir discuté avec Stéphanie Berrebi de FrancoFans. Je l’avais félicité pour son journal. Ce qu’ils font pour la chanson française me rendait admiratif. L’énergie qu’ils ont à la défendre, c’est du vrai militantisme, du vrai combat politique artistique.

Ce que j’aime dans la musique de 22h22, ce sont les mélodies. Elles sont imparables.

Yves : Pierre en a plein. Il est extrêmement doué pour ça.

Je crois savoir, Pierre, que tu as beaucoup écouté de la variété française.

Pierre : J’ai mon jardin secret : Berger, Sanson et Goldman.

Yves : Avec Pierre, on a en point commun Higelin, Renaud, Souchon, Aubert et Téléphone.

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Pendant l'interview.

Pierre, j’aime beaucoup ta voix. Parfois, elle est un peu raillée. Tu la travailles ?

Pierre : Je prends des cours avec un coach pour masquer tous mes défauts. En live, j’ai tendance à tout envoyer. J’apprends à maîtriser ma voix.

A l’époque où tu étais le chef de la BRI, que pensait ton équipe en te voyant danser et chanter sur des chansons d’amour ?

Pierre : Déjà quand tu arrives en tant que chef dans des services avec des gens aussi pointus et aussi forts, tu as un problème de légitimité. Mais si en plus, des membres de l’équipe t’ont vu dans ta vie d’artiste, ce n’est pas toujours évident (rires).

L’écriture pour toi, Pierre, c’est facile ?

Pierre : De moins en moins. J’arrive à un moment de ma vie où je n’arrive pas à trouver l’angle pour le raconter. Je me suis séparé de la mère de mes enfants. Je me suis remarié et je suis merveilleusement heureux. J’ai désormais une approche beaucoup moins naïve de l’amour, du coup, écrire quelque chose là-dessus, j’ai encore un peu de mal. Je n’ai pas trouvé la bonne dimension…

Yves : Mais quand ça va sortir, ça va faire mal.

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Après l'interview.

09 février 2020

Cyril Adda : interview pour son premier album L'îlot

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(Photo : Benjamin Chauvet)

cyril adda,l'îlot,interview,mandorAprès plusieurs centaines de concerts, 2 EPs et des milliers de kilomètres parcourus, le premier album de Cyril Adda, L'îlot est enfin paru, le 7 février dernier chez InOuïe Distribution.

Cet album a été le fruit de plusieurs et longues années de travail. Désormais, son répertoire est intégralement représenté sur disque, grâce aux talents de ses musiciens Xavier Roumagnac à la batterie et Bertrand Beruard à la basse - contrebasse, sans oublier celui des ingénieurs du son qui ont accompagné son travail.

J’aime beaucoup les chansons, la voix et la sensibilité mélodique de Cyril Adda. Je l’avais déjà reçu il y a deux ans, pour son EP Epreuves. Nous nous sommes donc retrouvés dans une brasserie de la Gare du Nord pour une deuxième mandorisation.

Son site officiel.

Pour écouter le disque L’îlot, c’est ici.

Mini biographie officielle :

En solo, duo ou en trio, soutenu par une section rythmique influente, le jazz accompagne l'écriture des chansons de Cyril Adda jusqu'à la sortie de son premier EP A l'étroit paru en 2014. Un virage s'opère dans ce nouvel album : l'acoustique laisse peu à peu place à l'amplifié, l'humour s'efface au profit d'une chanson plus revendicative et plus sensible. Cyril Adda met en scène des personnages, raconte des histoires, des bouts de chemin de vie dont les protagonistes, témoins de notre époque, vivent et nous livrent une certaine réalité sociale.

Le disque (argumentaire de presse officiel) :cyril adda,l'îlot,interview,mandor

L’îlot est un lieu imaginaire, un endroit rêvé, une sorte d’arche de Noé où nous pourrions nous retrouver en cas de troubles, de catastrophe majeure. Quelles que soient les raisons de nos conflits, politiques, économiques ou climatiques. L’îlot sera notre refuge, celui de toutes les espèces survivantes hommes, plantes et animaux.

L’îlot incarne tout d’abord une terre saine, sauvage et préservée. Mais il représente également la quête du bonheur, cette part de l’être humain qui le pousse à progresser dans l’espoir d’une vie meilleure et à s’accomplir malgré les difficultés.

Lampedusa, Samos, Bornéo, la réalité ne fait que nourrir nos fantasmes, saison après saison. Ainsi, nous nous faisons inexorablement à l’idée que le monde tel que nous l’avons connu est condamné à disparaître. Sans chercher à exposer une vision fataliste ou catastrophique, cet album tente d’exprimer avec humanité les problèmes d’une société à bout de souffle.

Les inégalités sociales, la violence infligée aux plus fragiles et la course aux profits sont autant de sujets abordés, laissant entrevoir les possibles causes du déclin de notre civilisation. Au-delà de l’urgence sociale ou climatique. L’îlot raconte la vie de personnages du quotidien, en proie aux injustices de notre monde moderne.

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cyril adda,l'îlot,interview,mandorInterview :

Raconte-moi un peu tes débuts…

J’ai commencé la pratique de la guitare assez jeune, la guitare tout d’abord, puis le piano. A l’adolescence je me suis aussi intéressé à l’informatique musicale et aux claviers. J’ai d’abord accompagné des groupes de jazz du côté de Montpellier. C’est ma région d’origine et là où j’ai grandi.

Tu as commencé à écrire tes premières chansons au début des années 2000, je crois.

Oui, elles étaient fortement influencées par la nouvelle scène de l’époque : Thomas Fersen, les Têtes Raides, Mano Solo, sous oublier Jean-Louis Murat qui a été une rencontre déterminante.

Parallèlement à la chanson, tu es suivi des études de son puis, des formations dans le domaine de la production de spectacle.

Ces connaissances m’ont aidé à développer mes différents projets, à monter des « assos ». Aujourd’hui, cela me permet d’être 100% indépendant. ABM-All By Myself est la structure que j’ai créée et qui produit mes disques et mes concerts.

Clip de "Oreste".

Depuis ton deuxième EP Epreuves, en 2017, tu es moins jazz qu’au début de ta carrière… 

Je suis passé progressivement du jazz au rock, en abandonnant complètement le côté folk du début.

Il y a une chanson comme « L’ours polaire », qui est carrément electro. Tes arrangements sont de plus en plus modernes en tout cas.

Il n’est pas impossible que le prochain album soit dans cette mouvance. Cela dit, je n’en suis pas encore là. Comme L’îlot reprend les chansons de mon précédent EP, il y a toute mon évolution d’hier à aujourd’hui mixée par Laurent Jais… ce qui permet une certaine homogénéité. Je me suis posé la question de savoir si je gardais les chansons telles qu’elles étaient, si je recommençais tout ou si, carrément, je ne mettais que de nouvelles chansons. Après réflexion, j’ai donc décidé que cet album retrace ma "carrière" depuis le début et j’y ai ajouté six nouveaux titres. Il est représentatif du set complet que l’on fait sur scène. Je vais chanter toutes ces chansons pendant au moins deux ans, peut-être parfois agrémentées de nouvelles, et ensuite, je passerai une bonne fois pour toutes à autre chose.

"La chute", le 06 Octobre 2019, Froggy's Session à La Boule Noire, Paris.

Tes chansons parlent des hommes que nous sommes dans cette société difficile.

C’est dur d’affirmer, de revendiquer, d’écrire des chansons réellement engagées. La génération d’avant savait bien le faire. Moi, pour dire les choses, je prends des chemins de traverse. Je ne veux pas écrire des chansons dont les gens pourraient démonter mes arguments en me disant tout et son contraire. J’ai mes limites dans l’engagement, j’avoue.

Tes chansons sont pourtant bien sociales, tout de même.

Je raconte des bouts de chemins de vie que les protagonistes, témoins de notre époque vivent. A travers leurs histoires, je tente de développer des thèmes sociaux forts. J’aime raconter des choses vraies, de front. Je parle notamment d’un taulard accusé à tort, d’un élève qui subit des du harcèlement, de violences conjugales…

"L'îlot", le 06 Octobre 2019, Froggy's Session, La Boule Noire, Paris.

A part la chanson « L’îlot » qui est un peu plus abstraite, toutes tes chansons sont narratives.

J’aime quand il y a un début, un milieu, une fin et un développement. Je suis un raconteur d’histoire que j’ai envie que l’on comprenne. L’intérêt de mon travail est d’arriver à mettre les textes en avant grâce à la musique. J’insiste sur ce point, c’est vraiment le texte que je tiens à mettre en avant.

Sur scène, c’est qui Cyril Adda ?

Un auteur chanteur qui est bien derrière son piano, qui n’a pas besoin d’en faire trop. Il m’arrive de parler entre les chansons, mais ce sont elles que je privilégie. Je donne quelques anecdotes, mais ça reste soft.

S’il y a du Souchon en toi dans les thèmes abordés et la manière de les mettre en avant, il y a aussi du Michel Berger en toi dans ton sens inné de la mélodie et dans ta manière de jouer.

Et bien merci. Rien ne peut me faire plus plaisir, ce sont de très belles références.

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07 février 2020

Doriand : interview pour l'album Portraits

photo de presse - credit xavier bellanger.jpg

(Photo : Xavier Bellanger)

Avec Portraits, il s’agit de peindre le portrait de Doriand, (auteur de l’année 2019 par la CSDEM), mais dont la carrière solo n’a peut-être pas été autant mise en avant qu’elle le méritait. Le quadragénaire girondin affiche déjà une collection de quatre albums solo remarqués par la critique, recélant quelques tubes modestes, comme « Au diable le paradis », « L’âge des saisons » ou « Aucune personnalité ».

Clip de "Au diable le paradis" (1996).

Mais des tubes énormess, il en a écrit pour une pléiade d’autres artistes, de « Toutes les femmes de ta vie » pour L5 à « Non, non, non (écouter Barbara) » pour Camélia Jordana, en passant par Bashung (deux chansons sur le récent, posthume, et “victoirisé” En Amont), Lio, Polnareff (plusieurs chansons d’Enfin !), et puis Mika, Keren Ann, Sylvie Vartan, Julien Doré, Helena Noguerra, Pauline Croze, Emmanuelle Seigner, Robbie Williams, Iggy Pop, David Byrne, Roman Polanski

Le 27 janvier dernier, nous sommes retrouvés à l’Hôtel Idol (Paris) pour évoquer ce disque « bilan ».

La page Facebook officielle de Doriand.

Pour écouter l'album Portraits.

Cover.jpegL’album (argumentaire de presse officiel):

Quand est née cette idée d’un disque re-créatif et récréatif, pour peindre ce portrait de Doriand avant que son scalp ne devienne gray, l’amitié a évidemment pris le pas sur toute autre considération. Les amis se sont donc pressés pour participer à un album d’une facture nouvelle, des relectures par Doriand de chansons qu’il avait écrites pour que d’autres les chantent. Intercalées avec ces reprises de lui-même mais pas tout à fait, on trouve donc la cohorte de complices qui pour leur part font un sort à des chansons que Doriand avait enregistrées sur ses propres albums (tout le monde suit ?). Ainsi, Mika revitalise « Au diable le paradis », Keren Ann et Edith Fambuena, en duo inédit, passent la bague au doigt de « La mariée », Brigitte déguise de grâce « Et va la vie », Peter Von Poehl regarde par dessus son épaule vers l’« Adolescence », Lio obtient « Le pardon du chevreuil », Helena Noguerra transfigure « L’Âge des saisons » et Philippe Katerine donne rendez-vous « Ici ».

De cette relecture avisée et collégiale, il subsiste un doux parfum rafraîchissant, mais certainement pas de synthèse. Portraits est plutôt un courant d’air bienvenu et salvateur, qui dispense des effluves parfumés autant que chaleureux. Quelque chose comme une quintessence de pop française, un peu surannée, mais en même temps effrontée dans son désir capricieux de tourner le dos aux sonorités tendances pour convoquer la grâce et l’harmonie des flûtes, des cordes, des bois, et des voix nues, simples et franches. Ainsi, mélodies fluides et textes ciselés trouvent ici, dans cet aréopage de vocalistes complices, une évidence qui fait du bien. Qui rassure sur la possibilité d’une chanson française sophistiquée, un peu fragile dans sa féminité assumée, et pour tout dire raisonnablement sensuelle. Des chansons comme des caresses, drapées de langueurs, poivrées d’accents mutins. Les chansons de Doriand, quelque chose de joli, quelque chose simple, quelque chose d’utile…

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Quelques artistes participant à Portraits.

83911372_10158423998114665_1855774417058004992_o (2).jpgInterview :

Qui a eu l’idée de ce disque ?

C’est Sylvain Taillet, le directeur artistique depuis 20 ans chez Barclay, label dans lequel je ne suis pas. Il m’a dit un jour qu’il trouvait dommage que je ne sois pas plus connu alors que j’ai écrit tellement de chansons pour les autres que les gens connaissent et d’autres pour moi qui ne disent rien à personne. Il a considéré que mon répertoire méritait d’avoir un nouvel éclairage.

C’est un disque bilan de ta vie musicale ?

C’est un peu ça, mais pas uniquement. J’ai aussi voulu défendre une famille musicale, celle de la pop que j’aime. Ce disque est mon regard sur la pop française depuis 20 ans. Mon travail a toujours été de fuir les chapelles et d’essayer de créer des ponts entre la pop indé et la pop populaire. En travaillant avec des artistes qui sont hyper populaires, j’ai remarqué qu’ils avaient le souhait d’aller vers l’indé et au contraire, les artistes indés avaient envie d’aller vers le plus populaire.

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Les quatre précédents disques de Doriand.

C’est quoi la musique pop ?

C’est un état d’esprit, une attitude et une image. Il faut un équilibre parfait entre une mélodie et un texte qui fait que l’on va croire qu’ils ont été créés ensemble, alors que ce n’est pas toujours le cas. Personnellement, j’ai toujours eu besoin de faire sonner les mots en français sur des mélodies qui pouvaient être anglo-saxonnes. Je ne suis pas tellement dans la chanson française… je ne l’ai même jamais été.

Je crois savoir que tu n’aimes pas trop les « tribute ».

En effet, parce que souvent l’artiste en question invite des gens pour chanter ses chansons, mais ce ne sont pas des gens qui ont une histoire avec lui.

Alors qu’au contraire, ton disque s’est fait avec uniquement la collaboration de tes amis artistes.

Il n’y a que des amis qui peuvent venir me tendre la main sur un projet comme celui-là. C’est un disque ultra sincère, car ce sont des artistes avec lesquels j’ai une histoire ultra forte et qui me suivent depuis 20 ans. Nos chansons deviennent des bagues aux doigts qui nous lient. C’est vraiment le cas pour des personnes comme Keren Ann, Katerine, Marc Collin, Edith Fambuena, Mika, Peter von Poehl … Je les appelle presque tous les jours. Vraiment, avec ce disque, j’ai ouvert la porte de ma maison. Je présente la vie d’un auteur-chanteur entourée d’une famille musicale forte. Ça va au-delà des chansons que l’on écrit ensemble, c’est un accompagnement au quotidien.

Audio de "Elle me dit", initialement interprété par Mika.

Ces morceaux que tu chantes sont réarrangés par Marc Collin.

Marc est celui qui avait réalisé mon premier album Contact. Avec ce nouveau disque, on peut dire que la boucle est bouclée. Pour cet album, avec lui, j’ai refait par exemple “Toutes les femmes de ta vie”. C’est une version un peu décalée, assez produit, avec un son que j’aime depuis toujours, classique dans le sens pop du terme.

L’idée était que les artistes qui viennent chanter tes chansons le fassent sur les productions de l’époque.

J’ai laissé les artistes choisir les chansons qu’ils voulaient. J’ai d’ailleurs souvent été surpris de leur choix. Ce sont souvent mes chansons les plus intimes, les plus mélancoliques, pas nécessairement mes chansons les plus connues et les plus rythmées. On a ressorti les sessions, les bandes, et je les ai fait chanter sur les productions telles qu’elles étaient sur mes albums. On a eu la chance que les tonalités tombent pile à chaque fois. La cohérence du disque se fait plus par le choix des chansons et le regard que chacun a sur elles. C’est à chaque fois un portrait de moi, mais aussi de la personne qui la chante… c’est un échange. C’est une manière de me découvrir aussi, on redécouvre le texte quand d’autres gens que moi le chantent. 

Il y a un inédit.

C’est une chanson écrite aux Abbesses il y a plus de 20 ans avec Katerine, et égarée, puis retrouvée un peu par hasard. Après un déjeuner arrosé, on s’est décidés à l’enregistrer vingt ans après. Je la chante en trio avec Mika et Katerine, ça s’appelle “Danser entre hommes”.

Clip de "Danser entre hommes" feat. Mika et Katerine.

48414022_10156433415008692_2190465163847532544_n (2).jpgC’est quoi une bonne chanson ?

Je ne sais pas, mais ce que je peux dire c’est que c’est plus difficile d’écrire de bonnes chansons que de belles chansons. Il y a des belles chansons qui sont bonnes et d’autres moins. Une bonne chanson est une chanson qui met tout le monde d’accord, qui force un peu la porte et qui rentre chez vous.

Tu travailles avec des chanteurs ou avec des interprètes. Tu fais bien la différence entre les deux.

Un interprète à une vision. Il se voit avec une grande sincérité comme un personnage. C’est le cas par exemple de Camélia Jordana ou Mika. Quand j’écris pour des interprètes, je dois les accompagner dans leurs visions. Là est mon engagement dans mon travail de compositeur, d’auteur ou de co-auteur.

Audio de "Non, non, non (Ecouter Barbara)", initialement interprété par Camélia Jordana. 

Quand tu entends tes textes interprétés par des légendes de la chanson, comme Bashung et Polnareff justement, ça fait bizarre ?

J’ai énormément de chance d’avoir pu collaborer avec ces deux grands artistes. Pour Bashung dans l’album posthume, En amont, je peux te dire que ça m’a ému aux larmes de l’entendre chanter mes mots, d’autant qu’Edith Fambuena a tenu à garder ma voix dans les chœurs…

Tu as écrit des textes pour l’album de Polnareff, Enfin ! Il a été très critiqué négativement. Ça t’a blessé ?

C’est toujours décevant quand un album n’est pas compris. La plupart des albums de Polnareff n’ont jamais été compris à leur sortie. Le temps a toujours fait son œuvre…

En fait, il n’arrivait pas à terminer quatre chansons, c’est ça ?

C’est ça. Il avait essayé avec d’autres auteurs, mais ça ne fonctionnait pas. Je suis parti à Los Angeles et je me suis dit que ce n’était pas pour rien. Même si c’était juste pour lui procurer un déclic pour qu’il finisse ses textes, j’aurais fait mon métier. Je suis resté huit jours chez lui, puis je suis rentré. Une fois à Paris, il m’a envoyé un texto me disant : « vous me manquez ». Je suis donc revenu chez lui et on a continué à faire d’autres chansons.

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On arrive à se détacher de la légende ?

J’ai plus connu Michel que Polnareff. Aux Etats-Unis, il mène une vie normale. Dans la rue, personne ne le connait. Il n’est absolu pas le mégalo que l’on prétend qu’il est. Il a une vie très belle, simple et familiale.

De l’album Encore !, tu as choisi de réinterpréter « Dans ta playlist (c’est ta chanson) » avec Albin de la Simone au piano.

C’est un autre regard sur cette chanson. J’en ai fait une berceuse. Je n’allais pas me mesurer vocalement à Michel Polnareff, j’ai donc choisi quelque chose de plus fredonné. Mes enfants chantent à la fin de la chanson… cela m’a permis de terminer ce disque tout en douceur.

Cet album a été conçu dans une période assez difficile pour toi, je crois.

J’étais dans une période de ma vie un peu compliquée. J’étais dans une phase de séparation, donc de transition. A un moment où je me sentais seul, avoir tous mes amis autour de moi était rassurant et très important. Ce n’est pas un hasard si ce disque est arrivé en plein milieu d’un tsunami dans ma vie personnelle. Ce « bilan » professionnel et amical a été salvateur pour moi.

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Après l'interview, le 27 janvier 2020.

06 février 2020

Blankass... et un peu Marka : interview pour l'album C'est quoi ton nom?

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Johan et Guillaume Ledoux (photo : Stéphane Merveille).

blankass,guillaume ledoux,guillaume blankass,marka,c'est quoi ton nom?,inteview,mandorEntre 1995 et 2003, Blankass était l'un des groupes rock phare en France. Originaires d'Issoudun (Indre), les frères Ledoux avaient déjà eu leur heure de gloire au collège avec leur premier groupe punk, Zéro de Conduite, avec lequel ils avaient joué en première partie de leurs héros, The Clash et Gun Club. Blankass et leur formule originale guitare accordéon a fait le bonheur des radios rock, réussi un vrai tube avec « La couleur des blés », composé pour Johnny (« Clémence »).

Ce sixième disque de Blankass arrive cinq ans après Je me souviens de tout, leur double-best of, et quatre ans après Balthazar Tête de bois, le petit garçon qui voulait réussir sa vie, un conte musical sous forme de livre disque narré par Sylvie Testud et interprété par 15 artistes, dont Pierre Perret, Michel Fugain, Cali, Alex Lutz, Hubert Mounier, Ben Mazué et Thomas Fersen.

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Blankass à l'Alhambra le 22 janvier 2020 (photo : Christian Pénin)

Pour cet album, C’est quoi ton nom ? (à mon avis, le meilleur de toute leur carrière, vraie usine à tubes) blankass,guillaume ledoux,guillaume blankass,marka,c'est quoi ton nom?,inteview,mandorBlankass sort de tous les codes habituels du groupe pour proposer onze titres pop ultra efficaces. Mélangeant programmations, acoustique et électrique, cela donne des titres entêtants dont deux belles collaborations avec Matthew Caws de Nada Surf et avec le chanteur belge Marka.

Le 22 janvier dernier, Blankass s’est produit à l’Alhambra. Guillaume Ledoux, le chanteur, guitariste et auteur du groupe, m’a reçu dans sa loge… et il n’était pas tout seul. Marka, qui chante en duo avec lui dans l’album, était là lui aussi. Il était l’un des guests de la soirée…

Leur page Facebook officielle.

Leur site officiel.

Pour écouter l'album C'est quoi ton nom?

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blankass,guillaume ledoux,guillaume blankass,marka,c'est quoi ton nom?,inteview,mandorInterview :

Ce disque m’épate. Une chanson, un tube !

Personne ne nous attendait, donc nous n’avions ni pression, ni deadline. Avec Johan, on n’a pas arrêté de faire des chansons et quand nous nous sommes décidés de nous lancer dans un nouveau disque, on a vraiment écrémé et choisi les 11 titres dont nous étions les plus sûrs. Ces 11 titres sont l’essence même du disque.

Deux nouveaux membres vous ont rejoint…

Tu fais bien de le préciser parce que les arrivées de Jérôme à la guitare et d’Alain à la basse m’ont donné l’impression de repartir à zéro. J’avais la sensation d’avoir de nouveau 15 ans et de monter un nouveau groupe dans le garage de mes parents. C’était hyper agréable de sentir cette fraîcheur. Je trouve que ça se sent sur l’album et sur scène.

Votre son est plus pop qu’avant… et d’une belle modernité.

Ce n’est pas une volonté. L’évolution du groupe, c’est de se servir de tout ce que l’on nous propose pour jouer. Les machines ont évolué, donc notre son aussi. Il ne faut jamais chercher à coller à une image, parce qu’on arrive toujours en retard. On a mis dans ces chansons, ce que l’on avait envie d’entendre au moment où on avait envie de l’entendre. Si je peux mettre un mot sur cet album, c’est sincérité absolu.

Clip de "C'est quoi ton nom?" réalisé par Emilie & Sarah Barbault.

Dans ce disque, on danse autant qu’on est ému.

Cette remarque me fait plaisir parce que c’est exactement ce que nous souhaitions. Je pense que la balance fonctionne pas mal. Pendant deux ans, avec Johan, on a travaillé cet équilibre-là.

Ton frère et toi, vous écrivez et composez de manière artisanale.

C’est de la pure composition sans projet. C’est spontané. Il n’y a aucun calcul. Nous sommes des artisans de la musique. Nous remettons toujours l’ouvrage sur le métier. A chaque album, on redémarre à zéro. Nous n’appliquons aucune recette. La chose principale, c’est qu’il faut que l’on se surprenne nous-même d’abord.

Clip de "Avec toi" (avec Corinne Masiero).

Pour annoncer le disque, vous aviez lancé une web-série pleine d’autodérision.

(Vous pouvez voir l'intégralité de la web-série réalisée par les sœurs Barbault, ici)

On a voulu sortir un single, « C’est quoi ton nom ? » pour dire juste « coucou, nous revoilà ! ». On a cherché une idée originale pour présenter la chanson. On a décidé de faire deux ou trois sketchs avec des gens que l’on connaissait, comme François Morel, Professeur Rollin ou Gauvain Sers… et on s’est pris au jeu. Il en existe au total 18. Nous nous sommes marrés parce qu’on a joué les loosers. Avec l’autodérision, on voulait aussi préciser que nous ne jouions pas nos vies sur un retour de Blankass. On a juste envie de s’éclater !

La passion est toujours là chez vous, ça se sent !

Quand elle ne sera plus là, je te jure, on ne fera plus d’album. Avec mon frère, on a la chance d’avoir encore envie de faire des chansons tous les deux et de les chanter sur scène. Pourquoi ne pas en profiter ?

Il y a des duos dans cet album. Le premier avec le leader de Nada Surf, Matthew Caws, dans la chanson, « Regarde-moi tomber ».

Avec Nada Surf, nous nous sommes rencontrés en 2003. Matthew est extrêmement charmant, extrêmement cultivé. Sa maman était professeur de littérature française à New York. Il connait donc très bien la France et la langue française. Nous lui avions déjà demandé de participé à notre conte musical pour enfant, Balthazar Tête de bois, mais cette fois-ci, nous souhaitions qu’il participe à une chanson pour les grands.

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Marka et Guillaume Ledoux, à l'Alhambra le 22 janvier 2020 (photo : Jehanne Saccas)

Marka chante avec toi « Skin ». Ça s’est passé comment ?

Dans ma vie, Marka est le symbole d’une époque bénie pleine de joie et de douceur. C’est Jean-Louis Foulquier, à qui Blankass doit beaucoup, qui nous a présenté. Notre rencontre s’est immédiatement passée sous le signe de l’humour. Récemment, je l’ai eu au téléphone et nous avons constaté que cela faisait 30 ans que nous nous connaissions. Nous en avons conclu qu’il était temps de faire quelque chose ensemble pendant que nous étions encore présentables (rires).

Marka, que représente Blankass pour vous ? blankass,guillaume ledoux,guillaume blankass,marka,c'est quoi ton nom?,inteview,mandor

Marka : C’est pour moi un groupe très bon avec lequel tout se passe toujours parfaitement bien. Je retiens aussi l’extrême gentillesse de Guillaume. C’est la crème des crèmes ce mec-là. Son frère aussi, mais il est plus piquant. Surtout, nous avons un vrai point commun: notre amour pour The Clash. A l’époque de Zéro de Conduite, eux ont joué avec The Clash. C’est dingue ! Moi, si je fais de la musique aujourd’hui, c’est grâce à Joe Strummer. Avant de nous connaitre, nous avions donc déjà ce lien indéfectible.

En studio, j’imagine que vous vous êtes régalés…

Marka : On a vécu de chouettes moments, en effet. On a senti une vraie légitimité à faire ce duo. Il n’y a aucune opportunité dans cette démarche. Cette chanson « Skin » colle autant aux Blankass qu’à moi.

Guillaume : Je ne l’aurais sans doute pas interprété seul. Mais, il y a un truc que je n’aime pas, ce sont les duos arrangés entre artistes qui ne se connaissent pas. Pour moi, il faut qu’il y ait un sens humain et amical.

Marka : Avec cette chanson, je suis sorti de ce que j’avais l’habitude de faire. Ça m’a fait un bien fou. Je suis ravi de laisser cette trace là sur un disque qui ne m’appartient pas. J’ajoute aussi que je suis très flatté qu’ils aient pensé à moi pour ce titre.

Vous vous êtes retrouvés 30 ans après pour faire un featuring.

Marka : Vous avez raison, je fais des featuring, ça veut dire que je ne suis pas encore vieux (rires). J’en ai fait un autre avec les Négresses Vertes. Une nouvelle version de mon seul tube connu en France, « Accouplés » (que vous pouvez voir ).

Précision : Marka est le père d'Angèle et de Roméo Elvis… voici une mini interview sur la question.

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Après l'interview, le 22 janvier 2020, avec Guillaume Ledoux et Marka.