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31 janvier 2020

Christian Descamps : interview pour les 50 ans de carrière du groupe Ange

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(Photo : Alexandre Marchi)

christian descamps,ange,50 ans de carrière,interview,mandorAnge en chiffre, c’est 6 disques d’or, 6 millions d’albums vendus, Grand Prix de l’Académie Charles Cros 1976 et bien d’autres récompenses. Un demi-siècle de passion pour le plus ancien combo français en activité qui a toujours distillé une musique, savant mélange de poésie et de rock progressif. Ange séduit, provoque, étonne un public nombreux par sa générosité et son lyrisme atypique. Pour Christian Décamps, qui a fondé le groupe avec son frère Francis fin 1969, Ange a toujours été plus qu’un simple groupe de rock mais une tribu, une philosophie mise en pratique avec bonheur au sein d’ « Un Pied Dans La Marge », association fédérant l’ensemble des fidèles.

Le 31 janvier 2020, ce soir donc, le groupe fête ses 50 ans au Trianon. Comme c’est complet depuis deux mois, il joue également demain.

La légende Christian Descamps, a répondu à mes questions dans un bistrot parisien, le 2 décembre dernier. Un artiste toujours passionné, hyper sympathique et au désir créatif intact.

Leur site officiel.

Leur page Facebook.

Leurs prochains concerts.

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(Photo : Alexandre Marchi)

christian descamps,ange,50 ans de carrière,interview,mandorInterview :

En 50 ans de carrière, qu’est-ce que vous retirez de ce métier ?

Je retiens qu’il faut le faire avec passion et générosité sur scène. Une carrière, c’est comme un arbre : tu as les racines qui représentent le début et tu as la sève qui est la passion. Et puis, j’ai remarqué qu’il n’y a pas de bon ou de mauvais public, il n’y a que des bons ou des mauvais artistes. Le public est le boss. Il a payé pour voir et être heureux, c’est à nous de fabriquer et partager le bonheur.

Pour cela, presque depuis le début, vous lui avez offert le meilleur. Outre votre répertoire poético-fantastico-mystique, il y a aussi des jeux de lumière, des costumes, des décors, des mises en scène incroyables…

Au début, on n’avait pas les moyens des anglo-saxons parce qu’ils tournaient à l’échelle planétaire, ce qui n’était pas notre cas. Après, on a joué en Angleterre, aux Etats-Unis, en Russie, au Mexique, au Japon dans des festivals de rock progressif. On chantait dans la langue de Molière, ils ne pigeaient rien, mais ils adoraient quand même. Il nous arrivait de jouer devant 2500 personnes. Je me souviens qu’à Manchester, les gamins qui venaient devant la scène étaient mes prompteurs. Sur leurs lèvres, je pouvais lire les textes parce qu’ils les connaissaient par cœur. Certains s’amusaient à les traduire pour les comprendre.

Quels sont les groupes qui vous intéressaient avant que vous ne commenciez à œuvrer dans la musique.

A la fin des années 60, nous étions fascinés par les Procol Harum et autre King Crimson. Ils commençaient à mélanger toutes les tendances musicales : jazz, folk, classique et rock. Nous nous sommes engouffrés dans cette mouvance, tout en ayant un langage textuel décalé, frisant le dadaïsme. Nous étions aussi très inspirés par la peinture, comme les créatures de Jérôme Bosch. J’ai du mal a expliquer, mais nous avons bâti un univers à nous en nous inspirant de ce que l’on aimait musicalement et visuellement.

Le groupe Ange a 50 ans par France 3 Bourgogne-Franche-Comté en décembre 2019.

Je crois savoir que l’album Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles ne vous a pas laissé indifférent.

C’est clairement un album qui a fait prendre un virage à tout le monde. Il date de 1967 et on a fondé Ange en septembre 1969. Les Beatles nous ont inspiré au début, dans le fait de triturer les sons pour trouver des mélodies étonnantes et un climat original. Ils ont cassé les codes, tout le monde a suivi!

Il y a des albums cultes dans votre répertoire. Le Cimetière Des Arlequins, Au-Delà Du Délire, Emile Jacotey, Par Les Fils De Mandrin

Notre carrière, c’est une grande histoire de culte (rires).

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(Photo : Alexandre Marchi)

Pour certains, vous êtes un groupe mythique.

Le mot mythe, je n’aime pas trop.

Un groupe de légende alors ?

J’aime mieux. Légende, c’est un beau mot. Vous savez, je suis assez fier de cette carrière. J’ai consacré toute ma vie à ce groupe et c’est un de mes plus grands bonheurs. Je n’ai pas honte de dire que j’ai eu une existence fabuleuse. Tous les gens qui m’entourent m’ont inspiré, toutes les choses qui n’existent pas m’ont inspiré. Je les ai fait exister dans mon imaginaire et je les ai transmis aux gens. Les artistes se doivent de livrer du rêve au public, dans notre cas, avec toute l’inconscience et la folie possible. Nous, sur scène, c’est du funambulisme. On aime se mettre en danger.

Vous ne faites jamais le même album. Là aussi, c’est une sorte de mise en danger.

On se met en danger partout. Sur scène et en studio.

Teaser du Heureux ! Tour

Vos fans sont appelés « les imbibés ». Plus précisément, les imbibés de l’univers angélique. Vous en êtes le gourou ?

Descamps… gourou. C’est pour ça.

Gourou, ça fait secte, non ? christian descamps,ange,50 ans de carrière,interview,mandor

Jésus aussi ça fait secte (rires). Plus sérieusement, « les imbibés », c’est juste notre fan club. Ça fait 24 ans que l’on a en moyenne 1000 adhérents par an à notre association « Un pied dans la marge », ce qui permet de faire vivre l’histoire du groupe (note de Mandor : ils reçoivent aussi gratuitement le fanzine Plouc Magazine). Ce sont autant nos meilleurs producteurs que nos meilleurs attachés de presse. Le respect entre nous est évidemment mutuel.

Vous n’avez jamais été tenté d’arrêter le groupe définitivement ?

Parfois, on a traversé des moments professionnels difficiles. Dans les années 80, on nous disait que plus personne ne voulait de nous, ça ne motive pas trop… Même ma mère m’a dit une fois : « tu ne vas pas continuer jusqu’à 70 ans quand même ? Ce n’est pas de la musique pour ton âge. » Ce n’est jamais une question d’âge, c’est toujours une question d’envie. Aujourd’hui, j’adapte ma carcasse à ma musique. Je ne suis pas le même que dans les années 60, mais je fais avec ce que je suis aujourd’hui.

Vous n’avez plus rien à prouver en tout cas.

Non, mais tant que mes cordes vocales et mon physique me permettent de continuer, je continue.

Clip de "L'autre est plus précieux que le temps", extrait de l'album Heureux!

Comment fait-on pour renouveler le propos de ses chansons en 50 ans de carrière ? Vous n’avez pas l’impression d’avoir tout dit ?

En fait, il y a trois thèmes majeurs : la vie, l’amour, la mort… et l’imaginaire. Moi, j’ai passé ma vie à imaginer. Dans ma tête, j’ai tellement de choses qui me traversent l’esprit...

Dans la chanson « A tort ou à raison », de l’album Heureux !, c’est exactement, ce que vous racontez.

C’est bien de l’avoir remarqué! C’est une chanson très personnelle, une chanson bilan et je m’y adonne rarement. Il y a moins de métaphores, mais j’ai voulu qu’elle aille droit au cœur. Il y a des instants dans la vie où il faut être direct.

Vous commencez à écrire sur la vieillesse. Vous la sentez en vous à 73 ans?

Dans la vie courante, la vieillesse est péjorative. Quand on me demande comment je vais, je réponds « comme un vieux ! » On me répond « dis pas ça ! » Et je ressors ma fameuse phrase, « je n’ai pas trouvé d’autres moyens pour vivre que de vieillir ».

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Pendant l'interview...

christian descamps,ange,50 ans de carrière,interview,mandorIl y a un livre intitulé Toute une vie d’Ange, paru aux Presse du Midi, contenant 2 CD inédits (avec des interviews) qui vient de sortir. Il raconte vos 50 ans de carrière.

Il est écrit avec la collaboration de Jean-Noël Coghe, journaliste (Rock & Folk, Best, Pop Music, RTB, AFP, France 3) et reporter (RTL, France Inter, RMC)… Il se trouve qu’il est aussi le grand-père de mon petit-fils. Je lui ai confié ma vie d’Ange, soit un demi-siècle de rock progressif, souvenirs, anecdotes, mises au point, coups de gueule, vindicte et toujours notre passion. Cela s’étale sur deux périodes distinctes de 25 ans.

Oui, d’ailleurs, il y a eu une première tournée d’adieu avec la première formation en 1995.

Je voulais dire adieu à mes premiers compagnons, mais j’avais bien l’intention de continuer. Mon fils a pris la place de mon frère aux claviers, et on a démarré autre chose qui existe depuis vingt-cinq ans. C’est-à-dire la deuxième moitié de ces cinquante ans finalement.

Il n’y a plus de groupes comme vous aujourd’hui. Vous êtes les derniers dinosaures et je trouve que vous n’êtes pas célébrés à votre juste valeur. Ça vous blesse ?

Nous sommes le groupe français le plus célèbre... à être passé inaperçu sur les médias nationaux. J’aimerais bien aller parler, par exemple, dans « On n’est pas couché ». Je n’accuse pas Ruquier ou qui que ce soit, mais j’imagine que les programmateurs ou programmatrices sont trop jeunes et n’ont pas cette culture-là.

Après cette tournée des 50 ans de carrière, vous allez faire quoi ?

Un nouvel album en 2021. On va créer quelque chose de nouveau. Encore une fois. Ce qui est excitant, c’est l’inconnu. S’il n’y a pas d’excitation dans la vie, je ne vois pas l’intérêt de la vivre.

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Après l'interview, le 2 décembre 2020.

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