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11 janvier 2020

Jean-Louis Bergère : interview pour l'album Ce qui demeure.

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(© Jérôme Sevrette)

jean-louis bergère,ce qui demeure,interview,mandor« L’americana de Ce qui demeure célèbre les épousailles de l’acoustique et de l’électrique, comme un refus d’avoir à choisir entre chanson et rock. Loin d’être une collection de cartes postales, ce disque se veut plutôt l’osmose entre une âme contemplative et une pensée métaphysique, liées par un verbe racé et maîtrisé ». David Desreumaux, dans son magazine Hexagone a raison, l’Angevin Jean-Louis Bergère poursuit une carrière discrète à mi-chemin entre americana et chansons à textes. Ce disque, Ce qui demeure, est d’une sensibilité et d’une élégance rare.

Je dois dire que depuis 2001, date de sortie de son premier album, Une définition du temps, je suis passé à côté. Comment ai-je pu ? Un artiste si doué et profond. A l’écoute de son 4e album, Ce qui demeure, j’ai eu envie de rencontrer cet artiste majeur, mais à part… et encore trop méconnu.

Le 25 novembre dernier, Jean-Louis Bergère est passé par Paris pour une première mandorisation. Une belle rencontre...

Sa page Bandcamp, vous permettant d’écouter l’album Ce qui demeure (et ses trois autres albums).

Sa page Facebook officielle.

Argumentaire de presse officiel :jean-louis bergère,ce qui demeure,interview,mandor

Jean-Louis Bergère est un artiste ovni dans le paysage musical français (France Inter). D’albums discographiques en publications littéraires, ce songwriter angevin à l’écriture lumineuse et à la voix chaleureuse, dépeint à merveille les nuances de l’âme, les sentiments diffus, les paysages intérieurs. "C'est le sensible l'objet de Jean-Louis Bergère. Nommer l'invisible, faire exister ce qui n'est pas, le sentiment naissant, à l'instar d'une Nathalie Sarraute. Chercher, être en quête du soi intérieur. Gratter le dedans, le trouble et l'informulé et révéler l'indicible" (Hexagone). Après le très remarqué Demain de nuits de jours en 2013, unanimement salué par la critique, Jean-Louis Bergère revient avec ce nouvel album écrit autour du thème du « territoire ». Du causse Méjean à la Sécession Viennoise, des émois de l’adolescence au chant de Léonard Cohen, il revisite et interroge ces et ses lieux de narration et de mémoire.

Entouré de ses fidèles musiciens, c’est au discret et talentueux réalisateur Gilles Martin (Dominique A, Miossec, Diterzi…) qu’il a confié la peau sonore de ce quatrième album. Entre textes d’une haute teneur poétique et climats musicaux baignés d'ambiances électriques et acoustiques, Jean Louis Bergère poursuit avec ce nouvel opus sa quête intemporelle au cœur de l’intime. Un univers aussi fragile que puissant. Pour un voyage en apesanteur, entre lyrisme et contemplation.

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(© Jérôme Sevrette)

jean-louis bergère,ce qui demeure,interview,mandorInterview :

David Desreumaux a écrit dans Hexagone que tu « n’as rien de ce qu’il faut pour devenir un artiste à succès ». Tu comprends ce qu’il a voulu dire ?

Oui, très bien. Je ne suis pas dans le format actuel de la chanson française et je ne fais pas d’effort pour me fondre dans le moule. Je ne suis pas non plus dans ce qu’on appelle la variété.

Tu es dans l’introspection.

Depuis toujours, je fais un travail sur l’intime. Je me suis parfois égaré, mais pas sur les deux derniers disques. Ceux-là, je les assume totalement.

Lequel n’assumes-tu pas ?

En 2007, j’ai sorti Au lit d’herbes rouges, un disque qui ne me satisfait plus. J’en enlèverais la moitié. Certains me disent que je suis trop autocritique, mais c’est une condition sine qua non pour avancer. Si on est toujours satisfait de son travail, il y a un problème. C’est seulement depuis l’album de 2013, Demain, de nuits, de jours, que je me dis que je commence à toucher quelque chose.

Clip de "Ce qui demeure", extrait de l'album Ce qui demeure.

Images / captation et réalisation : Yannick Lecoq. Montage : Eregreb © Catapulte 2019

Tu as commencé la musique dans quelle circonstance ? jean-louis bergère,ce qui demeure,interview,mandor

Adolescent, j’ai fait de la trompette dans une école de musique classique. C’était par défaut parce que j’aurais préféré faire du piano, mais mes parents ont considéré que c’était trop compliqué. Dans la salle à manger, il n’y avait pas la place pour un piano. Entre violon, piano et trompette, j’ai donc choisi ce dernier instrument. En 3e, j’ai fait un deal avec mes parents. Si j’ai mon BEPC, ils m’offrent une guitare. J’ai cravaché et j’ai eu ma guitare. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à écrire des chansons.

C’était important pour tes parents que tu fasses de la musique ?

Ils étaient conservateurs de droite et catholiques de l’ouest… c’était un peu la norme éducative. J’ai reçu une éducation très rigoureuse, parfois même dure. La création a été pour moi un vecteur de rupture. C’est la seule chose que j’ai pu trouver qui pouvait libérer mon esprit. A 18 ans, je suis parti de chez mes parents en claquant la porte et en ayant pris soin de brûler tous les carnets dans lesquels j’écrivais. Un véritable autodafé.

C’est ce que tu racontes dans la chanson « Aurore », non ?

Absolument. Je raconte le jour où j’ai pris le train pour aller à Nîmes pour me rendre chez les Compagnons du Devoir. J’ai vu mon reflet dans la glace et c’est là que j’ai compris que c’était le début de ma vie. Ma seule préoccupation était de gagner de l’argent, donc pendant 10 ans, j’ai mis de côté la musique. A 28 ans, je me suis marié et un an après, nous nous sommes séparés avec ma femme. J'avais un peu peur de cette vie toute tracée. Je ne me voyais pas être papa tout de suite. Je ne me sentais pas les épaules assez larges. J’ai rencontré quelqu’un d’autre, puis j’ai vécu 10 ans seul. C’est pendant ces 10 ans que je me suis remis sérieusement à la musique.

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(© Egna)

jean-louis bergère,ce qui demeure,interview,mandor(Photo à gauche : Olivier Coiffard).

Aujourd’hui, tu t’es réconcilié avec tes parents ?

J’ai beaucoup d’amour pour eux. J’ai fait la paix avec mon père avant qu’il ne parte. Dans la vie d’un homme, c’est essentiel d’être en paix avec ses origines.

Après le sud de la France, tu es revenu à Angers.

Oui. Et j’ai commencé à faire des petits cabarets dans lesquels je chantais du Bashung, du Yves Simon, du Souchon et du Ferré… et un peu des chansons à moi, mais elles passaient mal. Ce que j’écrivais à l’époque était très hermétique, voire prétentieux. Je jouais avec la langue dans des textes fleuves. C’était imbitable (rires).

Raconte-moi ta rencontre avec Léo Ferré.

Elle a été très importante pour moi. Il a été le premier à m’encourager. Je suis allé le voir la première fois en 1986, à la fin d’un concert à La Flèche, à côté de chez moi. J’étais très timide, alors je ne lui ai pas dit grand-chose. Je l’ai revu en 1988, alors que j’avais écrit pas mal de chansons. Avec l’inconscience de la jeunesse, j’ai fait un truc que je ne referai plus jamais. J’ai téléphoné à la salle où il devait se produire pour demander de faire la première partie. Cela m’a été évidemment refusé, mais la personne que j’ai eue au bout du fil m’a assuré un rendez-vous avec lui. Elle a tenu parole. J’ai amené à Ferré une cassette et des textes. Il a été très bienveillant avec moi. Nous sommes restés ensemble pendant trois quart d’heure et il a lu mes textes devant moi. Il m’a dit qu’il y avait quelque chose et qu’il fallait que je persévère.

Tu as fait une photo avec lui ?

Son jeune agent me l’a proposé, mais j’ai refusé parce que je ne voulais pas passer pour un fan qui était venu pour ça. Je dois dire que plus tard, j’ai un peu regretté. Ça aurait fait un beau souvenir.

Du coup, tu t’es senti légitime pour continuer à écrire des chansons ?

Si quelqu’un avec une œuvre si monumentale m’encourage, c’est certain, ça rassure. Ferré, ça a été un carburant pour mes forces motrices.

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(© Jérôme Sevrette)

Il y a un autre artiste que tu aimes beaucoup, c’est Léonard Cohen. Dans cet album, tu lui rendsjean-louis bergère,ce qui demeure,interview,mandor même hommage (« L’homme qui chante »). (Photo à droite : David Desreumaux)

Comme Ferré, Léonard Cohen m’a donné une force que j’avais envie d’avoir à 30 ans pour me lancer. C’est quelqu’un de primordial pour moi. Je suis très touché par son intégrité dans tous les domaines.

Pourquoi as-tu décidé de faire de la chanson un métier ?

Ce n’était pourtant pas quelque chose d’essentiel pour moi. J’ai pris beaucoup de temps, car au départ je n’en voyais pas l’utilité. De plus, à la fin des années 80, ça coûtait cher. Il n’y avait pas de home studio à cette époque. Ce sont des amis qui m’ont incité à graver mes chansons. J’ai commencé avec des cassettes et je me suis lancé plus sérieusement quand j’ai eu plus de moyens.

Tu n’as sorti que quatre disques en 19 ans de carrière. C’est peu.

C’est peu, mais cela m’a permis de garder mon indépendance économique et ainsi de garder mon indépendance artistique. Avec l’âge, aujourd’hui, je me dis que c’était le bon choix. J’ai été plus lent que les autres, mais je ne me suis pas abîmé dans d’éventuelles concessions.

Clip de "Inouïe", extrait de l'album Ce qui demeure. Captation, réalisation et montage : Renaud De Foville.

Je crois savoir que tu considères la chanson comme un objet sonore global.

Ma quête depuis le début est d’écrire en français et assembler le texte, la musique et la voix sans qu’il y ait une prédominance d’un côté ou de l’autre. Dans le monde de la chanson plus traditionnelle, je sens bien que ça passe difficilement. Ce qui prédomine, c’est le texte avant tout.

Il y en a  pourtant d’autres qui s’y risquent.

Oui, Dominique A avec son disque Remué et Bashung avec L’imprudence ont été des albums radicaux qui ont beaucoup compté pour moi. Que c’est beau ! Tu vois, rien que de t’en parler, j’ai des frissons.

Contrairement à Bashung, qui a commencé en faisant de la variété, toi, dès ton premier disque, Une définition du temps en 2001, tu as été radical.

C’est marrant parce qu’entre ce premier disque et le troisième, Demain de nuits de jours, il y a plus de liens qu’entre le deuxième, Au lit d’herbes rouges et le troisième. Je ne suis pas satisfait du deuxième. J’avais élargi la formation. Il y a avait trop de musiciens d’horizons différents. Je n’ai jamais été un leader et je n’avais pas l’assurance que j’ai maintenant. Chaque musicien donnait son grain de sel, il en a résulté un disque hétéroclite qui n’a pas une grande tenue. Dans les deux derniers albums, j’ai tout choisi, ils sont donc parfaitement cohérents et me ressemblent.

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(© Egna)

jean-louis bergère,ce qui demeure,interview,mandorC’est grâce à tes musiciens avec lesquels tu travailles depuis 10 ans ?

Je me sens privilégié de travailler avec Blaise Desol, Hervé Moquet, Evelyne Chauveau, Franck Durand et Jean-Baptiste Noujaim. On forme une vraie équipe et on s’aime tous. Mes deux derniers albums, c’est aussi leur projet, pas uniquement le mien, même si c’est moi qui mène la barque.

Tu te sens plus dans la catégorie chanson ou rock ?

Ni l’un ni l’autre. Je me sens plus dans la catégorie pop folk… à la Bon Iver ou Syd Matters.

C’est amusant parce que tu ne cites que des artistes qui chantent en anglais.

Comme je te le disais précédemment, ce qui m’émeut le plus, c’est la globalité sonore de l'objet chanson. Celle que je retrouve encore et plus souvent chez les chanteurs anglo-saxons. Je suis un fan total des climats, des ambiances, avec cette exigence de musicalité, peu importe la langue.

Ton nouvel album, Ce qui demeure, est un album qui s’écoute. Il ne faut pas se contenter de l’entendre.

Je considère désormais ma voix, mon chant, comme un instrument à part entière. Je travaille beaucoup sur ça, mais de manière très instinctive. Quant à mes textes, si on me dit qu’on n’a pas tout compris, mais qu’on a été quand même embarqué, je prends ça comme un compliment.

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Pendant l'interview...

Rappelons que tu publies aussi des livres de poésie. jean-louis bergère,ce qui demeure,interview,mandor

Ça a beaucoup diversifié mon activité. J’ai monté des formules « lecture-concert ». Je tourne beaucoup dans le réseau des médiathèques.

Tu te sens plus poète, chanteur ou poète chanteur ?

Je ne sais pas. Poète chanteur peut-être. Je sais bien que la notion de poète est devenue ringarde, mais je m’en moque. Un poète est quelqu’un qui cherche à traduire toutes les émotions qui sont dans l’air.

C’est quoi ta définition de l’art ?

L’art, c’est apprivoiser l’inquiétude.

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Après l'interview, le 25 novembre 2019.

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