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09 janvier 2020

Diane Tell : interview pour Haïku

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(Photo : Maxim Morin)

diane tell,haïku,interview,mandorNée à Québec, un 24 décembre, comme un cadeau de Noël à la chanson francophone, Diane Tell, artiste précoce, entre au Conservatoire de Val D'Or à 6 ans. En 1982, elle est devenue une artiste incontournable, novatrice et reconnue, au succès populaire important, qui aura remporté 6 Félix au Gala de l'ADISQ avant d'avoir 25 ans. Sa chanson phare, « Si j’étais un homme », est intronisée au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens en 2017. Notez que ce n’est pas son seul tube. Souvenez-vous aussi de « Faire à nouveau connaissance », « Gilberto », « Souvent, longtemps, énormément », « J’arrive pas j’arrive », « Savoir » ou autre « La légende de Jimmy » (extrait de la comédie musicale de Michel Berger et Luc Plamondon, La légende de Jimmy).

Productrice et éditrice autonome depuis l’album Chimères en 1983, l’auteur-compositeur-interprète a très tôt compris l'importance de rester libre et indépendante.

Après huit ans d’absence, du moins en tant qu’interprète, Diane Tell (déjà mandorisée là) revient à l’avant-plan avec son tout nouvel album Haïku. L’Abitibienne qui vit en Suisse a engagé le détonnant Jeannois Fred Fortin comme réalisateur, qui, en plus de signer trois textes, a enrobé l’album de sa touche unique. Sur les douze titres d’Haïku, Tell et Fortin ont vraiment mélangé leurs univers respectifs. On retrouve la voix toujours vibrante de la chanteuse, mais elle se drape de musiques syncopées, entre le blues, le jazz, la bossa nova et le rock.

Cet album est articulé autour des sentiments humains et des «émotions éphémères». On peut le dire, Haïku est l’album charnière d’une grande artiste libre, en pleine possession de son art.

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Pour écouter l'album Haïku.

Pour acheter le disque.

Le 4 décembre dernier, Diane Tell a bien voulu répondre à mes questions dans les locaux du studio Luna Rossa. Moment charmant.

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(Photo : Maxim Morin)

diane tell,haïku,interview,mandorArgumentaire de presse (par Marc Desjardins) :

Un Haïku, dans la tradition japonaise, c’est un très court poème de 3 vers qui évoque l’évanescence du quotidien. Pour Diane Tell, c’est un témoignage magistral, en 12 chansons parfaites, sur l’impermanence des sentiments humains.  

8 ans après le richement folk-rock Rideaux Ouvert, l’artiste surdouée et productrice indépendante assumée ne s’est pas reposée sur ses lauriers et a eu envie de sortir des sentiers battus avec un album remarquablement actuel de chansons originales, dans tous les sens du terme.

Sur Haïku, Diane Tell s’est entourée d’une équipe de brillants iconoclastes qui lui ont permis d’aller jusqu’au bout de ses choix. Sous la gouverne du toujours étonnant Fred Fortin, à la réalisation, ses complices habituels, François Lafontaine, Olivier Langevin, Samuel Joly et Joe Grass ont fait éclater les paroles et les musiques comme autant de feux d’artifices.

L’album (par Marc Desjardins) :diane tell,haïku,interview,mandor

Il se décline comme un itinéraire de l’intime, avec un point de départ et un point d’arrivée. Il décolle avec « Vie » que Fred Fortin a spontanément écrite, paroles et musique, pour Diane. Loin du rock de son groupe, Galaxie, il a plutôt signé la parfaite chanson de la Diane Tell familière, une jolie bossa d’Abitibi, tendre mais douce-amère. Il émaille l’album de 2 autres petits bijoux de nuances et d’âme à vif : « Catastrophe » et « Chat ».

Pour Haïku, Diane a recruté un nouveau collaborateur, l’écrivain suisse d’origine serbe Slobodan Despot qui nourrit les 3 titres qu’il a signés, avec Diane à la musique, de son écriture emplie de philosophie. «On n’jette pas un amour comme ça», premier simple tiré de l’album, valse doucement sur le regret et l’abandon. « Rien », à l’humour mélancolique, sautille sur une mélodie subtilement jazzée. « Questionnaire » termine l’album avec des interrogations fondamentales sur un rock contemporain assumé qui nous rappelle la force de mélodiste de Diane Tell.

diane tell,haïku,interview,mandorDiane s’est gardé la part de la lionne avec 4 chansons fabuleuses, dont elle signe les paroles et la musique. « Il ne m’aime pas » est une déchirante balade du regret, aussi inoubliable que « Si j’étais un homme ». « Evolène », à la rythmique obsédante, est un exorcisme intense mais rieur, coloré des demi-teintes de la Suisse où elle a élu domicile. «Haïku», toute dans la subtilité et le dépouillement, fait de ses mots une incantation intime de l’âme. Sur «Spoiler», Diane s’est lancée tête baissée dans une écriture éclatée, secouante, à la rythmique obsessive, pour tracer un portrait impitoyable de notre vie fragmentée.

L’album est complété par la jolie, tendre et chaleureuse « Moi fille, toi garçon » qu’elle co-signe avec Serge Farley-Fortin et par la très émouvante « J’aurais voulu qu’tu saches » du poète Alain Dessureault sur une musique à fleur de peau de Serge Farley-Fortin. Diane y livre une puissante interprétation qui ébranle quiconque l’écoute. Un grand moment.

Haïku, à réécouter en boucle parce que la vie vaut la peine d’être bien racontée.

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(Photo : Maxim Morin)

diane tell,haïku,interview,mandorInterview :

Plus le temps passe, plus je trouve que vos disques deviennent de plus en plus audacieux.

Je tente de l’être depuis mon premier album éponyme en 1977. C’était déjà très jazz et un peu à contre-courant. En France, on me connait surtout pour « Si j’étais un homme » qui est devenu un classique. Même mes autres tubes tels que « Faire à nouveau connaissance » et « Savoir » étaient déjà un peu plus décalés par rapport aux époques où elles sont sorties. L’audace a toujours fait partie de mes points forts… ou faibles (rires).

Mais dans l’album Haïku, on va vers l’expérimental avec une chanson comme « Spoiler ».

Je voulais faire quelque chose de diffèrent. On ne répète rien avec les musiciens en studio. D’habitude, j’arrive toujours avec mes chansons en guitare-voix. Pour celle-ci, c’était batterie-voix. Du coup, les musiciens se sont donnés à cœur joie pour jouer un peu en free style… je peux même dire que musicalement, ce titre s’approche du free jazz.

Clip de "Spoiler", extrait de l'album Haïku.

Présentez-nous les musiciens de cet album.

Olivier Langevin est à la guitare, Joe Grass à la pedal steel et au banjo, François Lafontaine aux claviers et Samuel Joly à la batterie. Quant à Fred Fortin, il est à la basse. J'ai eu le droit à cinq virtuoses qui ont l'habitude de travailler ensemble.

Fred Fortin, auteur-compositeur-interprète bien connu au Québec (il fait partie du groupe de rock alternatif Galaxie) a fait beaucoup de choses sur ce disque.

Au départ je l’ai engagé juste pour réaliser l’album et spontanément, il m’a proposé trois chansons. J’ai trouvé très intéressant que le réalisateur participe aussi à l’écriture des chansons. C’est très rare. Vous savez, Fred est plus un musicien qu’un réalisateur. Il s’est engagé dans cet album comme un artiste.

Vos deux univers se marient parfaitement.

Je l’ai vite constaté. Nos univers assemblés donnent quelque chose de nouveau que je recherchais depuis longtemps.

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A gauche, je tiens la figurine de Diane Tell (tirée de la première pochette de Diane Tell en 1977). A droite, Diane Tell tenant son smartphone avec la fameuse pochette. "Vas y, on fait la photo, ça va être marrant!" m'a-t-elle dit.

Aucune chanson ne se ressemble dans cet album.

J’aime bien l’idée qu’on ne sache pas ce qu’il va se passer. Comme dans les séries, si on devine le scénario, on s’ennuie vite.

C’est marrant cette remarque sur les séries. Dans la chanson « Spoiler », vous mettez en confrontation l’amour et la façon de filmer les séries.

C’est un angle original pour parler d’amour. Ça devient de plus en plus difficile d’être novateur quand on évoque ce sujet. Et puis, je suis fan de films et de séries. J’aime bien Jean-Marc Vallée et Denis Villeneuve qui sont des cinéastes québécois qui ont fait des choses magnifiques aux États-Unis. Ils m’inspirent…

Vous êtes fière de cet album ?

Oui, parce que j’ai réussi ce que je voulais faire. Parfois, on a de bonnes idées, on réunit des gens pour concrétiser ses envies et au final, ça marche moins bien qu’on l’espérait. Là, c’est l’album que je souhaitais au départ.

Clip de "Haïku", extrait de l'album Haïku.

L’écrivain suisse d’origine serbe Slobodan Despot a écrit 3 chansons pour vous.

C’est un grand auteur. J’ai lu tout ce qu’il a écrit. Un soir, je lui ai demandé si ça lui disait que l’on essaie de faire des chansons ensemble. En fait, il n’a pas écrit pour moi, il m’a envoyé trois poèmes qui existaient déjà sur lesquels j’ai composé de la musique. C’est une première approche. Peut-être que l’on ira plus loin la prochaine fois.

Composer sur les mots des autres, ce n’est pas la première fois que cela vous arrive.

Non, j’ai plaqué ma musique sur des mots de Françoise Hardy, Maryse Wolinski, Maryline Desbiolles… et même Laurent Ruquier (rires). J’aime bien chercher parfois des auteurs qui ne viennent pas du monde de la musique. Cela donne des résultats inattendus et j’aime l’inattendu.

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Diane Tell lors de l'enregistrement de Haïku.

L’indépendance par rapport à l’industrie du disque a toujours été importante pour vous.

Oui, même quand j’étais dans de gros labels. Dès 24 ans, j’étais décidée à être juste en licence. Je suis devenue productrice de mes propres disques. Je voulais me prendre en charge, car je ne voulais plus être dépendante des autres. Je ne voulais rien devoir à personne et surtout rester maître de mon œuvre. Je préférais que les maisons de disque travaillent pour moi, et non le contraire.

Votre précédent album studio de chansons originales date d’il y a 8 ans.

Entre temps, on a fait Une, un album guitare-voix reprenant mes plus grands succès. Nous avons aussi fait quelques albums multi-artistes pour des hommages à Jacques Brel, à Diane Dufresne, à Félix Leclerc…

Vous dites « nous » et pas « j’ai ». C’est curieux.

C’est l’habitude. Je considère que je ne fais pas mes albums toute seule. Il y a beaucoup de gens qui travaillent sur les chansons. Je m’inclue, mais je ne m’individualise pas.

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Pendant l'interview, au studio Luna Rossa (photos : Vincent Capraro)

En France, les gens vous aiment bien. Vous le ressentez ?

Oui. Ils sont bienveillants avec moi et il y a toujours du monde à mes concerts en France. J’aimerais juste que le public d’ici explore un peu plus mon répertoire. Je trouve qu’ils se contentent des deux, trois tubes diffusés sur les radios françaises. Mon répertoire est assez riche et il est disponible sur toutes les plateformes musicales. En règle général, les gens écoutent les « golds » et ne sont pas curieux des nouveaux disques. J’invite les français à se pencher sur Haïku. Ils ne sont pas à l’abri d’apprécier.

Oui, il faut préciser que dans ce nouveau disque, il y a aussi des chansons plus classiques à la « Si j’étais un homme ».

Des chansons comme « On ne jette pas un amour comme ça » ou « Il ne m’aime pas » sont de cet acabit.

Clip de "On ne jette pas un amour comme ça", extrait de l'album Haïku.

Ce ne sont pas des chansons d’amour positives, en tout cas.

C’est l’amour qui est comme ça… c’est toujours difficile. L’amour intense n’est pas toujours partagé. De toute façon, l’amour tranquillou où on s’aime bien et où tout va bien, ce n’est pas un grand moteur pour écrire des chansons (rires).

« Chat », c’est une histoire d’amour violente, au sens propre du terme.

Oui, mais on a aussi envie d’histoire violente et malsaine comme ça dans la vie. Je n’aime pas ce qui est plat.

Vous avez 43 ans de carrière cette année. Je n’arrive pas à réaliser que cela fait si longtemps que l’on vous connait.

En plus, le premier disque qui est sorti en France, en 1980, En flèche, dans lequel il y a « Si j’étais un homme » (qui a franchi le cap des 3 millions d'écoutes sur la plateforme Spotify en début d'année), était pour moi déjà le troisième (avant, il y a eu Diane Tell (1977) et Entre nous (1979)) En flèche va fêter dans quelques jours son 40e anniversaire. Le 17 janvier, il va d’ailleurs se passer des choses autour de ce disque.

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Après l'interview, le 4 décembre 2019.

(Photo : Sylvie Durand).

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