Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Cyril Mokaiesh : interview pour Paris-Beyrouth | Page d'accueil | Les Goguettes, en trio mais à quatre : interview pour Globalement d'accord »

16 décembre 2019

Watine : interview pour Phôs : A l'oblique

watine,intratextures,phôs à l'oblique,interview,mandor

(@Nicolas Barrié)

Watine est une artiste à part. Cela fait des années que je l’écoute et que j’observe ses projets. Hors du temps, à la fois complexe et accessible, l’univers de Watine oscille entre le clair-obscur de sa musique et sa voix, lumineuse et profonde.

Avec PHÔS (lumière en grec), elle fait un pas de côté dans son œuvre. Bien plus qu’une simple collaboration, ce disque est le fruit d’un échange artistique rare et puissant avec le compositeur Intratextures (sa page Bandcamp). Album à part dans sa discographie, il ouvre une porte, une de plus, de la Maison Watine.

Le 5 novembre dernier, Catherine Watine m’a reçu très gentiment chez elle pour une première mandorisation.

watine,intratextures,phôs à l'oblique,interview,mandorArgumentaire de presse :

L’un compose et joue (Intratextures), l’autre écrit et parle (Catherine Watine) Il y a un lien de l’ordre gémellaire entre ces 2 sensibilités, une entité très lumineuse, musicale dans son entier, paroles et musique.

Comme un trou noir qui absorbe la lumière créée tout au long de la gestation de l’album. Deux énergies qui se sont croisées et emmêlées, au point de ne faire plus qu’une, l’énergie d’un temps hors du terrestre.

Si l’on connaît Intratextures pour son projet de dark-electro et de drone music, on le découvre ici dans des courants plus mélodiques. Catherine Watine, musicienne prolifique, a cette fois-ci laissé libre cours à son écriture, comme entraînée par des compositions exceptionnelles, que l’on pourrait qualifier d’electro-rock. Mais ce serait tellement réducteur. Les textes de Watine, s’envolent littéralement grâce à la puissance retenue d’une musique qui rappelle tour à tour les écossais d’Arab Strap, le post-folk de Gravenhurst. Dans cette veine, on peut parler d’un genre qui s’apparente à la Poetic Wave Rock.

Son site officiel.

Groupe Facebook dédié au projet Phôs: A l'oblique.

Sa page Bandcamp où vous pouvez écouter et acheter l'album.

watine,intratextures,phôs à l'oblique,interview,mandor

(@Hervé All)

Biographie (écourtée) de Watine :

Pour lire biographie complète, c’est ici.

Watine fait son apparition en 2005, avec l’album RANDOM MOODS, une aventure punk rock  qui lui fait rencontrer les producteurs electro influents de l’époque : Fila Brazillia, Gus Gus, Riton, Volga Select, The Underwolves, Aaron Carl. Cet album est très vite reconnu en Allemagne et en Angleterre, et circule dans les milieux underground.

En 2006, Watine sort son 1er album de songwriter DERMAPHRODITE, dream electro-folk symphonique qui reçoit un très bel accueil des médias et notamment les labellisations Ecouté et approuvé les Inrocks. Une découverte Trax, la Ferarock et la Fnac Aime.

C’est en 2009 que sort B-SIDE LIFE avec quelques singles qui tournent beaucoup en radio, particulièrement « Nothing else » et son très joli clip qui passera sur M6.

Cette même année, Watine est l’initiatrice du projet INDIE MOODS (20 artistes à découvrir dont Cascadeur, Reza, Maud Lübeck, ….).

En 2011, Watine sort son 3e opus, STILL GROUNDS FOR LOVE, en conviant à nouveau Nicolas Boscovic pour la réalisation.

En 2013 un nouveau projet folk pop réunit Catherine Watine et Paul Levis autour d’une galaxie appelée THIS QUIET DUST qui prend pour prétexte lumineux la poésie sensorielle et échevelée d’Emily Dickinson, son mysticisme mélancolique et ardent, son art de la concision et de la juxtaposition.

2015: l’année de l’album ATALAYE. Quelque part entre le spleen lumineux de Barbara et le soleil noir de Nerval, Watine invite son piano épique au milieu des cordes et des vents. La liberté dans la solitude, la solitude dans l’amour. Un hymne à la vie.

2018 : L’album GEOMETRIES SOUS CUTANEES est cinématographique, electro-acoustique, comme un film dérushé, filtré, déstructuré, répétitif, des inserts électroniques, des orchestrations de cordes, quelque chose comme une incantation spirituelle, parfois hypnotique.

Fin 2019, Watine fait un pas de côté. Elle qui s’appelle la femme-piano, prend le costume de la femme-crayon pour une collaboration rock poétique avec Intratextures. L’album s’appelle PHÔS : A L’OBLIQUE.

watine,intratextures,phôs à l'oblique,interview,mandor

watine,intratextures,phôs à l'oblique,interview,mandorInterview :

Dans ta carrière, ce qui est impressionnant, c’est que tu n’as jamais fait de concessions.

Je ne cherche ni la gloire ni l’argent. Ca pervertit tout. Je cherche des collaborations avec des artistes dont le travail m’intéresse fortement. Je suis exigeante et sensible à l’esthétique des choses. J’ai envie que ce que je fais soit beau tant musicalement, textuellement, que les pochettes, les visuels et les clips. Il me semble important de travailler autant le fond que la forme.

Dans PHOS : A l’oblique, tu collabores avec le compositeur Intratextures. Comment s’est passé votre rencontre ?

Lukas, comme je l’appelle, est un musicien, un collectionneur de vinyles et un amoureux de la musique depuis tout petit. C’est quelqu’un qui fait tout le temps de la musique, mais qui ne la diffuse jamais. Dès qu’il a composé quelque chose, il le jette. Cet album en duo n’aurait peut-être pas existé sans une conjonction d’évènements qui nous ont poussés à faire connaissance. Il est des hasards ainsi dans la vie qui mettent en présence deux êtres dont les trajectoires ne semblaient pas faites pour se croiser.

Vous correspondiez beaucoup.

Oui, c’était l’occasion de longues discussions autour de la musique, écoutes et découvertes réciproques d’artistes. Un jour, il m’a envoyé des musiques à lui que j’ai trouvées extraordinaires. De mon côté, je lui ai envoyé des textes que j’avais écrit. Quand il a reçu « Mensonges des sentiments », qui fait partie de l’album, il m’a demandé si ça m’ennuyait qu’il fasse une musique dessus. Je lui ai dit en rigolant que ça me faisait plaisir et que si ça marchait, on pouvait même envisager un album. De fil en aiguille, on a monté petit à petit ce disque. Les choses étaient claires. Lukas allait composer toutes les musiques et  moi, j’allais écrire avant de poser ma voix sur les compositions. Il y a juste le texte en anglais « Doorway » qui est signé de Lukas.

Teaser de l'album Phôs : A l'oblique.

A part pour « Mensonges et sentiments », tu écrivais sur ses musiques.

Exactement, tout le monde pense le contraire. Quand je recevais les musiques, il fallait que je me débrouille. J’écoutais et je devais découvrir les moments où j’allais pouvoir m’insérer. L’harmonie vient de là. Du coup les mots collent parfaitement à la musique. Ça m’a pris un temps fou et ça m’a obligé à la concision la plus ultime.

Avec ce disque, chacun est sortie de sa zone de confort ?

Pour Lukas, ça a été une expérience musicale différente de son parcours de l’époque, musique de drone et punk rock déchiré. Pour ce disque, il a dit vouloir m’offrir des musiques plus apaisées. De mon côté, j’écrivais en pensant à ce qu’il pourrait lui-même vouloir écrire. Expérience nouvelle pour moi aussi, je m’imprégnais pendant de longues heures d'écoute pour laisser venir un paysage, une sensation, un début d’histoire, puis, je veillais à laisser beaucoup d’espace et de silences, pour laisser parler la musicalité. Nous étions chacun au service de l’autre, et c’est ainsi que certains ont pu nous parler de gémellité.

Tu n’as pas écrit de la même façon pour ce projet que pour tes disques habituels…

Je n’aurais sans doute jamais écrit ces textes pour les mettre sur mes propres musiques. Ici, la pudeur s’est effacée, rien n’est tabou, tout est l’histoire de nos vies, des premières émotions aux échecs, souvent répétés, nos peurs, nos soumissions, nos révoltes, tout est là. J’en suis très fière.

Clip de "Dans la brume", extrait de l'album Phôs : A l'oblique.

Réalisation : Renaud de Foville
Avec Flore Layole et Catherine Watine

Tu ne chantes pas dans ce disque, tu récites.

Quand j’ai reçu les musiques de Lukas, spontanément, je n’ai pas eu envie de chanter dessus. Nous avons convenu avec lui que c’était mieux que je prenne ma voix récitée. C’est aussi le parti pris du mix. On n’a pas fait un mix anglo-saxon où on met la voix derrière. La voix est mise en avant.

Est-ce que ce disque est aussi un exercice de style ?

J’écris tout le temps. J’ai écrit un roman, une pièce de théâtre, des essais de pensées… que je n’ai envoyés nulle part. J’ai le sens des formules et le sens des jeux de mots. J’arrive à trouver l’association d’images et la sonorité dans les mots. La sonorité m’arrive même avant les mots. Pour revenir à ta question, comme je n’ai pas fait la musique, il fallait que je sois à la hauteur des compositions. Pour être claire, je voulais que Lukas soit impressionné quand il recevait mes textes.

Et il l’a été ?

Je crois.

watine,intratextures,phôs à l'oblique,interview,mandor

Watine au piano, après l'interview. 

Tu as besoin que la personne avec qui tu travailles soit séduite ?

Je suis en permanence en séduction avec tout le monde, malgré moi. Là encore, ça me ramène à mes terrains de début de vie. Je parle d’abandons, de trahisons, de manque d’amour dans mes textes… on peut deviner que c’est ce qui m’est arrivé. Dès que j’ai quelqu’un en face qui a un regard sur moi, j’ai l’envie que ce regard reste et qu’il m’enveloppe de quelque chose de chaleureux. Pour cela, il faut que je lui montre que je suis capable de faire des choses. Toute ma vie, dans tous les métiers que j’ai faits, j’ai toujours voulu être la meilleure. Pas pour briller, mais pour avoir dans le regard de l’autre de l’admiration.

Il va y avoir récidive ?

L’aventure est terminée, nous ne savons ni l’un ni l’autre si elle se remettra en marche pour un nouvel album. Moi, j’ai adoré le rôle que j’ai joué dans cet album, mais nous avons repris nos vies musicales chacun de notre côté. Le hasard à nouveau décidera pour nous. Laissons pour l'instant vivre cet album.

Intratextures est très mystérieux. On ne sait rien de lui.

Il veut rester absolument dans l’anonymat le plus total. Il n'a pas souhaité affronter la sortie du disque. A tort, il pense ne pas être assez professionnel. Il n’assume pas les coups de projecteurs sur lui, mais avec la sortie de ce disque, il a quand même un sentiment d’accomplissement.

watine,intratextures,phôs à l'oblique,interview,mandor

Catherine Watine, pourtant toujours hors cadre...

Il n’y aura donc pas de scènes pour ce disque ?

Lukas, dès le départ, m’a dit qu’il ne ferait jamais de scène. Il m’a bien précisé qu’il en était incapable. Je lui ai donc demandé si je pouvais monter une équipe dans ce but-là. Il a évidemment accepté. Avec Christian Quermalet de The Married Monk, on a commencé à travailler quelques titres dans l'hypothèse de se montrer en showcase, mais rien n'est encore vraiment décidé.

Toi, artistiquement, tu as confiance en toi ?

Pas tant que ça. Je dis que je suis une artisane, une bidouilleuse. Mais, je ne me retire pas le fait que je sais composer.

Tu m’as dit en off que tu avais trois projets de disques.

Oui, mais pas avec certitude. La suite de Géométries sous cutanées, un album uniquement de compositions au piano et un album en piano voix de chansons françaises qui s’écoutent.

watine,intratextures,phôs à l'oblique,interview,mandor

Après l'interview, le 5 novembre 2019.

Les commentaires sont fermés.