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12 décembre 2019

Sèbe : interview de présentation.

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(@Anne-Laure Etienne)

@Anne-Laure Etienne.jpgSèbe est mon vrai coup de cœur du moment. Je l’ai découvert au Pic d’Or 2019, puis je suis allé le voir récemment en concert à la Dame de Canton. Cet auteur compositeur interprète allie tout ce que j’aime dans la chanson dite « traditionnelle ». La poésie, l’humour, l’autodérision, le second degré et les histoires de looser qui vit des amours un peu ratées (que nous avons tous connus) de Sèbe donnent un répertoire absolument pas « traditionnel », du coup. C’est là sa force et son originalité.

Seul avec sa guitare, on le regarde et on l’écoute chanter avec ravissement (c’est vraiment le mot). Il émeut autant qu’il fait sourire, voire rire. Comme Souchon, c’est un subversif « mine de rien ».

Sèbe est finaliste du concours Centrakor - Loft Music Sud Radio. Pour voter pour lui, c’est ici que cela se passe.

Le 28 novembre dernier, il m’a rejoint dans une brasserie de la Gare du Nord. A la fin de l’interview, j’ai ressenti la furieuse envie qu’il devienne mon pote. Ce gars-là, il te met dans sa poche naturellement en moins de temps qu’il ne faut pour le dire (expression française non utilisée depuis 1975.)

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(@Vincent Assie)

Autobiographie de Sèbe (où je constate que nous sommes frères de second degré ):79419681_2575928459319967_8640402407643152384_n.jpg

Sèbe est un chanteur monoglotte dont la poésie flirte parfois avec le punk. Il est considéré par ses pairs comme le nouveau «diamant brut» de la scène francophone, tant par sa beauté, ses qualités humaines indéniables, et son talent prodigieux (à la limite du concevable) qui le situent au point de rencontre entre l’impossible et l’inouï. L’écriture de Sèbe est ciselée comme du bon persil. On y aborde les thèmes (jusqu’alors inexplorés) de la rupture amoureuse, de l’engagement politique, du paraître et de la violence au sein de nos sociétés normatives. Un spectacle « tendre comme la caresse d’un rayon de soleil » et « frais comme une douce brise d’été » diront certains... Avec son âme en bandoulière, épaulé par ses deux fidèles compères : brio et entrain, Sèbe, est la véritable figure de proue de la “Villeurbanne Touch”, mouvement alliant précarité et absence de beat electro. Il illumine depuis quelques mois la périphérie lyonnaise de sa célèbre “noirceur festive”. Bête de scène incontestable, Sèbe est un gagneur. Sa “win” est évidente, naturelle et sans chichi. Il Alexander Roth-Grisard (2).jpgcommence la guitare au stade fœtal. Plutôt à l’aise, il améliore instantanément un à un, les riffs de Jimmy Hendrix et de Kurt Cobain, les détrônant dans la foulée, et faisant d’eux des artistes de seconde zone. Sèbe a su faire preuve d’humilité ces derniers temps en acceptant les premières parties d’artistes émergents tels que Sanseverino (SMAC les Abattoirs), Oldelaf (Radiant Bellevue), La Rue Ketanou, Barcella (Festival “Changez d’Air”), et en foulant la scène du Festival Les Chants de Mars. Sèbe terminera, en mai dernier, finaliste du Pic dOr 2019 avec deux récompenses (Coup de cœur du magazine Francofans, et le prix du Big Bag Festival). En parallèle, il a irradié la tournée du Mégaphone Tour 2019 et sera mis en lumière cette saison par le TrainThéâtre lors de la soirée Talents SACEM /Chantier des Francofolies. Bon nombre de professionnels pensent déjà qu’il va « tuer le game ».

Merci, je vous aime, bisous.

Ayant remporté le coup de cœur du magazine  FrancoFans lors de l'édition 2019 du Pic d'Or, Sèbe a donc été chroniqué par la membre du jury et journaliste du bimestriel indé de la scène francophone. 

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IMG_5232 (2).jpgInterview :

Dans ta famille, quelqu’un t’a poussé à jouer de la musique ?

Pas vraiment, mais j’avais un cousin rockeur. Il était au Conservatoire et jouait parallèlement dans des groupes de rock assez violents pour l’époque. Il avait une guitare Strat rouge dans sa chambre, ça me fascinait. Je bidouillais des trucs avec elle, puis j’ai demandé à mes parents de m’acheter une guitare.

Tu as fait deux années de guitare classique au Conservatoire, toi aussi.

J’ai arrêté car je ne supportais pas le côté tyrannique des cours. J’avais l’impression de perdre mon temps et je n’avais aucun plaisir à jouer. Je ne m’en rendais pas compte à l’école, mais ça m’a tout de même donné une conscience du son, du touché, de comment faire sonner les cordes correctement.

Je crois savoir qu’après ça, tu as bossé chez toi, à l’oreille.

Oui, c’est là que j’ai commencé à m’éclater. J’ai eu des groupes de punk. On faisait des reprises et je proposais aussi des chansons originales de piètres qualités. Je me souviens d’un titre « Le monde est bad, la planète est crade, mieux vaut crever ». Aujourd’hui, j’essaie de faire plus attention aux textes (rires).

"Valérie Subutex", session au Studio Lancy Road à Genève.

Tu as eu combien de groupes ?

Huit, je crois. Je jouais dans des bars. J’ai été aussi guitariste accompagnant pour des chanteuses telles que Buridane. J’ai fait une tournée de belles salles avec elle, dont le Casino de Paris.

Tu as fait partie d’un groupe qui a eu sa petite réputation, Charlie Tango.

La formule de base était un duo, mais quand j’avais du budget, il y avait tout un groupe derrière moi. On a fait un EP qui a pas mal marché dans la région. C’était un projet qui pouvait se rapprocher de Luke ou Damien Saez. Nous avons eu des touches dans les maisons de disque, mais ça ne s’est pas fait. Chez Wagram, on avait presque le stylo en main pour signer le contrat… et le label a fermé. Finalement, on a arrêté car nous n'avions plus la même énergie. Et puis, pour être sincère, ma copine s’est installée en Chine et c’était simple : soit j’arrêtais tout pour la rejoindre, soit l’histoire était finie. J’ai arrêté tout… et elle a fini par me demander de ne pas venir.

C’est ce que tu racontes dans une de tes chansons, "In Fine".

Cette histoire m’a nourri. Les disques post-ruptures des artistes que j’apprécie sont souvent les plus magnifiques. Ça doit débloquer des choses intérieures dans l’écriture, peut-être un certain lâcher-prise. Donc, finalement, malgré ma peine, ça m’a aussi beaucoup stimulé. Je suis parti en guitare voix. Pas d’effets sur les guitares, juste du bois, de l’acier, un chant et une écriture. En fait, je me suis épanoui comme jamais musicalement et artistiquement. Je pose désormais mon rythme et je fais ce que je veux sur scène. Ces deux dernières années, je ne cesse de kiffer.

Live à la maison de "In Fine". Vidéo : Nicolas Dormont.

As-tu une ambition dans la chanson ?

Celle de ne pas être trop plombant.

Tu es fou, c’est tout le contraire !

Je l’étais avant. Aujourd’hui, quand j’ai des soucis et que je veux les exprimer, j’essaie de trouver des formules pour se marrer. Malgré la vie difficile, je calibre mes chansons de manière à ce qu’elles soient un peu légères quand même.

Sèbe, c’est un personnage ou c’est toi et rien que toi ?

C’est une vraie question. Il y a des chansons où je suis très premier degré, notamment mes ballades un peu romantiques, et d’autres avec lesquelles j’ai envie de m’amuser. Les chansons dans lesquelles j’aborde des problématiques sociales sont très cyniques et très second degré. Globalement, le personnage maladroit et pataud que j’incarne sur scène me ressemble beaucoup, mais j’accentue certains traits. Je vais d’ailleurs amplifier le côté drôle et mordant.

"En apparence", version culinaire. 

Tu as un côté décalé, un peu hors cadre, comme Sophie Le Cam. Ça fait du bien parce que j’en ai marre d’entendre toujours les mêmes chansons « à l’ancienne ». Je trouve que vous êtes deux artistes qu’on devrait mettre nettement en avant.

Merci. Je suis d’accord avec toi, il y a dans la chanson françaises beaucoup « d’héritiers ». Nous sommes jeunes, c’est à nous de créer un nouveau chemin. Attention ! Je ne dis pas que je révolutionne les choses, je fais les mêmes accords que tout le monde, mais j’essaie d’aborder l’écriture différemment. J’essaie juste d’apporter ma touche perso à la chanson.

Tu écris souvent ?

Pratiquement tous les jours. Ce qui m’éclate, c’est le cynisme avec de l’intelligence dedans, parce que ça me fait marrer. J’aime bien racler dans le bas-fond de l’humanité avec une touche d’humour. J’ai encore un peu de mal à y aller complètement… il faudrait que je place mon curseur plus haut. Je suis fan de l’auteur de bande dessinée, Fabcaro. C’est très absurde, mais il y a du cynisme et une noirceur dans le fond. Tout ce que j’aime. Je vais être clair, tout ce qu’il fait en BD, c’est ce que j’aimerais faire en chanson. 

(Découvrir l'univers de Fabcaro, ).

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Live à la maison de "Korben-Dallas". Vidéo : Nicolas Dormont.

Qu’est ce qui t’inspire ?

Le cynisme justement. La violence dans les rapports humains aussi. Quand j’écris sur ça, je fais attention à comment le public pourrait recevoir le texte. Je ne veux pas l’agresser, mais plutôt le faire réfléchir tout en l’amusant. C’est difficile d’expliquer, mais je crois que ça se rapproche de ça.

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Pendant l'interview...

Tu aimes Didier Super ?

Tu fais bien d’en parler, j’ai beaucoup d’admiration pour lui. C’est un vrai personnage qui ne perd jamais le fil, même en interview, il va au bout de sa démarche. Il est d’une intelligence rare. Je connais son régisseur. Il m’a dit qu’il est adorable, qu’il ne se paye pas plus que les autres et qu’il place tout le monde au même niveau. C’est un mec qui vit son truc en étant profondément humaniste. J’ai d’ailleurs remarqué que ce sont souvent les plus misanthropes qui sont les plus humanistes.

Musicalement, même si tu joues des morceaux « pas très énervés », on sent que tu as écouté beaucoup de punk dans ta jeunesse.

C’est totalement vrai. Ça m’a procuré une certaine facilité à faire des refrains. Dans les musiques punks, et aussi dans la pop, il y a un sens du refrain exceptionnel et super efficace.

Reprise de la chanson d'Alain Souchon, "Rien ne vaut le vie". Vidéo : Nicolas Dormont.

Tu t’impliques humainement dans les chansons. Quand je parle de toi, je résume en disant que tu es un petit Souchon, encore plus drôle.

C’est le plus joli compliment que l’on puisse me faire. Il y a tout chez Souchon. Des textes poétiques simples, tendres et d’une redoutable efficacité. Avec lui, nous sommes connectés avec le cœur et avec les tripes. J’aime quand on ne me considère pas juste comme un chanteur drôle, parce que c’est dur de sortir de ça et surtout, je ne suis pas que ça. J’assume de la même façon mes ballades tendres ou romantiques.

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Après l'interview, le 28 novembre 2019.

Ses futurs concerts (cliquez sur la photo pour mieux voir... ou prenez une loupe!)

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