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06 décembre 2019

ITAK : interview pour l'EP La joie.

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(@Maxime Potherat)

Itak pochette.jpgIntitulé La joie le premier EP d’ITAK est sorti sur toutes les plateformes il y a quelques jours. Comme l’indique l’argumentaire de presse, ITAK propose « une pop douce et rugueuse, comme du sable chaud avec un gout de transe sous les talons. Avec sa voix profonde grave et tendre, la chanteuse, auteure, compositrice propose une poésie solaire aux mélodies enveloppantes. Un opus pop teinté d’électro et de rock aérien, avec Valentin Verrier à la réalisation et à la co-composition. »

Le 18 novembre dernier, j’ai interviewé Soizic Martin, (la chanteuse d’ITAK) dans une brasserie de la Gare du Nord.

La page Facebook d'ITAK

Pour écouter l'EP, La joie.

Line up :

Soizic Martin: chant, orgue, sampler
Jean-laurent Cayzac: guitare électrique
Florian Huygebaert: Batterie
Valentin Verrier: son  

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IMG_5132.JPGInterview :

Tu as commencé le piano vers l’âge de 7 ans.

Oui. J’étais dans une école avec une pédagogie alternative dans laquelle l’artistique avait une grande place. On conseillait fortement aux élèves de jouer un instrument. L’environnement de base était musical. Il y avait des cours de musique et une chorale… Le piano était un peu mon journal intime. Je pouvais passer des heures à improviser dessus, mais je ne me projetais pas du tout à jouer devant un public.

Par contre, tu voulais être comédienne.

Ça, je l’ai su assez tôt. J’ai fait une école de théâtre et paradoxalement, c’est là que j’ai commencé à écrire des chansons. Et comme je fréquentais des gens qui chantaient dans les bars, j’ai fait pareil… bien que je ne me sentais absolument pas légitime en tant que chanteuse.

Au début des années 2000, tu as même créé un duo avec ta sœur, Lise Martin (mandorisée récemment là), Les Fées d’Hiver.

On a fait quelques premières parties et nos propres concerts. En un an et demi, on a joué sur pas mal de scènes parisiennes. Puis nous avons cessé le duo. Je me considérais comme une comédienne qui chantait à côté.

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(@Maxime Potherat)

Bon, aujourd’hui tu sors un EP sous le nom d’ITAK. Tu as donc décidé de devenir chanteuse officiellement.

Même quand je faisais du théâtre, je chantais et je jouais de la musique. Ça fait trois ans que j’ai pris la décision de revendiquer le fait que je sois musicienne et chanteuse. C’est une évidence que j’ai mis du temps à découvrir… Je pense qu’inconsciemment, comme ma sœur était chanteuse et qu’elle avait un public non négligeable, je lui ai laissé cette place. J’ai mis longtemps à me dire que j’avais peut-être aussi la mienne.

Avant de créer ITAK, tu es passée par la Manufacture Chanson pour travailler ta voix.

Il y a avait un programme d’accompagnement avec La boite à outils. J’ai bénéficié d’un coaching avec Céline Ollivier (mandorisée là). Le fait de n’avoir jamais pris de vrais cours de chant avant me donnait l’impression que je n’avais pas l’autorisation de devenir chanteuse.

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(@Maxime Potherat)

Quelles sont celles qui t’ont influencé ?

Je dirais Nina Simone, Lhassa, Catherine Ringer et Beth Gibbons de Portishead. J’aime bien sentir la puissance de leur voix. Ça n’a rien à voir, mais j’aime aussi beaucoup Zombie Zombie, un groupe de musique électronique français né de la rencontre entre Étienne Jaumet, saxophoniste de The Married Monk, et Cosmic Néman, le batteur d'Herman Düne.

La rencontre avec Valentin Verrier, avec qui tu as fait cet EP, a été déterminante.

Je l’ai rencontré alors que j’étais professionnellement dans un creux de vague. Lui était dans la même situation. Nous nous sommes retrouvés chez lui, dans son studio. J’écoutais ses petites bidouilles…. elles m’inspiraient des textes et des mélodies. J’étais loin de la MAO (musique assistée par ordinateur), mais plutôt dans un environnement de musique acoustique. Je me suis rendu compte que ce qui me touche et ce que j’avais envie d’explorer allaient dans le sens du travail de Valentin. Il m’a aidé à me rapprocher de cet univers-là. On a vraiment créé les chansons ensemble. Il y a eu beaucoup d’allers-retours. Nous avancions un peu chacun de notre côté entre les séances studio. Pour nos futurs concerts, le groupe formé pour la scène et moi, nous avons eu la volonté d'aller un peu plus vers le rock psyché, avec de la transe.

Clip de "Dans l'eau" réalisé par Maxime Potherat.

Avec cet univers, tu prends plus de plaisir qu’avant ?

Oui, assurément. Déjà, dans mes textes, je n’écrivais plus ce qui me faisait mal, mais ce qui me faisait du bien. Pour moi, avant ITAK, l’écriture était le meilleur moyen pour sortir ce que je n’avais pas envie de garder en moi.

C’est bien d’être artiste. Tu rends beau les épreuves que tu traverses…

Je pense que c’est même ma philosophie de vie. Je pense qu’on est là pour essayer de rendre beau le laid.

Tu es tellement devenue positive dans tes nouvelles chansons qu’il y en a même une qui s’intitule « La joie ».

Le fait de me sentir à ma place, de me donner ma place dans le style musical qui me correspond, m’a incité à ne plus chanter la douleur. J’ai ressenti le besoin de chanter la joie. Ce n’est pas aussi simple que l’on pourrait le penser. Dans notre langue française, des textes légers peuvent vite être considérés comme des niaiseries. Pour moi, la joie c’est tout sauf niais. Ce sont les viscères et les tripes. Dans cette chanson, j’ai donné du corps et de la matière à la joie.

Tu as écrit « La joie » lors de ton séjour de trois mois en Argentine.

Ça m’a beaucoup aidé. Comme j’ai constaté que l’on pouvait chanter la joie en espagnol, ça m’a motivé pour en faire de même en français.

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(@Maxime Potherat)

Pourquoi ne chantes-tu pas sous ton vrai nom ?

Je n’ai ni l’envie, ni le besoin que mon nom soit mis en avant. Pour moi, l’important c’est le projet. Et c’est le projet qui a un nom. ITAK, c’est moi et les gens avec qui je travaille. C’est une entité. J’ai essayé d’en faire un personnage, celui que l’on voit sur la pochette de l’EP. Il est mi-humain, mi-végétal, mi-animal…

D’après l’Odyssée d’Homère, Ulysse était le roi d’Ithaque, île qu’il retrouva après avoir longuement erré en mer, après avoir subi de multiples épreuves. Il y a un rapport avec ton projet ?

Oui. Cette île grecque qui a une histoire représente le chez-soi qui ne bouge pas. On peut partir loin, se perdre, on a toujours une partie de soi qui est là, qui ne nous abandonnera pas et qu’on retrouvera toujours. C’est ce qu’il s’est passé dans mon rapport avec la musique. J’ai essayé plein de choses, mais c’est à cet endroit que je me sens profondément moi. C’est une île dans laquelle je peux inviter des gens et partager des choses.

Le métier est difficile aujourd’hui. Pourquoi le fais-tu ?

Parce que j’en ai besoin. Je crois qu’aujourd’hui, quoi que l’on choisisse, c’est dur. Alors, autant choisir un métier qui me procure assez de plaisir pour endurer la difficulté.

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Après l'interview, le 18 novembre 2019.

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