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04 décembre 2019

Gérald Genty : interview pour l'album Là-haut

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(@Patrick Cockpit)

gérald genty,là-haut,interview,mandorGérald Genty, ça faisait un moment que je l’écoutais, l’observais, l’appréciais. Mais sans jamais l’avoir rencontré. J’ai toujours été impressionné par sa maîtrise de la musique (au large spectre), ses mélodies imparables et sa capacité à trouver des arrangements limpides. Genty est un multi-instrumentiste chevronné, toujours à la recherche du son parfait. S’il aime les calembours, c’est surtout un adepte de la paronomase (figure de style qui consiste à employer dans une même phrase des mots dont le son est à peu près semblable, mais le sens différent). Il excelle en la matière. Bref, le type est doué. Et trop injustement méconnu du grand public. 

Gérald Genty sera au Zèbre de Belleville le 17 janvier 2020 (avec Julien Carton). Pour les places, c'est ici.

Pour parler de son nouvel album, Là-Haut, nous nous sommes retrouvés le 21 novembre en terrasse d'une brasserie de la Gare du Nord pour une première mandorisation…

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle

Pour écouter son disque

Argumentaire de presse (légèrement raccourcie et remanié) :gérald genty,là-haut,interview,mandor

Voilà, il l’a fait. Ce disque sur la fin, la disparition, celui auquel il songeait lorsque l’urgence de capter les voix fragiles de ses deux jeunes fils l’avait finalement incité à aller au bout du format court avec l’album Hippopopopopopopopopopopotame.

Les précédents disques de Gérald Genty comportaient toujours une ou deux de ces chansons courtes, mais aussi une ou deux plus sérieuses : l’envie d’aller au bout de ces deux formes explique pourquoi arrive maintenant Là-haut, qu’on peut qualifier de concept-album. L’artiste reconnaît qu’il réfléchit désormais « un peu en terme d’œuvre globale » et qu’un disque comme celui-là aurait manqué à sa discographie. Dans Là-haut « il y a encore pas mal de calembours mais ils sont presque invisibles » explique Gérald, « le jeu de mot, lorsque l’on le recouvre de mélancolie, qu’on le baigne dans le drame, il a tendance à disparaitre, il s’efface »...

gérald genty,là-haut,interview,mandorSa voix sur le début de « La Station » évoque Dominique A mais ce n’est pas son inspiration première, loin s’en faut (il aime surtout l’album La Musique). Parmi les artistes qu’il admire figurent surtout Raymond Devos, Bertrand Belin, ou encore Mathieu Boogaerts dont le premier album Super avait durablement marqué Gérald dans son envie de gaîté, de légèreté. Cela a pris le temps, mais Là-haut c’est un peu son Michel. Voire son Tchao pantin.

Si la question de la postérité présente en filigrane de ses deux premiers albums n’est plus vraiment le souci d’un Gérald Genty déjà content d’avoir un public fidèle, il englobe dans la thématique de son nouveau disque la disparition... des radars, de l’actualité, de l’esprit des gens.

S’il est bien trop tôt pour deviner quelle sera la trajectoire de ce nouvel aéronef musical, avouons qu’en guise de calembour, ce serait un joli pied de nez de faire qu’un disque sur la disparition soit finalement un album qui restera.

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(@Patrick Cockpit)

gérald genty,là-haut,interview,mandorInterview :

Là-haut est un disque qui évoque la mort ou la disparition. C’est fini le Gérald Genty aux thèmes plus légers ?

Le disque devait s’appelait Dix End, dix chansons sur la fin, mais je n’ai reçu aucune adhésion sur ce titre-là, à part chez les artistes. Tu sais, j’ai toujours eu dans chaque album des chansons un peu tristes, en tout cas qui n’avaient pas vocation à faire rire… mais elles étaient noyées au milieu de chansons un peu plus déjantées. Dans la globalité des disques, souvent avec des pochettes marrantes, on oubliait ces chansons-là.

J’ai l’image de toi d’un artiste qui a une sacrée plume et qui sait en jouer. Je t’ai toujours trouvé beaucoup de sensibilité. Je ne t’ai jamais considéré comme un chanteur « rigolo » à l’instar d’un Oldelaf, que j’apprécie aussi beaucoup au demeurant.

En tout cas, je n’écoute jamais les chanteurs drôles. Pour ma part, je préfère être rigolo, mais sans faire gaffe. Et je vais te dire la vérité, ce que je préfère dans les chansons, c’est la musique. C’est de jouer de la musique. C’est ça que j’aime explorer et c’est ça qui m’éclate. Quant aux textes, j’ai la sensation qu’ils viennent presque tout seul.

D’ailleurs, tu dis souvent que tu ne te considères pas comme un chanteur à textes.

Parce que j’ai l’impression que, quand on est un chanteur à textes, la musique est derrière. Je ne veux pas que les gens se disent : « Concentrons-nous sur ce que le chanteur dit, c’est ça le plus important ! »

Tu travailles dans ton propre studio ?

Oui, habituellement, je fais tout chez moi. Mais pour cet album, j’ai été épaulé par Julien Carton au piano qui m’accompagne désormais sur scène, et Carol Teillard d’Eyry à la batterie. Ainsi j’ai rompu avec ma façon de travailler en petite séquence, en copier / coller, chaque instrument jouant ici du début à la fin. Je précise aussi que c’est Thomas De Fraguier qui est aux manettes.

"Pour les parents que nous sommes ou serons peut-être et pour les enfants que nous resterons, voici "planeur"! Un clip participatif réalisé avec des bouts d'vous, des bouts d'choux et pas mal de bouts d'ficelle !"

« Planeur » est une chanson magnifique qui parle de la disparition du père et des enfants qui quittentgérald genty,là-haut,interview,mandor le nid un jour…

Je rassure tout le monde, mon père est encore vivant. Mes enfants ont 6 et 8 ans, mais je ne suis pas pressé qu’ils partent faire leur vie. Ça me fait un peu peur de me dire que peut-être, le meilleur est passé. Cette chanson explique qu’il faut essayer d’en profiter malgré le côté éphémère de la chose.

Es-tu devenu plus mélancolique et inquiet depuis que tu as des enfants ?

Je ne pense pas. Je ne sais pas si ça se perçoit dans ma discographie, mais c’est plus tout ce qui touche à l’hôpital qui me fait peur. Cette angoisse, je l’ai casé dans la chanson « Rien ». Ça parle de mon frère qui a eu un truc assez sérieux qui le menaçait vitalement. A Ajaccio, la clinique est au bord d’une plage. On attendait des résultats d’examens en se baladant sur la plage en question. Il y avait un décalage entre ce que l’on pouvait ressentir sur le moment et la pression des résultats à venir. Toute cette beauté devant nous ne servait à rien s’ils n’étaient pas bons. Ils étaient bons.

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(@Michaël Foucault)

gérald genty,là-haut,interview,mandor« Le fil » et « La station » parlent des NDE (« Near Death Experiences »).

Ce sont deux chansons liées. C’est un sujet que je trouve fascinant. J’ai été assez marqué par L’experience interdite de Joël Schumacher, par l’accident de son malheureux homonyme l’ex-pilote Michaël, ou par le livre Le test de Stéphane Allix.

Dans « Le métier qui sort », tu évoques la difficulté d’être un artiste non « mainstream » aujourd’hui. Tu te sens comment dans « le métier » justement ?

L’important pour moi, c’est que d’année en année, je parvienne à continuer à faire de la scène et des disques. Comme je n’ai jamais eu de grands succès, c’est plus facile pour moi d’en rigoler dans des chansons. Je fais beaucoup de dates solos et je dors souvent chez l’habitant. C’est amusant parce que, sur chaque album, je fais une chanson sur « qu’est-ce que ça va être la célébrité ? »

Dans « Le facteur », tu t’es inspiré de l’histoire d’une écrivaine du Nouveau Mexique retrouvée chez elle des mois après son décès.

Je me suis dit que si ça pouvait arriver à une auteure qui a reçu des prix littéraires, ça pouvait aussi arriver à un chanteur. Quand je la joue sur scène, je dis au public que j’imagine que c’est ma propre histoire.

Tu crains la mort ?

Oui, mais ce n’est pas une obsession. Je te le répète, je crains l’hôpital. Le souci, c’est que je ne me surveille pas, du coup. Je ne surveille rien de moi. Je devrais faire des prises de sang et je ne le fais jamais. A 45 ans, je crois qu’il faut faire attention à son corps. Surtout que je mange énormément de Petit Ecolier. J’essaie de faire gaffe, mais c’est pour moi une drogue dure. Je peux m’enfiler deux paquets par jour quand je suis en tournée.

Clip de "MH370".

gérald genty,là-haut,interview,mandorTu as eu un oncle marin qui a sombré dans l’Océan Indien quand tu avais 6 ans. Ce souvenir a été réveillé par la mystérieuse disparition du vol MH370. Tu en as fait une chanson, « MH370 », mais cette fois l’issue de cette superbe chanson est plus heureuse.

Quand il y a eu cette catastrophe –là, je me souviens m’être dit que je préférais que l’on ne retrouve rien et que tout était encore possible.

Tu es tennisman, classé 4/6, et dans cet album, tu as rendu hommage à Roger Federer, dans « Fais des rêves ».

Le jeu de mot est tellement énorme que j’ai dû aller vérifier que cela n’avait pas déjà été maintes fois utilisé. J’ai composé cette chanson après sa victoire surprise à l’open d’Australie en 2017, alors qu’on le disait fini. A la fin de la chanson le gamin qui joue contre lui, c’est moi... Fondamentalement, échanger des balles avec lui est mon rêve absolu. Entre ça et jouer à l’Accord Hôtel Arena et taper la balle avec Federer, je choisis sans hésiter la deuxième proposition. Je ne sais pas comment faire. Il est très sympa, mais quasiment inabordable à cause de son entourage.

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(@Allain Huchet)

Ton frère, dont nous parlions tout à l’heure, est garde forestier en Corse, mais aussi musicien.

Oui, il m’a donné plusieurs chansons, dont « Tu n’es pas » qui est sur l’album Nul si pas découvert en 2009. Dans ce nouveau disque, je lui ai pris le premier couplet d’une chanson qu’il avait faite pour lui et il figure désormais dans « Planeur ». Il est chanteur depuis plus longtemps que moi. C’était lui le musicien de la famille. Moi, j’étais le tennisman. C’est curieux cette situation. Là, j’ai bientôt trois dates à Montpellier, il va me rejoindre. Je vais le faire monter sur scène.

Je sais que tu aimes beaucoup ton frère.

A l'adolescence, j'étais un peu plus éloigné de lui, mais quand j’ai découvert ses chansons sur des cassettes, ça m’a foutu une claque.

C’est ça qui t’a donné envie de faire de la musique ?

Peut-être. J’étais bassiste et je faisais des reprises des Pixies. C’est vraiment quand je suis tombé sur ses chansons que je me suis dit que la chanson, c’était pas mal.

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(@Carolyn Caro)

Tu as l’impression d’appartenir à une famille dans la chanson, celle de Mathieu Boogaerts par exemple.

Mathieu Boogaerts, c’est vraiment quelqu’un qui a compté pour moi. Son album Super en 1996, a été une claque. Je me souviens d’avoir été au Virgin Megastore de Bordeaux et d’avoir écouté ce disque sans être convaincu. A l’époque, j’étais dans le rock indépendant. Dans la nuit, mon cerveau travaille, je retourne écouter et paf ! J’adore ! Je deviens raide dingue de ce disque.

Il t’a influencé dans tes premiers disques ?

Il était tellement important pour moi qu’il a fallu que je m’en sépare complètement, que je ne l’écoute plus du tout pendant des années. Il m’influençait trop. Quand j’ai sorti mon premier album chez Wagram, ils ont mis le paquet. J’ai eu des pubs sur Canal Plus, j’avais des clips qui tournaient sur M6. Complètement matraqués partout, les fans de Mathieu Boogaerts qui sont tombés sur moi ont considéré que j’étais un connard de plagieur. En plus, je lisais tout. J’allais sur les forums qui lui étaient consacrés. Je m’en prenais plein la gueule. Je me suis bien fait du mal.

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Pendant l'interview.

gérald genty,là-haut,interview,mandorTu fais une carte blanche en avril 2020 avec lui.

C’est un fan à moi qui me propose cette carte blanche chaque année. C’est très compliqué de construire une carte blanche. La dernière fois, j’avais Vincent Baguian et Emmanuel Donzella. Là, j’ai choisi Mathieu Boogaerts. Puisqu’il est aussi batteur, je vais lui demander de faire mon set avec lui à la batterie. Evidemment, il va aussi chanter.

En ce moment, tu es en première partie du groupe Archimède.

C’est marrant comment cela s’est produit. Parfois, je tape mon nom dans Google pour voir s’il se dit des choses sur moi. Un jour, je suis tombé sur un article concernant Archimède dans lequel ils disaient que je faisais partie des artistes qu’ils appréciaient beaucoup. Je les ai contactés pour les remercier et ils m’ont proposé des dates.

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Après l'interview, le 21 novembre 2019.

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