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04 novembre 2019

Dave : interview pour Souviens-toi d'aimer

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Sans renier « Vanina » ou « Du côté de chez Swann », Dave s’immisce dans un chemin plus personnel, voire risqué, avec son nouvel album, Souviens toi d’aimer, une phrase de l'abbé Pierre que le formidable interprète décline en 12 chansons. C'est Renaud qui est à l'origine de ce beau projet.

C’est un album très intime, un album de chansons françaises. Avec des textes de qualité signé Patrick Loiseau… et Renaud pour une chanson. Du sur-mesure.

Dave a toujours été un chanteur respectable, mais à partir d’aujourd’hui, avec ce très joli album, plus personne ne pourra en douter.

J’ai rencontré Dave dans sa loge de Vivement Dimanche, dont il était l’invité le 21 octobre dernier. C’était la troisième fois que je l’interviewais et, comme d’habitude, il a été drôle, souriant et très sympathique. J’en connais qui n’ont pas la même carrière et qui se prennent beaucoup plus au sérieux…

Sa page officielle Facebook.

Pour écouter l'album Souviens-toi d'aimer, c'est là!

daave,souviens toi d'aimer,interview,mandorBiographie officielle (par Patrice Demailly) :

Il y a l'homme. Populaire, récréatif, fin gourmet, spontané, sourire accroché à son accent hollandais et bonne humeur pétaradante. Un client idéal pour intervieweur allergique aux réponses cadrées. Parce que Dave a le sens de la formule, l'art de la digression savoureuse ou la phrase-sentence autant percutante qu'inattendue. Joueur souvent, gentiment railleur parfois, vif toujours, et même délicieusement intraitable envers lui-même. Son solide capitale sympathie s'est naturellement propagé sur l'écran cathodique : animateur d'émissions (Salut les chouchous, Domino Day, Du côté de chez Dave), commentateur caustique pour l'Eurovision, membre du jury de La France a un incroyable talent... Le plus français des Néerlandais fait en quelque sorte un peu partie de la famille.

Il y a le chanteur. Populaire (bis), entertainer, armé de chansons inscrites dans l'inconscient collectif et contagieuses (faut-il encore vraiment citer « Vanina », « Du côté de chez Swann », « Est-ce par hasard », « Mon cœur est malade » ou « Dansez maintenant » ?), voix immédiatement identifiable et longévité exemplaire. Son terrain de jeu privilégié, c'est la scène. Qu'il arpente en respectant ces quatre principes chevillés à son corps volcan : émotion, folie, générosité, humour. Ne pas s'attendre avec lui à ce que le spectacle ronronne. Ne pas s'attendre, non plus, à ce qu'il chante à l'économie.

D'un point de vue discographique, il s'était fait plus rare ces derniers temps. Hormis un disque de ses chansons revisitées à la sauce soul-Motown en 2011, il faut remonter treize ans en arrière pour trouver la trace de titres originaux (Tout le plaisir a été pour moi). Ce qui a impulsé cet album, c'est une rencontre inopinée. Dave se produit alors à l'auditorium du Thor, près de l'Isle-sur-la-Sorgue, au profit de l'association des chiens-guide pour enfants aveugles. Dans la salle, le chanteur Renaud s'est déplacé en voisin. Il est scotché par l'énergie et les facéties décomplexées de son aîné. En loge, il lui glisse : « Tu es un clown musical ». Les deux hommes, dont les résidences secondaires sont à proximité, se rapprochent, échangent, sympathisent. Autre point commun entre eux, Thierry Geoffroy, ami très proche du chanteur au bandana rouge et co-compositeur du morceau « Dernier Regard » pour Dave en 1990. Il fait entendre à Renaud « La fille aux deux papas ». Chanson sur l'homoparentalité, écrite par Patrick Loiseau, parolier attitré et compagnon de Dave, à la demande de Marc-Olivier Fogiel. Sujet sociétal. Sujet engagé. Sujet clivant… Renaud craque pour ce titre et décide, dans la foulée, de produire l'album. Son offrande ne s'arrête pas là puisque il glisse aussi un texte sensible et aux éclats brisés (« Une femme qui s'en va »).

Le disque (par Patrice Demailly:daave,souviens toi d'aimer,interview,mandor

Dave retourne donc au charbon de la nouveauté et pète le feu. Lui le fougueux des planches se réhabitue à la moquette des studios. Direction le mythique ICP à Bruxelles sous la houlette de Thierry Geoffroy - réalisation et arrangements - et du réputé Phil Delire (Thiéfaine, Noir Désir, Bashung, Renaud) au mixage. Du panache, de la délicatesse, de la conviction. Pas besoin chez lui de baisser de tonalité. Dave chante comme aux premiers jours les mots de Patrick Loiseau. Leur belle complicité se dessine même pour la première fois sous la forme d'un duo (« Deux moitiés d'une même orange »). Paroles aux effets miroir, paroles célébrant l'évidence de l'alchimie (Désir, attirance et osmose / Où est la raison dans tout ça / En tout cas tu m'accorderas / Que la vie a bien fait les choses). La voix très pure embrasse le souvenir. Souvenir de l'ultime départ de sa mère dans une version ici magnifiée par un écrin de cordes (« Dernier regard »). Souvenir d'amis disparus, emportés par la maladie de l'amour (« Sous quel arc en ciel »). Souvenir d'une époque bénie et insouciante sur une mélodie de Gilbert Montagné (« La nostalgie sera toujours ce qu'elle est »). Thierry Geoffroy ne s'enferme jamais dans l'immobilisme et dresse un écrin musical aussi classieux qu'audacieux (« Inséparés », épique et accrocheur). Il y aussi une chanson sur les morsures du temps qui passe (« Quittons-nous bon amants »), une autre sur la fatalité de la mort (« Plus libre que l'air »), des manifestes pour la pensée positive (« Pas à l'abri », « Souviens-toi d'aimer ») et un titre qui rappelle par sa thématique le « Par amour par pitié » de Sylvie Vartan (« L'inventaire »). Cette percée aux émotions diffuses prend une allure de conquête. Dave a un incroyable talent. Celui de surprendre et d'emballer dans un même élan.

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daave,souviens toi d'aimer,interview,mandorInterview :

La dernière fois que je vous ai interviewé, c’était en 2006, pour l’album Tout le plaisir a été pour moi. Avec ce nouveau, Souviens-toi d’aimer, j’ai l’impression que ce sont les deux disques les plus intimes de votre carrière…

Vous avez raison. Dans les deux albums, ce sont des textes très profonds signés de Patrick Loiseau, mon compagnon. C’est donc presque autobiographique. Il est la plume, normal pour quelqu’un qui s’appelle Loiseau, et moi je suis son porte-parole, en quelque sorte. Les chansons parlent de nous puisque nous avons une vie commune de bientôt un demi-siècle. Pour vous donner un exemple très précis, la chanson « Quittons-nous bons amants », je lui ai demandé de changer un peu la fin parce qu’elle finissait mal. Parfois, je lui suggère des modifications, mais très rarement.

Souviens-toi d’aimer est un album d’auteur ?

Oui, j’insiste là-dessus. C’est un album d’auteur et pas de parolier. Je ne suis que le transmetteur de ses textes. Par contre, je ne renie pas l’importance de chansons comme « Du côté de chez Swann » ou même « Vanina », c’est important que des chansons populaires existent. Elles font du bien aux gens. Ce n’est pas très important ce que ces chansons racontent, mais tout le monde s’en souvient des décennies après. Il doit bien y avoir une raison.

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En 2006, pour l'album Tout le plaisir a été pour moi.

C’est quoi pour vous, une chanson à texte ?

Un poème avec de la musique. Les chansons comme « Vanina », « Est-ce par hasard » ou « Danser maintenant », c’est juste la rencontre entre des sons, des paroles et des notes.

C’est difficile de faire des chansons « populaires ». J’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui y parviennent.

Vous avez raison parce que c’est compliqué de faire simple et efficace. Mais, à mon âge je ressens le besoin de chanter d’autres sortes de chansons. Continuer à faire chanteur pour minettes, ce serait pathétique.

Je vous ai entendu dire sur France Culture, toujours sous forme de clin d’œil, que ce disque était enfin « celui de la maturité ».

A 75 ans, il serait temps. A mon âge, on n’est pas mûr, on est plutôt blet (rires). Pendant longtemps, on ne se voit pas trop vieillir. Comme les cocus, nous sommes les derniers au courant qu’on est vieux. Bref, aujourd’hui, je ne cherche plus le tube. Je cherche à faire un bel album. Bon, si je veux être tout à fait franc avec vous, les gens de mon âge rêvent tous de répéter ce qu’a fait Henri Salvador avec son album, Chambre avec vue, dans lequel il y avait le magnifique « Jardin d’hiver ». Personne ne cracherait sur deux millions d’albums vendus (rires).

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Dave et Renaud cet été sur l'Isle-sur-la-Sorgue.

Parlons de Renaud (mandorisé là). Renaud qui produit Dave, ça en a surpris plus d’un !

C’est rare qu’un chanteur donne de l’argent à un autre artiste pour faire un disque, surtout quand ils appartiennent à deux mondes aussi différents. Ma rencontre avec lui, on dirait un film de Lelouch. Il y a tellement de hasards…

Racontez-nous alors.

Renaud s’est installé sur l'Isle-sur-la-Sorgue il y a 30 ans, moi, il y a 24 ans. Thierry Geoffroy, qui a composé 8 chansons dans cet album, s’est installé à 7 kilomètres de là, il y a quelques années. Sa femme, qui est hollandaise, à vue dans la presse que j’allais faire un concert philanthropique au profit des chiens guides pour les enfants aveugles. Elle a demandé à la bande à Renaud de venir avec elle me voir. C’était il y a 4 ans. Quand Renaud m’a vu sur scène, il a compris que je n’étais plus un chanteur à minettes. On est devenu copains et il a décidé de produire mon album. C’est vraiment une histoire vauclusienne.

Sans lui, réellement, cet album n’aurait pas vu le jour ?

Si, mais pas dans des conditions si optimales. Enregistrer aux studios de l’ICP à Bruxelles, avoir 40 cordes, ça coûte les yeux de la tête. Je vous avoue que si j’étais une maison de disque, je n’engagerais certainement pas un chanteur septuagénaire. Dans les radios, on passe rarement des chanteurs qui ont plus de 60 ans. Heureusement qu’il y a la télé. Là, je suis plutôt le bienvenu.

"La fille aux deux papas". 

Vous êtes un bon client et vous ne vous interdisez rien. Même pas les gros mots.

Patrick Loiseau m’a expliqué mon problème avec ça. Pour moi, les gros mots sortent facilement, parce qu’ils ne sont pas dans ma langue natale. Quand à huit ans, on t’ordonne de ne plus dire tel ou tel mot, tu t’en souviens à vie, donc tu ne le dit plus. Mais les gros mots français pour moi, c’est comme l’argent du Monopoly. Ce n’est pas sérieux de dire bite, couille… parce que ce n’est pas ma langue. En Hollandais, je n’oserais jamais le dire.

Pourquoi chantez-vous encore ?

Quand on a travaillé toute sa vie à la chaine, on est content que ça s’arrête. On a envie de profiter de sa retraite. Mais un artiste doit toujours avoir des projets. S’il n’a pas de projets, il n’est plus artiste. Je cite avec regret mon amie Annie Cordy qui a décidé d’arrêter le métier. C’est normal, elle a 91 ans, mais elle va moins bien. Quand elle me voit à la télé en ce moment, elle me demande si je ne suis pas fatigué, je lui réponds que je n’ai pas le temps d’être fatigué.

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En 2011, après le tournage de l'émission de France  2, CD'Aujourd'hui, pour son album Blue Eyed Soul.

Pourquoi avoir choisi de chanter à Bobino le 18 novembre prochain?

Parce que mes chansons sont de plus en plus Rive Gauche. Le plus difficile sera de trouver comment chanter mes nouveaux titres en calant aussi les anciennes que le public attend. L’ordre d’un tour de chant est très important.

Vous vous mettez en danger ?

Je n’aime pas les artistes qui disent cela. Se mettre en danger, c’est partir chanter au Kurdistan, ce n’est pas avoir un problème de set list.

Audio de "Inséparés".

Vous qui avez tout connu dans ce métier. Aujourd’hui, êtes-vous satisfait de votre sort professionnel.

Oui. Je serais gonflé de dire le contraire. Je n’ai qu’un regret. C’est que je n’ai pas eu l’occasion de porter la chanson ailleurs que dans les pays francophones.

Pourquoi ?

Parce que je n’en ai jamais eu le temps. Comme j’ai la chance de parler plusieurs langues, j’aurais bien aimé être ambassadeur de la chanson française dans les pays anglo-saxons.

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Après l'interview, le 21 octobre 2019.

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