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02 novembre 2019

Lise Martin : interview pour Persona

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(Photos : Paul Rousteau)

IMG_4746.jpgNeuf ans après Gare des Silences, son premier EP, et cinq ans après Déments-Songes, son double album, voici le nouvel album de Lise Martin, Persona. Comme l’indique mieux que je ne pourrais le faire Flavie Gibral dans le magazine Hexagone : « Lise Martin prouve qu’il est possible de composer des mémoires intimes et poétiques, et de livrer avec légèreté un esprit gémissant en proie aux longs ennuis. La nature, le vent, le soleil, éléments éternels, viennent vivifier une poétique qui fuit justement la trivialité. »

J’aime Lise Martin (déjà mandorisée là en 2016) parce que c’est une grande voix au service de grands textes, le tout sur des mélodies délicates et particulièrement efficaces. Et parce qu’elle parvient à rester lumineuse malgré le sombre qui est en elle.

De passage express à Paris (pour faire la première partie d’Alex Beaupain dans le cadre du Festi’Val de Marne), nous nous sommes donné rendez-vous en terrasse d’un bar des Halles, le 19 octobre dernier.

Mini biographie officielle (la complète est ici):

La voix de Lise Martin semble avoir traversé le temps, et vient, avec puissance et douceur, faire vibrer les cordes sensibles. Les chansons qu’elle écrit et compose naissent là où la chanson à texte rencontre la musique folk, et de ce mariage nait un style musical à la fois original et familier où l’on devine tour à tour les influences de Barbara, Joan Baez ou Léonard Cohen. Lise présente aujourd’hui son nouvel album, Persona. Ce mot latin désignait le masque de l’acteur du théâtre antique au travers duquel (per) passe le son (sona). Dans les chansons de cet album, Lise interroge la partie visible et audible du rôle que chacun joue pour trouver sa place dans ce monde, explorant les fêlures, les espoirs, les engagements et les joies de différents moments de la vie.

Son site officiel.

Pour acheter les disques de Lise Martin

Pour écouter l'album Persona.

L’album (argumentaire de presse officiel) :61588163_10161799734035076_984226910185717760_n.jpg

Le mot persona vient du latin per-sonare : parler à travers, et désignait le masque des acteurs de théâtre qui avait pour fonction de leur donner l'apparence du personnage qu'ils interprétaient, tout en permettant  à leurs voix de porter suffisamment loin pour être audibles des spectateurs. Dans sa psychologie analytique, Carl Gustav Jung a repris ce mot pour désigner la part de la personnalité qui organise le rapport de l'individu à la société, c’est à dire la façon dont chacun doit plus ou moins se couler dans un personnage socialement prédéfini pour répondre aux exigences de la vie en société. La persona donne à tout sujet social une triple possibilité de jeu : « apparaître sous tel ou tel jour », « se cacher derrière tel ou tel masque », « se construire un visage et un comportement pour s'en faire un rempart » (Dialogue du moi et de l'inconscient). Nous prenons un visage de circonstance, nous jouons un rôle social, nous nous différencions par un titre (docteur, professeur, maître, colonel, etc.), autant d'effets de cette fonction psychique que la persona recouvre. S'adapter à la société (« faire sa place au soleil ») est une nécessité qui remplit toute la première partie de la vie humaine. Cette tâche d'intégration sociale oblige à cacher des pans entiers de la vie intérieure et à laisser en friche une partie des possibilités créatrices de l'individu. Mais selon Jung, la finalité de la vie psychique est de pouvoir ensuite, dans la seconde partie de la vie, dépasser cette adaptation pour  aller « à la découverte de son âme ».

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(Photo : Paul Rousteau)

IMG_4608 (2).jpgInterview :

A la fin de ta première mandorisation, tu m’as affirmé que le prochain album allait être plus simple, moins produit que ton premier disque, Déments Songes. Es-tu toujours d’accord avec tes propos de 2016 ?

(Rires) Pas du tout. A ce moment-là, j’étais partie pour faire un disque sobre, guitare-voix, mais après ma rencontre avec Daniel Mizrahi, qui a arrangé et réalisé l’album, il m’a emmené dans une autre direction…

C’était l’homme de la situation pour ce nouvel album ?IMG_4748.jpg

Pour une fois, j’ai fait le test de me laisser guider et c’était très intéressant pour moi qui avait l’habitude de tout gérer. De toute façon, comme j’ai eu un bébé, je ne pouvais pas tout gérer. J’avais aussi envie de voir ce que quelqu’un d’autre pouvait apporter à ma musique parce que lorsque je travaillais seule, je n’avais pas de recul. Je suis vraiment contente du résultat. Daniel a tout de suite compris ma musique, donc je savais qu’il n’allait pas m’emmener dans une direction qui ne me conviendrait pas. Il était toujours à l’écoute de ce que pouvais faire comme remarque.

Teaser Persona (1).

Cet album me parait plus autobiographique que le précédent, non ? 69426024_2700023900057664_490346181277253632_n.jpg

J’ai un angle d’approche différent. Il y a beaucoup de chansons qui ont un départ autobiographique, d’autres sont des histoires que l’on m’a racontées ou des choses dont je me sens proche émotionnellement. J’ai aussi peut-être évolué dans ma façon de m’exprimer.

Qu’interroges-tu dans Persona ?

J’interroge les différents masques que je porte, celui de chanteuse-interprète, celui d’auteure, mais aussi et surtout celui de femme, et j’essaie aussi de regarder au-delà des apparences, pour tenter de voir quels sont les masques qui protègent et sont donc indispensables, et quels sont ceux qui cachent et font obstacle à la rencontre.

Teaser Persona (2).

Quand je dis que c’est plus personnel, c’est par exemple quand tu évoques l’aide aux personnes âgées dans « J’ai reçu ».

Dans cet album, finalement, tu as raison, je me livre tout de même plus. Je crois que dans Déments Songes, il y avait plus de pudeur.

J’ai trouvé à la fois très intéressant et très surprenant que pour parler de ta grossesse, qui est quelque chose d'intime, tu aies choisi une chanson de Rémo Gary, « Je rebondis ».

C’est Rémo qui m’a proposé ce texte il y a plusieurs années. J’ai eu un coup de foudre pour ses mots, mais je n’avais pas encore vécu cette expérience. Ce texte m’a réellement bouleversé, mais j’ai mis du temps à le mettre en musique parce que j’ai été intimidée. C’était un peu avant que je tombe enceinte. Quand je l’ai été, chanter cette chanson m’a rendu heureuse comme rarement. J’ai pu transmettre quelque chose que je vivais.

"Je rebondis". Concert du 04:04:2019 au Zèbre de Belleville. Images et montage: Morgan Eloy.

"Si quelque chose craque". Concert du 04:04:2019 au Zèbre de Belleville. Images et montage: Morgan Eloy.

Dans « Si quelque chose craque », tu racontes l’histoire d’une femme qui doute beaucoup d’elle. Est-ce ton cas?

C’est une chanson que j’ai commencé il y a longtemps et que j’ai fini récemment tant le sujet était complexe pour moi. Je m’y livre beaucoup plus que dans aucune autre chanson. J’ai essayé de mettre des mots sur quelque chose que je ressens parfois quand je regarde ce monde qui ne va pas bien. Quand je me vois dans ce monde, je me demande comment je me positionne ? Quel choix je fais ? Quel acte je pose ? C’est vertigineux parce qu’on ne peut pas être bien dans un monde comme ça. 

Tu es plus fragile que l’image que tu présentes aux gens ?

J’admets de ne pas être uniquement la femme forte que je montre.

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(Photo : Paul Rousteau)

Je fais un lien entre « Si quelque chose craque » et « A zéro ». Pour être bien, faut-il repartir à zéro, faire table rase du passé ?

J’ai souvent eu envie de repartir à zéro face à des situations que j’estimais trop compliquées à gérer. Finalement, je crois qu’on ne fait jamais complètement table rase du passé. Cette chanson, c’était l’idée de s’alléger, l’idée de se défaire de ce qui est inutile et superflu, comme je le dis dans la chanson, « de ce qui fige les contours ».

As-tu écrit ces nouvelles chansons avant d’être enceinte ?

Oui. Ces chansons font partie d’un processus de quelques années qui ont précédé le fait d’être mère. Devenir mère est arrivée parce que je me suis sentie enfin prête pour ça… après avoir fait un bon ménage dans ma vie et dans ma tête.

Comment fait-on ce ménage ?

J’ai fait un jeûne d’une semaine, puis je me suis rasée les cheveux et je suis partie sur le chemin de Compostelle. J’ai cherché à être en cohérence avec mes opinions. Si je n’ai pas tout effacé de ma mémoire pendant cette période-là, ça m’a permis de repartir à zéro.

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Au Festival Ta Parole 2019

(Photo : Christian Arnaud)

Quitter Paris a dû également t’aider dans ce processus.

Bien sûr. Je suis désormais installée à la campagne. J’ai un jardin que je cultive moi-même. J’ai grandi à la campagne, mes parents avaient une ferme, donc j’ai envie d’être de nouveau plus proche de la terre. J’adorais me promener dans les champs, aller m’asseoir sous les arbres. Aujourd’hui je me dis que l’on met en danger toute cette beauté. Je trouve que nous sommes allés très loin dans l’horreur dans la manière dont on traite la terre et les animaux. Et les humains aussi.

Tu ne vas arrêter ton métier pour autant j’espère ?

Non, pas du tout. J’aime mon métier et j’ai envie de le continuer. Par contre, comme je me sens un plus en cohérence avec ce que je voulais, il y a quelque chose d’apaisée en moi et je pense que ça devrait se sentir dans les nouvelles chansons que je suis en train d’écrire.

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(Photo : David Desreumaux/Hexagone)

Tu as écrit une chanson d’amour que je qualifierais de « modérée », « Tes ailes ».

(Rires) C’est pour dire : « Je suis là, mais je ne peux pas te porter. Je ne suis pas tes ailes. Ton bonheur et ta joie ne dépendent pas de moi ». C’est marrant parce que beaucoup de femmes se sont reconnues dans cette chanson. Cela dit, les hommes aussi peuvent penser cela.

J’ai l’impression qu’il y a plus d’espoir dans l’album Persona que dans Déments Songes.

C’est absolument vrai. Si mon album est jaune, ce n’est pas le fruit du hasard. Cette couleur représente ce qu’il y a à l’intérieur du disque. Je le voulais lumineux parce qu’il est significatif d’un pas vers l’apaisement et la joie.

Tu te rends compte que ton nom commence à devenir important dans la chanson d’aujourd’hui ?

Ce que je constate, c’est qu’il y a des choses qui ont évolué pour moi. J’ai beaucoup de retour de gens qui sont touchés par ma voix et par mes textes et ça me plait parce que je chante vraiment pour partager avec le public. J’ai à cœur d’évoluer et de donner le meilleur de moi-même.

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TIOU © David Desreumaux
Corentin Grellier @Marie-Sonia Jouanneau
Lise Martin © David Desreumaux

Tu viens d’être labellisée par le Réseau chanson Occitanie (dont les objectifs sont les suivants : le repérage d’artistes du territoire régional, le soutien pour leur développement et leur diffusion, l’accompagnement vers les professionnels, la coopération et l’échange d’informations entre membres du réseau.) Ça te fait quoi ?

Ça fait plaisir, d’autant que je suis nouvellement toulousaine, donc je me sens vraiment bien accueillie là-bas. Ça va me permettre une nouvelle visibilité que je n’avais pas jusqu’à présent et aussi de rencontrer les professionnels de ce réseau. Il y a à la fois une aide financière et une aide de développement de projet. Avec les deux autres labellisés, Tiou et Corentin Grellier, nous avons rendez-vous le 30 novembre à Montpellier pour exprimer nos besoins et essayer de voir comment mettre quelque chose en place pour qu’ils puissent nous aider dans nos directions respectives.

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Lise Martin en première partie d'Alex Beaupain, le 19 octobre 2019, au Théâtre Antoine Vitez d'Ivry-sur-Seine.

Tu es contente de ton sort dans la chanson ?

C’est toujours un peu difficile quand on n’est plus vraiment nouvelle et pas encore complètement installée.

C’est-à-dire ?

Quand on débute, beaucoup nous soutiennent parce qu’on est débutant, et quand on est installé, c’est plus facile. Mais il y a un entre-deux dans lequel je me trouve actuellement. Du coup, je ne sais pas toujours par quel bout prendre les choses pour continuer à évoluer et être présente, mais je reste confiante. Je travaille sans cesse. Il faut de la ténacité dans ce métier. Et j’en ai.

Martin-Lise-Vander-Valentin-presque-un-cri-chansons-de-vladimir-vissotsky-carrée.jpgTu continues tes spectacles avec Valentin Vander autour de Vladimir Vyssotski ? (Poète, comédien, chanteur et compositeur russe, Vladimir Vyssotki a tourné dans une trentaine de films et écrit près de 800 chansons en URSS. Malgré une œuvre sans cesse censurée par le régime soviétique, son histoire est celle d’une voix, celle d’un peuple qui n’a jamais cessé de l’aimer.)

Oui parce que c’est une collaboration très constructive et enrichissante. C’est un vrai plaisir de travailler avec Valentin. Ce spectacle va tourner longtemps parce que le répertoire de Vyssotski ne deviendra jamais obsolète. C’est important de faire entendre ses textes qui sont particulièrement puissants, intemporels, universels et très humains. Il est possible même qu’on ajoute d’autres traductions au fur et à mesure. Cela s’est très bien passé quand on a joué à Barjac. Pas mal de professionnels ont beaucoup apprécié. Là, nous sommes en train d’organiser les dates pour 2020.  

Lise Martin et Valentin Vander dans "Chanson pour l'ami" de Vladimir Vissotsky. Chanson issue du spectacle "Presque un cri".

Lise Martin et Valentin Vander dans "La lettre" de Vladimir Vissotsky. Chanson issue du spectacle "Presque un cri".

Tu as toujours plein d’activités musicales différentes à plusieurs. Ça fait du bien de partager ?

Après la sortie de mon premier album, j’ai pu vivre uniquement de la musique. Avant, j’avais toujours un petit boulot à côté. Grâce à l’intermittence, ça m’a libéré du temps pour participer à plein d’autres projets. Je trouve ça important de partager avec d’autres artistes, ça nous permet de ne pas rester dans nos propres univers et d’enrichir nos répertoires personnels. J’aime beaucoup travailler avec d’autres artistes. J’ai l’impression de grandir un peu plus à chaque fois.

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Après l'interview, le 19 octobre 2019.

Commentaires

Bonsoir Lise, j'ai fait ta "connaissance" au Canal 93 il y a qq années ! J'ai été scotché d'emblée par voix et tes musicos et tes chansons ... Je ne suis toujours pas décollé ... et escompte rester collé longtemps ! Tes CDs sont magnifiques, ta présence sur scène envoûtante et toi si pleine de charme ... et ta VOIX ! Ouah ! Tes CDs ? En boucle ! Mes amis qui n'aiment pas ? Je les excommunie ! Il y a des choses non négociables ! Longue route et à bientôt. Amicalement. Pierre.

Écrit par : Pierre THELLIEZ | 02 novembre 2019

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