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20 octobre 2019

Debout sur le zinc : interview pour Vian par Debout sur le Zinc

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debout sur le zinc,boris vian,vian par debout sur le zinc,éditions jacques canetti,françoise canetti,interview,mandor« Pour fêter le 100ème anniversaire de la naissance de Boris Vian, il fallait bien un groupe de « rock littéraire» de 6 musiciens bouillonnants d’énergie pour révéler en quoi les chansons de Boris Vian percutent notre époque et notre oreille, aujourd’hui ». C’est pour cette raison que Debout sur le Zinc et les Productions Jacques Canetti viennent de faire paraître un album de 15 chansons de Boris Vian, dont 5 chansons sont inédites, Vian par Debout sur le Zinc (que vous pouvez écouter là)

Le jeudi 26 septembre dernier, deux membres éminents du groupe, Simon Mimoun (chant, violon, trompette, guitare) et Olivier Sulpice (banjo, mandoline), me donnent rendez-vous au Théâtre des Trois Baudets. Ce n’est pas le fruit du hasard parce que Debout sur le Zinc doivent s’y produire le soir même pour chanter l’album (précisément là où Boris Vian a interprété pour la première fois ses premières chansons encouragé par Jacques Canetti). Lieu donc, particulièrement symbolique.

Une tournée de 50 dates dans la francophonie est prévue en 2019-2020.

Argumentaire de presse (par Françoise Canetti, directrice des Editions et Productions Jacques Canetti :debout sur le zinc,boris vian,vian par debout sur le zinc,éditions jacques canetti,françoise canetti,interview,mandor

Entrainée par Eliette Abécassis (mandorisée là), je chavire en allant écouter Debout sur le Zinc au Casino de Paris un soir de 2010 ; à quelques encablures du Théâtre des Trois Baudets là où Boris Vian encouragé puis poussé par mon père Jacques Canetti interpréta ses premières chansons en 1955.

Debout sur le Zinc est un groupe de rock littéraire composé de 6 musiciens qui jouent d’une quinzaine d’instruments et passent du rock au jazz manouche, du blues au slam, avec des accents klezmer. 10 albums- studio, quelques 2000 concerts, ils tournent partout en France et à l’étranger depuis 20 ans. A Paris ils ont pu fouler les planches de l’Olympia, du Casino de Paris, du Trianon, du Zénith… et bientôt, avec les chansons de Boris Vian, une autre grande salle parisienne les attend fin 2020.

Nous nous retrouvons en 2018 autour des chansons de Boris Vian. Toutes les chansons choisies par Debout sur le Zinc ont été écrites par Boris entre 1951 et 1958 ; au moment où la France se reconstruisait et trouvait de nouveaux repères. A l’époque, certaines ont été censurées avant de devenir, telle « Le Déserteur » , un hymne à la Paix reconnu dans tous les pays du monde ; d’autres telle que « Ne vous mariez pas les filles » écrite en 1957 dénonce la vulgarité de certains hommes et annonce le mouvement MeToo à travers le viol conjugal.

D’autres sont restées dans les tiroirs de Boris Vian, telles « Il est tard », « On fait des rêves », « Je te veux » ; parmi les inédites de l’album.

Petite fille, je me souviens avoir vu débuter Boris Vian aux Trois Baudets. il dénonçait notamment toute forme de conformisme, de totalitarisme, de snobisme, consumérisme … il me paraissait si grand, si blême, si peu « exhibitionniste ». Il avait écrit un petit texte qui était lu avant son entrée sur scène « Certains spectateurs diront peut-être en voyant Boris Vian pour la première fois aux Trois Baudets : Comment? Mais hier encore il ne chantait pas. Qu’ils se rassurent. Aujourd’hui non plus ». Debout sur le Zinc a choisi de lui prêter ses voix et d’offrir à ses chansons d’entrer dans nos vies.

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debout sur le zinc,boris vian,vian par debout sur le zinc,éditions jacques canetti,françoise canetti,interview,mandorInterview :

Que représente Boris Vian pour vous ?

Simon Mimoun : Il y a une sorte de filiation musicale et littéraire. Je crois pouvoir dire qu’il est l’inspirateur de toute la chanson française. Brassens était fan de Vian, Gainsbourg a fait des musiques pour lui. Avec Trenet, c’est lui qui a lancé la chanson moderne des années 50 et 60.

Pourtant, depuis 30 ans que j’interroge les artistes sur leurs influences, il n’est jamais cité.

Simon Mimoun : C’est donc notre rôle de le faire redécouvrir sous ce jour-là. Vian a eu cette chance d’être étudié à l’école, du coup, il est pérenne en littérature, mais cela met une certaine distance. Il devient presque intouchable. Peut-être a-t-il même une connotation un peu intello.

Peut-on dire que l’entrée de Vian par la chanson est beaucoup plus évidente ?

Simon Mimoun : Oui. Et on se rend compte plus intensément de qui il est à travers elle. Quand on écoute ses chansons, on a l’impression qu’il écrit sur tout et n’importe quoi, mais en fait, on finit par s’apercevoir que tout est autobiographique.

EPK Vian par Debout dur le Zinc.

Il y a dans son répertoire plus de 500 chansons. C’est énorme !

Simon Mimoun : Un grand auteur écrit en général 300 chansons dans sa carrière. Vian était capable d’écrire sur tout et tout le temps. Comme il savait qu’il allait mourir jeune, il y a eu un phénomène d’urgence chez lui.

Les 500 chansons sont-elles écoutables quelque part ?

Simon Mimoun : Pas toutes. Nous, on en a récupéré quelques-unes où il y avait marqué « musique à faire ». C’est pour ça qu’il y a des inédits dans cet album. C’est nous qui avons fait la musique. Grace à Françoise Canetti, nous avons eu accès à 150 chansons, à peu-près.

Composer des musiques sur des chansons de Vian qui n’en ont pas, sacrée pression, non ?

Simon Mimoun : Non, pas du tout. Il y a bien sûr « Le déserteur » avec lequel on s’est dit qu’on allait peut-être nous manger tout cru parce que c’est une madeleine de Proust pour plein de gens. Tu sais, ce disque est un projet alternatif entre deux albums, comme nous avons l’habitude d’en faire régulièrement. Ce disque a été réalisé dans la sérénité parce qu’on fait les choses d’abord pour nous.

Françoise Canetti et Simon Mimoun, chanteur et compositeur sur TV5 MONDE.

Françoise Canetti, qui est à l’origine de ce disque, a validé votre travail ?

Simon Mimoun : Oui, mais c’était une contrainte éditoriale. Comme elle est coproductrice du disque et éditrice d’un certain nombre de chansons, nous avons dû faire un choix en fonction de ce qu’elle avait dans son catalogue. Grâce à elle, on a pu fouiller dans des cartons de Jacques Canetti et nous avons trouvé de sacrés pépites.

Olivier Sulpice : Elle a fait aussi valider des choses par la Cohérie Boris Vian (représentée aujourd’hui par Patrick Vian, Michelle Léglise et la Fond’Action Boris Vian). Ça s’est très bien passé. Ils sont venus voir le spectacle l’année dernière à Avignon. Du coup, nous sommes intégrés au projet des festivités du 100e anniversaire de la naissance de Boris Vian.

Clip de "Ne vous mariez pas les filles".

debout sur le zinc,boris vian,vian par debout sur le zinc,éditions jacques canetti,françoise canetti,interview,mandorDans le spectacle, il y a autant de Vian que de Debout sur le Zinc ?

Olivier Sulpice : Les textes sont de Vian en intégralité, mais entre les musiques que l’on a composées et les réarrangements que l’on a conçus, je trouve que c’est assez équilibré.

Simon Mimoun : Une chanson, c’est une musique, un texte et une diction. Pour moi, ça fait deux tiers dans la machinerie d’une chanson.

Qu’est-ce qui vous plait chez Boris Vian ?

Olivier Sulpice : Comme d’habitude, chez Debout sur le Zinc, chacun va prendre ce qui le nourrit. Personnellement, c’est le Paris des années 50. J’aime bien les références au jazz, à la musique vivante de Saint-Germain, à la musette…

Simon Mimoun : Ce qui m’intéresse chez Vian, c’est le personnage. Les chansons lui ressemblent tellement qu’au bout d’un moment, on rentre dans sa tête. Rentrer dans la tête d’un homme comme lui, c’est beau et fantastique. Je le répète, il sait qu’il va mourir. Même si tous les jours il y pense, il n’est pas obscur, car il est extrêmement amoureux de la vie. Il y a donc une tension dans ses textes entre son caractère et son non déni de la mort qui est hyper belle et qui donne de la profondeur de champs à toutes ses chansons.

C’est bien, de votre part, de refaire découvrir cet artiste hors norme.

Simon Mimoun : Quand j’ai demandé à Françoise Canetti pourquoi elle s’était lancée dans ce projet, elle a répondu que c’était nécessaire, car c’est un pan de l’histoire musicale de France. Je le crois profondément. Il faut magnifier l’édition de Jacques Canetti en général et Vian en particulier et faire en sorte qu’il reste à la surface de la culture commune.

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Le soir de l'interview, Debout sur le Zinc au Trois Baudets (photo: David Desreumaux/Hexagone)

Vian était #metoo avant tout le monde.

Simon Mimoun : En tout cas, dans une époque extrêmement misogyne, il ne l’est pas du tout. C’est beau et fort. Chez tous les auteurs de l’époque, Brel, Brassens et les autres, on trouve de la misogynie, pas une once chez Vian.

Il y a des Boris Vian en 2019 ?

Simon Mimoun : Il n’y a pas deux Boris Vian, mais il y a plein d’auteurs géniaux. Certes, ils ne sont pas médiatisés. On peut les voir en concert… il suffit de chercher.

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(Pendant l'interview…)

Dans le disque et le spectacle, vous avez choisi des chansons situées entre les années 50 et 58.

Simon Mimoun : C’est parce que c’est la période où il était chez Jacques Canetti.

Olivier Sulpice : Précisons qu’on a eu le droit de sortir des éditions Canetti. « Le déserteur » n’était pas chez lui par exemple.

Effectivement, c’est difficile de faire un disque sur Vian sans ce titre.

Simon Mimoun : C’était possible, mais c’était pour nous des souvenirs d’enfance. « Le déserteur », c’est un plaisir égoïste. C’est marrant parce qu’il ne disait pas que ce texte était antimilitariste, mais profondément pro-civil.

"Le déserteur" par Debout sur le Zinc.

Vous êtes fiers de cet album ?

Simon Mimoun : Oui, car nous trouvons qu’il est très réussi. Nous sommes aussi super contents du spectacle. Je ne veux pas faire de la fausse modestie, nous sommes ravis de ce projet, à tous les niveaux.

Olivier Sulpice : On est aussi fiers qu’après 20 ans de carrière, nous ayons encore du jus pour attaquer de nouveaux projets de cette envergure.

Au début, aucun artiste ne voulait chanter les chansons de Vian.

Simon Mimoun : Et c’est pour cela qu’il a commencé à les chanter lui-même, ici, aux Trois Baudets.

Olivier Sulpice : Même lui, il y a été à reculons. C’est peut-être pour cela qu’il a laissé moins de traces que Brel et Brassens.

Simon Mimoun : Je te propose un exercice sympa. Réécoute la chanson « Quand j'aurai du vent dans mon crâne » et imagine là avec la voix de Gainsbourg. Tu constateras que c’est du Gainsbourg pur jus. Vian a manqué de rendez-vous avec de grands interprètes de l’époque. Après, évidemment, il y a eu serge Reggiani, Philippe Clay, des gens comme ça, mais ils n’étaient pas là au début.

"Quand j'aurai du vent dans mon crâne" par  Debout sur le Zinc.

C’était un bon chanteur ? debout sur le zinc,boris vian,vian par debout sur le zinc,éditions jacques canetti,françoise canetti,interview,mandor

Simon Mimoun : Je ne crois pas.

Olivier Sulpice : Je ne suis pas fan de sa voix.

Simon Mimoun : Il ne peut pas avoir toutes les qualités du monde… il en avait tellement. Il était traducteur, trompettiste, écrivain, ingénieur, auteur de livrets d’opéra… Ça va, il pouvait ne pas être un grand interprète (rires).

Boris Vian était-il un homme engagé ?

Simon Mimoun : Pour moi, faire de la musique, c’est s’engager. Concernant Vian, je ne peux pas te préciser la teneur de son engagement, mais c’était quelqu’un qui pensait librement et qui ne s’interdisait aucun thème sociétal.

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Pendant l'interview (bis)...

Etait-il en avance sur son temps ?

Simon Mimoun : Par exemple, au niveau de la misogynie dont nous parlions tout à l’heure. Toi qui t’occupes aussi de littérature, tu dois avoir lu ses nouvelles. Il y en a une où il a inventé l’autolib’. Il y prônait le vol légal des voitures. Tu vas à un endroit, tu laisses tes clefs dessus, et quelqu’un qui en a besoin l’a prend et va ailleurs avec. Il a inventé ça et bien d’autres choses. Il était visionnaire.

Vian est-il méconnu aujourd’hui ?

Olivier Sulpice : Je ne pense pas. Les gens à partir de 35-40 ans le connaissent il me semble.

Simon Mimoun : Moi je trouve qu’il est méconnu en tant qu’auteur de chansons. Et je déplore un peu que personne ne connaisse vraiment son histoire alors que c’était vraiment un précurseur.

Ce disque et ce spectacle sont une forme de réhabilitation ?

Simon Mimoun : Pas du tout. Boris Vian n’a pas besoin de nous pour qu’on le connaisse. Nous proposons juste un nouvel éclairage.

Boris Vian était-il un génie ?

Simon Mimoun : Je n’aime pas utiliser ce terme car il est souvent galvaudé, mais nous n’en sommes pas loin.

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