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10 octobre 2019

Yoanna : interview pour 2e sexe

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© "by Lu"

yoanna,2e sexe,interview,mandor« Yoanna c’est du vrai, de l’authentique, de la sincérité de la sensibilité, et une grand gueule pour défendre ses idées. Elle prend la parole comme toujours, elle a des choses à dire, sur elle, sur nous, sur les politiques, sur la société, sur les sentiments, sur la solitude, sur la mort, sur la vie en somme. Elle a des yeux aiguisés comme des couteaux lorsqu’elle regarde ses contemporains. »

J’ai interviewé Yoanna une première fois en 2007 (putain, 12 ans déjà !), puis j’ai récidivé en 2015 et, le moins que l’on puisse dire/lire, c’est qu’elle ne m’a jamais laissé indifférent. Sa personnalité sans filtre, ses chansons coups de gueule, ses fêlures et ses engagements m’ont toujours fasciné. Yoanna se dit plus chanteuse «concernée» qu’«engagée», il n’en reste pas moins que cette artiste suisse reste une des artistes les plus importantes de la chanson francophone.

Le 28 septembre dernier, à l'occasion de la sortie de son troisième album, 2e sexe (que vous pouvez écouter là), nous nous sommes retrouvés dans une brasserie de la place de la Nation pour une troisième mandorisation. Peut-être la plus forte et sincère. Elle y dévoile des pans de sa vie dont elle n’avait jamais parlé officiellement… 

Biographie officielle (légèrement écourtée)  © "by Lu":yoanna,2e sexe,interview,mandor

Un uppercut. En 2009, avec son album Moi Bordel où elle abordait d’emblée des thèmes aussi casse-gueule que l’inceste ou l’avortement, Yoanna, 23 ans à l’époque, débarquait avec tumulte dans le paysage de la chanson francophone, l’accordéon en bandoulière. Son instrument fétiche qui l’accompagne sur les planches musicales depuis qu’elle a quitté sa Suisse natale à 16 ans, dans des bistrots d’abord, puis sur des scènes de moins en moins confidentielles, le succès de Moi Bordel aidant.

Déjà, lorsqu’elle écrit ses premiers textes à 18 ans, c’est avec son piano à bretelles que cette auteure-compositeure-interprète pose ses mélodies sur des mots où la colère affleure en permanence. La musique a eu un effet « libérateur » après une adolescence plus que chahutée. C’est toujours le cas aujourd’hui. Même si au fil des années et des albums (Un peu brisée en 2012, Princesse en 2015 et 2e sexe cet automne), son écriture, très « instinctive» au départ, «presqu’animale», a évolué. Idem dans la composition: après avoir débuté « un peu à l’ancienne », en écrivant ses textes avant de les mettre en musique, aujourd’hui elle trafique des sons à l’ordi, des boucles de percus, crée des ambiances et une atmosphère musicale. Côté textes, Yoanna continue à suivre le sillon qu’elle creuse depuis plus de 15 ans : un peu apaisée mais surtout pas assagie, elle est toujours prête à lever la plume et le poing face aux petites et grandes médiocrités de ce monde, qu’il s’agisse des femmes qu’on abaisse et qu’on harcèle, de l’environnement déglingué, du pouvoir de l’argent, de la course à la rentabilité... Et toujours, aussi, ce besoin viscéral de s’affranchir des conventions, d’affirmer sa liberté d’être et de faire, un moteur essentiel pour elle qui a toujours veillé sur son indépendance artistique en auto-produisant tous ses disques. Après l’album Princesse, en 2015, elle entre dans une phase de remise en question.

L’aventure Marre Mots, une escapade dans le monde de la chanson pour enfants, lui en donne l’occasion. Yoanna enchaîne quelque 200 concerts en deux ans. Une période durant laquelle elle laisse de côté l’écriture en solo. Manque de temps, d’énergie, d’inspiration. Le mouvement #metoo joue le rôle de l’étincelle qui rallume définitivement la mèche, toujours prête à s’enflammer chez Yoanna, qui n’a pas attendu la libération de la parole des femmes pour balancer la sienne sans détours. Un franc-chanter à retrouver et à écouter d’urgence sur son dernier album, 2e sexe.

yoanna,2e sexe,interview,mandorL’album :

On retrouve Yoanna en guerrière sur la pochette de son dernier opus, 2e sexe. Cette auteure-compositrice interprète n'a rien perdu de son franc-chanter : sur des arrangements à la tonalité très urbaine, Yoanna livre 12 titres comme autant de combats, évoquant tour à tour la place de la femme, la domination masculine, la décomposition de la planète, la course à la rentabilité…

Pour accompagner ces textes sur lesquels sa voix grave joue en permanence sur les alternances de rythmes et de mélodies, Yoanna s’est appuyée sur son instrument fétiche et compagnon de composition depuis toujours, l’accordéon. Dans ce nouvel opus il est à la fois omniprésent et méconnaissable tant ses sonorités ont été assaisonnées et modulées. Signalons la présence du batteur Mathieu Goust, co-compositeur de cet album réalisé, une nouvelle fois, sous la houlette de Fred «Brain» Monestier.

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© "by Lu"

yoanna,2e sexe,interview,mandorInterview :

Dans ce nouvel opus tu as une vraie chanson politique, « En marche ». C’est la première fois que tu te permets ce genre d’incursion…

Je l’avais déjà fait avec « Le roi » dans l’album Princesse en 2015. Le roi, c’était Sarkozy. Ce qui m’a étonné avec le président que l’on a aujourd’hui, c’est qu’il a été banquier. Moi qui ai grandi à Genève, j’ai approché le monde de la banque et je te prie de croire qu’il est particulier. Pas franchement pour le peuple quoi ! Avec « En Marche » j’ai souhaité écrire un pamphlet à l’ironie grinçante contre la notion de rentabilité et l’asservissement au travail.

Il parait que tu as été l’objet de beaucoup de critiques sur les réseaux sociaux, à cause de cette chanson.

Je me suis fait démonter tu veux dire ! Je n’ai jamais été insultée de la sorte. On m’a dit notamment que des gens comme moi, lors de la Deuxième Guerre Mondiale, on les aurait buttés. Je me suis pris des trucs bien violents. Je ne sais pas comment j’ai pu déclencher ce bashing. Je suis certain que si ça avait été un mec qui avait chanté « En marche », il n’aurait pas eu autant de messages virulents.

Clip de "En marche".

On retrouve dans ce disque, tes thèmes chers, à commencer par la condition des femmes. Tu n’as pasyoanna,2e sexe,interview,mandor attendu #metoo pour affirmer ton féminisme. © "by Lu"

J’ai toujours parlé des femmes à travers le regard d’une femme. Avant, je ne me rendais pas compte à quel point c’était mon sujet principal, aujourd’hui si. Dans mon premier album, Moi bordel, j’avais écrit de manière instinctive, animale et impulsive. Je n’intellectualisais pas du tout ce que je faisais. Il n’y avait aucune réflexion. Grace à mon spectacle pour enfants, Marre mots, j’ai pris beaucoup de recul. Je n’avais plus d’urgence à être productive et enregistrer de nouvelles chansons. J’ai donc pu réfléchir à mon répertoire. J’en ai profité pour réécouter tout ce que j’avais fait avant. J’ai beaucoup lu également.

Tu ne lisais pas beaucoup avant ?

Si, mais je ne faisais pas le lien entre l’écriture et la lecture. Là, je me suis nourri de mes lectures en en ayant conscience.

Crois-tu que la réflexion sur son propre travail vient avec l’âge qui avance ?

Effectivement, je crois que prendre de l’âge rend un peu plus sage et serein. On prend conscience de la longueur et de la valeur de la vie. Mais, c’est surtout que je suis mieux dans ma peau. Je suis donc plus ouverte sur ce qui m’entoure, je suis moins centrée sur moi.

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© "by Lu"

Quand tu me parles, là, je te sens « adoucie », mais il n’en est rien dans tes textes. 2e sexe est un disque de combat où résonnent «des refrains sur fond de rébellion au creux de [tes] mains », comme tu le chantes sur « Ni Dieu ni maître », un autoportrait.

Une chanson n’est jamais violente, c’est la vie et les situations qui sont violentes. Tu me parles de combat. C’est quand les gens ne sont pas combatifs que ça m’étonne. Comment les artistes qui ne racontent pas de combats peuvent-ils considérer que leurs chansons ont de l’intérêt ? Je vais te dire la vérité. Il y a au moins 80% des chansons qui me font chier. Il faut avoir sacrément confiance en soi pour se dire que ses petits déboires amoureux intéressent le reste du monde (rires). On s’en tape en fait !

Quand je dis que je te trouve adoucie, ça t’énerve ?

Ce truc de la douceur, j’en ai de plus en plus en moi. Avant, je considérais que la douceur était un signe de faiblesse. Je ne voulais pas que ça se voit. Là-dessus, j’ai avancé.

Tu étais dans l’attaque pour ne pas que l’on t’attaque ?

Oui. C’est un peu ça. Aujourd’hui, j’attaque si vraiment j’entends de la merde. Mais là aussi, il faut que j’arrête, parce que souvent ça ne sert à rien.

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© "by Lu"

Tu es maman de trois enfants. Il parait que tu as essayé d’écrire sur la grossesse, mais que tu n’y es pas parvenue.

Ce n’est pas que je n’y suis pas parvenue, mais c’est que j’ai gardé le texte pour moi. Ce beau, magique et positif moment est intime, je ne vois pas ce que ça peut apporter aux gens.

Du coup, dans « Fondement », tu as écrit sur l’instinct maternel. Mais à ta façon, en pulvérisant façon puzzle la théorie que l’on inculque aux femmes sur ce sujet.

C’est une grosse saloperie de construction sociale de merde. Il faut que les femmes se déculpabilisent de tout ça. Il faut qu’on arrête de nous aliéner à ce point-là ! Ce que je raconte est positif. Ce qui est violent ce sont les tabous, les non-dits, ce qui est violent, c’est de se sentir sale, de se sentir coupable, de se sentir merdique. Combien de fois je me suis embrouillée avec des gens sur ce sujet. Tout le monde pense que la femme a un truc en plus avec les bébés. Une femme ne sait pas mieux changer les couches d’un enfant qu’un homme, une femme n’entend pas plus un enfant quand il pleure la nuit qu’un homme, une femme ne fait pas de meilleures purées qu’un homme. C’est vraiment de la connerie.

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© "by Lu"

J’ai remarqué que dans certaines chansons, au début, tu dis le contraire de ce que tu penses, ensuite, tu reviens sur les bons rails.

Oui, j’adore faire ça.

Tu procèdes ainsi également dans « Pour une femme ». Je trouve que c’est une chanson anti homme. L’homme n’est qu’un prédateur pour la femme ?

Je chante les injonctions faites aux femmes de rentrer dans un cadre bien genré et bien rangé. Dans cette chanson, on est sur les féminicides. On est sur le fait de se faire massacrer physiquement par quelqu’un qui est plus fort qu’une femme.

Tu as déjà été victime de ça ?

Je me suis déjà battue avec des mecs. A un moment, je cherchais ce truc-là. J’étais parfois une vraie teigne. J’ai fait payer à mes amoureux ce que d’autres mecs m’avaient fait vivre avant. Du coup, je cherchais le conflit constamment. A chaque fois que nous en sommes arrivés aux mains, j’ai perdu. Depuis le début, tout le rapport hommes/femmes s’est construit comme ça. Le rapport dominant/dominé est parfaitement injuste.

Quid de d’éducation là-dedans ?

Tu as raison. On sait tout ça depuis longtemps, mais on continue à inscrire nos gamines à la danse classique plutôt qu’à des cours de boxe. Pourquoi ? Peut-être parce qu’on a envie de continuer ce schéma-là ?

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© "by Lu"

Aujourd’hui, les hommes ont changé. Ils sont devenus plus respectueux et sensibilisés à la cause féminine, non ?

Que tu es naïf François ! Il y a des choses qui évoluent, mais pas beaucoup. Tu as rencontré des femmes, elles t’ont raconté leur vie… tu vois bien qu’elles ont toutes eu des parcours pas faciles à cause de certains hommes…

Dans tes concerts, les hommes doivent se sentir un peu bousculés.

Tant mieux. Après, chacun se démerde avec sa conscience. Un jour, ma copine chanteuse Flow interprétait lors d’un concert, une chanson sur le viol. Elle sortait les statistiques. Elle estimait que dans une salle de 350 spectateurs, tant de femmes s’étaient fait violer. Ca m’avait hyper choqué. Comme c’était mon cas, j’ai eu l’impression qu’une grosse poursuite m’avait visé et que tout le monde me voyait. Après réflexion, je me suis dit que s’il y avait des femmes violées dans la salle, il devait y avoir aussi des violeurs. C’est pareil lors de mes concerts, désormais, j’y pense.

Dans la chanson « 2e sexe », tu convoques une grande figure du féminisme, Simone Beauvoir.

Pour raconter la violence physique et morale dans le couple.

Clip de "Balance".

Quand tu écris « Pour une femme » ou « Balance », tu penses plus aux femmes qu’aux hommes ?

Ce qui m’a le plus choquée c’est à quel point on ne croit pas la parole des femmes, à quel point elle est remise en question, tout de suite, tout le temps, partout, y compris par nous, entre meufs. Sinon, pour répondre à ta question, je parle aux hommes. Non, en fait, je parle à tout le monde. Mais ne te trompe pas. J’adore les mecs. Je ne dis pas « tous les mecs sont des salauds ! » C’est la société qui ne va pas sur le rapport hommes/femmes dont nous parlions tout à l’heure. On est tous plus ou moins victimes. Personnellement, je me suis fait violer par quelqu’un de proche à l’âge de 6 ans. Je pense que celui qui a fait ça doit être autant malheureux que moi, j’imagine. Je n’ai plus de rapport avec lui, c’était un pauvre gars finalement.

Ta famille est au courant ?

Oui, mais ça a pris du temps et tout le monde ne le sait pas.

A 6 ans ! C’est immonde !

Oui, et ça m’est arrivée une deuxième fois à 13 ans avec un prof. Après, quand on me dit que mes chansons sont violentes, je réponds ce que je t’ai déjà dit… non, c’est la vie qui l’est.

En écoutant ton premier album, on avait compris que tu avais vécu des trucs durs, mais tu n’avais jamais dit exactement quoi.

Je parlais de ce qui me sensibilisait et me touchait. Comme une Keny Arkana écrit des textes sur l’injustice sociale, une Casey sur le racisme… parce qu’on chante ce qu’on a vécu et ce qui nous a blessé. Moi, je suis parti au combat avec mes chansons (rires).

Tu vas parler du viol sur tous tes disques ?

Je ne sais pas. Et pourquoi pas ? C’est important. Déjà, sur ce disque, je parle de plein d’autres choses.

C’est vrai. Tu parles « écologie » dans deux chansons.yoanna,2e sexe,interview,mandor

Je raconte mon effroi et ma rage face à une planète qui se décompose sous nos yeux. Dans « Plastique », imaginé après la lecture d’un article sur le 6e continent, j’évoque cette mer de déchets égarée dans le Pacifique. Dans « La nuit s’est échappée », premier titre que j’ai écrit, je dénonce autant la loi du pognon que le flingage en règle des forêts et des espèces animales. Vraiment, j’accuse le pognon d’être à l’origine du massacre de la planète. Les gens qui massacrent la Terre le savent et s’en foutent tant que ça ramène du fric.

Dans « Laissez-moi », tu réaffirmes ton indépendance et ta liberté. Ta liberté d’être et de faire.

Je dis en substance « foutez-nous la paix ! » Si on a envie de rouler dans notre bagnole sans ceinture, on roule dans notre bagnole sans ceinture. Si on a envie de puer sous les bras, d’être mal habillé et d’avoir une sale gueule, on a le droit. Lâchez-nous ! Aujourd’hui, on ne peut plus rien faire, c’est insupportable !

yoanna,2e sexe,interview,mandor« Sorcière » est la seule chanson non contemporaine.

Je défends la singularité des femmes, surtout quand elle dérange l’omnipotence masculine et les normes établies. « Sorcière » est un morceau qui fait référence au livre Sorcières de l’essayiste suisse Mona Chollet. Pour l’auteure, la sorcière est à la fois la victime absolue, celle pour qui on réclame justice, et la rebelle obstinée, insaisissable. Elle répond à des questions du type : Mais qui étaient au juste celles qui, dans l’Europe de la Renaissance, ont été accusées de sorcellerie ? Quels types de femme ces siècles de terreur ont-ils censurés, éliminés, réprimés ? Ce livre en explore trois et examine ce qu’il en reste aujourd’hui, dans nos préjugés et nos représentations : la femme indépendante (puisque les veuves et les célibataires furent particulièrement visées), la femme sans enfant (puisque l’époque des chasses a marqué la fin de la tolérance pour celles qui prétendaient contrôler leur fécondité) et la femme âgée (devenue, et restée depuis, un objet d’horreur). Par contre, quand tu dis que ce n’est pas une chanson contemporaine, je ne suis pas d’accord.

On ne brûle plus les femmes prétendues sorcières sur un bûcher.

Non, dans certains pays on les massacre à coups de couteau devant leur gosse sur un bout de trottoir ou on les lapide. Tout ça parce que ce sont des femmes.

Musicalement, ton disque sonne plus moderne. yoanna,2e sexe,interview,mandor

Parce que je ne travaille plus avec les mêmes personnes. De disque en disque, je mets de plus en plus de moi. Aujourd’hui, ce que je fais est plus proche de mes goûts personnels. J’écoute beaucoup de hip hop par exemple.

Tu as raison, ça s’entend.

J’ai essayé de réduire le décalage entre ce que je faisais et ce que j’aimais. J’avais l’impression d’aimer une sorte de musique et de faire des choses aux antipodes, du coup, je n’aimais pas ce que je faisais. Là, j’ai fait les textes, les musiques, toutes les préproductions, ensuite j’ai travaillé avec mon binôme, Mathieu Goust… ça change tout. C’est un musicien hyper talentueux et hyper humble. Je le découvre de date en date.

Je te sens bien moralement.

Je me sens hyper bien entouré, ce qui n’a pas toujours été le cas. Pour ce disque, tout a été cool. Nous nous sommes fendus la gueule du début à la fin et n’avions aucune pression. Ça change tout.

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Mathieu Goust et Yoanna au théâtre Thénardier de Montreuil © "by Lu"