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03 octobre 2019

David Desreumaux : interview pour la revue Hexagone

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(Autoportrait de David Desreumaux)

david desreumaux,hexagone,interview,mandorHexagone est une revue dirigée par David Desreumaux (rédacteur en chef) et sa compagne Flavie Girbal (directrice de la publication). Depuis 3 ans, ils nous enchantent avec cette revue luxueuse dans le fond et dans la forme. Personnellement, j’ai un grand respect pour ces personnes et leur équipe rédactionnelle. Ils effectuent un boulot dingue et hyper qualitatif.

J’avais reçu David Desreumaux il y a 3 ans pour une première mandorisation lors du lancement du « mook » (lire ici). Je récidive cette fois-ci, ayant appris récemment en lisant l’édito d’Hexagone, que la revue traversait quelques bourrasques financières mettant en péril sa viabilité d’ici un an.

Il ne faut pas qu’Hexagone meurt, comme sont morts Paroles et Musique, Chorus ou autre Serge. Aujourd'hui, la chanson française ne possède plus que FrancoFans et Hexagone (même s’il existe d’autres magazines, ils sont largement plus confidentiels) pour relayer et mettre en avant ce qu’il se fait de mieux dans ce genre musical.

Le 26 septembre dernier David Desreumaux m’a donné rendez-vous dans un lieu mythique de la chanson française, Les Trois Baudets. Salle parisienne idéale pour évoquer la situation de la revue et sa nouvelle formule qui vient de voir le jour dans le numéro 13 (datée des mois de septembre-octobre et novembre 2019).

Le site officiel d'Hexagone.

La page facebook d'Hexagone.

Et LE PLUS IMPORTANT, pour s'abonner, c'est ici

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(Photo : David Desreumaux)

La revue (expliquée par ses concepteurs en 2016) :

Au départ, Hexagone est un site internet dédié à la chanson. Il voit le jour sur la toile le 14 avril 2014.

Hexagone s'intéresse à la chanson. A toute la chanson et plus précisément à celle qui est peu présente dans les grands médias nationaux. Ce site rencontre rapidement le succès auprès de son lectorat comme auprès des artistes. Fort de sa première année pleine et réussie, Hexagone, toujours dans sa logique de main tendue à la scène chanson, crée en avril 2015 une salle de concert privée. Un concert par mois, pour une petite jauge de 40 personnes assises. A nouveau, succès immédiat.

Pour son second anniversaire, en 2016, Hexagone décide de lancer une revue sur papier ! Dans un secteur économique en berne, l'idée a de quoi surprendre. Et elle surprend. Mais elle séduit également la frange de passionnés amoureux des mots couchés sur papier. Elle séduit les amoureux du livre et du Beau dans la mesure où Hexagone donne de l'ambition à son projet. 

En effet, quitte à créer une revue sur papier, autant faire en sorte que cette revue soit belle ! Deux cents pages imprimées sur un beau et gros papier autour d'une maquette sobre et élégante. Deux cents pages d'articles de fond où la photo originale et inédite est omniprésente. 

Autant préciser qu’Hexagone ressemble davantage à un livre qu’à un magazine classique. On appelle ça un « mook » dans le jargon. Quelque chose entre le livre et le magazine. Il parle de la scène chanson dans toute sa diversité, questionne le métier et l’analyse, aborde ses tendances, ses dérives, son avenir. Avec un ton. Faussement désinvolte. Vraiment concerné mais avec le sourire.

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david desreumaux,hexagone,interview,mandorL’interview :

En lisant l’édito du dernier Hexagone. On ne peut pas dire que les nouvelles financières soient rassurantes…

Il existe effectivement une inquiétude quant à la pérennité de la revue. Depuis son lancement, nous désirons apporter aux lecteurs une qualité d’ouvrage qui voisine avec le beau livre, fondée sur un contenu entièrement original et exclusif – textes, dessins et photos. Les nombreux retours obtenus (lecteurs, abonnés ou professionnels) laissent à penser que nous atteignons notre objectif, mais force est de constater que nous comptabilisons beaucoup plus de likes sur Facebook que d’abonnés, que nous recevons beaucoup plus de sollicitations d’articles que de demandes d’achats d’espaces publicitaires. Dans mon édito je mets en parallèle nos sources de revenus, les abonnements d’un côté et les annonceurs de l’autre. On note un fléchissement des deux côtés. On ne perd pas vraiment d’abonnés, mais surtout, il faut en gagner. En revanche, on perd des annonceurs. Notre travail est salué, la qualité de l’objet est mise en avant et élevée au rang d’exemple, mais les retombées ne suivent pas.

D’après ce que j’ai compris, le gros problème à Hexagone, c’est que vous êtes peu nombreux et qu’il faudrait que vous le soyez plus.

On a des postes clefs à créer, à la fois en communication et en administratif, mais nous n’en avons pas les moyens. Depuis le début de l’aventure Hexagone, en matière de communication et d’administratif (comptabilité, logistique, prospection, régie publicitaire, abonnements, publipostage, envois de numéros, animation des réseaux, site internet, etc.) c’est Flavie et moi qui faisons tout. Et comme nous faisons tout, nous le faisons mal parce qu’on manque de temps et que nous sommes fatigués. Surchargés de boulot, nous ne parvenons pas à aller chercher les abonnés potentiels qui existent pourtant bel et bien, nous en sommes convaincus. Ne serait-ce que dans les médiathèques, les salles, etc. Une revue comme Hexagone aurait là toute sa place, et malheureusement nous n’y sommes que fort peu présents, peu représentés, par déficit de prospection probablement. Dans n’importe entreprise, la com est un poste majeur. Si on ne travaille pas la com, on meurt. Ce n’est pas plus compliqué que cela et je le sais.

On parle là de créations d’emplois, pas juste trouver quelqu’un pour filer un coup de main.

Ce n’est pas envisageable de filer les clefs de l’association à quelqu’un qui ne peut travailler qu’une heure par jour pour nous. On a une ambition professionnelle, nous souhaitons donc engager des professionnels. Nous sommes obligés aujourd’hui de mettre en place une vraie stratégie. Je veux en priorité que cette revue soit lue par le maximum de lecteurs. Il faut parvenir à les toucher pour les emmener vers nous. Où se trouvent nos éventuels abonnés ? Où aller les chercher ? Je ne sais pas. La seule chose dont je suis convaincu, c’est qu’ils existent. J’espère que nous sommes plus de 2000 en France à être passionnés par la chanson française.

Vous tirez à 1000 exemplaires pour le moment.

Oui, et nous avons 700 abonnés. Il nous en faudrait 1000 de plus. Je précise que dans l’édition, on paye cher pour les 1000 premiers exemplaires, mais beaucoup moins si on en tire 1000 de plus. Avec 1000 abonnés supplémentaires, cela nous apporterait une vraie soupape. Il nous est impératif de franchir un palier supplémentaire pour survivre au-delà du numéro 16 (à l’été 2020). C’est l’objectif que nous nous fixons pour l’année à venir, faute de quoi nous disparaîtrons, site et revue. Plus que jamais nous avons besoin de toutes les bouches pour continuer à nous faire connaître et de toutes les oreilles pour que cet appel soit entendu.

Tu es le seul salarié de l’association ?

Oui. Je touche le smic minimum, ce qui permet à l’association de payer peu de charges.

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(Flavie Girbal, la directrice de publication d'Hexagone par David Desreumaux)

Flavie et toi m’avez toujours impressionné pour le travail que vous fournissez depuis plus de 3 ans avec Hexagone, version papier. Vous devez être crevés, non ?

Le boulot administratif que j’ai décrit plus avant doit représenter 70% du temps à passer pour la revue. Les 30% restants, on peut enfin penser aux photos et aux articles… Le fait de nous occuper de tout cela, de multiplier les casquettes, nous bouffe une énergie incroyable. Nous sommes lucides face à ça, physiquement, nous ne pourrons pas tenir longtemps à ce rythme.

La presse papier est en pleine galère depuis quelques années et la chanson française ne marche pas super bien non plus. Tu as bien choisi tes activités dis donc !

Je sais, c’est notre côté pervers, on en remet une couche (rires). Avec cette revue, je sais bien que l’on s’inscrit dans un marché de niche. Nous sommes toujours vivants parce que, depuis le début, j’ai fait en sorte d’avancer avec beaucoup de prudence. On a réduit les dépenses au minimum. C’est pour ça aussi qu’avec Flavie, on est parfois au bord de la rupture. On l’a choisi de faire cette revue, on savait à quel point ce serait difficile et je ne le regrette pas, mais ça va jusqu’à mettre sous pli les revues, porter les cartons, envoyer nous-mêmes les exemplaires à la Poste… Je tiens à souligner que Flavie, qui passe déjà ses journées au collège puisqu’elle est prof, travaille plus que moi pour la revue, et n’exerce pas les tâches les plus drôles. Elle fait un boulot phénoménal sur la partie administrative, dont les abonnements et la comptabilité. La maquette, c’est elle intégralement. La retranscription des entretiens, c’est le plus souvent Flavie aussi. Si elle est davantage dans l’ombre que moi, elle abat cependant un travail inimaginable.

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david desreumaux,hexagone,interview,mandorJe sais aussi que vous faites très attention à l’aspect écologique dans votre travail

Tirage raisonné, impression réalisée en France à partir d’encres écologiques, exemplaires mis sous pli dans des emballages écologiques également, et à partir de papier recyclé pour tous les envois qui partent de la rédaction. Cela représente un coût mais, comme dirait l’autre, nous n’avons qu’une seule planète. Alors respectons-la.

Je rappelle que tu écris dans la revue et que tu fais la majeure partie de photos. Tu pourrais choisir entre les deux ?

Si je devais faire un choix, ce serait simple. Je n’aurais aucun mal à lâcher l’écriture. J’aime ça, mais ma fonction de rédacteur en chef réclamerait que je récupère du temps pour organiser la revue. Pour être franc, j’aimerais ne garder que la photo. Je tiens beaucoup à cette activité et je ne veux pas céder là-dessus. Je me sens plus photographe que rédacteur.

Flavie et toi avez reçu en 2017 le Prix Jacques Douai. Il est décerné chaque année, depuis 2007, à un artiste, une personnalité ou une structure qui, par son action ou son œuvre artistique, fait vivre la chanson francophone, le répertoire et les idéaux que Jacques Douai a portés toute sa vie : célébration de l'art de la chanson, respect et souci d'élévation du public, émancipation par la culture et l'éducation populaire. C’est un sacré hommage !

Ca encourage. On se dit qu’on n’a pas travaillé pour rien et que la revue n’est pas passée inaperçue auprès des gens du métier.

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Quelques rédacteurs avec le "chef" : Patrick Engel, Mad, Stéphane Pistre, Philippe Kapp, Nitthila Elhisaï et David Desreumaux. (Photo Perrine Rebeyrole)

Pour ce 13e numéro, vous avez une nouvelle maquette. Pourquoi ?

Ce n’était pas indispensable car nous étions contents de la précédente, mais cela faisait 3 ans que l’on tournait avec le même type de couverture et la même maquette. Partant du principe que la chanson et la revue ne sont pas un musée, on a décidé de varier l’image. On ne veut surtout pas s’enfermer.

Même avant la revue, déjà sur le site Hexagone, tu as toujours montré que la chanson française n’était pas l’art ringard que l’on voudrait nous faire croire.

La chanson est tellement polymorphe… il y a de tout. Il y a effectivement des choses ringardes, mais il y a beaucoup de choses novatrices. Et la chanson traditionnelle n’est pas moins bonne que la chanson plus moderne. Avec Hexagone, on se veut le miroir de cette pluralité dans un écrin digne d’elle. La chanson est tellement belle qu’il faut essayer de lui rendre la pareille.

La police d’écriture a changé aussi.

On a renforcé la lisibilité parce que plusieurs personnes nous avaient informées qu’elles avaient du mal à lire, nous avons donc pris ça en considération. Signalons également qu’il y a un peu plus d’air dans les pages.

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david desreumaux,hexagone,interview,mandorEt pour la première fois, vous avez fait un dossier sur un chanteur décédé, en l’occurrence Allain Leprest.

Depuis le début, je ne me l’étais pas autorisé par rapport à cette notion de spectacle vivant. Cela dit, ça fait longtemps que je voulais faire quelque chose sur Allain Leprest. Quand je croisais Didier Pascalis, son dernier producteur, nous en parlions, mais on se disait qu’il fallait qu’il y ait une actu. Le disque Leprest en symphonique avec Clarika, Cyril Mokaiesh, Romain Didier et Sanseverino en est une belle. Après, il a fallu trouver le bon angle pour ne pas répéter les bios et autres dossiers déjà existants. On a donc essayé de voir, huit ans après sa mort, ce qu’il nous reste de Leprest et comment son œuvre est-elle rattrapée par le temps et par les artistes. Il demeure aujourd’hui un phare pour plusieurs générations d’artistes. Nous sommes allés à la rencontre de certains d’entre eux – plus un journaliste et un universitaire – pour prendre le pouls de cet après. Est-ce qu’il se passe quelque chose après Leprest ? Didier Pascalis, Clarika, Romain Didier, Sanseverino, Cyril Mokaiesh, Marion Cousineau, Loïc Lantoine, Stéphane Hirschi et Patrice Demailly se penchent sur la question. Près de soixante pages sur et autour d’Allain Leprest, dont un entretien inédit réalisé en 2002, illustré en grande partie par les peintures et dessins d’Allain que Didier Pascalis a eu la gentillesse de nous confier pour l’occasion. On a pris le prétexte d’un artiste mort pour le ramener dans le vivant.

Ce que j’aime bien aussi dans Hexagone, c’est que vous êtes capable de faire des portraits d’artistes très confidentiels, parfois que je ne connais même pas (comme ce mois-ci, Jean Dubois par exemple).

J’aime bien mettre les gens connus sur le même pied d’égalité que les moins connus. Faire huit pages sur Jean Dubois me parait normal. Il est connu de beaucoup d’amateurs de la chanson. Pour moi, c’est quelqu’un d’important. Il a écrit des chansons magnifiques qui gagnent à être connues.

C’est quoi pour toi une belle chanson ?

« Belle », je ne sais pas, c’est subjectif, on aime autant de chansons différentes que l’on porte d’humeurs différentes. Mais, pour qu’une chanson me plaise, elle doit m’apprendre et m’apporter quelque chose dans le sens où elle m’aura « déplacé » le temps de son écoute. Que je sortirai différent de cette écoute. Que ce soit de la variété, du rock, du slam, du rap, de la chanson littéraire ou traditionnelle, ce qui importe, c’est ce que la chanson véhicule comme idée, comme émotion et comme forme d’humanité. Il faut qu’une chanson nourrisse et soit signifiante. Sans pour autant être complexe. Les chansons en apparence les plus simples sont souvent les plus belles. Mais c’est tout un art d’y parvenir.

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Pendant l'interview, aux Trois Baudets, le 26 septembre 2019.

Commentaires

J'ai découvert Hexagone sur Internet, puis je me suis abonnée dès le premier Mook...et je preds toujours autant plaisir à le lire, le regarder aussi: les photos sont très belles. Que de découvertes cette lecture m'a permis! Et quel plaisir aussi d'y retrouver ces artistes que l'on apprécie et qui n'ont que trop rarement la possbilité de s'exprimer!

Écrit par : Marie GUYOT | 03 octobre 2019

Abonné de la première heure.
Super entretien qui complète bien l'édito du numéro #13.
Parlons et faisons parler d'Hexagone autour de nous !

Écrit par : Romain Lemire | 06 octobre 2019

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