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24 septembre 2019

Arthur Ely : interview pour son premier album En 3 lettres

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(Photos : Sabine Villiard)

arthue ely,en 3 lettres,interview,mandorIl n’y a même pas un an, j’ai découvert un EP, Standard, interprété par un jeune artiste dont je ne savais absolument rien. Arthur Ely rappait aussi bien qu’il chantait. Ses titres mélangeaient avec pas mal de fulgurances rap, rock, chanson et electro discret. Du hip hop moderne et diablement efficace. "Nourrie de ses fantasmes, de sa vie quotidienne et de ses prétentions futures, la musique d’Arthur ELY coupe court à la frilosité ambiante pour assumer une identité forte". Je l’avais donc mandorisé. Depuis cette première rencontre, les choses se sont accélérées. Remarqué par de nombreux professionnels, il a reçu quelques prix et accumulé les concerts. Et aujourd’hui, il sort son premier album, En 3 lettres (que vous pouvez écouter ici).

Le 18 septembre dernier, nous nous sommes retrouvés au Ground Control (sous un soleil étincelant) pour faire le point sur sa jeune carrière. Arthur Ely, je ne le lâche pas… j’ai l’étrange sensation qu’il va devenir un futur grand !

Biographie officielle (légèrement écourtée):

Arthur Ely incarne le parfait reflet de cette jeunesse curieuse jonglant en un clic du hip-hop à la chanson en passant par l’électronique ou le rock.

Repéré fin 2018 avec son premier EP Standard, ce jeune homme charismatique de 23 ans affirme dans ses nouveaux sons une personnalité hors norme, mi-chanteur, mi-rappeur. Ses textes à la mélancolie poisseuse, sont toujours sauvés de la dépression fatale par un humour ravageur. Comme l’expression sauvage d’un parcours sinueux.

Jusqu’à quinze ans, sa vie tourne quasi exclusivement autour du tennis avant qu’un grave accident mette finarthue ely,en 3 lettres,interview,mandor à ses velléités de professionnalisme. Pas le genre à faire les choses à moitié, Arthur se met alors frénétiquement à la guitare qu’il “ponce pendant deux ans”. Strasbourgeois d’origine, après son bac, il s’envole pour Paris, afin d’obtenir une licence de médiation culturelle, certes, mais avant tout bien décidé à devenir un musicien à plein temps. Le soir après la fac, Ely tourne dans les bars où il présente déjà ses propres compositions.

C’est en côtoyant le producteur Jacques, roi de la bricole électronique de haut vol, strasbourgeois tout comme lui, qu’Arthur devient un adepte des machines, sans pour autant délaisser la six cordes que l’on retrouve, électrifiée ou pas, sur nombre de ses compositions. Un moment clé où il se met aussi à écouter du rap, lui qui a été bercé plutôt par le rock ou la soul. La base est désormais là qui donne naissance à l’EP Standard, carte de visite fulgurante certes, mais également un peu confuse, car comme il le reconnaît volontiers maintenant, Ely avait confondu le “bien faire” et le “trop faire”. Ce qui n’est absolument pas le cas avec ces nouveaux titres lâchés comme un triptyque démarré en juin avec le premier volet “En 3 lettres”.

arthue ely,en 3 lettres,interview,mandorLe disque (argumentaire de presse) :

En constant aller-retour entre noirceur et humour, ces morceaux, parfois ténébreusement jouissifs, témoignent magnifiquement de la porosité actuelle entre rap et chanson. On est impressionné par la puissance de cette voix (“Soleil”) et la pétulance du flow (l’éruptif “Mayday”).

Des qualités vocales parfaites pour les mélodies sensibles de ces véritables chansons dont le secret réside peut-être dans le mode de composition où Arthur, à la différence des rappeurs qui se penchent d’abord sur les textes et pensent ensuite aux musiques, démarre souvent les morceaux à la guitare en ayant en tête seulement quelques ébauches de phrases. Les paroles justement. Il y a bien sûr de l’ego-trip mais avec un recul salvateur (l’émouvant “Seul à ma fête”), où Arthur surfe les vagues à l’âme, comme un ado grandi trop vite sous les coups de boutoir d’une vie intranquille (“Plus j’avance ”). Là encore sa singularité foudroie qu’il évoque Nietzsche au détour de “Mayday” ou sa passion pour la peinture au fil de l’émouvant “Libre”.

La démonstration éclairante de l’humanité d’un jeune adulte d’ores et déjà affirmé artistiquement, mais non sans failles. Où qu’il soit son papa disparu brusquement alors qu’Arthur avait dix-sept ans, et dont la figure tutélaire plane discrètement dans les thèmes de ses chansons, peut être fier de son fils qui propulse un nom inscrit maintenant “en trois lettres” d’or.

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(Photo : 2L2T)

arthue ely,en 3 lettres,interview,mandorInterview :

Il s’est passé beaucoup de choses depuis notre première rencontre il y a neuf mois. Cet été, par exemple, aux Francofolies de la Rochelle, tu as remporté le prix Coup de cœur du Club Francos.

C’est une des meilleures choses qui me soit arrivée cette année, tant au niveau humain que professionnel. Grace aux Chantiers, j’ai appris beaucoup. Je suis content de la manière dont j’envisage la scène désormais. L’équipe est formidable et je leur en suis reconnaissant. Les gens des chantiers ont soutenu et aidé mon projet avec humanité… ils font désormais un peu partie de ma famille.

Tu as appris quoi ?

Par exemple, j’ai compris que je pouvais être aussi puissant et fort sur scène quand je ne bouge pas. J’avais tendance à libérer beaucoup d’énergie, donc de m’exciter et aller dans tous les sens. Je voulais trop occuper la scène. Ca jouait sur mon souffle, sur ma voix et sur mon jeu. On m’a fait comprendre que même en restant droit comme un piquet derrière ma guitare, je pouvais transmettre autant. Ce qui ne m’empêche pas de beaucoup bouger le morceau suivant. En fait, j’ai appris le contraste.

"Panorama" (live au DSXL).

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Quand tu as joué aux Francos devant 15 000 personnes, qu’as-tu ressenti ?

J’étais super stressé dans la journée. C’est amusant parce que c’était tellement surréaliste que, quelques heures avant le concert, j’ai commencé à me calmer. Je suis rentré dans une sorte d’état d’hypnose sans le vouloir. Même quand je suis monté sur scène, un calme intérieur s’était installé. Une fois devant le public, je me suis demandé à qui j’allais m’adresser. Dans une salle de 200 personnes, c’est concret, tu vois les têtes, mais je ne pensais pas que devant 15 000, tu le pouvais aussi. A chaque seconde je regardais donc quelqu’un d’autre dans le public.

On se sent Dieu ?

Quand tu joues devant 15 000 personnes, surtout la première fois, tu transcendes le petit humain que tu es. Tu te sens donc supérieur à ta propre condition humaine. Si je me sens divin pendant le concert, après, je redescends vite.

Il faut être fort pour passer de ces deux états en quelques secondes ?

Ce n’est pas évident. Quand je suis sur scène, je passe par des tas d’émotions différentes. J’ai parfois envie de pleurer, de rire… ce sont des moments ou ta vie s’intensifie. Quand tu sors de ça, tu as l’impression d’être une bête de foire. En fait pour ne pas être trop perturbé, il faut être bien entouré et réfléchir à ce qu’il t’arrive. C’est facile de partir en vrille parce que la matière première d’un artiste, c’est l’émotion. Vendre ses émotions, ça ne va pas de soi.

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La notoriété, tu penses que tu l’as vivra bien ?

Ça fait partie du taf. Aux Francos, j’ai croisé Matthieu Chédid. Ca fait au moins 20 ans qu’il est immensément connu et il reste dans une relation hyper simple avec les gens. Il ne se prend pas la tête. Il discute avec tout le monde d’égal à égal. J’aimerais être comme ça.

Ton album, En 3 lettres, comporte quelques solos de guitare bien rock.

Je viens de là. J’ai commencé par le rock dur, puis j’ai eu une grosse phase jazz, ensuite, j’ai écouté de la chanson et enfin du rap. Ce que j’aime bien avec cet album, c’est que je me suis senti libre de passer d’un registre à l’autre. D’une chanson comme « Soleil » qui commence en ballade guitare-voix, puis qui a un gros passage instrumental, en l’occurrence un solo de guitare, je passe à une chanson comme « Mayday » qui est un rap punk un peu burlesque. C’était une manière de digérer toutes les influences que j’ai eu. Il n’y a pas de problème à passer d’un style à l’autre, ce qui compte, c’est d’être pertinent et de savoir où tu veux aller… et mettre tes tripes. Le fil conducteur du disque c’est ma voix et ce que je raconte.

Clip de "Libre".

Je t’ai entendu sur France Inter chanter « La vie ne m’apprend rien » de Daniel Balavoine (écouter ici à partir de 46'). C’était pour prouver qu’un rappeur a aussi une belle voix ?

Cette question, je ne me la pose pas. Elle me passe par-dessus la tête (rires). Pour moi, le rap est juste une modalité de chant qui permet de mettre plus de mots en moins de temps. C’est aussi une question de flow, de rythmique. Mais je me considère comme un chanteur, le rap est une façon de chanter moderne.

En tout cas, tu t’es complètement réapproprié la chanson de Balavoine. Bravo !

L’idée était de la chanter à ma façon. Je n’allais pas tenter de l’imiter. D’abord, c’est impossible et il n’y a pas grand intérêt à cela. Par contre, les paroles de cette chanson me parlaient beaucoup. Elle n’est pas aux antipodes de « Plus j’avance ». Je raconte que l’on s’attend à devenir plus sage en grandissant, or, on peut devenir de plus en plus paumé.

"Plus j'avance" (live au DSXL).

Dans « Plus j’avance », on a l’impression que tu n’es pas certain d’être sur le bon chemin.

Je me suis rendu compte que dans toutes les chansons que j’ai écrit cet hiver, je parle des désillusions à la sortie de l’adolescence. Je sens donc que je ne suis plus un ado et que je deviens un jeune homme. Je remarque aussi que beaucoup de fantasmes sur lesquels je me suis construit ces quatre dernières années ont disparu. Peut-être que je ne serai plus jamais aussi fort qu’entre mes 17 et mes 22 ans. C’est paradoxal. Sur plein de sujets, je suis beaucoup plus dans le doute qu’avant. Il en ressort beaucoup de noirceur dans mes chansons puisque je raconte des châteaux qui s’effondrent.

Mais il y a aussi de l’humour dans tes textes.

J’aime les grands écarts. Ça m’intéresse de rire, même si je suis au fond du trou. Les hommes sont des machines à dramatiser leurs petites situations, donc je préfère en jouer avec humour et ironie. Il n’y a en tout cas jamais de pathos dans mes chansons.

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Pendant l'interview...

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Article dans le journal Libération.

Lors de notre première mandorisation, tu m’avais dit que tu savais que la gloire allait arriver. Je dois dire qu’effectivement, le métier commence à beaucoup parler de toi. Pas encore le grand public, mais je suis assez optimiste te concernant pour dire que ça ne devrait pas tarder.

Aujourd’hui, je me rends compte que le concept de gloire s’est un peu transformé. C’était une coque vide sur laquelle je me construisais pendant toute mon adolescence. Maintenant qu’il y a des échos sur ma personne, je me rends compte que je ne sais plus ce que ça veut dire le concept de gloire. Ce qui m’intéresse c’est juste de trouver un public pour pouvoir toucher les gens et pour continuer à être libre. Libre dans les émotions que j’ai envie de transmettre. Pour le moment, j’ai conscience que malgré les articles qui sortent ou les passages en radio, je ne suis pas du tout connu.

Clip de "Le temps".

C’est encore important pour quelqu’un de ta génération de sortir un premier album ?

Aujourd’hui, même si pour les médias ça reste quelque chose d’important, pour les artistes de ma génération, la notion d’album est assez perturbée. Dans le rap, on sort un premier album, alors qu’il y a déjà cinq mixtapes sortis. Un mixtape, c’est déjà presque un album. Qu’est-ce qu’un album ? Les choses sont un peu floues pour nous. En tout cas, la sortie de ce disque me permet de rencontrer les médias et de me présenter frontalement. C’est une carte de visite géante.

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Après l'interview (sous le soleil exactement), le 18 septembre 2019.

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