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17 juillet 2019

Les Francofolies de La Rochelle (10): Interview Flavien Berger

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francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandor« Flavien Berger surprend et interpelle pour finalement nous charmer. En jouant avec les mots pour créer des histoires d’amour, en testant des sons tourbillonnants, le compositeur autodidacte s’est fait rapidement un nom en apportant un vent de fraicheur à la scène française. Flavien Berger, membre du Collectif sin~ travaillant sur l’expérimentation, a toujours été intéressé par le bidouillage de machines pour en sortir des sons. Sur ce point, c’est assez difficile de définir son style : Il va au-delà, mélangeant francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorhabilement les passages effrénés et les longues plages de synthétiseurs. Écouter toutes ses sorties ou le voir jouer sur scène confirme son génie à emmener le public dans une expérience émotionnelle profonde, pleine d’imagination.
Il a joué le 14 juillet prochain sur la scène du Théâtre Verdière. Dans la journée, il est passé à la salle de presse pour me parler de ce concert et de son nouvel album (près d’un an après Contre-Temps, sorti l’année passée), Radio contre-temps, une collection de morceaux issus du processus de création de l’album précédent.

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francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorInterview :

C’est important pour toi ce premier FrancoFolies ?

Je vais te paraître ingrat, mais aucun festival ne me fascine, parce que ce n’est pas du tout ma culture. Avec les Francos, je n’ai pas un rapport très sacré. Après, je découvre ce monde et ce milieu et ça me plait beaucoup parce qu’en effet, quand j’arrive et que je vois des photos de concerts qui ont eu lieu depuis plus de 20 ans, je me dis qu’il s’est passé des choses. De plus, on est fort bien reçus.

Les photos des personnes « mythiques » t’impressionnent?

« Mythiques »… il faut faire attention avec ce terme. Pour moi, aucun homme n’est sacré et

personne ne m’impressionne.

Quand as-tu commencé à faire de la musique ?

Peut-être à partir du moment où j’ai commencé à l’écouter. Et puis, il y a un jour ou ça se développe, ou on se met à produire et à enregistrer. Mon système d’annotation n’était pas par la portée, parce que je ne connais pas le solfège, il a été par le data, la mémoire… j’ai découvert la composition musicale sur ma Playstation 2.

Le fait de ne pas connaître le solfège permet d’aller là où ne vont pas les autres ?

Je ne sais pas. Connaître la musique permet aussi d’aller dans des territoires encore plus précis.

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Quand tu es à pparu en 2015 avec ton premier album Léviathan, tu es devenu francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorimmédiatement l’artiste du moment, un peu à part.

Je m’en foutais un peu. J’étais ravi des retours que l’on me faisait et des mises en avant que j’avais dans certains médias, mais la case de celui qui monte, c’est une case… et les cases me font peur parce qu’une fois qu’on y est, on ne peut qu’en sortir. Je me protège beaucoup d’une possible descente après une ascension. Je crois beaucoup à la racine Huzohide et à l’oscillation. On ne peut pas être dans une croissance et une progression constante. Une carrière, c’est du travail, de la patience, mais je n’ai pas d’attente sur ce métier. Ce n’était d’ailleurs pas un métier que je voulais faire et je ne le ferai certainement pas toute ma vie.

J’ai l’impression que tu as un sérieux détachement sur le milieu musical…

Pour moi, la musique sert plus à rencontrer des gens, à avoir des expériences. Je fais de la musique seul, pour ensuite travailler à plusieurs, que ce soit sur le live et sur la finition de l’album. Ce qui m’arrive, je n’en suis pas détaché, contrairement à ce que tu penses. C’est gratifiant, mais je ne suis pas dans un storytelling de l’artiste qui mène son petit bout de chemin, guitare au dos. Je m’intéresse juste à la création en soi.

francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorJe suppose que tu n’aimes pas trop les interviews.

Si, j’aime bien. J’ai un côté narcissique qui aime bien parler de moi et de mon travail. Je fais juste attention à ne pas mettre mon image en avant. Ça me fait plaisir de parler à des gens qui en ont fait la demande, comme toi. Je ne vois pas pourquoi je refuserais.

Tu viens de sortir un nouvel album, Radio Contre-Temps qui est le pendant du précédent, Contre-Temps.

C’est un disque corollaire à l’album précédent en effet. J’avais une folle envie de sortir un disque en deux semaines. Avec mon label, c’est ce que nous avons fait. Radio Contre-Temps est un disque commenté qui s’adresse à celui qui l’écoute.

Expliquer un disque, ce n’est pas démythifié le truc ?francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandor

J’explique ce que j’aurais aimé qu’il y ait, mais qu’il n’y a pas. J’explique ce que j’aurais aimé faire, mais que je n’ai pas fait. Après, je suis d’accord avec toi, le mystère est hyper important. C’est primordial de ne pas tout donner, de ne pas tout expliquer, de ne pas tout montrer.

On ne peut pas dire que l’on te voit beaucoup dans les médias. On ne sait rien de toi, de ta vie…

Ma vie n’est pas très intéressante. Ce n’est d’ailleurs pas ce que je fais de mieux. Je préfère que l’on creuse les discutions artistiques et culturelles et plus largement politiques.

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francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorAux Francos, vous êtes combien sur scène ?

Nous sommes 5… mais je suis le seul humain. Je suis entouré de fantômes. Si tu viens au concert, tu auras l’occasion de les voir tourner. Ce sont des présences que j’ai toujours eu dans la tête, mais qui sont matérialisées aujourd’hui. Je suis le seul à faire de la musique, ils se contentent de tourner et de danser.

Tu as un monde imaginaire intense en toi ?

Oui, et que j’ai l’intention de matérialiser un jour dans l’espace physique. La musique c’est physique. Ce sont des ondes qui percent l’air et qui font bouger les molécules. La musique, c’est de la communication à travers de la matière.

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Après l'interview, le 14 juillet 2019.

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Les Francofolies de La Rochelle (9) : Interview Canine

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francofolies de la rochelle,canine,interview,mandor« Elle chante en français, elle chante en anglais, elle chante surtout une langue étrange, personnelle, d'une voix déterminée et languide : on se demande parfois si Canine est homme, est femme. Le chant de Canine est grave, car on ne peut pas tricher avec la soul qu'elle détourne vers une version très personnelle du genre, qui doit autant au R&B de pointe qu'au vintage Phantom Of The Paradise. La voix de Canine ne fut pourtant pas toujours si grave : dans son adolescence passée entre Nice et Paris, elle coloria ainsi des chansons espiègles, aux limites de la pop et du dancefloor. C'est peu dire qu'on est mordu de Canine. Elle s’est produite au Théâtre Verdière le 13 juillet 2019 ! »

Bon, aujourd’hui, après une phase de mystère de quelques mois (sur scène et en promo, elle ne quittait jamais un imposant masque fait de plumes noires), nous savons désormais que la tête pensante du projet Canine est Magali Cotta. Et c’est à visage découvert, le sourire aux lèvres, que l’artiste pluri disciplinaire est venue, le 13 juillet 2019, dans la salle de presse pour me parler de son groupe.

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francofolies de la rochelle,canine,interview,mandorInterview :

Je sais que la musique est arrivée dans ta vie à l’âge de deux ans.

J’étais dans une école d’éveil. On enfermait pendant une heure et demie des enfants de deux ans avec une personne hyper gentille. On avait le droit de toucher tous les instruments. Ça allait des percussions au piano. Je me souviens d’un joyeux bordel. A 3 ans, j’ai continué, mais c’était encore un peu le bordel. C’est à 4 ans que j’ai commencé à apprendre à lire la musique et à travailler le piano. Je considère que j’ai appris mon métier à cet âge-là. Ça a complètement influé sur le reste de ma vie.

Très vite, tu t’es dirigée vers le jazz. D’ailleurs, on l’entend dans la musique de Canine.

Le jazz m’a appris à la fois une exigence, un travail d’harmonie assez complexe… et une grande liberté. Quand tu es dans un bon jazz, tu es dans un lâcher prise sans nul autre pareil.

Avoir une grande technique permet de sortir des cadres imposés habituellement ?

Tout à fait. C’est le cas pour moi et pour mes musiciennes, chanteuses et instrumentistes. Elles ont toutes une technique imparable. Il y en a qui viennent du jazz, mais pas uniquement. Certaines viennent de la soul, du gospel et même deux qui viennent de la comédie musicale. Elles sont toutes malléables, ouvertes et libres.

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Dans ton show, il y a plusieurs chants.

Oui, d’ailleurs, celles qui m’accompagnent sont contentes d’explorer des choses nouvelles, vocalement, pour elles.

Tu as composé toute la musique du projet. Te considères-tu comme un chef d’orchestre ?

C’est exactement ce que je suis sur les lives, mais je suis aussi metteur en son et metteur en scène. C’est presque ce qui m’intéresse le plus.

Ce projet à 5 ans. Je trouve qu’il évolue très vite.

J’ai désormais une petite équipe autour de moi composée de personnes qui me donnent confiance en moi et qui sont excités par le projet. Nous sommes tous heureux de tous travailler ensemble et de faire évoluer Canine à vitesse grand V.

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Canine aux Francofolies le 13 juillet 2019.

J’ai l’impression que tu as du recul par rapport au métier ?

Je ne cours pas derrière le succès à tout prix, en tout cas, sinon, je ferais autre chose. Je suis ravie d’être là, mais ce n’est pas une fin en soi. Je ne me pose pas trop de questions.

Tu ne te demandes pas si scéniquement tu ne vas pas trop loin ?

Non, je ne me bride jamais. Mais parfois, la production me signale que c’est trop cher (rire). Je vois toujours les choses en grand, or, les budgets ne sont pas extensibles. Je n’ai jamais de contraintes artistiques, juste des contraintes financières.

Tes spectacles sont un mélange de danses (sauvages, souvent) et d’expériences vocales.

Au niveau des corps, je voulais qu’ils se reconnectent avec des choses pas du tout cérébrales, mais plutôt animales. Les animaux est un thème qui m’est très cher, autant que notre propre animalité. Dans le chant aussi, nous sommes connectées à nos sensations et à nos corps. C’est un ensemble indissociable.

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Canine aux Francofolies le 13 juillet 2019.

As-tu la volonté de ne rien faire comme les autres ?

Pas du tout, mais c’est une bonne question que je ne me pose pas. Tu es d’ailleurs le premier à m’interroger sur ce sujet. C’est juste un projet que je veux voir, moi. Je suis dans une époque où je suis un peu frustrée avec ce qu’il se passe dans la musique actuellement. Dans la musique mainstream, je ne n’y trouve pas beaucoup mon compte. Il y a des artistes qui ont des projets admirables, mais ils sont méconnus et on n’y a pas accès facilement.

Comme il n’y a que des femmes dans Canine, que tu évoques les femmes de manière non caricaturales, on dit que c’est un projet féministe. Qu’en penses-tu ?

Je voulais montrer un féminin qui a différentes facettes et qui ne soit pas dans les stéréotypes : la vierge, la pute, la maman… En live ou dans les vidéos, je veux mettre en avant des femmes qui peuvent être violentes, douces, agressives, bêtes, intelligentes. Un féminin qui regorge de choses beaucoup plus complexes et intéressantes. Je n’aime pas les sentiers balisés.

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Au début de Canine, tu ne dévoilais pas ton visage et tu ne répondais pas aux sollicitations des journalistes.

Quand j’ai monté ce projet, je souhaitais que l’on s’intéresse aux valeurs que je voulais défendre et je sentais que si je me mettais en avant, j’allais être dans un truc personnel et marketé. Pour être très franche, j’étais aussi très timide. Maintenant, je le suis moins et je suis ravie de rendre ce projet lisible parce que j’ai envie qu’il parle au plus grand nombre.

Ce n’est pas dommage d’expliquer un projet ?

Je donne juste des pistes de compréhension. Je parle des sens qui passent par les voix, la musique, mais aussi par le corps. Je ne rentre pas trop dans les détails.

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Quelles sont les valeurs que tu souhaites véhiculer ?

Le féminisme, le combat pour les animaux et la justice sociale et personnelle. La nature aussi, la mer, la montagne, la forêt.... La nature est pour moi un grand refuge et elle est présente dans quasiment tous mes morceaux.

La musique est un combat ?

La musique est un combat politique. Elle permet de revenir à des choses qui semblent inutiles, sans valeurs marchandes, comme le beau, la poésie et les choses gratuites. J’ai l’impression que si on parvient à faire de l’art pour le collectif, on fait un pas en avant.

Est-ce que Magali Cotta et Canine ?

Canine, c’est beaucoup moi puisque c’est mon projet. C’est plus que moi. C’est plus gros que moi… après j’espère que ce n’est pas que moi.

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Avec Magali Cotta "Canine", le 13 juillet 2019, pendant l'interview.

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