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22 juin 2019

Louis Ville : interview pour l'EP Et puis demain...

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LV (E.Sawicki).jpgUn nouveau Louis Ville est toujours un évènement. Même si, sur ce coup-là, il est un peu frustrant. Juste 6 titres alors que l’on en voudrait au minimum le double. Il y a quand même une bonne nouvelle, cet EP, Et puis demain… est annonciateur d’un 7e album qui va sans nul doute nous surprendre. Louis Ville n’est pas artiste/artisan à tourner en rond. Chaque album/pépite est différent et nous emporte dans un nouvel environnement musical encore peu fréquenté.

Pour ceux qui ne connaissent pas Louis Ville, découvrez le en lisant les deux mandorisations que je lui ai consacrées. La première en 2012 pour la sortie de la nouvelle édition de Cinémas, Deluxe Édition et la deuxième en 2017 pour son précédent album Le bal des fous. J’y évoque notamment sa biographie, son passé artistique, son rapport à la musique et aux textes…

Son site (avec la petite phrase de Mandor).

Vous pouvez aussi écouter l'EP là.

Pour sa troisième mandorisation, nous nous sommes retrouvés entre deux émissions et deux trains dans un restaurant de la Gare de l’Est, le 13 juin dernier.

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unnamed.jpgInterview :

L’orientation de ce disque est différente.

C’est mon disque le plus intimiste. Je dévoile plein de choses de moi, de mon vécu, de mes joies, de mes peines, de mes passions…

Tu as nettement amoindri le côté sociétal… comme si tu avais déjà tout dit.

Si je me suis parfois exprimé sur certains faits de société, je n’ai jamais été un chanteur engagé, mais j’ai souvent été ému et touché par l’injustice, donc j’ai voulu en parler, mais je n’en ai jamais fait mon fonds de commerce.

Quelle vision as-tu de la société actuelle ?

Elle est très floue. Je n’arrive pas à cerner ce qu’il se passe aujourd’hui. Politiquement parlant, je ne vois que des gens qui gesticulent.

Le discours dominant est quand même que l’on va droit dans le mur.

Fin 1970, quand j’ai commencé à faire du punk, je me souviens que l’on disait déjà cela. Le mur est partout et tout le temps là. Tant que notre société capitaliste ne se sera pas effondrée pour laisser place à un quelconque renouveau, rien ne changera. Il y a aura tellement d’inégalité que l’on ne pourra toujours pas se sentir apaisé et serein.

Musicalement, cet EP ne ressemble pas à tes précédents albums.

Je n’aime pas rester figé. J’aime les genres, mais ils ne me conviennent pas sur la durée. Rester coincé dans un univers me fait peur. J’ai l’impression qu’il m’étouffe au bout d’un moment. Toute ma vie, je me suis nourri de tas de musiques et d’influences différentes. A terme, tout ce que j’ai écouté assidument a besoin de ressortir.

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Tu as envie de te mettre en danger à chaque fois ?

Exactement. En tout cas, je n’ai pas envie de faire dans la facilité. Je peux me planter ou réussir, peu importe, il faut que ma création soit vive et intense. Je ne peux pas me reposer sur les choses qui existent déjà. Je trouve que ce n’est pas honnête vis-à-vis du public. J’admire les carrières des artistes qui se sont renouvelés fréquemment.

Il y a dans cet EP un instrumental jazzy, « Raphaël ».

C’est un hommage à un ami pianiste qui a une fin de vie pas cool. Comme je l’aime terriblement, ça m’attriste. Un jour, j’ai vu un film qui se déroulait en Amérique du sud dans lequel le final montrait un pianiste complètement habité qui jouait en live. J’ai été subjugué par ce qu’il dégageait. Il rayonnait de joie. J’ai donc voulu jouer un morceau similaire. Je suis parti dans une fulgurance pianistique qui m’a presque dépassé. Il n’y a rien de plus excitant que d’aller dans des terrains musicaux que je n’ai jamais emprunté.

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Dans « Qu’est-ce que tu me trouves », il y a même un coté hispanisant.

Ce n’est pas faux parce que cette suite de deux accords sur un demi ton, c’est très espagnol. Après, dans cette chanson, je voulais rendre hommage à ma manière à David Bowie. La voix est restée très douce, comme une petite discussion intérieure.

A propos de voix, je trouve que tu chantes différemment également. 60489216_10218078295616502_9069925714500780032_n.jpg

Le mode d’expression que j’ai souvent utilisé est le crescendo. Ca partait très doucement et ça montait en puissance. Dans cet EP, je voulais raconter des choses de manière différente, avoir une sorte de recul par rapport aux propos. Dans « Et l’étoile » par exemple, je parle de mon père qui est parti il y a presque deux ans. Je voulais avoir la voix d’un adulte qui a aussi cette fragilité d’enfant. C’est un registre que je n’ai pas l’habitude d’explorer, mais cette thématique m’a incité à exploiter ce filon-là.

Tu déclares ta flamme à celle que tu aimes dans « Qu’est-ce qu’elle me trouve ».

C’est une réflexion intérieure par rapport à l’amour que quelqu’un porte à l’autre. On se demande toujours pourquoi on est aimé de cette manière-là. Il y a des amours qui sont tellement forts, tellement indestructibles, beaux, entiers, qu’il est normal que ceux qui en sont bénéficiaires se demandent s’ils le méritent.

Et ils le méritent ?

Mais non, jamais (rires).

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Tu évoques la maladie d’Alzheimer dans « Je ne me souviens plus ». Ce que j’ai aimé, c’est que cette chanson n’est pas du tout pathos.

Au-delà de l’affect et de la tristesse que l’on peut ressentir quand on a une personne proche qui est atteint de cette maladie-là, il ne faut pas oublier que la victime est dans un autre univers. Elle n’est pas consciente d’être malade, ni de la tristesse qu’elle engendre. Je me suis mis dans la peau de quelqu’un qui commençait à oublier beaucoup de choses. Le texte est enfantin, parce que cette maladie est aussi un retour en enfance. Alzheimer accélère la boucle de la vie.

61NfpSCsdVL.jpgTa chanson « La fille du train » a-t-elle un rapport avec le best-seller du Paula Hawkins ?

Absolument. J’ai dévoré ce livre. Je trouvais que ce qui était écrit dans ce roman pouvait devenir un excellent thème de chanson. Du coup, le texte m’est venu de manière fulgurante. Il y avait plein d’images qui défilaient dans ma tête. Le rythme que j’ai trouvé a facilité l’écriture. Je voyais un film et il se transformait en mots.

J’ai l’impression que dans cet EP, tes textes sont moins « poétiques », plus frontaux.

J’avais envie de simplifier mon langage. Être le plus simple possible est un objectif que je me suis fixé afin de devenir de plus en plus universel. Je n’ai pas envie de plaire à tout le monde, je plais à qui veut, mais j’ai envie que mon discours soit compris par tous.

Il y a tout de même toujours des paraboles, des métaphores…

J’essaie d’être toujours dans l’imagerie, mais en tentant d’être plus direct et abordable

C’est dur de faire simple ?

C’est hyper compliqué même. Il m’a fallu de temps et pas mal d’albums pour y parvenir.

J’ai lu quelque part que tu n’aimes pas te présenter comme un « artiste ».

Sur l’instant, on peut offrir du rêve, un voyage à quelqu’un, mais il y a une échelle de valeur à remettre correctement en place. L’escalier que tu utilises tous les jours, fabriqué par un artisan qui a travaillé avec passion, tu ne le remarques pas. On l’utilise pourtant beaucoup plus que l’on entend une chanson.

D’accord, mais l’art est primordial pour les êtres humains.

Je sais bien et personne n’est déméritant. Tu n’as pas idée combien je respecte certains plasticiens, cinéastes, chanteurs… Il faut juste remettre les choses à leur place.

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Pendant  l'interview...

Tu dis quoi quand on te demande ton métier ?

Chanteur de variété.

De variété ?

Je ne veux pas être un chanteur de chansons. Ce que je fais est un peu pop, un peu folk, un peu rock, un peu songwriter. C’est varié, alors je suis un chanteur de variété.

Si je ne peux pas te classer dans la catégorie « chanteur de variété », je ne saurais pas où te classer pour autant.

Tu vois, je n’appartiens pas à une famille spécifique. Je dois donc être inclassable.

Désormais, tu écris des musiques pour les documentaires et le cinéma.

J’ai toujours voulu faire de la musique de commande, ne pas travailler constamment et uniquement pour mon propre univers. J’y arrive petit à petit. C’est une démarche complètement différente et super intéressante. C’est très inspirant. A terme, cela pourrait me faire dévier sur mes créations personnelles.

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Après l'interview, le 13 juin 2019. 

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