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09 juin 2019

Cat Loris : argumentaire de presse pour son album Hypersensible

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(Photo : Gilles Crampes)

Il m'arrive parfois d'écrire des biographies et des argumentaires de presse pour des artistes ou des labels qui m'en font la demande. J'accepte à partir du moment où l'artiste m'intéresse. Même si ce n'est pas toujours le style de musique que j'écoute, si la qualité est là et qu'humainement, ça se passe bien avec l'artiste en question, je m'adonne à cette activité avec plaisir. J'adore cela. Etre celui qui synthétise une vie, un début de carrière et une personnalité. C'est même touchant d'être demandé (si, si). 

Ainsi l'hypersensible Cat Loris à fait appel à moi (merci de sa confiance). Je vous livre la version finale de mon travail (que Cat a un peu écourté pour son site (lire   et ) et les argumentaires de presse envoyés aux journalistes).

Pour écouter et acheter le disque, c'est par ici que ça se passe.

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Aragon disait « on pense à partir de ce qu’on écrit, jamais le contraire ». Pour la sensible Cat Loris ce serait plutôt « si je n’écris pas, je n’existe pas ». Dans sa vie, l’écriture est même de l’ordre de la catharsis : « Si je n’écris pas, je tombe malade, je me perds, je ne me comprends plus. »

La chanson à texte, elle aime depuis toujours.

C’est à 8 ans, en écoutant « L’encre de tes yeux » de Francis Cabrel qu’elle décide d’embrasser le métier d’auteur de chansons. D’autres artistes vont plus tard être des révélateurs d’elle-même, des tuteurs. Clarika et Renaud en tête de liste. « Renaud, c’est un mineur de fond. Il va chercher de l’or en lui pour nous, alors que c’est difficile parce qu’il y a aussi beaucoup de charbons en soi. »

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(Photo : Gilles Crampes)

Cat commence à écrire des poèmes et à chanter seule en imitant les autres… France Gall par exemple. Elle souhaite jouer du piano, apprendre le solfège, mais c’est trop onéreux pour sa famille, elle va donc inventer un système pour écrire à sa manière la musique qu’elle invente. Elle confie à son cousin qu’elle veut devenir chanteuse, il l’encourage. Cette envie irrépressible est dans sa tête et deviendra le phare qui lui permettra de garder le cap pour y parvenir.

Ses études reflètent ensuite son obsession : apprendre le plus possible sur la création artistique, les techniques d’art, l’histoire des arts, les écrits des philosophes et des artistes, bref Cat Loris se plonge dans l’apprentissage de manière jusqu’au-boutiste (ce qu’elle est par ailleurs en règle générale). Elle commence à peindre mais c’est une autre histoire. Pour mettre un peu d’argent de côté, elle pose comme modèle d’atelier. Le don de soi au service de la créativité des autres, c’est noble.

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(Photo : Gilles Crampes)

Peur de rien blues. Dans le même temps, elle prend des cours de chant. Comme tout être normalement constitué, elle ne craint pas le paradoxe. A 20 ans, elle enregistre une première maquette dans le studio d’un ami sur une chanson de Whitney Houston, « I Will Always Love You ». Bingo. Elle se retrouve un peu plus tard à chanter dans un groupe de Hard Rock. Des professionnelles de la voix lui signalent qu’avec ce genre de chant il y a un risque qu’elle perde ses aigus. Elle se tourne alors vers le piano-voix avec une amie qui a une formation « classique » et elle commence à prendre la direction qui est la sienne aujourd’hui.

Cat commence peu à peu à tourner dans les cafés concerts parisiens, avec ses amis Jean Olivet (pour qui elle a écrit deux textes sur son album sorti en 2007) et Jean-Marie Desbeaux, des artistes fondateurs et fondamentaux pour elle. Une famille de cœur. Des gens qui partagent sa sensibilité. Bonne élève qui veut tutoyer l’excellence, Cat Loris suit l’atelier d’écriture du légendaire auteur Claude Lemesle. Pour continuer « encore et encore » à apprendre.

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Dans les chœurs, de gauche à droite, Chadi Chouman, Armelle Yons, Cat Loris et Marine Williamson.

(Photo : Gilles Crampes)

Elle lance le chantier « album », en 2016. Il s’appellera Hypersensible, ce qu’elle est intrinsèquement. « Mon premier album, c’est comme le lest que je balance pour que la montgolfière pique enfin vers le ciel. J’ai fait ce disque pour sceller ce qui a été, pour pouvoir avancer… et je l’ai fait aussi pour mon fils. »

Elle s’est tournée vers Chadi Chouman (guitariste de Debout sur le zinc), dix ans après l’avoir rencontré sur Myspace. Il a accepté de réaliser ce premier album. «Avec Chadi, j’ai appris énormément. Il n’a pas la langue de bois. Il m’a managée, coachée et il a secoué le cocotier. Il m’a débarrassée du trop-plein de moi-même et je me suis souvent demandé s’il avait raison… mais au final, il avait toujours raison. Cette épure a mis du béton dans mes failles. »

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Cat et Chadi Chouman qui a réalisé l'album, joué, composé et co-composé...

(Photo : Gilles Crampes)

Autour d’eux, une bande d’instrumentistes et de choristes réunis par le simple plaisir d’enregistrer de bonnes chansons : Salvador Douézy (batterie/percussions), Cédric Ermolieff (batterie), Thomas Benoit (basse/contrebasse), Chadi Chouman (guitares, ukulélé, banjo, trompettes, percussions, claviers), Tchoubine Colin (trombone, percussions), Romain Sassigneux (clarinette), Brice Mirrione (clavier Rhodes et Wurlitzer), Sébastien Ménard (piano), Simon Mimoun (violons), Tony Meggiorin (piano et orgue), Frédéric Longbois (piano) et Cat Loris, Armelle Yons, Marine Williamson, Chadi Chouman, Tchoubine Colin (chœurs).

Dans les chansons ciselées de Cat Loris, à la simplicité et proximité désarmante, il y a de la nostalgie, ses peurs, ses plaies, ses joies, ses espoirs. Ce qui est sombre n’est pas forcément triste, ce qui est nostalgique ne fait pas couler nécessairement de larmes. Tout est nettement plus subtil que cela et c’est bien là la signature de l’artiste : jouer sur nos émotions et nos références passées, solliciter notre délicatesse d’analyse, nous dévoiler une autre interprétation des choses. Un style et des influences au service d’un travail de composition méticuleusement pensé.

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Au piano et à la composition de "Mauvais présage", Frédéric Longbois.

(Photo : Gilles Crampes)

Elle chante qu’il faut apprendre à aimer ce que l’on est et en faire une force (« Hypersensible »), qu’on peut aider quelqu’un à porter ses valises, mais qu’il faut savoir lui rendre rapidement (« Monsieur L’escale »), que le fait d’être rattrapé par la réalité de ses sentiments est une réussite qui peut se transformer en guérison, voire mener vers la liberté (« Mon cœur, parle-moi »), que dans un couple le rapport dominant-dominé est versatile (« Ça le fait marrer »), qu’il faut profiter du moment présent et de ses côtés insaisissables (« Bonheur éphémère »), qu’il faut suivre son cœur, pas ses peurs (« Et l’amour dans tout ça ?»), qu’on peut être une femme et avoir les boules (« J’ai les boules ») et qu’il est drôle parfois d’être une garce (« Reste dormir avec moi »). Elle chante aussi la fin de l’adolescence et l’entrée dans le monde adulte (« Lâcher prise »), son côté Pierrette Richard, distraite et maladroite, dont elle préfère rigoler (« Calamitas »), la non réciprocité de l’amour (« Oublie-moi »), l’espoir qu’il y ait quelque chose après la vie (« Mauvais présage »). Enfin, elle fait un clin d’œil à son mari (« Cerf-volant ») et rend hommage à une grande résistante, Colette Longbois, la mère du chanteur Frédéric Longbois (« L’ombre »)

Clip de "Hypersensible". Réalisation : Cyrielle Boucher (http://cyrielleboucher.com/)
Artwork : Cat Loris. Photos : Collection personnelle et David Desreumaux.

Hypersensible est un album de femmes. Multiple. A l’image de Cat Loris. Singulière, impatiente, à fleur de peau, révoltée, amoureuse, intrépide, excentrique ou indécise. Mettre en mots les sensations de la vie, profondes ou légères, telle est l’ambition réussie de son écriture. Elle puise dans l’humain et l’éloquent. Si l’amour fait évidemment partie du cœur narratif du disque, ce n’est pas sa seule préoccupation : « S’il fallait que je tatoue trois mots sur moi, ce serait liberté, amour et rire. » Cat Loris a l’idée chevillée au corps et au cœur que l’espoir, même lors des moments les plus sombres, est là si on sait le voir. Cette auteure, compositeure, interprète va vous toucher parce qu’elle est touchante. Et son album est poétique et vibrant. Indispensable donc.

François Alquier