Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Elmer Food Beat : interview pour Back in Beat | Page d'accueil | Cat Loris : argumentaire de presse pour son album Hypersensible »

30 mai 2019

Buzy : interview pour Cheval fou

buzy,cheval fou,engrenages,interview,mandor

(Photo : Lo Bricard)

buzy,cheval fou,engrenages,interview,mandorAlors que L’Harmattan réédite Engrenages (récit de la vie de Buzy jusqu’au début des années 2000), son nouvel album, Cheval Fou vient prouver de la plus belle des manières que cette artiste se conjugue aussi bien au présent qu’au futur. Soyons clair, la toujours aussi inspirée Marie-Claire Buzy n’a rien perdu de sa superbe et son retour (le 14 juin prochain) est une bonne chose pour le rock français.

Cheval Fou séduit sur tous les plans. Voix impeccable, mélodie imparable, texte puissant et profond.

Le site officiel de Buzy.

Pour commander le disque Cheval Fou.

Buzy, je l’avais déjà mandorisé là (avec deux artistes de la nouvelle génération qui lui rendaient hommage).

Le 9 mai dernier, je me suis rendu chez elle pour une deuxième interview, cette fois-ci en tête à tête. Et c’était bien.

Biographie officielle (par Christophe Basterra) :buzy,cheval fou,engrenages,interview,mandor

Neuf ans, dans un univers qui a la mémoire aussi courte, autant dire que cela s’apparente à une éternité. Neuf ans, donc, qu’est sorti Au Bon Moment, Au Bon Endroit, le dernier album de Marie-Claire Buzy. Un silence juste brisé par un disque hommage, où quinze artistes de la scène indépendante française rappelaient la pertinence d’une chanteuse pour laquelle tout a commencé en 1980.

Depuis, il y a eu huit albums studio, une quinte de hits (à commencer par « Dyslexique », « Adrian », « Body Physical », « Engrenage », « Baby Boom »…), une compilation, des collaborations prestigieuses comme autant de “moments de magie” (feu Serge Gainsbourg et Daniel Darc, Jean Fauque, Rodolphe Burger, Gérard Manset, excusez du peu) et un nouveau métier au début des années 2000, elle est aujourd’hui psychothérapeute. Une aussi longue mise entre parenthèses n’est bien sûr pas innocente. Il y a d’abord eu l’absence de toute motivation pour retourner se frotter à “un milieu compliqué”.

Il y a surtout eu de ces deuils dont il faut du temps pour cicatriser. Et, puis, petit à petit, cette envie d’écrire qui revient – cette écriture qui chez elle est comme une seconde nature, l’ami qui lui propose d’y retourner.

buzy,cheval fou,engrenages,interview,mandorLe disque : argumentaire officiel par Christophe Basterra) :

La genèse de Cheval Fou est d’une simplicité absolue. Marie-Claire a donc repris la plume, d’autant qu’elle avait des choses à dire, consternée par une société où tout n’est que “cris, chaos, rétrécissements et renfermement sur soi-même …”.

Et l’indifférence n’est pas à son programme. Alors, sur fond de rock incarné (parfois, souvent, on pense à un Bashung au féminin), ce nouvel album se dévoile sous le jour d’un disque “poétique et politique”. Un disque qui doit aussi beaucoup à ce qu’elle appelle joliment des “collaborations heureuses” avec des artistes d’une même sensibilité. Comme l’ami de longue date Arnold Turboust, qui a habillé de son plus beau piano « Journées Nuages ».

Comme l’actrice Anna Mouglalis, qui est venue prêter sa voix grave à la Nico sur le si bien nommé « Prière », chanson épurée qui résonne comme un mantra. Comme Bertrand Belin qui, après une rencontre de trois heures dans un bistrot parisien, a imaginé la musique du virevoltant « Où Vont Mourir Les Baleines », amer allégorie sur le sort des migrants. En dix chansons, Marie-Claire Buzy fait ainsi « Le Tour De Nos Têtes », mais aussi et surtout le tour de ses craintes et de ses espoirs.

Parfois, le temps de « Murmures », où elle propose de construire “des ponts contre les murs”, elle dresse le portrait d’une société qui ne fait pas toujours envie. Elle parle aussi d’amours impossibles et continue de mener une « Expérience Humaine ».

buzy,cheval fou,engrenages,interview,mandor

(Photo : Lo Bricard)

buzy,cheval fou,engrenages,interview,mandorInterview :

Tu es chanteuse, mais tu ne caches pas le fait que tu es aussi psychothérapeute depuis 18 ans. Est-ce une des raisons pour lesquelles tu peux prendre 9 ans entre deux albums originaux ?

Avant de faire de la musique, j’ai fait une année de médecine et psychologie en fac. On peut donc dire que je suis retournée à mes premiers amours. Contrairement aux années 80 et 90, aujourd’hui, mon cabinet est devenu ma profession et la musique un hobby… un hobby de luxe. Economiquement, j’ai parfaitement compris qu’à moins de faire des plateaux « années 80 » et chanter « Body Physical » et « Dyslexique », je n’allais pas m’en sortir. J’ai switché parce que vivre de la musique pour moi était impossible. J’ai eu le nez fin car il n’y a presque plus de disques dans les magasins et les mises en place sont désastreuses. Les téléchargements, c’est bien, mais ils nous rapportent une misère. Ça devient un luxe de faire un album.

Tu n’aimes pas les concerts « années 80 » ?

Je ne crache pas du tout dessus et je comprends que certains artistes y participent. Moi, psychologiquement, ça ne me convient pas. Vraiment, ce n’est pas un jugement sur ceux qui s'y adonnent.

Pourquoi te relances-tu dans cette bataille qu’est sortir un disque aujourd’hui ?

Un ami qui a lu mes textes m’a un peu forcé à me remettre sur ces rails-là. C’est comme un engrenage, c’est le cas de le dire (rires). J’ai rencontré un arrangeur, Damien Someville, avec lequel on a fait une grande partie de l’album. J’ai avancé à mon rythme, pas très rapide parce que j’avais mon cabinet à côté.

"Cheval fou", lyrics video.

Une fois le disque terminé, il fallait le sortir.

Là, je n’avais pas à ce point conscience des difficultés. J’ai pris des gens qui ont démarché les labels pour moi. Sans succès. Au bout d’un moment, j’ai pris la décision de mettre l’album en distribution et de prendre tout en charge financièrement. J’ai investi l’argent d’une voiture neuve d’un bon standing. Je m’aperçois que ce métier devient artisanal, mais j’ai un caractère à aller au bout du bout.

Toi qui as connu le succès dans les années 80, tu as donc aussi connu les années fastes de l’industrie musicale française.

A cette époque, les gens achetaient des disques et comme nous rapportions de l’argent, nous étions chouchoutés. Plus les années passaient, plus je voyais le déclin de cette industrie. Aujourd’hui, j’ai une vision du spectre très large du problème puisque je fais tout, productrice et distributrice.

C’est un disque « poétique et politique » nous dit-on dans l’argumentaire de presse. En quoi est-il politique ?

Je suis très affolée par tout ce qu’il se passe actuellement dans le monde, écologiquement parlant. Ça me rend malade les dauphins, les baleines, les poissons qui bouffent du plastique à cause de nous et qui viennent s’échouer sur les plages en suffoquant. J’en ai fait la chanson: « Où vont mourir les baleines ». On est dans une période aberrante sur le plan écologique. Je ne sais pas combien de scientifiques et d’artistes tirent la sonnette d’alarme, mais la prise de conscience n’est pas telle qu’elle devrait être. Apparemment, le gouvernement n’arrive pas à surmonter les lobbys. Ce qu’il se passe est super grave. Dans mes chansons, je veux parler de tout ça de manière assez douce et poétique pour que le message passe mieux.

buzy,cheval fou,engrenages,interview,mandor

Tu es écolo ?

A fond. Je ne mange pas de viande depuis 25 ans. Je suis quand même rassurée quand je vois les enfants de 14-15 ans défiler dans la rue pour l’écologie, le climat. Cette génération-là sera peut-être celle qui sauvera la planète.

La société de consommation prend le pas sur le reste, non ?

C’est exactement ça. Les gens changent leur smartphone tous les 6 mois, achètent des fringues comme des malades alors que l’on sait que l’industrie textile pourrit les rivières… Cette génération va être dans un processus de décroissance, j’en suis certaine.

Dans « Murmures », tu dis « construire des ponts contre les murs ».

On voit que tous les pays sont en train de se refermer sur eux-mêmes et se transformer en petite dictature.

buzy,cheval fou,engrenages,interview,mandor

Tu as parlé de « Où vont mourir les baleines ». C’est un duo avec Bertrand Belin.

Dès que j’ai découvert ce garçon, j’ai adoré. Je lui ai envoyé ce texte, nous nous sommes rencontrés dans un troquet et nous sommes restés ensemble pendant trois heures. Il m’a dit un truc sympa, mais qui m’a interpellé : « Tu sais Buzy, tu as de la chance d’avoir fait des tubes ». Plus tard, il m’a renvoyé la chanson en ayant arrangé plus de 85%. Je lui ai demandé s’il voulait faire des chœurs dessous. Il a accepté. C’est ce qu’on appelle un featuring.

A ne pas confondre avec un duo, comme il y en un avec Anna Mouglalis sur « Prière ».

Nous avons toutes les deux des voix graves, mais à côté d’elle, j’ai une voix aigüe (rires). J’adore cette femme depuis toujours. Dans le biopic sur Gainsbourg, elle jouait Gréco… elle était formidable.

En studio, ça s’est bien passé avec elle ?

Ça a été un moment de grâce. Diriger une artiste comme elle, c’était un luxe. Elle est très instinctive, très intelligente, très engagée aussi.

Cheval fou est un album qui te ressemble énormément.

Il n’y a pas tellement de différences entre mes chansons et ce que je suis. Je suis relativement brut de décoffrage, complètement cash. Je ne trafique rien, ni en tant qu’artiste, ni en tant que thérapeute.

Parlons de « Journées Nuages » composé par notre ami commun, Arnold Turboust.

Arnold est quelqu’un de très élégant et sa musique lui ressemble.

Tu l’as connu comment ?

A l’époque de « Body Physical » il sortait « Adélaïde », donc on a fait de la promo ensemble à l’époque. Aujourd’hui, nous avons à peu près la même éthique artistique. Nous n’aimons pas faire les plateaux des années 80, par exemple.

buzy,cheval fou,engrenages,interview,mandor

Est-ce que l’on peut dire que c’est un album rock ?

Oui, on ne peut pas dire que ce soit un album de variété. J’ai toujours été comme ça. Je ne me mets pas une étiquette rock sur la tête pour faire bien, c’est naturel. Mais tu sais, Arnold aussi est rock. Il est rock dandy, moi je suis rock poétique.

Il y a une chanson qui m’a beaucoup touché c’est « Cosmic Brother ».

C’est une histoire vraie. Mon frère est décédé il y a 6 ans. J’ai mis longtemps à l’écrire parce que j’ai été très très affectée par la mort de mon cadet.

Sortir un nouvel album, cela provoque quoi ?

De la douleur. Je sais pourquoi j’ai arrêté. C’est comme un bébé. Je le vis vraiment comme un accouchement. C’est très anxiogène. Heureusement, mes fans me rassurent. Ils adorent l’album.

buzy,cheval fou,engrenages,interview,mandor

Chez et avec Buzy, le 9 mai 2019, après l'interview.

buzy,cheval fou,engrenages,interview,mandor

Bonus : quelques anciens succès.

Dyslexique (1981).

Engrenage (1981).

Adrian (1983).

Adrénaline (1983).

Gainsbarre (1985).

I Love You Lulu (1985).

Body Physical (1986).

Baby Boom (1987).

Shepard (1989).

Commentaires

Merci pour ces pages consacrées à Buzy

Je suis très fan de Buzy depuis des débuts

Écrit par : danielle Patin Ledissez | 17 octobre 2019

Les commentaires sont fermés.