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22 mai 2019

Isïa Marie : interview pour son premier EP

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(Photos ci-dessus et ci-dessous : Florent Laroche)

isc3afa-marie.jpgJ’ai connu cette artiste, chanteuse de rock survoltée et incendiaire, je la retrouve chanteuse « urbaine », entre rap, chanson et electro, toujours aussi survoltée et incendiaire. Isïa Marie présente son premier EP, 5 titres, le 24 mai prochain. Son charisme et son énergie hors du commun, peuvent lui permettre de devenir une icône pop. Sait-on jamais, la jeune femme de caractère est ambitieuse et, surtout, est très douée.

Attention!
Une date à retenir : Isïa Marie se produira aux Etoiles le 20 juin à 20h, dans le cadre de la soirée Eskisse (Live Nation). L’adresse : 61 rue du Château d’Eau à Paris.

Pour écouter, c'est ici: https://IsiaMarie.lnk.to/Possedee
Instagram:
https://www.instagram.com/isia_marie/

Même si nous nous étions déjà croisés, ce n’était que furtivement. Le 24 avril dernier, je me suis posé avec elle un moment dans un bar de la capitale pour en savoir plus sur cette jeune femme qui m’a toujours paru fort énigmatique, mais qui s’est révélée aimable et diserte.

Mini biographie (officielle) :57840079_10156175352696770_6142003743828213760_n.jpg

Isia Marie n’est pas une « Good Girl », et c'est tant mieux… Elle incarne à merveille la jeunesse actuelle, entre romantisme et désenchantement et nous offre quelques chansons addictives qui passent vraiment trop vite et qu’on a envie de se remettre en boucle.
Isia Marie ne s’enferme pas dans d’autres codes que les siens, et passe aisément de la Chanson à la Trap. Contemporaines, actuelles, ses compositions sont au carrefour de la Pop, du Rock, du Rap, parfois même du Spoken word.
Le premier maxi d'Isia Marie nous révèle plus qu’un répertoire : une personnalité. Outre ses aptitudes musicales et vocales, Isia Marie manie aussi bien la plume que le fouet. Elle remporte en 2017 le prix d’écriture aux rencontres d’Astaffort où elle croise à cette occasion Jean Fauque, parolier d’Alain Bashung. Ils développeront ensemble son sens de l’écriture.
Du haut de ses vingt-cinq ans, Isia Marie, guitariste, pianiste et chanteuse a déjà un beau parcours après avoir fait ses armes avec des groupes comme Eden Pill, puis Mante, qui lui ont appris à devenir une artiste qui fait la différence sur scène. Elle a su y développer un univers bien à elle avec ses costumes excentriques rétro-futuristes et sexy, qui prouvent qu'elle est bel et bien Possédée.

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(Photo : Paul Clichy)

isia marie,possédée,interview,mandorInterview :

Tu as vécu dans une famille de musicien.

Oui, ma mère est pianiste et chanteuse lyrique. Elle est prof au Conservatoire et elle vient de publier ses premières partitions aux Editions Lemoine. Mon père était trompettiste dans un orchestre privé et il est lui aussi prof au Conservatoire. Il y avait tout le temps du piano à la maison. Ils m’ont fait faire de cet instrument à l’âge de trois ans. Le midi, je rentrais à la maison, il fallait que je bosse mon piano sinon je ne sortais pas. C’était assez rigoureux. Ma mère me faisait même faire des concours.

Tu gardes quel souvenir de cette période ?

Sur le moment, je râlais, mais aujourd’hui, je suis super contente d’avoir eu cette formation-là. Mes parents m’ont vraiment tout appris. Musicalement parlant, je suis super à l’aise avec ça.

Je te connaissais guitariste électrique avec ton projet Mante. Tu as commencé quand cet instrument ?

Tard, vers 16 ans.

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(Bg Image)

Quand as-tu décidé de t’investir sérieusement dans la musique ?

Au moment du Bac. Il fallait choisir les vœux pour les études supérieures. J’étais en section scientifique, donc logiquement, j’aurais dû faire une école de médecine ou quelque chose comme ça. Je ne voulais pas. Je tenais à rentrer au Conservatoire et faire de la musique. Mes parents étaient d’accord si j’obtenais un diplôme professionnel. Je voulais chanter, être sur scène, jouer avec des gens. Je ne me voyais pas faire autre chose.

Je crois savoir que ton père te montrait pas mal de concerts, ça a été un déclic pour toi ?

Oui. Un jour il me montre le live de Jimi Hendrix au Festival de l’île de Wight, là où il brule sa guitare. Ça m’a impressionné. Cette prestation démente m’a donné envie de faire ce métier.

Tu as un côté rebelle affirmé. Tu étais déjà comme ça quand tu étais petite.

J’étais une sale gosse (rires). Aujourd’hui, je me suis calmé, même si j’ai la réputation d’être pète couille. Disons que quand un truc ne me plait pas, je le dis. Quand tu es une femme dans ce milieu, c’est compliqué, alors j’ai pris le parti de ne rien me laisser dicter. J’ai un putain de caractère, alors je ne me fais pas emmerder.

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(Isïa Marie, à l'époque de Mante, au Pic d'Or 2017. Photo : Cédrick Not)

Je t’ai vu au Pic d’Or de 2017 et j’ai remarqué ta personnalité très affirmée.

Je suis comme ça. Il faut être combatif, car nous sommes tellement nombreux sur le terrain. Il faut s’accrocher se battre pour sortir du lot. Quand tu m’as vu, j’étais dans une posture à l’époque. C’était un moyen de tenter d’avoir confiance en moi.

Je t’avais même trouvé un chouia hautaine.

Le seul moyen que j’avais trouvé pour avoir confiance en moi, c’était en étant un peu dédaigneuse. Aujourd’hui je suis passé au-delà de ça. Je n’ai plus besoin de cet artifice. J’ai désormais beaucoup plus confiance en moi, je suis donc beaucoup plus relax.

Je t’ai connu Mante, tu es devenue Isïa Marie. Pourquoi ce changement de nom ?

Quand j’ai signé mon contrat avec mon label, nous avons eu une grosse discussion sur le nom. Nous avons convenu que je prendrais ma vraie identité. Par contre, j’ai gardé la même team de musiciens, Arthur et Matthieu, deux frères de cœur.

Clip officiel de "Possédée".

Ton clip de « Possédée » se situe dans une cathédrale. Il est sorti peu de temps avant l’incendie de Notre Dame…

Je te jure, je n’y suis strictement pour rien (rires).

Tu chantes en français, alors que ta manière d’aborder la musique est très anglo-saxonne.

Je tenais à chanter en langue française. Avec mes parents, on écoutait Gainsbourg, Dutronc et Bashung. A ce propos, j’ai travaillé un an avec son parolier, Jean Fauque. C’est le meilleur, il est vraiment très fort. Il a vécu tellement de choses incroyables… il a trainé avec Bashung, Gainsbourg, Johnny. En plus, c’est une encyclopédie.

isia marie,possédée,interview,mandorTa collaboration avec Jean Fauque est partie des Rencontres d’Astaffort, il me semble.

C’est en effet à cette occasion, il y a deux ans, que je l’ai rencontré. Le courant est passé et au bout d’un moment, nous avons décidé d’écrire un album.

Ce que vous avez fait ?

Oui, mais il n’est pas encore sorti. Il s’appellera Océane et ce sera un album concept à l’image de celui de Gainsbourg, Histoire de Melody Nelson. Je trouve incroyable d’avoir pu mélanger nos influences.

Tu as appris de lui, mais a-t-il appris de toi ?

Il faudrait lui demander. Disons que Jean Fauque a une technique et un savoir-faire que je n’ai pas et que moi, j’ai une façon d’écrire influencée par le rap et les musiques urbaines. C’est moins « catholique ». Les gens de ma génération prennent des libertés avec le langage, triturent les mots. Plus ça va et plus j’ai pris des libertés avec ça.

Jean Fauque aussi a pris des libertés, c’est même un peu sa marque de fabrique.

Tu as raison. J’aime énormément sa façon d’écrire, les images qui s’imposent à nous, sa poésie… c’est pour cela que je voulais travailler avec lui.

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(A Paris, encore époque Mante, remise du Prix d'écriture 2017 des Rencontres d'Astaffort par Francis Cabrel himself)

Pour quelqu’un de rebelle, je trouve que tu es adoubée par des gens qui ne le sont pas franchement,isia marie,possédée,interview,mandor Jean Fauque et Francis Cabrel (Isïa Marie a remporté en 2017 le prix d’écriture aux rencontres d’Astaffort).

Mon travail, à l’époque en tout cas, était encore très chanson, mais rock, donc à l’ancienne. Là, le projet que je commence à dévoiler est beaucoup tiré vers l’urbain. Ça va m’ouvrir d’autres portes que je n’avais pas encore ouvertes.

L’urbain parce que tu en écoutes beaucoup ?

J’ai toujours écouté ça, mais un peu en secret parce que dans une famille de musiciens classiques, le rap, ce n’était pas le bienvenu. Mes parents ne m’interdisaient pas d’en écouter, mais ils ne comprenaient pas ce qui pouvait m’intéresser dans ce genre musical. J’ai mes paradoxes. Je suis hyper libérée et d’un autre côté, j’ai une espèce de manque de confiance en moi qui fait que j’ai quand même besoin de la reconnaissance de mes proches pour me sentir bien. Je pense que je me suis mis pas mal de barrières par rapport à ça.

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(Photo : Paul Clichy)

isia marie,possédée,interview,mandorAu final, tu as eu tellement envie de faire de l’urbain que tu t’es lancée quand même.

J’ai attendu 25 ans pour faire vraiment ce que je veux. Je sais bien que ceux qui préféraient ma période rock vont me reprocher d’avoir changé de style.

Tu te sentais quand même chanteuse de rock avant ?

Je n’ai jamais rien fait que je n’aimais pas ou que je ne ressentais pas. Je me sens donc rockeuse dans l’âme. Pour moi, le rap est proche du rock. Il y a les mêmes racines très ancrées dans le sol. C’est frontal. On ne minaude pas. Je déteste les minauderies.

Parlons de ta chanson « Good girls ».

C’est une chanson sur des filles qui veulent plaire à tout prix et qui sont prêtes à tout.

Ce qui n’est pas ton cas ?

Je fais parfois des leçons de moral, mais je suis sûre que cela m’est déjà arrivé de vouloir plaire.

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(Photo : Patrick Casté)

Dans « Schéma », tu nous présentes une miss météo très particulière.isia marie,possédée,interview,mandor

C’est un délire, une impro en studio qu’on a gardé. En fait, j’aime bien parler de l’ennui dans mes chansons. Je suis obsédée par les gens qui ont une routine de vie, qui ne se posent pas trop de questions et qui arrive à la fin de leur vie en se disant qu’ils n’ont rien fait. Cela m’effraie. Cette chanson parle un peu de ça.

Tu parles aussi d’amour, évidemment.

Avant, je parlais de l’amour en mal et depuis quelque temps, je parle de l’amour en bien (rires).

Parce que ça va mieux de ce côté-là?

Il faut croire. J’ai écrit ma première chanson d’amour positive hier. Je suis contente. Elle sera sûrement dans l’album.

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Pendant l'interview...

Ça veut dire que tu n’as pas besoin de souffrir pour créer.

Ça s’est intéressant parce que c’est ce que je croyais. Je pensais qu’il fallait être un artiste maudit pour créer de belles choses. En fait, je ne suis plus certaine de cela. Je viens tout juste de sortir de l’adolescence. A 25 ans, c’est une adolescence un peu tardive, je te l’accorde. Si je me sens encore une gamine dans la tête, je me sens mieux dans ma peau. Ça ne me fait plus peur de parler des choses belles.

Tu travailles tout le temps ?

On ne s’arrête jamais de travailler. Il y a toujours des nouveaux morceaux sur le feu.

Pourquoi fais-tu autant attention à ton image qu’à la musique.

Je trouve cela super important. Les artistes que j’admire le plus sont des gens qui ont autant travaillé leur image que la musique. C’est pour ça que les filles comme Madonna ou Lady Gaga font rêver. C’est personnel, mais je n’ai pas envie de faire de la musique pour transmettre aux gens des choses qu’ils voient tous les jours. Il faut provoquer des réactions… en bien ou en mal.

Sur la pochette « kitsch religieux » à la Pierre et Gilles de ton EP, tu es une sainte ?

En fait Isïa Marie est la vierge Marie (rires).

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Après l'interview, le 24 avril 2019.

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