Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« 2019-05-16 | Page d'accueil | 2019-05-18 »

17 mai 2019

Anaïs Delva : interview pour Obsidienne

anaïs delva,obsidienne,interview,mandor,libérée délivrée

(Photo : Chloé Bonnard)

anaïs delva,obsidienne,interview,mandor,libérée délivrée(Photo à gauche : Chloé Bonnard) Anaïs Delva arrive avec son premier album, Obsidienne. Evidemment, cette affirmation n’est pas tout à fait vrai, car la chanteuse a déjà vécu plusieurs vies artistiques notamment dans la comédie musicale.

Elle a chanté et joué successivement dans Roméo et Juliette, Cendrillon, Dracula, L’amour plus fort que la mort (mise en scène Kamel Ouali), Robin des Bois : la légende…ou presque, Salut les Copains, Spamalot (Pierre-François Martin-Laval) ou Hansel & Gretel.
Précisons qu’Anaïs Delva est aussi comédienne pour le théâtre, la télévision et dans l’exercice du doublage.
Mais ce qui la marquera à jamais (malgré elle), c’est d’avoir été la doublure voix d’Elsa dans La Reine des Neiges. Et cette fameuse chanson « Libérée, délivrée » qui aura une telle résonance sur les enfants (et leurs parents, donc).
L’argumentaire de presse nous le rappelle : « La Reine des neiges va devenir le film d’animation ayant généré les plus grosses recettes de l’histoire du cinéma. Le titre-générique se pare en tube imparable et propulse son interprète dans les phares clignotants de la médiatisation. »

Mais Anaïs Delva n’est pas une chanteuse pour enfants. C’est une interprète de chansons. Point. Cet album démontre même l’étendue de son talent. Entre pop et belle variété, elle chante des sujets souvent profonds et personnels, toujours universels.

Vous pouvez écouter l'album Obsidienne ici.

Le 24 avril dernier, rendez-vous dans un bar de la capitale pour faire connaissance et parler de ce disque par-dessus tout lumineux.

Argumentaire de presse officiel (mais écourté) (Photo ci-dessous : Chloé Bonnard) :anaïs delva,obsidienne,interview,mandor,libérée délivrée

C’est sans conteste l’album qu’on attendait d’elle. C’est, aussi et surtout, l’album qu’elle attendait : personnel, enjoué, positif, tendre, poignant.
Reflet d’une personnalité sensible, authentique, affirmée. Le disque s’appelle Obsidienne et ce choix de titre n’a rien d’innocent.
Obsidienne comme cette pierre d’origine volcanique que la jeune femme affectionne tant.
Il se dit que c’est la pierre de l’introspection, de la vérité et de la libération, que celle-ci referme les plaies émotionnelles.

Pour ce disque, Anaïs Delva a osé le dévoilement. Ou plutôt un tête à tête avec elle-même.
Une démarche de mise à nu.
L’écriture telle un miroir. Ne pas tricher. Se plonger au profond d’un sentiment, d’une sensation.
Elle ne chante, presque finalement, que des instants ou des extraits diffus de sa propre existence.

Ni vitesse ni précipitation pour Obsidienne.
Avec la complicité du réalisateur et compositeur Jules Jaconelli (Slimane, Florent Pagny…), Anaïs Delva a apporté une méticuleuse attention aux détails, cherché le ton et l’habit adéquats et fait passer les chansons par le prisme de la pop.
Des chansons accrocheuses et immédiates, pleines de saveur et d’allant.

anaïs delva,obsidienne,interview,mandor,libérée délivréeLe disque (argumentaire de presse officiel) :

Il y a, bien sûr, la clarté et l’éclat de la voix. Il y a des velléités d’évasion, de voyage et de carpe diem (« Partons », texte du tandem Barbara Pravi-Tomislav Matosin), l’application de la méthode Coué pour balayer les humeurs orageuses (« Et je danse »), l’espoir d’une seconde chance (« Où es-tu? »), le regard d’autrui à la suite d’une décision d’avortement (« On me dit »), un hommage émouvant à sa mère pied-noir (« Un peu trop loin de moi »), un autre à ses grands-parents paternels qu’elle admirait et dont le lien exceptionnel du couple la renvoie au concept de l’âme sœur (« Sois » et son beatbox percussif).

Il y a, aussi, des rencontres qui ont débouché sur de probantes collaborations.
La thématique du coup du foudre est traversée par la plume percutante de Ben Mazué et la mélodie solaire de Mathieu Mendès et Davide Esposito (« J’ai su »).
Ycare lui offre une déambulation pétillante dans Paris (« A quoi ça sert »), co-écrit Baby Sitter, chanson dans laquelle elle s’adresse à l’enfant qu’elle a été.

Puisque c’est le disque de l’affirmation, Anaïs Delva se dresse contre les diktats de l’apparence et du comportement trop souvent attendus chez la femme avec un aplomb considérable (« On n’a qu’une vie ») et injecte une sensualité folk à un classique de Niagara. Lequel? Je dois m’en aller. Et là encore, la symbolique dans le titre est prégnante.

anaïs delva,obsidienne,interview,mandor,libérée délivrée

(Photo : Chloé Bonnard)

anaïs delva,obsidienne,interview,mandor,libérée délivréeInterview :

C’est ton premier vrai album personnel. Enfin, tu peux te dévoiler ?

Ce n’est pas si facile que ça, car il très intimiste. C’est une vraie mise à nue. Je parle d’une expérience que j’ai connue en 2015 sur l’avortement, de mes difficultés relationnelles avec ma maman, de l’image que j’ai de mes grands-parents, de mes histoires d’amour compliquées, je parle à l’enfant que j’étais, … des sujets qui me tiennent à cœur très profondément. Ça m’a fait peur de sortir tout ça.

D’autant que cela fait 10 ans que tu joues des rôles, ça n’a rien à voir !

Oui et jouer des rôles, c’est sécurisant, génial et excitant. Je vis plein de vies, mais du coup, je suis toujours derrière quelqu’un. Là, si tu aimes mon album, c’est moi que tu aimes, si tu n’aimes pas, c’est moi que tu n’aimes pas. C’est un peu stressant. Je ne peux pas faire plus authentique que cet album.

Lyrics : Ben Mazue - Anaïs Delva - Musique : Matthieu Mendes - Davide Esposito.

Clip : Arno Diem - Comédien : Anthony Pecoraro

La chanson « J’ai su » parle de l’évidence de trouver la bonne personne dans sa vie. C’est aussi un hommage à l’homme avec lequel tu vis.

Le jour où j’ai rencontré cet homme, j’ai ressenti un truc immédiat. Mais notre histoire a commencé un an et demi après. Cela dit, cette chanson est aussi valable pour mon meilleur ami. La première fois que je l’ai vu, j’ai su qu’il y avait un truc avec cette personne. Il y a des évidences humaines parfois dans la vie. On croise des gens, on se retrouve à parler avec eux 6 heures d’affilée sans savoir pourquoi. C’est simple, évident… deux âmes qui se rencontrent.

C’est ce qu’il s’est passé avec le réalisateur du disque Jules Jaconelli ?

Oui, tu as raison. La première fois que nous nous sommes vus, c’était aussi avec Jules Schultheis, (le fils d’Olivier et petit fils de Jean), pour faire le cover d’un titre. Avec Jules Jaconelli, le feeling est passé immédiatement et on s’est simplement dit que ce serait bien d’essayer d’écrire des chansons ensemble. La première qu’on a faite est « On me dit », un titre qui n’avait pas nécessairement vocation à figurer dans un album. C’était juste une chanson thérapeutique qui évoque mon avortement. Mais je pense que le tournant a eu lieu à ce moment-là. J’ai compris qu’un album pouvait être très intime. Comme j’ai toujours joué des rôles, j’ai aujourd’hui besoin que tout soit transparent.

Lyrics : Anaïs Delva - Musique : Jules Jaconelli - Au piano : Julien Grenier (capté chez Gibson).

Cette chanson est aussi beaucoup sur la culpabilité.

La société dit aux femmes : « Attention, l’horloge tourne. C’est maintenant qu’il faut faire un bébé. » Ça met un bordel monstrueux dans la tête de beaucoup de femmes. Je l’ai ressenti très fort ces dernières années et je sais que de très nombreuses amies à moi également. Dans notre société, on n’est pas si mal que ça par rapport à d’autres endroits du monde, mais on est toujours sur la culpabilisation permanente de la femme à propos des enfants. Ecrire cette chanson m’a guéri, j’ai donc souhaité la sortir. J’ai reçu plein de messages de femmes qui m’ont dit merci parce qu’elles se sentent moins seules.

Je trouve que « On me dit » rejoint « On n’a qu’une vie ». Le diktat d’une femme dans sa vie professionnelle ou dans sa vie tout court. Tu dis dans cette chanson qu’une femme doit être une sainte ou une putain.

Il faut être parfaite, bonne, discrète, en même temps prendre position, mais pas trop fort… en tant que comédienne et chanteuse, je le vis tout le temps. Il faut avoir les traits lisses, le ventre plat, donner envie, mais pas trop sinon on fait notre salope… C’est compliqué. Ce n’est jamais bien. Il ne faut surtout pas vieillir non plus. J’ai entendu des réflexions sur mon âge, ma façon de m’exprimer trop bruyante, ma façon de jouer ou de chanter qui était trop expressive… ça ne va jamais. C’est épuisant émotionnellement et on finit par se paumer. Ces dernières années, je me suis perdue en chemin, je n’étais plus moi-même. Le problème quand tu n’es plus authentique, c’est que ça ne peut pas fonctionner avec les autres. Du coup, je me recroquevillais sur moi-même. Cet album me permet de revenir avec ce que je suis essentiellement.

anaïs delva,obsidienne,interview,mandor,libérée délivrée

(Photo : Chloé Bonnard)

Parlons aussi de « Où es-tu ? » Il ne faut pas revenir avec un ex ?

Ce n’est pas toujours une bonne idée. Cette chanson parle de quelqu’un que j’ai aimé très fort pendant quatre ans. C’est la grosse histoire passionnelle et destructrice de ma vie. On a souvent du mal à se détacher de ce genre d’histoire… et j’ai recommencé plein de fois. Ca a toujours été le même désastre à la fin.

Ce disque est salvateur pour toi.

Il est thérapeutique, vraiment. Quand je l’ai fait, je me suis quand même attelée à faire en sorte que ce soit des thèmes personnels permettant que l’on me connaisse mieux, mais que ça ne ferme pas la porte aux gens. Je pense que mes chansons peuvent faire écho à plein de gens. Nous sommes tous pareils au fond.

Dans « Sois », quel beau regard tu portes sur tes grands-parents paternels.

J’ai eu un grand-père qui était génial parce qu’il souriait tout le temps, il faisait toujours les mêmes blagues. Ce papi-là, j’ai tout le temps envie de rire et de pleurer quand je pense à lui parce que c’était un modèle de positivisme incroyable. Jusqu’à la mort de ma grand-mère, je ne l’ai jamais vu se plaindre une seule fois. Il était toujours de bonne humeur. A 80 ans, il faisait à ma grand-mère ses teintures, ses machins, ses bidules... Ils étaient mignons tous les deux jusqu’au bout. Ils ne se sont jamais lâché la main. Je suis tombée sur des lettres qu’ils s’envoyaient après la guerre, quand ils se sont connus. C’était de vraies déclarations d’amour comme chaque personne rêverait d’en recevoir. C’était hyper beau et hyper romantique. Pour moi, c’est un couple magique. Un exemple.

anaïs delva,obsidienne,interview,mandor,libérée délivrée

(Photo  : Chloé Bonnard)

Dans « Un peu trop loin de moi », tu parles de ta mère pied-noir. Je ne sais pas si tu dis « je t’en veux  » ou « tu me manques ».

C’est exactement ça. C’est une chanson sur une petite fille qui est devenue une femme qui commence à regarder ce qu’il s’est passé dans sa vie avec un autre regard. Elle commence à comprendre parce qu’elle est en mesure de capter la situation. J’ai compris que je ne connaissais pas si bien que ça ma mère. On prend toujours nos parents comme acquis, mais en vrai, on ne sait pas vraiment les adultes qu’ils ont été. Je tiens à dire qu’il y a beaucoup de douceur pour ma mère dans cette chanson.

Dans « A quoi ça sert », tu expliques qu’il faut prendre la vie du bon côté.

Je voulais que l’album soit aussi léger, positif et solaire. Les deux chansons un peu méthode Coué, « Et je danse » et « A quoi ça sert » sont là pour ça. Ycare qui a écrit les paroles de « A quoi ça sert » a une sensibilité à fleur de peau qui m’a incité à lui demandé d’écrire pour moi.

Il y a aussi Barbara Pravi et Ben Mazué.

Barbara a une vraie poésie et elle est féministe comme moi. C’est normal que nous collaborions ensemble. Quant à Ben Mazué, je considère que c’est le meilleur du moment. J’ai eu un tel coup de foudre sur son album La femme idéale qu’il était impossible que je ne lui demande pas d’écrire pour moi. Il a du génie dans sa manière d’écrire et de composer. Il vient de l’urbain et ça s’entend, mais il met son savoir au service de la pop et ça marche hyper bien. Il fait claquer les mots. Il écrit comme une percussion. Il écrit musicalement, certes, mais il écrit.

Dans « Baby sitter », tu parles à l’enfant que tu étais.

Ce n’est pas simple d’être soi-même, mais on peut y parvenir.

Music video by Anaïs Delva performing "Libérée, Délivrée". (C) 2014 Walt Disney Records

Revenons à la chanson « Libérée, délivrée », c’est dur à assumer éternellement j’imagine.

Je ne veux juste pas que l’on m’enferme dans cette chanson parce que c’est un travail de comédienne, ce n’est pas moi. J’adore ce titre qui est très dur à chanter, il est dément mais il a été enregistré dans ma vie professionnelle dans un contexte de doublage. Je serai toujours heureuse de parler de ce que j’ai fait, parce que je suis très fière de ce que j’ai fait jusqu’à aujourd’hui, mais si on me laisse aussi la possibilité d’être moi-même et de chanter des choses qui me ressemblent. C’est tout ce que je demande.

Il ne faut pas qu’on te mette dans un tiroir et t’enfermer.

C’est effectivement compliqué. En France, il ne faut être que sur un terrain. C’est un vrai travail d’expliquer qui on est.

anaïs delva,obsidienne,interview,mandor,libérée délivrée

Après l'interview, le 24 avril 2019.