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14 mai 2019

Soan : interview pour 10 ans de cavale.

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soan,10 ans de cavale,interview,mandorAprès 5 albums studio et une victoire à La Nouvelle Star en 2009, c’est le moment pour Soan de célébrer ses 10 ans de carrière et de proposer un Best of de ses meilleures chansons, totalement ré-arrangées et ré-enregistrées. Dix ans de cavale revisite ses compositions à la source, en repartant des guitares-voix. Et le résultat est magistral. 

Vous pouvez l'écouter là.

Soan est un artiste clivant, je le sais bien. On l’aime ou on ne l’aime pas. Je fais partie de la catégorie de ceux qui l'aime et le respecte pour ce qu'il est humainement et artistiquement. Parce qu’il a du talent et que j’estime qu’un artiste a le droit de ne pas être comme tout le monde. Il a le droit de montrer ses faiblesses, ses failles, ses énervements et de ne pas mâcher ses mots. Je dirais même que cela fait du bien de voir un artiste ne pas se plier aux jeux. Jeu de la société et jeu de la médiatisation, notamment. Malheureusement, nous sommes dans un monde de plus en plus bien-pensant (quel scoop !), alors les grains de sable dans les rouages, on n’aime pas bien ça.

Soan est un type que je ressens sensible, à fleur de peau, parfois sur la défensive… et alors ? Moi, je ne le connais que charmant et sincère. Lors de ma première mandorisation, il y a deux ans, le feeling était passé immédiatement. Lors de la seconde (qui s’est tenue le 18 avril dernier), celle que vous allez peut-être lire plus bas, j’avais l’impression d’être avec un vieux pote. Il faut dire que les conditions étaient réunies pour passer un beau moment. Nous étions en terrasse du bar de sa cousine, le BizArt, il faisait beau et chaud... et quelques bières étaient passées par là.

Argumentaire de presse officiel : soan,10 ans de cavale,interview,mandor

Se plonger dans l'univers de Soan, c'est découvrir un monde d'intense poésie qui prend racine à la fois dans l'interprétation emphatique de Jacques Brel et dans l'énergie du désespoir soufflée par le grunge des années 90. Mais Soan a aussi eu l'idée d'inviter à leurs côtés Eddie Vedder (Pearl Jam) et Kurt Cobain (Nirvana) pour composer des textes introspectifs, qui reconstruisent mot à mot son monde intérieur, éclaboussé par ses trop pleins d'émotions, et qu'il chante en torturant les phrases pour en faire sortir la sincérité jusqu'à la dernière goutte.

Dans ses paroles, dans ses gestes, la chanson française se réinvente et s'époumone avec la rage d'un groupe de grunge.

soan,10 ans de cavale,interview,mandorLe disque (argumentaire officiel) :

Dix ans de Cavale, le titre de cet album ne pourrait mieux résumer le parcours de Soan. Durant ces dix années, de ses débuts fracassants à la Nouvelle Star jusqu’à aujourd’hui, l’artiste a toujours été un hors-la-loi, il a toujours frayé en dehors des sentiers battus, traçant sa route sans se plier, jamais, à aucune règle.

Pour fêter ses dix ans de carrière, il a préféré comme toujours prendre des risques en retrouvant le chemin des studios d’enregistrement pour nous offrir ses plus beaux morceaux dans des versions réenregistrées. On a un immense plaisir à retrouver ses titres des tout débuts : « Emily », « Parisiennes », « Séquelles », « Putain de ballerine », « A tire d’aile » et d’autres plus récents mais non moins marquants comme « Jupiter » dans de nouveaux arrangements travaillés spécialement pour l’occasion. Pour que cette compilation n’en soit définitivement pas une, Soan nous offre en plus ici plusieurs inédits. « Pacifier » ou « Erratum » prouvent s’il en était encore besoin que le chanteur reste l’un des tous meilleurs songwriters de sa génération.

Quant au single « A l’ancienne », en duo avec Tryo, il a incontestablement tous les atouts d’un tube en puissance avec sa rythmique reggae imparable et son refrain entêtant.

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soan,10 ans de cavale,interview,mandorInterview :

Ce disque est ton parcours musical revisité.

On a réenregistré ces morceaux comme s’ils n’avaient jamais existé. Nous sommes complètement repartis à zéro.

C’est un disque bilan ?

Bilan, ça sent le sapin. Il fallait bien marquer le coup pour fêter mes 10 ans de présence dans le monde de la musique. Mon équipe voulait sortir un best of, mais ça me faisait chier. Rassembler des chansons que les gens qui m’apprécient ont déjà, ça sent l’escroquerie. Les gens n’ont plus beaucoup de thunes, alors acheter un disque, c’est déjà un petit investissement. Je voulais proposer à mon public un album qui ressemble à un concert. Un concert des 10 ans.

Le choix des chansons était une évidence ?

Non, c’est exactement le contraire. On en a essayé 50 qui faisaient partie de mes préférées. J’ai bossé musicalement avec Tony Halet, le chanteur et guitariste du groupe un peu power pop Blondidiocracy. Si ça le faisait, on gardait, sinon, nous virions.

Les nouvelles chansons, c’est un cadeau pour tes fans ou pour toi ?soan,10 ans de cavale,interview,mandor

C’était surtout un cadeau pour moi. J’avais très envie de me faire ce plaisir là. Parfois, je fais aussi plaisir à mes fans. C’est ce que j’ai fait avec l’album Celui qui aboie composé de chansons qu’on me réclamait.

En écoutant ton disque, j’ai découvert ou redécouvert tes chansons et je me disais que, vraiment, tu avais un talent fou. Je ne comprends pas que tu ne sois pas à ta place, au moins parmi les plus grands auteurs.

Je me le demande aussi (rires). Il y a des gens comme Morandini, que j’ai un peu critiqué au sortir d’une émission, qui n’ont pas d’humour, mais le bras long. Lui m’a cramé autant qu’il voulait.

Tu crois que ça porte vraiment préjudice qu’untel ou untel parle mal de toi ?

Sur la visibilité, je te l’assure.

Les programmateurs de spectacle ont peur de toi, il parait.

Oui. Alors là, je ne comprends pas pourquoi. Comparé à certains, je n’ai jamais rien fait de ouf. Il y a une espèce de légende qui me poursuit. Soan, l’artiste à craindre.

Tu ne fais rien pour démentir ou rassurer.

Ce serait leur donner raison. Regarde, un mec comme JoeyStarr, c’était le diable en personne et aujourd’hui, c’est le tonton idéal que l’on voudrait tous avoir à table. Je me dis que peut-être mon heure viendra et s’il ne vient pas, je ferai autre chose. J’ai déjà commencé à écrire un bouquin et ça me tient à cœur. C’est un roman bukowskien, un peu autobiographique. Un roman du quotidien.

soan,10 ans de cavale,interview,mandorC’est pour ça que sur ta page Facebook il y a indiqué « Punkrivain » ?

Absolument. J’ai posté une page de mon livre et j’ai déjà trois éditeurs qui m’ont téléphoné. Finalement, c’est peut-être là ma place.

C’est une évolution artistique qui pourrait être intéressante puisque tu es un grand auteur de chansons.

Vraiment, ça correspond à mon envie profonde.

En tout cas, aujourd’hui, je te trouve en forme et de bonne humeur.

On boit une bière au soleil en parlant de moi, je ne peux qu’être bien (rires). Et puis, j’ai une gonzesse qui prend soin de son homme pour une fois. Ça change deux, trois trucs. Autre chose, j’ai accepté qu’à partir de 30 ans, je deviens mortel, alors qu’avant, je me sentais immortel. Ca y est, je suis plus détendu et moins dans l’urgence.

Revenons au disque. C’est bien que tu réunisses toutes ces chansons, car un nouveau public pourra les découvrir.

Même des gens qui me connaissent depuis longtemps redécouvrent mon répertoire et s’étonnent de l’aimer autant. Certains ne m’avaient pas écouté avec attention, mais je n’ai jamais baissé le fusil depuis que j’écris des chansons. J’ai toujours été sincère de la même manière. Là, c’est le premier disque que je fais en étant 100% réalisateur et c’est celui-là que les gens aiment. Du coup, mon ego vertigineux est flatté. J’ai réenregistré ces chansons comme je voulais qu’elles soient dès le départ, beaucoup plus bruts et organiques.

Ce qui est bien avec toi, c’est que tu ne chantes pas toujours de la même façon.

C’est vital, parce que sinon, je m’ennuie.

Clip de "A l'ancienne" (avec Tryo).

soan,10 ans de cavale,interview,mandorPourquoi as-tu choisi « A l’ancienne », un duo avec Tryo, comme premier single ? C’est la chanson la plus « grand public » de l’album, mais c’est loin d’être celle qui te représente le plus.

Au début j’avais dit non pour la raison que tu viens d’évoquer. Mais quand mes copains de Tryo ont dit oui au projet, nous y sommes allés.

Dans le clip on retrouve notamment Juliette Arnaud et quelqu’un que j’aime beaucoup, Marion Seclin.

Par contre, elle, je ne sais pas si elle a adoré l’expérience. On avait tous picolé le midi en plein cagnard. Nous étions tous un peu « en forme » et elle n’est arrivée que pour les dernières séquences du clip en fin de journée. Elle ne comprenait pas pourquoi nous étions tous « contents ».

Tu as fait pas mal de radio pour parler de ton disque, j’ai l’impression.soan,10 ans de cavale,interview,mandor

Je suis effectivement invité à plein d’émissions de radio, mais les radios en question ne me passent pas en playlist. C’est un peu « viens faire le fangio chez nous, viens nous distraire gentil bouffon ! »

Pourquoi as-tu repris ton côté punk.

Je régresse un peu, je retourne en enfance. Avant, j’essayais un peu de gommer ça de mon physique pour plaire à un plus large public. Mais aujourd’hui, je repars du début. Je ne veux plus faire de compromis, même si je n’en ai jamais beaucoup fait. C’est un peu comme quand je chante en nuisette sur scène. J’ai envie de rigoler. En tout cas, là, je m’assume comme je suis et je n’en ai rien à foutre.

Ton public t’aime tel que tu es de toute façon.

Oui, et il est fidèle. Il répond présent à chaque fois que j’ai besoin d’eux.

Tu aimerais passer sur NRJ ou une autre radio populaire ?

J’ai longtemps eu l’utopie de croire que tu peux faire une chanson pas très formatée, mais que si elle est vraiment bien, on peut la reconnaitre comme une chanson vraiment bien et la diffuser. En fait, ça ne se passe plus comme ça dans l’industrie de la musique. A l’époque des yéyés, Jacques Brel, Georges Brassens et Barbara vendaient quand même vachement de disques. Cette pluralité perdue me rend triste.

Aujourd’hui, les Barbara, Brassens et Brel ne marcheraient pas.

Ils ne signeraient même pas. Je ne te parle pas de Gainsbourg. Ils ont mis 10 ans à le développer. Personne ne prend 10 ans pour développer un artiste. Maintenant c’est 10 jours. On lâche le truc et si ça ne marche pas, on passe au suivant.

soan,10 ans de cavale,interview,mandorMalgré ce système impitoyable, tu es encore là 10 ans plus tard. Tu t’en sors bien, non ?

Tu as raison. Et c’est pour ça que je me sens mieux dans mes pompes qu’avant.

On peut penser ce que l’on veut de toi, mais tu es respecté du métier, musicalement et textuellement.

Merci de me le dire. J’ai été touché récemment par Capéo qui m’a dit « j’aimerais bien avoir ta liberté ». A la fois, j’ai envie de répondre « bouge ton cul » et à la fois, c’est hyper gentil et flatteur. Franchement, c’est un super mec. Merci à lui parce qu’il m’a invité en première partie devant 3500 personnes qui ne me connaissaient pas. Je pense pouvoir dire qu’on a soulevé les gens.

C’est le monde à l’envers que tu te retrouves en première partie de Capéo.

J’aimais bien ce côté défi. Personne ne me connait, alors je vais montrer qui je suis.

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On branche l'enregistreur et on y va...

Que penses-tu du mouvement des gilets jaunes ?

Ça me fascine. Il y a des gens d’extrême droite qui sont potes avec des gens d’extrême gauche. Tout le monde à la même souffrance, la même misère, la même envie de rire, la même envie de faire un barbecue entre potes. On est à un moment charnière. Soit on va enterrer la hache de guerre pour toujours, soit on va la ressortir. Je pense que ça va bien se terminer. C’est la première fois qu’historiquement, je suis un peu optimiste. Les gilets jaunes m’ont rendu la joie d’être français. La France n’est pas morte. Nous n’avons pas besoin de gestionnaire d’entreprise comme Macron, ni de l’Europe pour savoir qui on est.

Pourquoi as-tu divorcé de La France insoumise ?

Parce que Mélenchon n’arrête pas de dire qu’il avait raison. Que ce que veulent les gilets jaunes étaient dans son programme. Le mec a écrit un bouquin qui s’appelle L’ère du peuple. Pour une fois que le peuple prend la parole, ferme ta gueule !

T’es fâché à mort avec lui ?

Non, parce que c’est un mec brillant. Juste, j’étais apolitique, je le suis redevenu. Les gilets jaunes m’ont prouvé que si on veut bien se parler, on a des choses à se dire.

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Pendant l'interview...

Le combat le plus efficace pour toi, ce sont les chansons ?

Non, sinon Bob Dylan aurait changé l’univers. Les chansons ne servent qu’à accompagner la lutte. Un artiste a un peu plus le temps que les autres. Moi, il m’arrive de n’être que dans la l’observation de l’autre, donc j’ai le temps d’analyser. Je n’arrive pas à faire des chansons fédératrices comme « On lâche rien » d’HK et les Saltimbanques, mais il est important et nécessaire que les gens se disent « je ne suis pas le seul à penser ça ». Ce qui est certain, même si on peut faire réfléchir les gens, c’est qu’on ne change pas la marche du monde avec nos chansons. Il faut rester à notre place.

Tu arrives à te discipliner aujourd’hui ?

Artistiquement, je l’ai toujours été. Après, dans la vie de tous les jours, non. Heureusement, ma meuf est éducatrice spécialisée. Je suis quasiment un patient pour elle.

Tu te laisses faire ?

Pas toujours. On s’apporte chacun un truc. Elle a un eu tendance à tout donner aux gens, moi, j’ai un peu tendance à fermer la porte d’entrée. Elle m’a appris à fermer moins la porte et je lui ai appris à ne pas se laisser faire. C’est un bel échange.

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Après l'interview, le 18 avril 2019.