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12 mai 2019

Talisco : interview pour Kings and Fools

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(Photo : Yann Orhan)

talisco,kings and fools,interview,mandorAprès Run (2014), Capitol Vision (2017) et une tournée triomphale de 400 dates, Jérôme Amandi, aka Talisco, revient dans la lumière avec un troisième disque, Kings and Fools, encore plus musclé que ses prédécesseurs. Une pop entraînante pour un album lumineux qui donne envie de danser. Un son festif où guitares et synthés se succèdent avec frénésie.

Talisco sera en concert notamment le 4 décembre 2019 au Trianon.

L'album est écoutable ici.

Pour sa deuxième mandorisation (la première, en 2014, est là), il m’a donné rendez-vous dans un hôtel de Pigalle le 14 mars dernier.

Biographie officielle (mais très écourtée):talisco,kings and fools,interview,mandor

Sous tension. Dans son troisième album, Kings and Fools, Talisco ne louvoie pas : il cogne plein fer, de manière frontale, animale, et polit ses nouvelles pépites pop-rock à la sueur. La scène est son ring : il a fendu la cuirasse pour livrer son album le plus personnel, écrit après un marathon de 400 dates. Il faut l’entendre, Talisco, parler de sa nouvelle mise à nu, de ses fêlures livrées «sans filtre ni maquillage" : regard de braise, mâchoire carnassière, poings serrés quand il explique que sur ce disque, "c’est le physique qui parle, l’audace, le souhait de ne rien céder à personne. "

Si son précédent opus, Capitol Vision, lorgnait les hauteurs de Los Angeles, pour celui-ci, l’artiste est redescendu au cœur de la ville, dans les jungles urbaines et les fièvres downtown. Dans la mêlée, parmi les rois et les fous, une cour des miracles que le musicien ne cesse de magnifier. Les fous, eux, ramènent sur Terre. Kings & Fools est un manifeste hédoniste : vivre pleinement, ici et maintenant, quitte à se consumer. Pour brûler la chandelle, il faut d’abord l’allumer. Courant continu, rock alternatif. Mariant les riffs électriques aux boucles électroniques, Talisco tord les sons et questionne les esthétiques rock. Les voix, elles, sont au premier plan, sans autre filtre que celui d’un vieux micro Neumann. Pas question de se planquer derrière quelques effets, derrière les réverbes déformantes, pas de compromis…

A la fois plus introspectif et international que les deux premiers albums, cet opus fait le grand écart entre clubs intimistes et concerts de stade. Des feux sans artifices. Talisco épure ses compos et durcit le propos.

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(Photo : Yann Orhan)

talisco,kings and fools,interview,mandorInterview :

Cet album est plus percutant que les deux précédents. Il y a une énergie folle.

Je me retrouve face à une réalité. J’ai presque toujours le même discours et je raconte toujours la même chose, mais à chaque fois, avec un cran au-dessus. Je reste dans la même direction, dans la même énergie que dans mes deux albums précédents.

Tu as de plus en plus confiance en toi ?

Oui, certainement. Le mot confiance est un peu bizarre pour parler de musique ou d’art en général. Je crois qu’avec l’expérience, je suis plus précis dans ce que je raconte, dans mon discours, dans ma musique, dans mes sons, dans ma manière d’amener les couplets et les refrains. Je vis les choses et je me retrouve de plus en plus avec moi-même.

Tu fais de la musique pour quoi ?

Pas pour séduire en tout cas. Ce n’est pas que je ne veux pas séduire le public, c’est que je ne veux pas le tromper. Je ne veux déjà pas me tromper moi-même. Je fais de la musique pour sortir quelque chose de moi. Après, j’ai la chance d’aimer la pop, le rock et plus généralement d’aimer les choses de manière efficace. Quand j’étais très jeune, j’écoutais les Pixies. Les chansons faisaient 2 minutes 30, 3 minutes maximum. C’était court et efficace. Ce sont des formats qui me plaisent.

Clip de "Closer", tiré de l'album Kings and Fools.

Dans tes chansons, on ressent une sorte d’urgence.

Cette urgence est liée à ma personnalité, mais je me soigne pour ça. C’est comme si je devais des comptes à la vie. Je sais qu’avec les années, on a de moins en moins de vie, de point de vue et d’énergie. Du coup, j’ai cette nécessité de vivre les choses, de les prendre et de les ressentir le plus que je peux. Je dois avoir une nature nostalgique. Je me dis toujours après avoir vécu des évènements, « merde, c’est déjà terminé ! » C’est à la fois triste et magnifique.

Lors de ton premier album, Run, on te classait plus dans l’electro, là, on est clairement dans de la pop.

J’évite de savoir dans quel registre on me met parce que je me fous des barrières. Quand je crée de la musique, je tente de faire quelque chose d’audacieux, sinon ça ne m’intéresse pas. Je ne me mets absolument aucune contrainte.

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(Photo : Yann Orhan)

Tu as peur de la réussite ou de l’échec d’un nouvel album ?

Qu’il marche ou pas, ce n’est pas grave parce que je suis hyper fier de ce disque. Je suis vraiment hyper content du résultat. C’est la première fois que je me sens si proche de ce que je raconte et de ce que je propose musicalement. J’ai vécu cet album à 100%.

Tu l’as fait en trois mois chez toi.

Je me suis éclaté, vidé et complètement saigné. Je ne peux travailler qu’en me mettant de la pression. Quand je suis sous pression, je suis obligé d’aller à l’essentiel. Paradoxalement, je ne fais rien à l’arrache. Je ne vis pas au jour le jour, je suis très organisé, j’aime bien border et sécuriser ma vie. Pour un album, je planche, je bosse comme un maboul, je me déclenche des idées… j’adore ça, mais ça demande du travail.

Faire un album en un an, tu ne pourrais pas ?

Je ne comprends pas comment on peut faire ça. En une année, il m’arrive un milliard de choses. Je vais avoir des moments de joies intenses, comme des moments extrêmement moroses, voire douloureux. J’aurais envie de tout bouleverser en permanence, selon ma vie et mes humeurs.

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(Photo : Yann Orhan)

Tes 400 concerts ont dû influencer la musique et l’énergie de ce disque, non ?

A fond. J’ai envie que ça tabasse. J’ai voulu que ce disque soit percutant et percussif. Que les gens le prennent comme moi je le ressens. Il y a de la bagarre dedans, de l’héroïsme et plein d’éléments dans lesquels je suis venu arracher des choses.

La scène est un ring pour toi ?

Au début, elle me faisait flipper. Je préférais rester chez moi ou aller boire un coup. J’ai donc abordé la scène comme un challenge. Je me suis jeté dedans et j’y suis allé fort. C’est comme se lancer dans une 200 mètres crawl dans une eau glacée. Tu as peur, tu te demandes si tu vas survivre à ça, alors pour ne pas sentir les choses, tu y vas comme tu n’y es jamais allé. Je peux dire qu’à présent, j’ai apprivoisé la scène.

Tu dis que tu as été vidé, abimé par ta tournée.

Pas que moi, toute l’équipe. On a passé 5 ans de notre vie à ne faire que des concerts. J’ai été abimé, mais j’en ressors plus fort au final. Mon équipe et moi, maintenant, nous sommes plus musclés psychologiquement et physiquement, plus affirmés, plus agressifs. Du coup, ça se ressent sur l’album.

Clip de "Sun", tiré de l'album Kings and Fools.

Parlons de la chanson « Sun », qui est devenu le générique du feuilleton de France 2, Un si grand soleil.

Quand France 2 m’a demandé une musique pour ce feuilleton, je n’ai pas compris pourquoi. Je ne voyais pas de rapport entre ma musique et Un si grand soleil. En même temps, j’ai trouvé ça audacieux et au final, je trouve même que ça marche hyper bien.

Dans ce nouveau disque, tout est tubesque.

Je crois que c’est parce que je me suis pilonné la cervelle pendant des années en écoutant des morceaux de tous genres. Du rock, des trucs un peu obscurs et beaucoup de pop, voire même easy pop. Dans ma discothèque, tu peux retrouver aussi bien du Sonic Youth que du Madonna. Sans m’en rendre compte, je suis drivé par tout ce que j’ai écouté.

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Talisco et ses deux musiciens/choristes (Photo : Yann Orhan)

As-tu des recettes de fabrication pour créer un morceau ?

J’ai toujours la même méthodologie, en effet. Ça me permet d’aller plus vite là où je veux aller. Mais, je te le répète, il y a beaucoup de travail derrière.

Tu aimes chanter ?

Je me sers toujours de ma voix comme d’un instrument, mais je ne construis pas ma musique autour de ça.

Je crois savoir que tu n’aimes pas le mot artiste.

Je trouve que c’est hyper pompeux de considérer qu’on en est un. Moi, je suis juste un mec qui aime la musique et qui en fais. J’ai juste la capacité de créer des morceaux.

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(Après l'interview, le 14 mars 2019 à l'Hôtel Pigalle) 

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(Puis dans le métro) :)