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09 mai 2019

Nicolas Paugam : interview pour Le ventre et l'estomac

Crédit Fred Boyer  (3).JPG

(Photo : Fred Boyer)

portrait nico cre╠üdit fred Boyer (2).jpgCe métier me fascine. Je passe ma vie à écouter et découvrir de nouveaux artistes français, je crois avoir une connaissance assez précise sur la production musicale de notre pays (et principalement en chanson et variété), puis soudain je tombe sur un espèce de génie. Cet artiste inclassable existe et je ne le savais pas.

Nicolas Paugam, donc, a sorti Aqua Mostlae, Mon Agitation, Boustrophédon et bientôt Le ventre et l’estomac, le 14 juin prochain dans les eaux mouvementés d’un style musical exigeant et original (j’ai lu quelque part de la « pop tropicale et champêtre ») et d’une voix singulière, voire déroutante. Nicolas Paugam est devenu du jour au lendemain, pour moi, un chanteur important. Il devrait être dans le haut du panier, il ne l’est pas encore. Je ne suis donc pas le seul à l’avoir loupé. J’espère que je ne serai pas le seul non plus à réparer l’erreur…

Vous pourrez découvrir en concert Nicolas Paugam avec Cedrik Boule le lundi 20 mai à L'Auguste Théâtre à Paris.

Autres dates:

Le 8 juin au centre cullturel de Lesquin ( nord ) pour le 11/11
Le 13 juin, sa release party au studio de l'Ermitage ( Paris) avec Fontaine Walace
Le 15 juin à Pinsaguel ( 31 )
Le 21 juin - Fête de la musique au Puy- Jazz concert
Le 22 Juin aux Nonières ( 07 ) jazz-concert avec les Meustaches
Le 12 juillet au festival Off des Nuits de Saint Jacques au Puy-en-Velay

… et au festival des nuits de Fourvière le 3 juillet, en ouverture du concert de Vanessa Paradis. 

Le 12 avril dernier, nous avons fait la connaissance dans un bar parisien. Conversation de haute tenue.

Biographie officielle (par Nelly Dvořák ) :

Nicolas Paugam. Il est ailleurs et parmi nous. Il chante ce qu’il veut depuis son papier peint qu’il applique aussi bien dans la nature qu’à la ville, en Bretagne comme au Brésil. On le soupçonne même parfois d’aller chanter pour les petits êtres vivant entre le mur et ledit papier, mais peut-être aussi qu’il arrive à le poser là où il n’y a même pas d’murs." Jean Palomba, le poète de Rage mue - Et en effet, c’est sans doute la poésie qui peut rendre le mieux compte de la singularité du bonhomme. Singulier, bizarre ou plus précisément excentrique, comme le classait Les Inrockuptibles dans son hors-série sur les saugrenus. Le voilà donc sur le point de sortir son quatrième disque.

Le disque (par Nelly Dvořák ):Pochette-WEB.jpg

Il nous parle de son anatomie bizarre. Oui, parce que l’estomac ne fait-il pas partie du ventre ? La chanson éponyme décrit les tourments d’un homme dans son couple qui vit diffusément son mal, pour mieux le localiser ensuite. Même chirurgie pour "Le Chasseur Blanc", comme un droit de réponse au fameux "Tu vois pas qu’on s’aime pas" puisqu’ici c’est une femme qui parle. D’ailleurs, le chanteur laisse volontiers le mot de la fin aux femmes. Mais peut-être écrirait-il la "faim" ? Quoi qu’il en soit, la résignation s’y fait plus drôle, distanciée et légère. Dans le ton et le rythme. Ces neuf chansons, avec ses scat et ses "vaya" brésiliens, manient dérision - bienveillante - jeux de mots et rimes, pour décliner différentes façons d’avoir de l’estomac... (face à sa compagne, à son compagnon donc, face à son banquier, à la meute estivale ou punitive ou face à la mort...). De fait, Nicolas Paugam pousse sa malice potache jusqu’à finir son album par un naufrage !

Teaser.

Ce quatrième album se veut le dernier de la série "collages" ; car tous ces disques se reconnaissent, au-delà de leur style croisé « entre Michel Legrand, Alain Souchon et la MPB » (Télérama), par leur pochette bigarrée réalisée par le compositeur. Voilà donc une musique éclectique et solaire aux codas ad libitum et à la poésie sans gare. Oui, à classer dans les inclassables.      

crédit Fred Boyer 5 (2).jpg

(Photo : Fred Boyer)

IMG_0680 (2).JPGInterview :

En écoutant ton nouvel album, je me suis demandé comment j’avais pu passer autant d’années à côté de toi. J’ai adoré vraiment dès la première écoute.

Ça me fait plaisir parce que je fais une musique qui me parait assez exigeante, difficile, complexe et qui mérite plusieurs écoutes.

Je n’aime pas ce qui est lisse, je me lasse de la musique qu’on écoute tout le temps, alors j’aime les artistes qui sortent franchement des sentiers battus.

Je suis comme toi. J’adore faire des découvertes. D’ailleurs, dernièrement, j’ai découvert Franck Monnet (mandorisé là), qui n’est pourtant pas un débutant. Du coup, j’ai acheté tous ses disques.

Clip de "Le ventre et l'estomac" extrait de l'album Le ventre et l'estomac.

Tu as eu une enfance marquée par quelques albums, je crois.

A la maison, il y avait quatre disques. Harvest de Neil Young, The Freewheelin’ de Bob Dylan, Alan Stivel à l’Olympia, disque mythique, et un disque de flute de pan. Ma mère m’a dit que j’écoutais en boucle celui de Dylan. Il a un son hallucinant. On n’arrive plus à faire des disques avec un son pareil. Ça vient de la table de mixage 4 pistes.

Après, c’est le jazz qui t’a intéressé.

Après le divorce de mes parents, ma mère s’est mise avec un musicien de jazz, un batteur. Mon beau-père avait une collection de 700 disques de jazz. J’ai mis du temps à apprécier complètement ce genre musical, mais j’entendais Bud Powell, Django Reinhardt, Lionel Hampton en permanence à la maison. Ça m’a nourri inconsciemment puisque, aujourd’hui, j’en joue régulièrement avec mon frère.

Clip de "La complainte du Titanic", tiré de l'album Le ventre et l'estomac.

A 19 ans, tu commences la guitare.

Compulsivement. J’étudie de très près David Bowie, Jimmy Hendrix, Nick Drake et Robert Wyatt. Avec mon frère, nous formons notre premier groupe, les Syncop’s, dans lequel nous jouons essentiellement des reprises (The Clash, The Doors, Led Zeppelin ou Rolling Stones). Bientôt les idées personnelles affluent. Nous composons nos premières chansons en français et en anglais. Ce seront les premières maquettes, les premiers disques, l’avant Da Capo, l’avant Lithium.

1995, petite consécration, vous signez un quatre titres sur le Single Club du label Lithium The Man I used to be.

Le groupe s’appellera désormais Da Capo. En 1997, l’album Minor Swing sort sur ce
même label. La presse en fait l’éloge. Le disque sort au Japon sur le label Toshiba. Nous partons en tournée en Espagne avec The Married Monk et jouons, entre autres, un concert, in memoriam, au Café de la Danse en première partie du groupe Supergrass.

Crédit Nelly Dvorak  (2).jpeg

(Photo : Nelly Dvorak)

Da Capo existe toujours ?

Oui. J’ai fait 4 disques avec mon frère, ensuite, j’en ai eu marre. J’avais mon propre univers et je ne pouvais pas trop le mettre en avant.

A 31 ans, tu viens vivre à Paris.

Je monte un groupe de swing manouche, toujours avec mon frère Alexandre, Les Frères Paugam à Meustaches. S’ensuivent des centaines de concerts dans les cafés parisiens.

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Pour ton album, Aqua Mostlae, Valérie Lehoux de Télérama a fait un rapprochement avec Michel Legrand. C'est plutôt flatteur.

Ca me parle oui, en effet. A un moment, je comptais faire un projet sur Georges Brassens. J’ai donc commencé à jouer les thèmes de Brassens à la guitare manouche et à faire des arrangements derrière, c’est-à-dire des improvisations écrites. Je me suis rendu compte que ce que je faisais était très mélodique. J’ai donc fait de la musique avec les harmonies de Brassens, mais avec mes propres mélodies. Ça a donné le disque de jazz, La tamanoir de mes rêves.

Un jour quelqu’un te conseille de mettre des textes sur tes compositions.

Voilà. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à écrire en français. Mon univers vient donc du jazz.

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Nicolas Paugam dans son ancien atelier (musique et peinture-collage).

Comment travailles-tu ta musique ?

Je compose en improvisant sur des boucles de batteries les plus swingantes ou bizarres possible et je chante en même temps. C’est hyper long et laborieux. Mon écriture est inconsciente.

Il n’y a jamais de réflexion sur le texte que tu vas faire ?

Au départ, il n’y a pas de sujet. Je suis incapable d’écrire sur un thème imposé. J’ai des mots qui me viennent automatiquement et ce sont ces mots et la mélodie qui vont me dicter la suite de la chanson. Au final, j’aborde des choses que j’ai captées inconsciemment dans des discussions, à la télé, dans la rue…

Clip de "Facile", tiré de l'album Aqua Mostlae (2013).

Pour toi, la création est-elle facile ?

Je n'ai pas à me plaindre. C’est le thème de ma chanson « Trop facile ». J’explique que c’est facile de composer pour moi. C’est facile parce que je travaille beaucoup, parce que j’écoute plein de musiques, parce que j’ai trouvé une technique solide après 20 ans de recherches et de remises en questions..

Quand tu composes, tu as besoin de solitude ?

Oui, je vais donc m’isoler dans des maisons perdues dans des coins un peu paumés comme en Lozère par exemple et je compose pendant une semaine. Il en ressort quelques bonnes chansons avec cette technique dont je viens de te parler. Le problème, c'est de trouver le temps d'y aller car j'ai un boulot alimentaire. 

Tu fais toi-même tes clips.

Ils sont très artisanaux. On y voit la nature, des enfants, du théâtre d’objets… Je crois que je serais ennuyé d’avoir toute une équipe pour faire un clip. J’aime bien cette idée d’être très indépendant et de faire ça à trois, entre copains. On peut faire des choses très artisanales et de très bonnes qualités. C’est plus une question d’idée qu’une question d’argent.

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(Pendant l'interview).

Ton univers graphique est très intéressant également.

Mon univers graphique doit beaucoup à ma maman, Elizabeth Paugam, qui fait des peintures, du collage et du théâtre. Une autre source d’inspiration primordiale, Sergueï Paradjanov un artiste arménien controversé en Union soviétique (astreint en 1973 aux travaux forcés pendant quatre ans, puis incarcéré à différentes reprises jusqu'en 1982), mais très défendu et apprécié par les cinéphiles occidentaux. Un musée lui est consacré à Erevan, en Arménie, où il est considéré comme le grand cinéaste national. Ce qu’il fait correspond exactement à ce que je suis. Il a fait un film hallucinant qui s’appelle Sayat-Nova.

(Sayat- Nova (La Couleur de la grenade), de Sergueï Paradjanov, est inspiré de la vie d’un poète arménien mort en Géorgie. Au lieu d’un récit linéaire, le cinéaste, à la fois structuraliste et traditionaliste, opte pour une série de tableaux vivants représentant des moments clés de la vie du poète. Paradjanov déclare : « Il m’a semblé qu’une image statique, au cinéma, peut avoir une profondeur, telle une miniature, une plastique, une dynamique internes… » Source : Wikipédia)

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Ses disques en solo.

Les Inrocks dans son édition sur « Les saugrenues » ont dit de toi : « Singulier, bizarre, ou plus précisément excentrique », ça te plait que l’on te voit ainsi ?

Oui, bien sûr. Il y a un adjectif qu'avait utilisé Grégory Cuesta sur le site Culture au poing et que j'ai découvert : Hétérodoxe (signifie « qui pense d'une autre manière que la manière habituelle, dominante »).

Ça te gêne de ne pas être reconnu à ta juste valeur professionnelle ?

Il y a une justice quelque part. J'ai commencé à chanter sur scène seulement en 2014. J’attends mon tour, tout simplement.

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Après l'interview, le 12 avril 2019 au Pachyderme.

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Commentaires

J'adore les mélodies de Nico, mon neveu......je suis très fier de ce qu'il fait

Écrit par : François MOREAU | 11 mai 2019

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