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07 mai 2019

Musset : interview pour son EP "Orion"

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(Photo : Audrey Wnent)

musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandor« En choisissant Orion pour titre de son premier EP, Musset parle de cet instinct qui l’a conduit, après son expérience dans le groupe Revolver, à suivre sa bonne étoile. Les cordes d’une guitare acoustique pour seules flèches, il chante aujourd’hui des textes clairs et baladeurs avec lesquels explorer le monde » explique le dossier de presse de l’artiste.

Ce qui est certain, c'est que Musset a su s’entourer pour ce premier EP solo majestueux et d’une élégance rare. Co-écriture avec Jean-Michel Reusser, coréalisation avec Stéfane Goldman et mixage par Bénédicte Schmitt

Immense coup de cœur! 

L'EP est à écouter là (par exemple).

La première fois que j’ai rencontré Christophe Musset, c’était pour une interview de Revolver pour le journal de la FNAC (lire ici). Il n’était pas le plus bavard, mais je le trouvais le plus « sage » et profond. Il ne parlait pas pour ne rien dire. Aujourd’hui, non plus, mais je l’ai senti plus libre et serein.

Le 20 mars dernier, j’ai été convié chez Jean-Michel Reusser (voir plus bas) pour parler de son retour dans le monde de la musique, désormais française.

Biographie officielle :musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandor

Quand il compose encore la moitié fondatrice du groupe à succès Revolver, Christophe Musset enchaîne les dates, les radios, les promos, les Victoires de la musique...

Fin des années 2000, on ne parle pas encore de “stream” mais le jeune leader pop-rock sent passer le courant : celui qui électrise, galvanise et vous crame.

Addictions aux exigences des majors, culpabilité, vie personnelle en vrac.

Aujourd’hui, Christophe parle avec tendresse de ces deux albums en anglais qui l’ont fait éclore, mais à l’époque, la force n’y est plus. Le groupe tire sa dernière balle en 2013.

Il n’est pas rare que les artistes, au cours de leur carrière, doivent répondre à la question fatale : comment renaître ? Contacts en poche, Musset s’envole d’abord au Pérou pour y percer le mystère de ses fameux rites initiatiques avant de s’installer au pays basque, près de sa famille, où il bosse un temps comme libraire et compose, preuve qu’il n’oublie pas tout à fait la musique, la B.O. du film Diamond Island du franco-cambodgien Davy Chou (le film obtient le prix SACD de la Semaine de la critique à Cannes, le Grand Prix du Festival de Cabourg, la mention spéciale du Prix Jean Vigo...). Loin, très loin des vanités et du showbiz, l’écriture et ses mots lui reviennent... en français, preuve qu’il est enfin prêt à tomber le masque. En aurait-il fini avec l’éternelle adolescence ? Converti, comme il le chante, “Aux chansons qui font ressurgir / Les vestiges d’un amour, d’un empire”, on le découvre adulte, posé, curieux des autres, des forces de la nature et de musicothérapie.

musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandorLe disque (argumentaire officiel) :

Avec un sens aigu de la transmission et le regard plein de gratitude envers ceux qui l’entourent, le beau gosse aux boucles brunes n’a rien perdu de son doigté de guitariste ni de la juvénilité de son timbre. Jeune papa, Musset se réinstalle à Paris comme on reprend le cours d’une vie qu’on aurait laissée mûrir derrière soi. Il y rencontre un nouveau mentor d’expérience, Jean-Michel Reusser, qui voit en lui le potentiel d’un Damien Rice ou d’un Sufjan Stevens à la française, ces auteurs-compositeurs-interprètes dont la voix délicate se pose sur votre épaule. Tous deux travaillent aussitôt en miroir et dessinent un univers folk, doux et aérien. Musset, qui aime le cinéma et ses bandes-son, finit par chanter de premiers titres sincères, accessibles, épurés. Un E.P. prend forme en épousant, Bénédicte Schmitt au mix, les contours de l’évidence.

Ce n’est pas un hasard si Musset chante sur l’un de ses titres : “On n’est pas vraiment là jusqu’à ce que l’on s’en aille / On ne comprend qu’après”.

Comprenez donc : Musset revient !

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(Photo : Audrey Wnent)

musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandorInterview :

Je crois savoir que c’est toi qui es à l’origine de l’arrêt de Revolver. Que s’est-il passé ?

Etre dans un groupe, au départ, me convenait totalement. A l’époque, je n’aurais jamais eu le courage de faire quelque chose tout seul. A trois, tout semble plus facile parce que tout est divisé. Au départ, nous étions très amis, au bout de 6 ans à être ensemble 300 jours par an, même s’il n’y avait pas de tensions entre nous, ce n’était plus pareil. A un moment, j’ai dit aux deux autres qu’il fallait que je parte. C’était une urgence personnelle liée à mon rapport à la musique. J’avais l’impression d’être devenu une sorte de machine qui savait écrire des chansons, jouer de la guitare et chanter. J’avais du mal avec l’aspect « professionnel » de ce qui était avant tout une passion. En plus, dans ma vie personnelle, ce n’était pas la joie… Une tournée, c’est absolument génial quand tu es bien dans tes pompes, si tu es mal, ça t’enfonce complètement.

Aujourd’hui, vous êtes encore amis tous les trois ?

Oui, comme dit Ambroise, nous avons sauvé nos amitiés. Nous ne jouons plus ensemble, ça reviendra peut-être. En tout cas, quand on se revoit, c’est avec beaucoup plus de plaisir qu’avant.

Clip de "Aussi loin".

Après Revolver, tu es parti t’exiler au Pérou. musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandor

Puisque j’étais malheureux en faisant de la musique, je me suis dit à ce moment-là que j’allais arrêter la musique, ce qui était parfaitement stupide. Juste avant de prendre mon avion pour le Pérou, mon petit frère m’a filé une guitare acoustique en petit format au cas où l’envie revienne. En fait, j’avais besoin de me reconnecter avec la musique dans quelque chose d’intime et de thérapeutique.

Au Pérou, tu es passé par un centre spirituel chamanique.

J’entendais les chamans chanter toute la nuit lors de leur cérémonie, des mantras en yoga et d’autres formes de musique. Ça m’a fait du bien de me connecter à ses musiques primitives, voire primales.

Quand tu es revenu au Pays Basque, tu as travaillé dans une librairie.

Oui, pendant 9 mois. J’étais dans le réel, le concret, dans une vie plus normale. Ça m’allait bien.

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(Photo : Audrey Wnent)

Ensuite, il y a trois ans, tu as écrit un album solo.

Au bout d’un an de boulot, alors que le disque était presque fini d’enregistrer, j’ai compris qu’il ne fallait pas que je le sorte. J’ai vu ce qui allait et ce qui n’allait pas, ça m’a permis de savoir où j’en étais musicalement et c’était suffisant.

Tu as fait la BO du film Diamond Island de Davy Chou, puis tu as rencontré Jean-Michel Reusser.

Nous nous sommes rencontrés au parfait moment. C’est l’ancien manager de Revolver qui m’avait parlé de lui en m'affirmant que ça allait coller entre nous. On a pris un café ensemble. On est resté 4 heures à discuter. C’était le moteur dont j’avais besoin pour redémarrer... et un miroir aussi. J’ai rencontré la bonne personne qui m’a aidé à écrire et peaufiner ma musique. Grâce à lui, je sais que l’EP que je sors me ressemble beaucoup.

Tu chantes désormais en français.

Avec Revolver, nous étions réunis par les harmonies vocales, et c’était plus simple en langue anglaise. Aujourd’hui, c’est difficile de chanter en français parce que j’avais envie de faire quelque chose se rapprochant d’Elliott Smith et de Sufjan Stevens… parce que c’est la musique que j’écoute. En tout cas, je ne voulais pas écrire du très littéraire, mais choisir les mots simples pour parler d’émotions compliquées.

"Orion" (official lyrics video).

musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandorTon EP est très doux, comme le premier album de Revolver finalement.

Tu as raison. Sur les autres albums du groupe, on est devenu plus pop électrique. Est-ce que je ne boucle pas une boucle avec cet EP ? Je ne sais pas.

Tu as fait des concerts avec les chansons de cet EP ?

J’ai fait quelques premières parties de Dominique A. Il m’impressionne beaucoup quand je le vois seul avec sa guitare sur scène capter autant son public… et il est absolument adorable. Je pense que c’est lui qui m’a donné le déclic de chanter en français. J’entendais des influences des Smiths chez lui, entre autres, il m'a donc fait comprendre que même quand on avait cette culture là, on pouvait faire du bel ouvrage en français.

Et toi, tu es seul avec ta guitare sur scène ?

Non, seul avec mes guitares et une sorte de tapis d’effets pour apporter un peu d’imaginaire et d’atmosphère en plus.

La chanson française se porte bien en ce moment ?

Il y a un vrai renouveau de la chanson assez qualitative. Chez les hommes, j’aime beaucoup Olivier Marguerit, dit O et chez les femmes, je suis très admiratif de Clara Luciani. Elle a des textes assez saisissants. J’ai remarqué que les chansons que j’apprécie le plus en ce moment, ce sont des chansons plus portées par des femmes. Les Chris, les Camille font des chansons courageuses qui abordent des thèmes très féminins qui n’ont vraiment jamais été abordées.

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A la fin de l'interview, le 20 mars 2019.

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