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29 avril 2019

Jules et Alexis Maréchal : interview pour le spectacle Jules Box

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jules,jules et le vilain orchestra,alexis marechal,interview,jules box,mandorLe 30 avril et le 7 mai prochain, l’expérience Jules Box est prolongée aux Trois Baudets.

Le chanteur Jules (déjà mandorisé ici et ) et son équipe de fou (Yvan Descamps, Mathieu Debordes, Vincent Thermidor, StudioTF, Cyrille Raach, Alexis Maréchal, Donatien Ribes et Rénald Zapata) rendent hommage à la chanson française de 1950 à nos jours sous forme de jeu. Le public s'étonne, s'amuse à reconnaître les titres, à répondre au quizz, puis chante, se lève et danse en toute liberté en prenant conscience de la richesse de ce patrimoine culturel commun. Mais présenter aussi simplement le Jules Box ne veut rien dire parce que ça n’explique pas l’énergie, le déchainement et la joie qui en émanent. Un public réceptif dès les premières notes, j’ai rarement (voire jamais) vu ça!
S’il y a un spectacle à voir en ce moment, c’est sans nul doute celui-ci.

Le 12 avril dernier, j’ai donné rendez-vous à Jules et à son guitariste Alexis Maréchal, pour qu’ils nous disent tout sur ce show unique au monde.

Le Jules Box, qu’est-ce que c’est ? (Explications officielles)jules,jules et le vilain orchestra,alexis marechal,interview,jules box,mandor

Un concept de quiz/show musical, pour et avec le public.

La salle de spectacle est identifiée en deux équipes, bleues et rouges.

Des capitaines d’équipe de chaque camp, heureux de fouler les planches avec les musiciens sont désignés et installés dans de confortables canapés, munis d’un buzzer.

Ainsi commence avec les artistes en concert, les candidats et le public, une transmission du répertoire francophone des 50 dernières années : variété française et chansons fascinantes.

Cette discothèque idéale est interprétée sous forme de mashup (mélange) entre les succès de notre patrimoine et des standards de la pop internationale.

Ainsi on entendra le mariage entre Bruno Mars & Michel Polnareff, Ed Sheeran et Bernard Lavilliers ou Alain Souchon & Prince. Le tout en Live intégral. Notre patrimoine est un puits sans fond, ce qui permet de présenter un spectacle différent chaque soir !

En chef d’orchestre, maître à jouer et animateur de haute voltige, Jules mène ce spectacle avec une énergie riche et sincère, dans une mise en scène moderne et ouverte à tous. Un spectacle original, intergénérationnel et participatif. Une innovation détonante et dansante dès les premières notes !

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jules,jules et le vilain orchestra,alexis marechal,interview,jules box,mandorInterview :

Comment t’es venu l’idée du Jules Box.

Jules : Elle m’est venue juste avant le décès de Daniele Molko, ma productrice. C’est elle qui m’a suggéré de faire quelque chose en parallèle de mon groupe Jules et Le Vilain Orchestra. Quelque chose qui serait une sorte de récréation. Et puis la récréation dure depuis deux ans maintenant. Mais si je veux être précis, le Jule Box tourne vraiment depuis 6 mois.

Comment expliquer simplement ce qu’est le Jules Box ?

Jules : C’est un jeu. Comme tout jeu de société, si tu lis la règle avant de jeter les dés, ça saoule tout le monde. Finalement, c’est un jeu que tu apprends en jouant. Il faut laisser une part de mystère. Je peux juste dire que c’est une anthologie réinventée et déglinguée autour de notre patrimoine musical et on s’amuse autour de ça. Il y a pour le moment un répertoire de 144 chansons, mais comme c’est un puits sans fond, il y en aura bien d’autres.

Il y a des musiciens, mais aussi deux arbitres. jules,jules et le vilain orchestra,alexis marechal,interview,jules box,mandor

Jules : Oui, ce sont aussi notre ingénieur du son et notre ingénieur lumière. Ils font super bien leur staff d’arbitres, à l’instar des matchs d’impro. Moi, je suis impartial. Je n’ai pas le droit de prendre parti, ni de donner des points. Ce sont les arbitres qui décident de cela, ce qui m’arrange bien.

Il y a une partie musicale et une partie jeu.

Jules : J’ai réuni les deux choses qui me plaisent le plus. La variété et le jeu. J’adore jouer. Le jeu rassemble les gens. Je pense que ceux qui n’ont pas envie de jouer pourront passer un bon concert quand même.

Il y a des capitaines d’équipe qui montent sur scène avec toi pendant le show.

Jules : Mon spectacle est aussi venu de mon envie de rendre le spectateur moins consommateur. C’est lassant de n’avoir que cette partition-là. J’ai souhaité qu’il participe concrètement.

Alexis : Les gens n’ont pas l’habitude d’aller sur scène et nous, nous leur donnons cette possibilité. C’est quelque chose qui n’est pas à leur portée et là, soudain, ils sont en vedette.

Jules : Ils sont presque responsables de la réussite du spectacle.

Qui crée et décide des mashups ?

Jules : C’est en brainstorming que l’on fait entre nous.

Alexis : Nous sommes trois musiciens, plus Jules à jouer sur scène. Nous nous répartissons le boulot tous les quatre. On s’appelle, on exprime nos idées respectives, et ceux qui se sentent le plus proches du mashup en question le travaille et le propose ensuite aux autres.

Mais, tous vos mashups fonctionnent incroyablement. J’ai été impressionné systématiquement. Je parle du Jules Box à tout le monde.

Jules : Merci, je n’étais pas sûr que tu apprécies.

Tu es fou ! Je suis carrément fan. Il y a du lien social incroyable et on est dans une période sociétale où nous avons besoin de ça.

Merci de dire ça.

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Jules présente-nous ton guitariste Alexis.

Jules : C’est un caméléon. Il a le sens de la perfection du son et du jeu de guitare. Le solo de « Purple Rain », on dirait Prince dès le premier accord, c’est un truc de dingue.

Comme dans la peinture, c’est un faussaire ?

Jules : C’est le plus grand faussaire que je connaisse, mais ça ne l’empêche pas d’être un super créatif aussi.

Alexis : Tout ce que l’on joue est un mélange de populaire et de qualitatif, donc nous sommes ravis. Mais, parfois c’est compliqué parce que nous sommes habitués à jouer aussi les versions originales, or là, on mélange une chanson française et un standard anglophone. Il faut se débarrasser de nos automatismes.

Jules, comment sélectionnes-tu les chansons/variétés françaises ?

Jules : Il faut que la chanson sélectionnée me crée de l’émotion à un moment donné. Je ne prends pas du tube parce que c’est du tube. Ca peut-être léger comme la chanson de Desirless, « Voyage voyage ». C’est un morceau superbement écrit et la mélodie défonce tout. Ce sont juste les arrangements qui ont mal vieilli. C’est pour ça qu’avec les mashups tu redécouvres les chansons.

Ce qui est bien, c’est que vous réhabilitez la variété, et ça, ça me fait plaisir.

Jules : Il y a des ayatollahs du bon goût qui n’apprécient pas et qui font la différence. Si c’est un peu trop « popu », ce n’est pas bien. Pourquoi oppose-t-on variété et chanson à textes ? Dans « Le chanteur » de Balavoine ou « Veiller tard » de Goldman, il n’y a pas de texte ? Goldman pose d'ailleurs la question : "Pourquoi « Angie », c’est du rock et « Quand la musique est bonne » c’est de la variété?" C’est parce que tu n’as pas l’étiquette ? Pourquoi Nino Ferrer, ce n’est pas de la soul ? Pour moi, il y a deux styles de musique. Celle que j’aime bien et celle que je n’aime pas. La variété, c’est la seule musique dont tu ne peux pas expliquer pourquoi tu l’aimes. Elle nous rentre dans la gueule ou pas.

En tout cas, les gens reviennent plusieurs fois voir le Jules Box, c’est fou !

Jules : Parce que ce n’est jamais le même spectacle. Avant de monter sur scène, on ne sait pas vraiment ce que l’on va jouer. C’est toujours sur le fil. Moi, je veux juste faire oublier l’extérieur aux gens, je veux rendre heureux les personnes présentes pendant une heure et demi. David Desreumaux d’Hexagone a dit quelque chose de très bien : "Le Jules Box, c’est un jeu télé, sans la violence que peut avoir un plateau télé." Ça m’a fait plaisir parce que son magazine n’est pas spécialisé dans la variété, c’est plutôt de la chanson pointue, mais il a adoré.

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Après l'interview le 12 avril 2019, avec Jules et son guitariste Alexis Maréchal, au Pachyderme.

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25 avril 2019

La Maison Tellier : interview d'Helmut Tellier pour Primitifs modernes

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la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorCinq faux-frères. Cinq dandys de grand chemin. Depuis 6 albums maintenant, ils ont construit une Horde, patiemment, inlassablement. Leur musique est hors du temps, à la fois primitive et moderne ; c'est par la country qu'ils étaient "entrés en chanson", la vie les a portés aujourd'hui à rebrancher les guitares et les amplis qui avaient pris la poussière dans les garages de leur adolescence... Il était temps ! C’est ainsi que se présente très officiellement La Maison Tellier sur leur site.

Dans Primitifs modernes, Alexandre, Alphonse, Helmut, Léopold et Raoul Tellier, proposent des chansons avec un vrai sens de la poésie, un engagement social discret, et une vision très juste du monde d’aujourd’hui (voici la brillante chronique de ce nouveau disque par mon ami Fred Natuzzi sur le site Clair & Obscur. Je ne peux rien de dire mieux).

Le 13 mars dernier, Helmut Tellier est venu me rejoindre dans un bar de la capitale pour parler de ce disque magnifique et profond. C'est sa troisième mandorisation (la première en 2014 et la seconde en 2016).

Argumentaire de presse officiel :la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandor

Dans les villes traversées à l'occasion des tournées, en face de l'île Tatihou, aux studios ICP de Bruxelles, dans des studios implantés dans la campagne normande ou au cœur du Massif central, le sixième album de La Maison Tellier s'est patiemment construit.
C'est le disque du grand retour des guitares et de chansons enregistrées vives - « live ». Plus que jamais, La Maison Tellier est la réunion de cinq musiciens qui offrent le meilleur d'eux-mêmes pour délivrer des chansons qui s'impriment dans nos mémoires et nous ramènent à nos adolescences, quand tout se noue et que se décide notre aptitude à nous engager, nous lier, nous confronter.
Après les premiers albums qui portaient le regard vers un ailleurs, après Beauté pour tous qui
parfois contemplait le passé, après Avalanche qui scrutait en lui-même, Primitifs Modernes semble regarder droit devant, et tout autour. La musique épouse cet élan en un disque physique et charnel, incarné en onze chansons qui se fraient leur chemin jusqu'à nous, convoquant la mélancolie douce des textes d'Alain Souchon ou Yves Simon, galvanisée par l'électricité d'un rock au classicisme élégant hérité du rock américain des années 90 à la manière de R.E.M.
Quand tout change, trop vite, il faut parfois savoir se rallier au premier, à l'éternel. Primitifs
Modernes
offre ceci : onze chansons qui nous ressemblent et nous ramènent à l'essentiel.

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(Photo : William Lacalmontie)

la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorInterview :

Pour ce 6e album, vous avez tout changé de votre environnement professionnel. Il fallait tout déconstruire pour mieux reconstruire ?

Il fallait planter un nouveau cadre de manière artificielle, pour éviter de nous endormir. Tous les cinq, nous avons du savoir-faire, mais aussi des travers qui finissaient par ne plus se remarquer, même par les gens qui bossaient avec nous. Changer d’équipe a permis d’ouvrir les fenêtres et les portes de la Maison, faire rentrer un peu d’air et trouver une manière de se renouveler et sans doute de s’affranchir d’habitudes de vieux garçons.

Se renouveler au bout de 6 albums, c’est une gageure que je comprends parfaitement, mais ça ne doit pas être simple.

Effectivement, nous avons beaucoup de chansons maintenant et je suis conscient que l’on parle souvent des mêmes choses. Après c’est une question de perspective. A quel endroit on va placer la caméra et où va-t-on se placer nous? Nos chansons parlent de rencontres entre des êtres humains, parfois des filles, parfois des garçons, des chansons qui parlent de l’angoisse de mourir, de la joie de vivre…

Ce sont des sujets qui reviennent parce qu’ils te sont obsessionnels ?

Complètement. Mais j’ai l’orgueil de penser que je ne suis pas le seul à avoir ces sujets-là qui me préoccupent. Ce nouvel album est relativement « politique ». Il regarde le monde extérieur là où l’album précédent regardait le moi intérieur. Je me scrutais trop le nombril.

Clip de "Chinatown".

Même l’enregistrement, vous l’avez attaqué différemment. la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandor

Les orchestrations aussi, le choix du réalisateur… Pour se renouveler et nous donner envie de continuer ensemble, tout ceci était important.

A l’écoute de ce disque, on ne se dit pas non plus que c’est un autre groupe. Votre touche « maisontellierrenne » est là, c’est indéniable.

C’est tout un art subtil de changer dans la continuité, sans déboussoler les gens qui nous suivent depuis le début. Il ne faut pas trop non plus se mettre des contraintes énormes. On avait fixé un cadre, mais il n’était pas d’une rigidité extrême.

Pour une fois, vous avez pris les décisions à cinq.

Toutes les décisions concernant les chansons ont été prises de manière démocratique. Tout le monde a donné son opinion, ce qui n’était pas nécessairement le cas pour les autres albums. Avant, je prenais des décisions seuls, parfois à deux… Nous avons décidé que, désormais, nous allions jouer collectif.

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(Photo : William Lacalmontie)

la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorVous avez enregistré ce disque dans les conditions live en deux sessions de 10 jours.

Nous sortions de tournée, donc nous avions en nous une énergie rock. Souvent à l’issue des concerts, les gens venaient nous voir en s’étonnant qu’on ne retrouve pas l’énergie que l’on donne en concert sur les disques. On a donc procédé comme si nous étions devant un public et on s’est fait saigner sur nos Gibson (rires). Il fallait aussi trouver un ingénieur du son, en l'occurrence Pascal Mondaz, habitué aux concerts pour obtenir un résultat simple, minimal et efficace. Là où on a l’habitude d’avoir des arrangements très cossus, nous sommes allés à l’os. Je pense qu’il y a une cohérence dans le son et dans le propos. Du coup, le réalisateur va nous accompagner sur scène pour la tournée.

Tu co-écris et co-compose avec Raoul.

C’est devenu bicéphale, symbiotique et très naturel. Nous sommes parfaitement complémentaires. Il a un sens de la musique que je n’ai pas dans la composition, dans la virtuosité sur l’instrument, dans ce qu’il entend que je n’entendrai jamais. De mon côté, j’ai ce truc de savoir comment faire sonner les mots en français, trouver une mélodie qui sera cohérente, pas trop artificielle, ni copiée collée. Parfois, on veut faire rentrer tel mot, telle ligne mélodique sur une grille harmonique. Si ça ne passe pas de manière fluide et naturelle, je le remarque immédiatement.

Vous bossez ensemble de quelle manière. ?

On se met dans une petite baraque avec nos deux guitares, un ordinateur et une carte son pour maquetter. Il en sort toujours quelque chose. Les instrus et les suites harmoniques de Raoul ne sont pas toujours faciles à mettre en mots car tout est assez complexes. Lui, il sait que moi j’aime bien quand c’est un peu simple et que ça file tout droit, il va donc paradoxalement s’efforcer de simplifier comme il peut. A force, nous avons fini par nous apprivoiser. Nous souhaitons que notre musique soit assez immédiate sans tomber dans la complaisance et la facilité. A la fois ambitieux et accessible.

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(Photo : William Lacalmontie)

Dans certaines nouvelles chansons, vous laissez des plages musicales assez importantes pour la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorpermettre à tous les musiciens de s’exprimer, voire de s’éclater.

Nous avons des instrumentistes balaises, c’est bien parfois de le montrer. Il faut aussi gérer ces moments-là qui ne doivent pas non plus être trop démonstratifs.

Primitifs modernes est l’album qui vous ressemble le plus ?

Collectivement, oui, sans hésitation. Individuellement, c’est l’album Avalanche qui me ressemble le plus.

Tu es toujours un peu triste de ne pas faire partie d’une famille musicale dans le paysage français.

Au moment d’Avalanche, j’étais un peu malheureux de dresser ce constat. J’en parle encore dans les chansons « La horde » et « Primitifs modernes ». C’est le besoin le plus primaire d’appartenir à un groupe et pourtant, on a toujours eu l’impression de faire notre chemin en solitaire.

Clip de "La horde".

la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorJe trouve que c’est justement ce qui fait votre différence et c’est aussi ce que j’aime chez vous.

Au fond, c’est peut-être cela le secret de notre longévité. On a 15 ans d’existence et notre « horde » est encore là.

Sur la pochette du disque, on voit une télévision des années 70 avec une main qui sort comme si quelqu’un était enfermé dedans. J’imagine qu’il y a quelque chose de symbolique là-dedans.

Cette main était la même que l’on retrouvait sur les parois des cavernes. La télé qui vit, c’est une référence à des films comme Poltergeist ou Ring. Il y a aussi, le côté d’aller vers la lumière. Un des propos de ce disque c’est : « on essaie de sortir de nos grottes pour trouver un peu de soleil. »

Vous n’écrivez jamais de chansons définitives, qui jugent la société, c’est beaucoup plus subtil que cela.

Depuis le premier album de La Maison Tellier, je raconte ma vie, j’écris ma vie, soit en l’embellissant, soit en l’enlaidissant. Je mets en avant mes préoccupations de mec blanc, hétéro, quarantenaire et occidental. J’aime l’idée que mes préoccupations sur le monde qui m’entoure fassent écho aux gens et deviennent universelles.

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Après l'interview, le 13 mars 2019. 

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23 avril 2019

Thomas Monica : interview pour Le paradoxe de l'Utah

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thomas monica,le paradoxe de l'utah,iinterview,mandorLe Paradoxe de l’Utah, produit par Ian Caple, est le premier album de Thomas Monica. Sorti la semaine dernière, il est sans conteste l’un des meilleurs disques français de l’année, mélodiquement et textuellement. Un concentré de savoir-faire d’un artiste surdoué alternant avec une facilité déconcertante le parlé, le chanté, les violons, les guitares, des sons d’ici, des Etats-Unis, d’Asie, d’Afrique ou du maghreb.

Si ce type n’est pas un génie, il s’en rapproche. Je l’avais déjà repéré (et donc mandorisé) en 2016, pour son EP DELTA.MYSTIQUE, mais il n’avait pas atteint un tel niveau.

Le paradoxe de l’Utah est écoutable ici… régalez-vous !

Le 10 avril dernier, dans un bar de la capitale, j’ai interviewé une seconde fois ce futur grand de la pop française.

Argumentaire de presse officiel :thomas monica,le paradoxe de l'utah,iinterview,mandor

Après des expériences scénique avec Matthieu Chedid, un duo sur son album live Îl(s) et une nomination comme « Artiste de l’année 2017 » pour les Oui FM Awards au Trianon de Paris, Thomas Monica prépare la sortie de son premier album. Produit par Ian Caple (Alain BashungJacques HigelinTricky, CocoonEmilie SimonTindersticks…), Le Paradoxe de l’Utah » est sorti le 19 avril 2019.

A la fois chanson, rap, rock et pop, la musique orchestrée de Thomas Monica nous transporte dans un univers singulier, coloré par ses origines italiennes et arabes. Il y parle de son enfance hors normes, de l’absence d’un père, de racisme, d’écologie, de rêves … avec une langue française poétique et rythmée. A la fois auteur, compositeur, réalisateur, arrangeur et multi-instrumentiste sur ce premier opus, l’artiste s’amuse avec les sonorités qui façonnent ses pensées. 

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thomas monica,le paradoxe de l'utah,iinterview,mandorInterview :

Nous nous sommes vus il y a 3 ans pour ton EP Delta.Mystique. Depuis, tu n’as cessé de travailler.

J’ai fait plein de concerts et de premières parties. J’ai monté mon label pour être indépendant puis j’ai composé ce premier album.

Avec le talentueux Ian Caple.

Je lui avais envoyé très humblement quelques démos pour savoir ce qu’il en pensait et, après avoir écouté, il a accepté que je vienne dans son studio en Angleterre pour faire mon album. C’est un type qui a une oreille incroyable et qui est d’une gentillesse rare. Cet album a été réalisé dans une humanité idéale.

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Avec Ian Caple, lors de l'enregistrement de l'album...

Tu es arrivé avec l’album déjà composé.

Oui, a 100%. J’ai tout fait. Je l’ai écrit, composé, arrangé et enregistré moi-même. Il a aimé mon travail d’arrangement avec un petit orchestre. Je tiens à dire que pour le violon et le violoncelle, je me suis contenté de faire les arrangements. J'ai fait appel à une violoniste et une violoncelliste, toutes deux brillantes. Quand je suis arrivé dans le studio de Ian, on a repassé tout ça dans des vieilles consoles analogiques des années 70 qui appartenaient à Bowie… c’était un truc de fou. Il a fait un mixage extraordinaire. Ça donne un son vintage que j’aime beaucoup. C’est banal de le dire, mais, c’est vraiment un disque qui me ressemble totalement.

Ton disque me semble plus personnel que tes EP précédents. Tu parles de ta famille, par exemple, dans "Aux Entrelacs".

J’évoque l’ambiance multiculturelle dans laquelle j’ai grandi. Un grand-père algérien et une grand-mère italienne qui ne parlaient pas très bien français. C’est une chanson sur le racisme, le déracinement… je trouve que c’est un sujet encore et plus que jamais d’actualité. Je veux aussi dire que nous sommes des êtres multiples et qu’il faut se nourrir de plein de racines et d’influences différentes.

Clip de "Aux entrelacs".

Tu parles de ton papa dans ce disque.

Ça va être le sujet d’un livre que je suis en train d’écrire. Jusqu’à l’âge de 10 ans, j’ai cru que mon père était mort et j’ai appris récemment qu’il était encore vivant. Je ne vais pas rentrer dans les détails parce que c’est personnel et un peu compliqué. Mon album parle plus des origines et du fait de trouver sa voie.

Est-ce que chanter te permet d’aller mieux ?

Mais complètement. C’est une espèce de thérapie. J’exorcise ce qui est en moi.

Dans « Les ours polaires », parles-tu de la bipolarité ?

Tout à fait. Ce sont des gens qui naviguent entre deux eaux et cette maladie est très dure à gérer. Quelqu’un de ma famille est touché, donc je connais le sujet.

Clip de "Faux rêveur".

Es-tu écolo ? Parce que ta chanson « Round » le laisse croire. « C’est le dernier round a coup de round dupe ! ».

Je voulais faire une chanson à la fois un peu coup de poing et un peu poétique, sans tomber dans du Tryo.

J’ai eu beaucoup de difficulté à comprendre de quoi parle « Whale’s song »… et la musique est vraiment étrange. J'aime beaucoup.

J’ai beaucoup étudié les baleines à bosse. Elles émettent des sons et ont un langage musical avec des fréquences. Grâce à leurs motifs musicaux, elles créent des notes. J’ai samplé une phrase d’une baleine et j’ai composé une chanson par-dessus. Je tiens à dire que j’ai été influencé par le musicien compositeur Christophe Chassol. Il compose de la musique contemporaine avec des gens qui parlent et il met de la mélodie sur ça. C’est un génie pur de cet art qu’on appelle de la musique concrète. Dans une conversation, tu peux t’apercevoir qu’il y a des mouvements mélodiques et rythmiques. J’ai fait la même chose avec la baleine.

C’est une chanson sur le fait de manquer d’air ?

Exactement. Plus clairement, quand je dis « j’ai le souffle court mais pas les idées », j’évoque l’asthme. Je suis asthmatique.

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Musicalement, c’est très varié. Pop, rock, electro, chanson, parfois discrètement arabisé, italianisé ou japonisé…

Je me suis un peu laissé aller à toutes mes influences. Je ne me suis rien interdit.

Je me trompe ou la guitare est moins présente dans cet album ?

Il y en a beaucoup plus qu’avant, mais elle n’est pas jouée de la même manière. Avant, j’étais dans la démonstration. Là, j’ai voulu montrer que j’étais compositeur, donc, j’ai calmé mes effets guitaristiques.

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Pendant l'interview...

Ta voix est plus mise en avant.

Cela fait moins de 5 ans que je chante. Je suis avant tout guitariste. J’écris mes textes, mais pendant longtemps je n’osais pas trop les chanter. Aujourd’hui, j’ai pris un peu d’assurance à ce niveau-là. Je ne serai jamais Florent Pagny, mais je fais au mieux.

Je ne ressens plus ton côté –M-.

En France, on a besoin d’être mis dans des cases, alors j’ai tenté d’en sortir. La comparaison, je ne la prends pas mal puisque je l’apprécie beaucoup et que j’ai joué avec lui, mais mon album ne ressemble pas du tout à un album de –M-.

Tu vis de la musique ?

Oui. J’écris, je fais des arrangements pour des artistes et je fais des musiques de pubs. Tout à une cohérence pour moi.

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Après l'interview, le 10 avril au Pachyderme.

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21 avril 2019

Angèle Osinski : interview pour son album A l'évidence

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(Photo : Muriel Thibault)

angèle osinski,interview,mandorEn 2015, dans une première mandorisation, j’avais demandé à Angèle Osinski quel était le genre d’artiste qu’elle respectait et aimait. Elle m’avait répondu : « Celui qui propose un truc qui dépasse l’intime et qui rencontre ce que, moi, j’ai de plus intime. Ça me permet de me sentir… moins seule. Intrinsèquement, profondément, charnellement, en tant qu’être humain, il m’arrive de me sentir reliée à un artiste… Ce sont des gens qui, par l’affirmation de leur imaginaire et cette proposition d’aller vers un rapport hyper sincère au fond d’eux-mêmes pour aller inventer, réinventer qui ils sont, qui me touche au plus haut degré. »

C’est en découvrant l'album Élégie de la chanteuse et productrice Katel, qu’Angèle Osinski a compris qu’elle devait, qu’elle allait changer de direction musicale. Katel correspond en tout point à la réponse d’Angèle. Fini la chanson française « traditionnelle » qu’elle nous avait proposée dans son premier EP, Prélude. Ce sera avec ce prodige de la réalisation que sa musique prendra sa nouvelle forme.angèle osinski,interview,mandor

Les deux femmes sont donc entrées dans son studio pour en ressortir quelques mois après « avec des chansons aux mélodies et aux textes forts, qui mêlent une ossature rythmique très groove inspirée du hip-hop et des grilles sophistiquées très pop. Un univers qui se veut ambitieux et accessible, dansant et érudit, construit autour de la voix d'Angèle Osinski aux graves profonds et aux aigus déchirants » indique, à juste titre, sa biographie.

L’album A l'évidence sort le 26 avril 2019 sur le label du trio féminin (toutes mandorisées), Katel, Robi et Emilie Marsh, le bien nommé FRACA.

Le 13 mars dernier, j’ai donné rendez-vous à cette artiste qui a su complètement se réinventer.

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(Photo : Muriel Thibault)

Mini biographie officielle :

Angèle Osinski entre sur scène comme on entre sur un ring, pour livrer dans l'énergie de la danse et l'intensité du chant le plus beau des combats, celui qu'on mène avec soi-même.

À cette image, À l'Évidence est un album de boxe et de danse, d'énergie et de mystère, effrayant et merveilleux.

Chanter, danser, jouer la comédie : quand à l'âge de trois ans on tombe en arrêt devant Singing in the rain, ces disciplines semblent à jamais indissociables et se rêvent en Technicolor. Angèle Osinski se jette dans toutes à corps perdu. Et c’est la musique qui va triompher, là encore sous toutes ses formes, avec l’appétit de celles qui explorent, avant de trouver son Evidence grâce à une rencontre.

angèle osinski,interview,mandorLe disque (argumentaire de presse officiel) :

Alors que les dix titres sont écrits et composés par Angèle Osinski sur son piano d’enfance, la chanteuse et productrice Katel se voit confier les arrangements et la réalisation de cet album. Les titres s’enrichissent de claviers vintage (casio, pianet, moog, rhodes, …), de boîtes à rythme hip-hop ou électro (tr808, Vermona) et de motifs obsédants de cordes et de cuivres.

Dix morceaux au groove hip-hop imparable, aux harmonies pop, qui avancent par ellipse, par évocation, par images subliminales.

Il s'agit de se relever d'un été (« Passe »), d'un drame qu'on devine aux lumières troubles d'une soirée de fête (« Ne pas vous rencontrer »).

D'accepter ce qui nous a fondé (« D'ici ») pour en faire quelque chose, et avant tout un geste artistique.

À l'évidence est un album miroir qui interroge, qui s'interroge. Sur notre époque (« Amour & Décadence », sur les errements et déplacements de la vie (« À l'évidence », « Bleu piscine », « L’instant d’après », « Interrompez-moi »), sur l'absence (« Chambre 17 »).

Un parcours, un déplacement. De l’intime à l’orchestral.

Angèle Osinski semble poser des questions comme les posent les enfants. Elles placent l'auditeur dans une écoute active, réflexive. De laquelle l'étrange et l'autodérision ne sont jamais absents.

«Dis-moi, quel est le pire après la nuit?» (Après la pluie)

À chacun d'y répondre où de laisser les mots résonner.

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(Photo : Muriel Thibault)

angèle osinski,interview,mandorInterview :

Tu me donnes la sensation d’être une nouvelle artiste.

Comme j’avais écouté beaucoup de chansons françaises dans une certaine tradition, avec mon premier EP, que j’ai fait toute seule, j’avais besoin d’obtenir une espèce de validation. J’avais besoin de prouver aux autres et à moi-même que j’étais capable de faire quelque chose dans cet esprit-là. Mais il y avait de plus en plus de décalage entre ce que j’avais produit et ce que j’écoutais tous les jours.

Tu ressentais beaucoup ce décalage ?

Oui et j’en parlais souvent à tel point que pour mon deuxième disque je voulais absolument travailler avec quelqu’un qui aurait les possibilités de m’amener vers des terrains plus proches de ce que j’écoutais, c’est-à-dire plus proche de l’electro et du hip-hop, plus proche de quelque chose qui allait faire groover. A chaque fois que je rencontrais un réalisateur ou une réalisatrice aussi talentueux/se soit-il/elle, assez vite, je reprenais mes billes. J’avais un problème de rétention d’œuvre (rires).

Et un jour, la révélation.

Un jour, par hasard j’entends au milieu de plein d’autres chansons un titre du dernier album de Katel. Je me suis arrêtée nette, complètement scotchée par son travail. Je connaissais son existence, mais pas du tout ce qu’elle faisait parce que j’écoutais très peu de français.

Tu es donc allée à sa rencontre.

Oui, quelques jours après, je suis allée la voir jouer en acoustique à la Passerelle.2. Là, j’ai complètement craqué. Je n’en revenais pas qu’une telle façon de faire sonner la musique puisse exister. A la fin du concert, nous avons discuté et je lui ai donné mon EP en lui précisant que si elle pouvait envisager de réaliser mon album, j’en serais très heureuse.

Que s’est-il passé ensuite ?

Après l’avoir écouté, elle m’a répondu que dans mon style « classique », c’était parfait et qu’elle ne voyait pas où elle pourrait m’emmener. Je lui ai dit que je voulais, justement, absolument sortir de là. Du coup, j’ai écrit de nouvelles chansons, j’en ai réécrit des déjà existantes, puis il y a eu beaucoup d’allers et retours pour qu’elle me donne ses sentiments sur mes textes et mes musiques. Pas mal de chansons sont passées à la trappe et finalement, nous avons retenu les 10 titres de l’album. Chacune a été validé par Katel, du coup, je ne crains plus personne parce que je trouve qu’elle est l’une des plus audacieuses et talentueuses artistes en France aujourd’hui. Vraiment, je me sens rassurée.

Clip de "Amour et décadence", à l'ambiance très Black Mirror… réalisé par Robi et Zoé Véricel.  

Vous avez co-arrangé les chansons ensemble, mais c’est Katel qui a fait la réalisation.

Et c’est pour moi une ouverture énorme vers ce que j’aime faire. Enfin, je m’autorise à écrire de cette manière-là, c’est-à-dire de sortir d’une certaine idée que je pouvais avoir de la poésie, ou, au minimum, de la langue française bien écrite. Grâce à Katel, j’ai aussi accepté que mes musiques soient une réponse à mes paroles et vice versa. Maintenant, j’ai l’impression que le tout fait sens.

C’était impératif d’aller là où tu n’étais jamais allée ?

J’avais un besoin impératif de déplacement pour me confronter à moi-même. Quand je vais voir un artiste sur scène ou que je l’écoute sur disque, j’ai besoin d’avoir des questions avant tout… je n’ai d’ailleurs pas besoin de réponses. J’ai envie d’avoir l’imaginaire excité.

Et c’est ce que tu provoques. Je ne saisis pas tout ce que tu racontes, mais l’essentiel.

C’est ce que j’aime chez Bashung, Bertrand Belin ou Katel. Ils ont l’art de créer un espace permettant d’avoir une écoute active. Bashung disait la chose suivante : « On entre dans une chanson par la musique et on y reste pour le texte. » J’aime quand je perçois une alchimie entre la musique et le texte qui permettent d’avoir immédiatement des images et des sensations. J’aime encore plus quand on s’aperçoit que la chanson est profonde et ne parle pas de rien.

Clip de "A l'évidence" réalisé par Robi.

Tu es passée à cette écriture facilement ?

Je pense que j’ai été au bout de quelque chose avec mon premier EP. Je n’avais déjà plus grand-chose à dire avec cette forme-là. J’avais besoin d’exprimer des choses encore plus intimes et profondes. Pour qu’elles existent de manière valable artistiquement, il fallait passer par un travail sur la parole et sur l’écrit.

Y a-t-il eu un travail sur la voix ?

Oui. Il est passé par une sorte de désincarnation, une façon de poser simplement mon timbre sur mes musiques et sur mes mots sans chercher quoi que ce soit d’émotionnel et sans chercher à raconter l’histoire.

Tu désincarnes pour mieux réincarner ?

C’est un peu ça.

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Angèle Osinski, première signature du label FRACA, dirigé par Robi, Katel et Emilie Marsh.

angèle osinski,interview,mandorTu es la première signature du nouveau label FRACA.

C’est la première fois de ma vie que je me sens entourée. Il y a une équipe autour de moi qui crois en mon projet. Au début, elles m’ont proposé cela comme un label de transition avant d’aller vers un label plus important. Mais, non. J’ai tenu à ce que FRACA soit mon label officiel. Je suis hyper fière et hyper heureuse parce que j’ai l’impression d’avoir trouvé une deuxième famille.

Tu as été comédienne, j’imagine que tu aimes beaucoup tourner des clips.

Oui, c’est vraiment mon terrain de jeu. Aujourd’hui, j’ai l’impression que mes rêves d’enfance se mettent en place. Quand j’étais petite, j’avais bloqué sur le film Singing in the rain. Il m’a donné envie de chanter, danser, jouer la comédie de manière professionnelle. La façon dont j’envisage mes spectacles et ce qui va autour de ma musique, les clips par exemple, c’est totalement ça.

Avant tu chantais sous le nom d’Angèle, as-tu ajouté ton vrai patronyme parce qu’une autre Angèle est arrivée ?

Non, pas du tout. C’était une envie de ma part de me réapproprier l’intégralité de mon identité. Cela fait sens en terme d’origine et de ce que ça raconte de traversées et de voyages.

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Après l'interview, le 13 mars 2019.

20 avril 2019

Geneviève Morissette : interview pour son Olympia et son passage chez Michel Drucker

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geneviève morisette, olympia, interview, mandorCe lundi, le 22 Avril 2019, Geneviève Morissette foulera les planches de la mythique scène de l’Olympia de Paris aux côtés de l’imitateur Thierry Garcia. Cette soirée unique mariera la chanson et l’humour. Les deux artistes vous présenteront leurs spectacles respectifs et se réuniront lors de sketchs et de chansons en duo.
Le 7 Avril dernier, l’artiste québécoise était invitée sur le plateau du célèbre animateur de Vivement Dimanche Prochain, où elle a enfin pu réaliser un grand rêve : chanter « Michel Drucker» chez Michel Drucker devant Michel Drucker.

Pour ces deux évènements, j’ai mandorisé La Morissette une seconde fois (la geneviève morisette,olympia,interview,mandorpremière, en 2015, est à lire ici), le 12 avril dernier dans un bar de la capitale.

Le spectacle : SHOWS EN COLOCS 

Deux shows en Coloc avec Geneviève Morissette et Thierry Garcia est un spectacle proposé par le Don Camilo où la jeune chanteuse Québécoise pleine d’énergie et l’imitateur aux mille voix et visages (voix des guignols de l’info) vont chacun vous livrer leur dernier spectacle, mélange de chansons, d’humour, d’imitations et de surprises parmi lesquelles des sketchs en commun, des chansons en duos, la chorale de la maîtrise de Reims et le tout avec des effets visuels incroyables grâce à l’utilisation d’hologrammes totalement bluffants, … Un super show à ne pas rater !

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geneviève morisette,olympia,interview,mandorInterview :

Tu réalises deux rêves en un mois, passer en vedette à l’Olympia et être invité dans l’émission de Michel Drucker, c’est assez dingue, non ?

Oui, mais j’avoue que les deux rêves sont liés. J’ai été invité à Vivement Dimanche Prochain parce que je passe à l’Olympia. Mais c’est surtout grâce à Thierry Garcia, avec qui je fais l’Olympia, qui connait bien Drucker parce qu’il a été un de ses chroniqueurs…

Raconte-moi comment s’est passée l’émission ?

D’abord, quand je suis arrivée sur le plateau, Michel Drucker m’a regardé l’air de dire « enfin ! ». Je me suis approchée de lui et je l’ai serré hyper fort. Je n’ai rien pu faire contre cela, tant c’était instinctif. J’ai vu tellement de québécois passer sur son plateau qu’il y avait un symbole très fort pour moi. J’ai apprécié qu’il ait quitté le plateau pendant la répétition afin d’avoir la surprise pendant l’enregistrement.

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geneviève morisette,olympia,interview,mandorQuand tu es arrivée sur ce plateau, tu étais dans quel état psychologique ?

J’étais comme une folle. C’est quand le rideau s’est ouvert pour que l’on pénètre sur le plateau que j’ai réalisé ce qu’il m’arrivait. J’avais tellement rêvé cette situation que j’avais du mal à comprendre que j’y étais vraiment. Le lendemain, c’est idiot, mais j’ai pleuré d’émotion.

C’était un beau moment de télévision en tout cas.

Cerise sur le gâteau quand Éric Antoine est venu nous rejoindre en courant et qu’il a parodié ma chanson "Michel Drucker" (dont vous pouvez voir le clip ici) en se mettant à genoux. Pendant les répétitions, on m’avait dit de ne pas me mettre à genoux parce que Michel Drucker risquerait d’être trop ému. Et quand Eric Antoine a découvert la chanson, qu'il ne connaissait pas, lors de l'enregistrement, ça l'a fait vraiment rire. Il a couru sur le plateau  et a repris la chanson en exagérant, au second degré. C'était super drôle et ça m'a touché qu'il fasse cela. Il est clair qu'on a une folie en commun. 

Geneviève Morissette à Vivement Dimanche Prochain.

Je t’ai senti assez à l’aise. geneviève morisette,olympia,interview,mandor

Oui, mais très émue. J’ai pris ma place même si je me sentais comme une petite fille.

Tu as regardé combien de fois la vidéo ?

Oh ! Pas beaucoup. Juste 15 000 fois (rires).

Quand on vient de vivre un rêve, il faut qu’un autre le remplace, non ?

Je n’ai pas trop le temps d’y penser en ce moment parce qu’il se passe plein de chose pour moi. Outre l’Olympia lundi, je vais présenter à compter de 2020, sur les scènes québécoises mon premier « One-Woman-Show Musical » intitulé « De Chicoutimi à Paris », un mélange entre la chanson et l’humour. J’y évoquerai mon vécu atypique entre l’Europe et l’Amérique dans une proposition artistique unique dans le monde du spectacle québécois. Sinon, j’ai encore un rêve qui n’est pas encore exaucé. Celui que Luc Plamondon m’écrive une chanson sur ma musique, en s’inspirant de ma personnalité.

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Parlons de l’Olympia.

En co-plateau avec l’humoriste imitateur Thierry Garcia. Nous aurons des moments ensemble notamment lors de ma chanson écrite spécialement pour l’Olympia, « Olympia 2019 », qui est un hommage à la chanson française.

C’est surprenant cette association chanteuse-humoriste.

J’adore sortir des sentiers battus. Je n’aime pas faire comme tout le monde.

C’est une consécration de faire l’Olympia ?

Moi, je le prends comme une naissance. J’ai l’impression qu’après, tout pourra commencer.

geneviève morisette,olympia,interview,mandorA l’Olympia, tu vas jouer avec Roland Romanelli, connu pour ses musiques de film et pour avoir été l'un des principaux collaborateurs de Barbara, de Jean-Jacques Goldman, de Vladimir Cosma, de Guy Béart, de Leny Escudero et Francis Lai. Mazette !

Je sais la chance que j’ai. Il a fait des arrangements avec un violoncelle et un piano sur mes chansons rock’n’roll. Il m’a aussi beaucoup aidé sur la structure de mes nouvelles chansons. A ce propos, il me reste juste une chanson et l’album sera terminé. Il y a une forte probabilité qu’il sorte assez rapidement.

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Pendant l'interview...

Tu parleras de quoi dans ce disque ?

J’ai une chanson assez audacieuse sur le père, une chanson très second degré sur le rapport avec le public, une chanson sur ma quête, mon idéal, une chanson sur ma rebelle attitude qui agace pas mal de gens (rires). Il y a aussi des chansons qui disent qu’il faut suivre son instinct, ne pas écouter les autres, faire ce que l'on ressent, se battre, ne pas respecter les conventions… Tu verras à l’Olympia, je chante ces chansons… et le spectacle ressemblera à l’album.

Musicalement, c’est toujours pop rock ?

Oui, mais il sera peut-être un peu plus actuel dans le son que dans le précédent.

Que souhaites-tu à présent?

Trouver un tourneur pour faire des shows avec mon groupe en France.

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Après l'interview, le 12 avril 2019, au Pachyderme.

19 avril 2019

Thibault Eskalt : interview pour son premier EP "A la fin"

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(Photo : Sébastien Ruat)

42754149_2163058220435197_5852951650238464000_n.jpg(Pochette : Cara Mia & Joan Tosi)

Androgyne et exilé dans le silence du désert Islandais, Thibault Eskalt dévoile peu à peu une musique mystérieuse grâce un premier EP, A la fin. Les mélodies volent, sensibles et puissantes, l’émotion en lame de fond. Il chante la mélancolie, celle qu’on trouve au pays des terres brulées par le froid. Sa voix fait écho à Christophe, Bon Iver ou London Grammar, résonnant dans l’immensité. Elle recouvre des plages de synthés et s’élève parmi les guitares. La beauté puissante d’un chanteur qui incarne la solitude et qui rêve assez haut pour guider ceux qui restent à marée basse.

(Son premier clip « Quelqu’un qui m’entend » s’approche des 50 000 vues et c'est très rare pour un artiste "émergent". Il est visible plus bas).

Thibault Eskalt est un immense coup de cœur. Je l’ai donc rencontré.

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(Photo : Sébastien Ruat)

46131283_2254855047922180_8906490724145430528_n.jpgBiographie officielle (photo : Juliette Monier):

C’est sous le pseudo Eskimo que Thibault Eskalt fait ses armes dans les petites salles, les bars et dans le métro Parisien.

En 2013, on l’aperçoit sur la scène des Trois Baudets. L’image, le son et les textes fusionnent déjà pour laisser entrevoir un univers onirique, spatial et envoutant. Sa voix cristalline, repose sur un jeu de guitare aérien, simple et magnétique. Les observateurs lui trouvent la sensibilité de Christophe mais aussi la puissance de Thom Yorke.

Au début, il arpente les couloirs des fiefs de la musique actuelle à Paris, le FGO Barbara, la Manufacture Chanson et le Studio des Variétés. Plus tard, il fera partie du dispositif d’accompagnement Le Labo à Lyon et bénéficiera de journées de résidence à La Vapeur à Dijon.

A partir de 2015, il voyage beaucoup en Europe. C’est sur la route et dans le froid qu’il devient Eskalt. Après s’être exilé en Islande, il entre en résidence aux Studios La Mante à Paris, soutenu par Bidge, musicien, producteur et directeur des lieux. Les guitares s’envolent, les synthés s’installent, la batterie laisse place aux rythmes électro. Les ambiances sonores deviennent cinématographiques, bande son d’un voyage au milieu des cratères. En résulte l’EP A la Fin, dont la sortie est prévue en 2019.

Les concerts se multiplient et en avril 2019 sort "Quelqu’un qui m’entend", premier extrait de l’EP accompagné d’un clip épique présentant l’artiste échoué au milieu des falaises.

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(Photo : Sébastien Ruat)

IMG_7150 (2).JPGInterview :

Tu as commencé à chanter en 2008.

Je travaillais avec le Conservatoire de Dijon dans un cursus qui s’appelait « L’atelier chanson ». Au début, je n’avais pas un très bon niveau, mais un bout de la deuxième année, il a commencé à devenir respectable. J’ai vite monté des groupes dans la région. Un jour, Yves Jamait m’a conseillé de faire ma route tout seul. J’ai suivi son conseil. A 21 ans, je suis allé à Paris. Je me suis présenté à La Manufacture Chanson et j’y suis resté deux ans. J’étais très créatif, mais je cherchais mon univers. C’est là que j’ai trouvé ma voix, ma façon d’écrire et de composer… et aussi mon premier pseudo, Eskimo.

C’est amusant parce qu’à Dijon, tu étais dans un univers très chanson, alors que ce n’était pas du tout ta culture musicale.

Jusqu’à 18 ans j’écoutais uniquement de la musique anglo-saxonne, de la folk, de la pop, du rock… et je ne connaissais rien en chanson française. Quand il a fallu que je chante du Yves Jamait ou Les Ogres de Barback, j’étais complètement à côté de la plaque. La première fois où j’ai commencé à être satisfait de moi, c’est quand j’ai chanté « Les dingues et les paumés » de Thiéfaine. Je chantais dans les graves. Là, il y avait un truc dans la musicalité que je comprenais.

Du coup, pour être plus en phase avec la chanson, tu as participé à des ateliers d’écriture.

Oui, ceux d’Allain Leprest et de Rémo Gary. Je suis allé chercher dans la poussière de la chanson française pour pouvoir comprendre cet art, comprendre ce qu’était une structure, ce qu’était un format. Je voulais absolument maîtriser cet art et cette tradition avant d’aller vers mon propre univers.

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(Photo : Sébastien Ruat)

De 2013 à 2015, tu es entré en accompagnement au FGO-Barbara.

Là, j’ai travaillé mon son de guitare. A la suite de ça, j’ai monté un trio avec lequel on a pas mal tourné sur Paris.

Ensuite, tu es parti vivre en Autriche.

Oui, et j’ai aussi voyagé en Irlande, en Islande…

C’est sur la route et dans le froid que tu deviens Eskalt.

J’ai fait un road trip jusqu’aux montagnes du Tyrol. J’ai remonté par le nord de l’Autriche en ne prenant que les petites routes. Alors que je dormais dans ma voiture depuis quatre jours, dehors tout était noir et froid. Les essuies glaces se battaient avec la neige contre le pare-brise. Bon Iver chantait dans les enceintes, la bande son parfaite pour un road trip. J’étais fatigué, je me nourrissait de cacahuètes et de bananes depuis 4 jours. Je n’avais que l’horizon et mes rêves pour compagnie. Je passais la nuit sur la banquette arrière, enroulé dans mon sac de couchage, j’allumais le moteur toutes les heures pour faire tourner le chauffage. Pas un signe de vie, juste du noir et du froid. Comment m’étais-je retrouvé là? Est-ce que j’avais suivi mes rêves trop longtemps pour qu’ils me sèment en chemin ? Le matin s’éveillait. Un no-man’s land de végétation s’étirait devant moi et, à une centaine de mètres, un lac. Il était gelé, bleu et blanc avec des canards, des poules d’eau et des biches qui marchaient sur l’eau. Je parlais tout seul. Il faisait froid, « Es ist kalt » en allemand. Ça a donné mon nom d’aujourd’hui.

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Ensuite, tu reviens en France.

Je m’installe à Lyon et je décide d’apprendre d’autres instruments. J’avais appris à chanter, écrire et travailler le son, mais j’ai ressenti le besoin de devenir plus musicien. Comme je n’avais jamais fait d’étude musicale, j’étais encore trop dépendant des gens autour de moi.

C’est ainsi que tu rejoins le dispositif d’accompagnement Le Labo (Le Labo s'adresse aux jeunes artistes créateurs (groupe ou solo) en musiques actuelles amplifiées (Rock, Chanson, Pop, Garage rock, indie, Folk, etc.))

Cela m’a permis de sortir de la chanson traditionnelle. J’ai travaillé d’autres instruments, comme la batterie, le clavier et la musique par ordinateur. Grace au Labo, j’ai pas mal tourné aussi.

Au même moment sort aux Etats-Unis ton titre « Je ne dors plus » sous le label New Yorkais Estime Records.

C’était un morceau qu’on avait fait avec mon trio. Ce label voulait faire une compilation de chanson mondiale et moderne par des amateurs. On pouvait écouter cette compilation sur Deezer.

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(Photo : Sébastien Ruat)

En 2016, tu rencontres ton complice Bidge, musicien, producteur et responsable des Studios La Mante à Paris.

Après un concert, il m’a proposé que l’on travaille ensemble parce qu’il trouvait mon projet intéressant. Grace à lui, je ne pars plus dans tous les sens et mes chansons se sont affinées. Le son et ma voix sont devenus plus précis. Il a apporté de la simplicité et de la maturité à ce projet.

Pour ce premier EP, tu as fait appel à des paroliers.

Thierry Surgeon a écrit « Quelqu’un qui m’entend », « A la fin » et « Entre nous c’est mort ». Quant à Jeff Demara, il est l'auteur de « Le soleil mort ». Moi, j’ai écrit « Scaphandre ». Ouvrir la création à d’autres personnes m’a ouvert le champ des possibles. Ses chansons m’ont permis de passer un cap que je n’arrivais pas à atteindre.

Clip de "Quelqu'un qui m'entend"... près de 50 000 vues!

Tu parles beaucoup d’amour dans tes chansons.

Oui, à part le cri/l’appel, que je lance dans « Quelqu’un qui m’entend ». J’ai voulu raconter ma solitude d’artiste. Cette chanson m’a boosté et m’a permis de sortir de ma tanière. Elle prouve que je suis mûr et prêt. J’évoque « un passage » dans la chanson et l’EP s’intitule A la fin. C’est un cycle qui se termine pour laisser la place à un nouveau.

« Entre nous c’est mort » raconte la fin d’une histoire d’amour.

Il s’agit surtout de la culpabilité de mettre fin à une relation.

Et « Le soleil meurt » ?

Ça parle de l’insomnie, de la fin du désir, de s’adonner à l’alcool. La fuite d’un amour par la cuite… C’est une période de la vie où tu cesses d’être lumineux… ou même tu t’autodétruis. Derrière la solitude de l’homme, malgré tout, il y a cette femme qui l’aide à se maintenir. En règle générale, dans mes chansons, j’aime bien illuminer la noirceur.

« Scaphandre » est la chanson qui te correspond le plus ?

Certainement, parce que je suis l’auteur du texte. « Je me sens bien dans mon scaphandre », c’est aussi la volonté de dire « je suis seul, mais je me sens bien dans ma peau ». Ce n’est pas parce que je raconte des histoires « dark » que je vais mal.

Je suis fan de ta voix, tu le sais. Tu m’as dit que tu as eu du mal à la trouver…

Ça peut paraître ridicule mais j’ai vécu ça comme un voyage chamanique, comme la découverte d’un super pouvoir. Quand j’étais à la Manufacture Chanson, je passais tous les soirs en studio à bidouiller et à chanter jusqu’à pas d’heure. Je pouvais passer par des états de transe. Un jour, je suis ressorti avec cette voix-là.

Que souhaites-tu à présent ?

Vivre décemment ma vie de chanteur.

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Après l'interview, mars 2019, au Pachyderme (Paris).

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17 avril 2019

Les Louanges : interview pour La nuit est une panthère

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(Photo : Jean-François Sauvé)

les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreLes Louanges est le buzz musical québécois de l’année (avec Hubert Lenoir). Seulement quelques mois après sa sortie, son premier album La nuit est une panthère s’est taillé une place sur plusieurs palmarès/prix importants dans son pays. Il est clair qu'aucun artiste n’avait produit ce genre de musique avec autant de finesse et de singularité au Québec.

"La nuit est une panthère est l’album que Les Louanges voulait faire depuis longtemps. Tantôt terre-à-terre, tantôt surréalistes et poétiques, les 14 morceaux témoignent de l’étendue de son talent. Il chante en français et fait partie de la nouvelle génération d’artistes du Québec qui n’hésite pas à déconstruire les genres. Il fait voyager le public à travers ses sonorités éclectiques, tout en gardant des références bien locales à travers ses paroles."

Récemment, il s’est envolé pour la France, pour une série de six spectacles, dont une participation aux INOUïS du Printemps de Bourges demain. Il sera de retour au Québec en mai pour poursuivre la tournée et mettre la touche finale sur son plus gros spectacle en carrière : un concert en tête d’affiche au Club Soda le 18 juin, dans le cadre des Francos de Montréal.

J’ai rencontré Les Louanges hier (le 16 avril 2019) dans un hôtel de la capitale juste avant qu’il ne parte à Bourges.

Son disque est à découvrir ici.

Biographie officielle (Photo de droite : Jean-François Sauvé):les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthère

Les Louanges, c’est Vincent Roberge pis c’est tout. Multi instrumentiste qui joue un peu de tout en studio et qui s’entoure d’autres musiciens sur scène, Les Louanges a balancé un premier EP, Le Mercure, sur son Bandcamp en 2016 avant de le sortir de façon plus officielle l’année d’après avec une cinquième chanson, « Encéphaline ». Il a d’ailleurs été récompensé du Prix de la chanson SOCAN pour celle-ci.

Finaliste aux Francouvertes (2017) et au Festival International de la Chanson de Granby (2015), l’artiste originaire de Lévis, maintenant établi à Montréal, entame un virage vers des sonorités s’apparentant davantage à un chillwave teinté de R&B et de hip-hop sur son premier album La nuit est une panthère sorti en septembre 2018.

Présentées à cinq reprises aux Transmusicales de Rennes en 2018, les pièces de l’album oscillent entre pop et jazz (la pièce « Jupiter »), avec un penchant assumé pour le R&B (« Westcott »), le hip-hop (« Tercel ») et le chillwave. Inspiré par les grands de la musique contemporaine tout comme la nouvelle génération d’artistes aux idées avant-gardistes, le jeune auteur-producteur cite Frank Ocean, Hiatus Kaiyote, BadBadNotGood et Robert Glasper dans ses influences principales.

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les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreInterview :

Tu as 23 ans. Quand as-tu commencé la musique ?

Dès l’âge de 9 ans, j’ai pris des cours de différents instruments. En secondaire, j’ai fait partie de quelques groupes. J’ai aussi beaucoup joué dans la rue. Ce qui sûr, c’est que j’ai toujours su que j’allais gagner ma vie en faisant ce métier.

Tu as fait des études de jazz, je crois.

Oui, quand j’étais entre le lycée et la Fac.

Tes parents t’ont encouragé ?

Ils ont été très cools avec moi. Mes parents sont graphistes avec une vraie fibre artistique. Ils ont leur propre entreprise et aiment faire leur travail en toute indépendance. Ils me laissent donc faire ce que je veux. J’avais la bonne famille pour pouvoir foncer en toute confiance.

Ta sœur aussi fait de la musique.

Oui, c’est surprenant que les deux enfants fassent de la musique, car mes parents ne sont pas du tout musiciens.

Clip de "Pitou".

J’ai écouté et lu les paroles de tes chansons. Il y a un mélange de français, d’expressions québécoises les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreet un peu d’anglais, du coup, ça donne un style littéraire unique.

Notre façon de nous exprimer peut faire peur, mais ça reste essentiellement la même langue, on a juste enlevé quelques lettres et on utilise les mots anglais dans une espèce de syntaxe francophone. On ne capte pas toujours tout bien, mais après plusieurs écoutes, je t’assure qu’on finit par tout saisir (rires). J’ai une amie qui étudie la littérature à la Sorbonne et on a beaucoup de discussion sur ce que la langue québécoise pourrait apporter à la langue française. Nous, quelque part, on écrit et on parle du français américain. Ça fonctionne super bien avec la musique que je fais en tout cas. Il y a beaucoup de contractions, ça rebondit bien, ça se place bien, ça va droit au but dans une chanson.

Il y a des chansons « poétiques » et des chansons plus « premiers degrés ».

Il y a 50% de chaque. J’aime bien partir dans des textes qui n’ont pas nécessairement de sens, parce qu’ils n’en ont pas besoin, mais j’aime aussi raconter ma vie plus concrètement.

Clip de "Tercel".

les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreTu écris facilement ?

Non. J’ai un procédé affreusement lent. C’est stressant pour mes deadlines. Je me considère plus comme un musicien que comme un auteur. J’ai amorcé quelques études en littérature, mais j’ai surtout passé ma vie à jouer de la musique. Ecrire sur une musique, je vois ça comme un long puzzle qui prend forme tranquillement dans ma tête. A un moment donné, la chanson apparait. Mais parfois, il faut que je sois patient.

Tu es aussi exigeant avec toi-même musicalement que textuellement ?

Oui, c’est ça. La musique me vient facilement, mais les textes non. Comme je fais de la musique comme je ne l’entends pas ailleurs en ce moment, j’essaie de trouver le moyen de tordre la langue sans trop la tordre, la rendre actuelle dans le style de musique que j’aime et que je joue.

Clip de "DMs".

Parfois, tu ne te dis pas que tu vas trop loin dans l’originalité ? les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthère

Non, je me trouve encore trop facile. Je veux aller beaucoup plus loin. J’ai envie d’oser de plus en plus. Mon but est que ma musique soit accessible d’écoute, mais qu’elle soit très riche… que l’on puisse la décortiquer et que l’on trouve 1000 choses à l’intérieur.

Comment définis-tu ta musique ?

J’estime avoir fait un album à mi-chemin entre une musique alternative et du hip hop. Je voulais plaire à ceux qui aimaient la musique de l’artiste québécois Philippe Brach et ceux qui aimaient Alaclaire Ensemble. Le premier album que j’ai acheté dans ma vie, c’est Demon Days de Gorillaz. Damon Albarn a toujours invité des musiciens de styles différents, ce qui a produit des albums difficile à catégoriser… « Plastic beach », tiré de l’album du même nom, ça commence avec un orchestre indien puis Snoop Dogg rappe dessus. Dans la francophonie, on n’ose pas faire des trucs délirants comme ça, moi, je tente.

Clip de "La nuit est une panthère"

les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreTu ne fais aucune concession musicale histoire d’avoir un public très large. C’est rare.

Je n’ai jamais fait de choix artistique par rapport à ce que pourraient penser les gens qui m’écoutent. Je ne veux pas faire de la musique pour être populaire, j’ai toujours fait de la musique que je voulais entendre. Au Québec, il me semble que nous avons moins le poids de la tradition. Notre histoire est assez récente alors, on peut se permettre de tout inventer.

Au Québec, tu fais la collection des prix musicaux. C’est quasiment du jamais vu !

Oui, ça va bien, merci (rires). Cette dernière année, j’avoue, j’ai été gâté. Il y a quelques jours, j’ai reçu le prix Rapsat-Lelièvre (un prix attribué pour souligner l’excellence d’un album de chansons. Il est remis chaque année, en alternance, à un artiste québécois à l’occasion des Francofolies de Spa, et à un artiste de Wallonie-Bruxelles, au Coup de cœur francophone de Montréal.)

Clip de "Westcott".

Est-ce que tous ces prix te permettent de te considérer comme légitime de faire ce métier ?les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthère

Ça fait du bien d’avoir ce genre d’approbation. Les prix qui m’ont le plus touché, ce sont ceux qui m’ont été donnés par mes pairs. Quand des artistes que j’aime beaucoup me témoignent leur vif intérêt pour mon travail, ça me fait très plaisir.

Tu te sens proche de qui chez les artistes québécois ?

Il y a une cuvée d’artistes née en 1993, 1994, 1995, dont la musique fonctionne bien en ce moment. Je suis très pote avec Hubert Lenoir, par exemple. Il était là comme spectateur hier à mon show à la Boule Noire. Je suis content de faire partie de cette vague-là. Il me semble être dans le bon créneau, à la bonne vitesse.

Clip de "Drums" (feat. Maky Lavender).

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Après l'interview, le 16 avril 2019.

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14 avril 2019

Florent Vollant : interview pour Mishta Meshkenu

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(Photos : Jean-Charles Labarre)

florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandorAuteur-compositeur-interprète (reconnu du public et des médias aussi bien que des communautés autochtones et non-autochtones) et lauréat du prix du jury européen SODEC/Bourse Rideau en février 2018, Florent Vollant est venu présenter le 18 mars dernier aux Trois Baudets son 6e album Mishta Meshkenu (paru au Canada le 28 septembre 2018), salué par la critique et très apprécié du public.

Un folk délicat chanté en innu, des harmonies étincelantes et des mélodies fines, Mishta Meshkenu (que vous pouvez découvrir ici) c’est aussi une incursion au cœur des ambiances de la culture des Premières Nations avec un son folk, country et même tex-mex. Ses textes visent notamment à partager le vécu des communautés ainsi que la volonté de sauvegarde culturelle historique et linguistique. Complètement inconnu en France, j’ai profité de son passage éclair parisien pour rencontrer Florent Vollant, artiste mythique dans son pays.

Biographie officielle : florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandor

Auteur, compositeur et interprète d’origine innue, né au Labrador,Florent Vollant, grandit sur la réserve Maliotenam, à l’est de Sept-Îles. Il amorce sa carrière musicale dans le milieu des années quatre-vingt et contribue alors à la création du Festival Innu Nikamu qui, depuis 1984, réunit annuellement de nombreux musiciens et chanteurs des diverses nations amérindiennes. Avec un autre jeune Innu, Claude McKenzie, il forme le duo Kashtin, premier groupe autochtone du Québec à être reconnu à l’échelle internationale au milieu des années 90.

Véritable icône innue, représentant réputé de la culture innue et des communautés des Premières Nations, son parcours exceptionnel lui valent de nombreuses distinctions prestigieuses, tant pour son engagement auprès des jeunes artistes autochtones, et la défense/préservation de la culture innue, que pour sa production discographique.

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(Photo : Jean-Charles Labarre)

florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandorInterview :

La langue innue reste difficilement en vie. Pourquoi ?

Parce qu’il y a de plus en plus de jeunes de chez nous qui délaissent cette langue et cette culture. C’est une culture de territoire, de montagnes, d’immensité, de grands lacs, de rivières, d’animaux… Les jeunes quittent de plus en plus notre territoire. Moi, je veux tenir vivante cette culture le plus possible.

Votre disque m’a fait partir dans ces fameux territoires que je ne connais pourtant pas sans être pour autant trop dépaysé. C’est une curieuse sensation.

Parce que je fais du country, du folk un peu bluesy… ma musique est tout à fait accessible à tout le monde.

Mais moins la langue. florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandor

Si, parce que je crois à la langue du cœur. Avec ce que je transmets, je suis convaincu qu’on peut comprendre mes propos. Je suis sur la route pour chanter depuis l’âge de 18 ans et souvent pour me produire devant des personnes qui ne parlent pas innu. J’ai développé une capacité de transmission et de « raconter ». Sur scène je raconte ce que je chante.

Et vous chantez quoi principalement ?

Le territoire, mes parents, la résilience, la communauté Innue… et le tout avec beaucoup de compassion et de fraternité.

Clip de "Mes blues passent pu dans porte", l'une des deux chansons interprétées en français.

Il y a beaucoup de spiritualité aussi.

Nous n’avons pas une religion, mais plusieurs croyances basées sur l’entraide et le partage.

J’ai entendu dire que la religion catholique s’était imposée chez vous.

Oui, mais nous avons des rituels traditionnels qui n’ont rien à voir. On a l’esprit des animaux avec nous.

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(Photo : Jean-Charles Labarre)

florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandorPour vous, la nature et l’écologie sont des sujets essentiels.

Nos grands-parents ont vécu de chasse et de pêche. Il n’y avait pas autre chose à manger que le caribou, le saumon, le lièvre, la perdrix… Enfant, j’ai grandi avec cette nourriture-là. Les choses ont changé aujourd’hui parce que des gens sont venus nous imposer leur religion, leur langue, leur mode de vie, leur culture. On a perdu beaucoup au contact des premiers arrivants. Notre territoire est occupé par de grosses compagnies minières, il y aussi des gros barrages hydro-électriques, donc notre culture est confronté à ces gros projets. Nous sommes en lutte constante pour la survie et pour défendre notre territoire très sollicité.

Vous, Florent, vous faites partie de l’imagerie du Québec.

C’est vrai. J’ai reçu beaucoup de prix et de reconnaissances officielles. Je crois qu’avec Claude McKenzie et notre duo Kashtin on a fait des choses biens. Nous avons chanté notre coin de pays dans notre langue à travers la planète, pour faire connaitre notre attachement à la culture Innu. À la fin des années 1980, notre chanson "E Uassiuian" (« Mon enfance ») a fait le tour du monde. Depuis quelques années, nous faisons carrière chacun de notre côté.

Clip de Kashtin, "E Uassiuian".

florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandorVous avez reçu récemment la médaille d’or du Lieutenant-gouverneur du Québec. C’est une très haute distinction.

Au cours de mon parcours, on a reconnu mon travail. Je n’ai évidemment rien demandé.

Dites-moi les principaux prix qui vous ont touché.

J’ai peur que cela fasse prétentieux de dérouler tout ça… En 1994 déjà, j’ai été nommé « Artiste pour la paix » pour ma défense de la nature et des rivières québécoises. Mais plus récemment, en mai 2017, j’ai reçu le titre de Compagnon des arts et des lettres du Québec, importante distinction accordée par le CALQ. J’ai été récompensé des prix du « Meilleur Artiste » et du « Meilleur Album » pour Puamuna au Gala Teweikan, l’automne suivant. L’année dernière, j’ai été lauréat du Prix du jury européen SODEC-Bourse Rideau et, en juin dernier, j’ai reçu la prestigieuse Médaille dont vous venez de me parler.

Lancement de l'album Retrouvailles de Gilles Vigneault. 15 avril 2010 à l'Auberge Saint-Gabriel.

Alors qu’au Québec, tout le monde vous connait, en France, ce n’est pas le cas. Ça vous fait bizarre deflorent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandor devoir vous présenter et repartir à zéro ?

Personne ne me connait ici et c’est très bien comme ça. Je fais de la musique et je veux rester l’esprit libre. Je viens ici parce que j’aime faire de la musique. Je viens ici parce qu’on me propose une salle. Je viens ici parce que c’est le début d’une tournée française, puis francophone. Je propose un voyage, une histoire et c’est tout ce qui m’importe. J’ai juste besoin de rencontrer un nouveau public. La notoriété n’a que peu d’importance.

Vous ne dites jamais le mot carrière. Pourquoi ?

Je n’ai pas ça dans mon esprit. Je suis un nomade qui a la chance de faire de la musique et que la musique amène un peu partout. Je suis la musique. La musique chez nous est une médecine. La musique traditionnelle soigne. Alors, maintenant, je gagne ma vie à faire chanter, à faire danser, à faire rêver les gens… je suis heureux de cela. C’est mon privilège.

EPK de l'album Mishta Meshkenu. A voir absolument, car très complémentaire de ma mandorisation. J'ai ôté de mon interview personnelle les nombreux propos  communs qu'il tient sur cette vidéo pour qu'il n'y ait pas de redondance. 

florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandorEst-ce que dans votre musique il y a quelque chose de l’ordre du chamanisme ?

(Long silence.) Chez nous, la musique, c’est une prière. Les ainés m’ont fait comprendre que quand tu chantes et que tu fais danser les gens, tu as un pouvoir. Tu es un rassembleur. Chez nous, les rassembleurs sont respectés. Il y a un esprit qui m’anime, c’est ça que je veux transmettre.

Pourquoi faites-vous ce métier, au fond ?

Ce n’est pas ce que j’aurais voulu faire. Sans aucune prétention, la musique m’a choisi. C’est devenu ma vie. Ce n’est pas tant que je sois si talentueux, c’est que j’aime ça plus que les autres. Ça fait presque 50 ans que je suis sur la route et je veux à chaque fois faire du bien aux gens qui viennent me voir.

Comment trouvez-vous le monde d’aujourd’hui ?

C’est le chaos. Mais dans mes chansons, je veux parler d’espoir. S’il n’y a plus d’espoir, il n’y a plus de musique. Je place beaucoup d’espoir dans les prochaines générations. J’ai beaucoup d’espoir quand je les vois marcher pour la planète. J’ai beaucoup d’espoir quand les jeunes s’ouvrent et ils s’ouvrent de plus en plus. Ce sont eux que je veux nourrir d’espoir et que je veux inspirer.

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Le 18 mars 2019, aux Trois Baudets, après l'interview. 

13 avril 2019

Serge Utgé-Royo : interview pour La longue mémoire...

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(Photo : Roger Pichot)

serge.jpgAuteur, compositeur, interprète, comédien, traducteur… Serge Utgé-Royo a aujourd’hui à son actif 17 disques, plus de 200 chansons, des milliers de scènes (France, francophonie, Europe…), plus de 500 000 téléchargements, 2 DVD, 6 livres (romans, contes ou recueils), des rôles et des chansons pour le cinéma et le théâtre.

Dans son nouvel album, La longue mémoire… Serge Utgé-Royo a écrit tous les textes, excepté l’un d’entre eux écrit par le poète libertaire et pacifiste Eugène Bizeau. Les musiques sont signées Utgé-Royo et Léo Nissim, pianiste et orchestrateur. Ils se sont entourés de Jean My Truong (batterie), Jack Ada (guitares), Pascal Sarton (basse, contrebasse), Deborah Nissim (claviers), Gérard Carocci (percussions), Francis Danloy (accordéon).

Serge Utgé-Royo est l’un des derniers artistes à perpétuer une chanson anar, engagée et poétique. Je l’ai retrouvé, accompagné de sa productrice Cristine Hudin et de son attaché de presse, Eric Durand, le 5 mars dernier dans un bar de la capitale.

Avant-propos du disque par Serge Utgé-Royo :couv-la-longue-memoire.jpg

Un dix-septième disque de chansons : est-ce bien raisonnable ?… Quand les musiques volent par les airs, « dématérialisées » et « gratuites », quand les chants disparaissent sous les niaiseries radiophoniques et les tubes à danser… Faut-il encore enregistrer et éditer des chansons sur des CD en plastique, avec des livrets que peu d’amateurs liront ?
Pour faire fi de ces questions, je suis entré en studio avec mes compagnons et compagnes et j’ai eu le bonheur d’y faire ce que je voulais. La mémoire a guidé, encore une fois, mes paroles ; Léo Nissim a composé un grand nombre de mélodies, en ami très proche et très sensible aux images des mots…
Et, pour faire un pied de nez aux marchands, j’ai décidé de faire un gros livre-disque, avec beaucoup de mots – qui rebuteront sans doute quelques paresseux – et des photos, et des reproductions d’œuvres peintes, et des dessins d’autres compagnons de route.
Les amis musiciens de haute volée sont venus jouer avec moi, rire et sourire, enrichir les accords et les notes. Et ça donne La longue mémoire... nostalgique, impertinente, émue, riante et humaine, simplement.

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(Photo : L'Echo)

53735572_774534942932583_4030833941236678656_n.jpgInterview :

Contrairement à vos précédents albums, vous avez ajouté le nom de Léo Nissim sur la pochette. Pourquoi ?

Pour lui rendre justice. Il ne fait pas que m’accompagner, il réalise aussi les arrangements. Il met sa patte à ce que j’écris et ce n’est pas rien. Sur le précédent disque déjà, sur la pochette, je l’avais indiqué en tant que directeur musical. Je trouve cela juste.

Quelle grande carrière vous avez !

Grande n’est pas le terme que j’aurais utilisé spontanément. J’aurais plutôt dit « longue ». Je suis heureux d’avoir pu m’exprimer. J’ai eu une chance extraordinaire et je le sais.

Et ce n’est pas fini. Vous êtes un chanteur anarchiste. Vous acceptez que l’on vous présente ainsi ?

Si je ne revendique pas cette appellation, je l’accepte parce que c’est la réalité des faits en ce qui concerne la philosophie politique qui me gêne le moins. Je ne me considère pas comme un chanteur anarchiste, mais comme un chanteur.

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Mais vous êtes un chanteur qui refuse de chanter des chansons sans consistance sociétale ou politique. 53274761_774535076265903_8640223728413704192_n.jpg

Disons qu’il y a des endroits où mes chansons ne peuvent pas passer. Elles sont trop politiques dans certains lieux. Un jour, un programmateur d’une salle de Neuilly est venu me voir. En sortant, il a dit à Cristine qu’il avait aimé le spectacle, mais que s’il me programmait, il sautait.

Il n’y a pas que de la chanson politique dans vos chansons, mais pourquoi avez-vous choisi d’en faire votre marque de fabrique ?

J’étais beaucoup plus pamphlétaire quand j’ai débuté. Là, je continue, mais je me suis calmé. Les chansons étaient mon arme politique. On peut tuer avec les mots, certes pas aussi vite et aussi facilement qu’une sulfateuse… Je suis sensible à ce que les gens me disent, à ce que certains artistes expriment. Ca me touche et parfois j’y repense après. J’espère que je provoque cela moi aussi.

Vous vouliez changer le monde ?

Oui, d’ailleurs, je le souhaite encore.

Vous considérez-vous comme un poète ?

Le dire serait prétentieux. Pour moi les mots sont importants parce que j’aime beaucoup la langue française. Malheureusement, aujourd’hui, elle perd de son importance au profit de l’image. L’image me touche aussi, mais c’est très réducteur.

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5 (2).jpgJ’ai lu dans une dépêche AFP vous concernant : « A la marge du show-biz, Utgé-Royo apporte la preuve qu’un artiste de variété peut exister sans se conformer aux exigences du système… » Artiste de variété, ce n’est pas ce que j’aurais dit de vous.

C’est un terme qui a vieilli, mais à une époque il voulait dire des choses. Ce n’était pas forcément péjoratif.

Non, mais la chanson dite à texte et politisée, je ne la classe pas dans cette catégorie-là.

J’aime beaucoup la variété, mais en effet je n’ai pas l’impression de faire la même chose. Je suis fidèle à ce que j’ai aimé comme expression politique et sociale à une époque. Rien ne m’a fait dévier de cette séduction. J’ai été séduit par des idées de liberté dans toute son essence. La recherche de la liberté dans la société, mais aussi la recherche de la liberté d’expression. Je suis toujours bien à l’aise dans ce que je défends. Je dois être un vieux con (rires).

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A l'Européen à Paris (photo : Eugenio Prieto Gabriel)

Votre public est très fidèle en tout cas.7 (2).jpg

Avec ce que je chante aujourd’hui, je suis épaté qu’il y ait encore des gens qui fassent la queue pour venir écouter mes chansons.

Peut-être qu’on a besoin d’intelligence, tout au moins de propos sur lesquels on peut réfléchir ?

Il y a des gens qui ont besoin de ça… comme moi j’en ai besoin. Mais je suis obligé de constater que dans mon public, il y a beaucoup de cheveux gris et de cheveux blancs. Je veux dire par là qu’il n’y a pas beaucoup de jeunes. Il y en a un peu, mais j’aurais aimé en voir plus.

Vous, vous écoutiez vos ainés contestataires comme Léo Ferré?

Bien sûr, mais pas uniquement. J’ai eu la chance de naître à une époque où la variété était de haute tenue. Aznavour était un grand écrivain de chansons. J’écoutais aussi Brassens, La Callas, Luis Mariano. J’ai toujours eu des goûts éclectiques.

Vous avez raison, heureusement qu’il n’y a pas que de la chanson à texte intelligente.

Oui, heureusement. Je suis un citoyen lambda qui écoute de tout.

Audio de "Les petits étrangers".

Revenons à votre nouvel album. Dans « Les petits étrangers », vous évoquez un sujet qui vous touche, les exilés.

Je suis enfant d’exilé, alors je me sens très proche humainement de ces gens. Je n’épouse pas toutes les raisons pour lesquels ils sont partis de chez eux, mais je comprends la douleur de l’arrachement. C’est un sujet que j’ai traité dans trois chansons de ce disque, c’est dire si cela me touche.

Dans « Ils n’ont pas d’avenir » vous évoquez l’après tuerie de Charlie, des terrasses de café parisiennes, du Bataclan…

Il y a des gens assassinés à Charlie Hebdo qui étaient des gens qui nous avaient accompagnés dans notre jeunesse. Parmi eux, quelqu’un que je connaissais personnellement, Tignous. Cela m’a ratatiné le moral. Après, j’ai été achevé, comme tout le monde, avec le Bataclan et les gens qui s’amusaient en terrasse du 12e arrondissement. J’ai écrit cette chanson en réaction au choc émotionnel ressenti.

Audio de "Ils n'ont pas d'avenir".

Dans « Ce mur n’est pas à vous », vous avez collé deux textes d’Eugène Bizeau. Cette chanson a une histoire.

Eugène Bizeau, mort à 106 ans, était un poète libertaire qui écrivait tous les jours. Tous ses textes, et ils étaient nombreux, ont été publiés en livre, en fascicule, dans des revues de poésie ou des journaux anarchistes comme Le Libertaire. Dans les années 20, Bizeau n’a pas du tout apprécié que le parti communiste, qui devenait important, s’accapare le mur des Fédérés dans le cimetière du Père-Lachaise pour ses cérémonies d’hommage aux Communards. Un jour de mai 1928, un article de L’Humanité a titré « Le mur est à nous ». Ulcéré par cette mainmise, excluant d’autres amis de la Commune, Bizeau a répliqué par deux textes, « Les accapareurs » et « Au mur des fédérés »… que j’ai donc repris.

Audio de "Ce mur n'est pas à vous".

Je ne peux pas ne pas vous poser la question parce que ce sont des personnes dont vous parlez dans vos chansons depuis longtemps. Que pensez-vous du mouvement des gilets jaunes ?

Il y a trois ans, je voyais des atteintes aux droits sociaux scandaleuses envers des gens qui en avaient besoin et je me demandais pourquoi ils ne se réveillaient pas. D’un seul coup, en novembre, arrive cette explosion de personnes qui, pour beaucoup, n’avaient jamais manifesté, jamais levé le poing, jamais gueulé. Enfin, il se passe quelque chose qui n’a jamais existé avant. Grand respect et chapeau bas pour ces gens qui se sont levés malgré ce que ça leur coûte en temps et en argent. Bien sûr, il y a des débordements et du cassage, mais il faut faire le distinguo entre les casseurs et les vrais gilets jaunes.

Vous chantez pour qui ?

Tiens ! Je crois qu’on ne m’a jamais posé cette question. Je chante pour moi.

C’est un peu égoïste, non ?

Oui. Je chante pour moi, pour être en accord avec ce que je pense et pour pouvoir dire, comme je le fais avec vous, ce que je pense en toute liberté. Sur scène, je balance mes mots et c’est le public qui écoute. Je les vois sourire et parfois, à la fin du spectacle, ils me disent « ce que tu as dit là, c’est ce que je pense ». Les retours me touchent profondément. Vraiment, c’est un acte égoïste.

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S’il n’y avait pas cet échange, vous n’écririez peut-être pas avec une telle passion.

Je ne me suis jamais posé cette question, mais c’est probable.

Etes-vous content de votre condition d’artiste en 2019?

Je suis satisfait et épaté d’être encore là et que des gens viennent me voir. C’est parfois un vrai effort à faire, alors je suis très honoré.

Parlons du magnifique livret. C’est une œuvre artistique.

Je suis ravi que vous l’ayez remarqué parce que c’est ce que je voulais. L’âge avançant, je me disais que c’était peut-être mon dernier disque de chansons originales. J’ai donc souhaité accueillir dans ce livret des tas d’amis artistes, peintres, dessinateurs, photographes. Je suis heureux qu’ils soient là.

On dit de vous que vous êtes le dernier des mohicans des chanteurs politiques.

Je suis un diplodocus en voie d’extinction (rires). Il n’y a plus de chanteurs comme moi parce que c’est difficile et pas vendeur du tout. Je préfèrerais que nous soyons plus nombreux à tenter de faire bouger les consciences.

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Après l'interview, le 5 mars 2019 au bar Le Pachyderme (Paris).

11 avril 2019

Leïla Ssina : interview pour l'EP Psychopute

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leïla ssina,psychopute,intervview,mandorAvec sa musique pop-groove acide mais nécessaire, Leïla Ssina fait partie des rares artistes qui font groover la langue française. Elle joue franc jeu, avec une énergie brute et magnétique. J’aime tant sa musique, son propos, sa voix et son originalité que je l’ai mandorisé un an avant la sortie son premier EP éponyme paru en 2014, puis une seconde fois pour son album Sympa paru en 2016.

Elle revient avec un EP digital, Psychopute. C’est dans un bar de la capitale, le 5 mars dernier que nous avons devisé sur ses nouvelles chansons.

Biographie officielle :

Auteure, mélodiste et interprète, Leïla Ssina a suivi un cursus de deux ans aux ACP-Manufacture Chanson où lui seront dispensés des cours de technique vocale, d’interprétation, d’écriture et de théâtre.

Au-delà de la formation professionnelle, les rencontres restent l’élément essentiel car des artistes venus d’horizons musicaux divers, l’aideront à enrichir son univers.

LA rencontre déterminante est celle avec Edouard Coquard, musicien multi-instrumentiste et arrangeur de grand talent, avec qui elle collabore depuis, sur scène comme en studio. Ses textes, faits d’ironie et d’optimisme mêlés, montrent la seule posture possible face à la violence de ce siècle : rester soi-même. Elle est aussi intéressante à lire qu’à écouter. D’une voix douce et sensible ou musclée si besoin, sur des mélodies et des arrangements exigeants, Leïla Ssina taille au couteau notre société, sans compromis ni langue de bois.

Entourée de ses trois musiciens complices (Edouard Coquard à la batterie, Jalil Kherbachy à la basse et Nicolas Mary aux claviers), ils posent ensemble le cadre mouvant de ce monde accidenté.

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Lauréate de plusieurs concours : le jury du Pic d’Or lui a décerné en 2013 le prix d’interprétation et le prixleïla ssina,psychopute,intervview,mandor ACP-Manufacture Chanson. Quant à celui du Grand Zebrock, il lui a décerné le Prix spécial du jury ainsi que le prix France Bleu 107.1 ce qui l’a propulsé sur la scène « Zebrock » pour l’édition 2014 de la fête de l’Humanité.

La même année, les titres « A payer » et « L’hiver en été » extraits de son premier EP ont été respectivement classés « coup de cœur Francophone » de la radio nationale Suisse Canal 3.

Elle fait également partie des lauréats du tremplin Jeunes talents Ile de France, ce qui lui a permis de se produire sur l’édition 2015 du festival Solidays. En 2016 Les titres « Sympa », « Touché-coulé », « Espaces », « Ton regard me salit » et « Six feet under » extraits de son album Sympa paru la même année entrent respectivement en playlist sur FIP radio.

Avec le même engagement, ses textes chiadés et les arrangements classes et funky d’ Edouard Coquard, le 06 février 2019 elle sort son troisième opus, un EP 5 titres : Psychopute, en format numérique.

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leïla ssina,psychopute,intervview,mandorInterview :

Ton EP s’appelle Psychopute. Directement, tu veux nous secouer un peu?

Je veux être aux antipodes de la fille sympa. J’ai la volonté de faire quelque chose de different et de ne pas rester dans la norme. Je ne suis pas quelqu’un de lisse, alors je ne veux pas montrer l’image de quelqu’un d’autre. Je ne sais pas me mettre dans la peau de quelqu’un d’autre que moi-même. Comme je le dis dans une chanson, “je ne m’en sors déjà pas quand je suis moi-même, je ne vais pas m’amuser à être quelqu’un d’autre”.

Il y a plein de Leïla Sinna dans ta tête?

Oui, mais c’est moi le chef.

“Psychopute”, c’est aussi le titre d’une chanson.leïla ssina,psychopute,intervview,mandor

Un psychopate c’est quelqu’un qui est dénué d’émotion et de sensibilité. Un jour, on se demandait quel était l’équivalent pour nommer quelqu’un d’hyper sensible et chargé d’émotion. Ce mot m’est venue.

C’est toi?

Clairement. Ca parle de mon côté névrosé, rebelle, tiraillé, un peu perdu, mais pas trop. Je suis hyper sensible et ce qui est impressionnant, c’est que je le suis de plus en plus.

Ton disque est d’ailleurs axé sur les névroses.

Je suis assez névrosée. Mais, je m’en moque, ça me permet de faire de mes névroses des chansons. Mon premier EP était plus societal, le deuxième évoquait les relations humaines et les rapport interpersonnels… et là, tu as raison, il parle de mes névroses.

La chanson “Qui t’es?” parle de toi?

Je parle de mes contemporains et de moi même. Nous sommes dans une époque où on a beaucoup de mal à savoir qui on est. Dans une époque à la fois de l’hyper conformisme et de l’exhibition, du coup, on perd l’essence de nous mêmes. On ne sait plus qui nous sommes vraiment. Ma plus grosse quête, c’est de savoir et comprendre qui je suis. Dans mes chansons, j’essaie de me montrer de la manière la plus authentique possible.

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Ecrire, c’est une nécessité?

A partir du moment où j’ai besoin d’écrire, c’est que je dois vomir des choses qui sont en moi.

Dans “Amour”, les histoires d’amour ne finissent pas toujours bien.

Je parle des amours complexes. C’est loin d’être une promenade de santé, mais l’amour est un sentiment qui nous apprend beaucoup sur nous et sur notre capacité à aimer.

Dans “Tous”, tu dis que l’on va tous mourir.

Oui, alors ça sert à quoi de se pourrir la vie et de se prendre au sérieux? A l’issue, quelqu’un appuira sur le bouton off.

As-tu peur de la mort?

Absolument pas. C’est pour ça, peut-être que j’en parle beaucoup. Tu sais, je suis entourée de beaucoup de fantomes. Aujourd’hui, j’ai fait la paix avec la mort.

La chanson “Narcisse” en dit beaucoup sur la perversion de l’homme.

Je parle de ce que peut faire un individu à un autre individu. Moi, qui aime valoriser les gens, j’ai été victime d’un pervers narcissique. J’ai remarqué que les femmes qui n’ont pas eu un complexe d’Oedipe en bonne et due forme se retrouve souvent dans ce type de relation. C’est lié à ce que tu penses mériter dans la vie. Parfois, tu penses que tu ne mérites pas mieux que ça parce que ton papa n’a pas fait le travail.

Musicalement, ce que tu fais est toujours aussi groovy et funky.

Oui, et en France, le genre musical que je joue ne rentre pas trop dans la ligne editoriale des journalistes musicaux… sauf si ça vient d’outre-atlantique. C’est une des raisons pour laquelle le paysage musical français est si peu diversifié.

Tu regrettes ton manque de notoriété?

Je ne cherche pas à être très connue. Je connais des gens qui le sont et aucun ne m’a donné envie de le devenir. J’ai un problème avec le fait que l’on m’empêche de faire mon travail, par manque de curiosité…

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Après l'interview, le 5 mars 2019, au Pachyderme.