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21 avril 2019

Angèle Osinski : interview pour son album A l'évidence

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(Photo : Muriel Thibault)

angèle osinski,interview,mandorEn 2015, dans une première mandorisation, j’avais demandé à Angèle Osinski quel était le genre d’artiste qu’elle respectait et aimait. Elle m’avait répondu : « Celui qui propose un truc qui dépasse l’intime et qui rencontre ce que, moi, j’ai de plus intime. Ça me permet de me sentir… moins seule. Intrinsèquement, profondément, charnellement, en tant qu’être humain, il m’arrive de me sentir reliée à un artiste… Ce sont des gens qui, par l’affirmation de leur imaginaire et cette proposition d’aller vers un rapport hyper sincère au fond d’eux-mêmes pour aller inventer, réinventer qui ils sont, qui me touche au plus haut degré. »

C’est en découvrant l'album Élégie de la chanteuse et productrice Katel, qu’Angèle Osinski a compris qu’elle devait, qu’elle allait changer de direction musicale. Katel correspond en tout point à la réponse d’Angèle. Fini la chanson française « traditionnelle » qu’elle nous avait proposée dans son premier EP, Prélude. Ce sera avec ce prodige de la réalisation que sa musique prendra sa nouvelle forme.angèle osinski,interview,mandor

Les deux femmes sont donc entrées dans son studio pour en ressortir quelques mois après « avec des chansons aux mélodies et aux textes forts, qui mêlent une ossature rythmique très groove inspirée du hip-hop et des grilles sophistiquées très pop. Un univers qui se veut ambitieux et accessible, dansant et érudit, construit autour de la voix d'Angèle Osinski aux graves profonds et aux aigus déchirants » indique, à juste titre, sa biographie.

L’album A l'évidence sort le 26 avril 2019 sur le label du trio féminin (toutes mandorisées), Katel, Robi et Emilie Marsh, le bien nommé FRACA.

Le 13 mars dernier, j’ai donné rendez-vous à cette artiste qui a su complètement se réinventer.

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(Photo : Muriel Thibault)

Mini biographie officielle :

Angèle Osinski entre sur scène comme on entre sur un ring, pour livrer dans l'énergie de la danse et l'intensité du chant le plus beau des combats, celui qu'on mène avec soi-même.

À cette image, À l'Évidence est un album de boxe et de danse, d'énergie et de mystère, effrayant et merveilleux.

Chanter, danser, jouer la comédie : quand à l'âge de trois ans on tombe en arrêt devant Singing in the rain, ces disciplines semblent à jamais indissociables et se rêvent en Technicolor. Angèle Osinski se jette dans toutes à corps perdu. Et c’est la musique qui va triompher, là encore sous toutes ses formes, avec l’appétit de celles qui explorent, avant de trouver son Evidence grâce à une rencontre.

angèle osinski,interview,mandorLe disque (argumentaire de presse officiel) :

Alors que les dix titres sont écrits et composés par Angèle Osinski sur son piano d’enfance, la chanteuse et productrice Katel se voit confier les arrangements et la réalisation de cet album. Les titres s’enrichissent de claviers vintage (casio, pianet, moog, rhodes, …), de boîtes à rythme hip-hop ou électro (tr808, Vermona) et de motifs obsédants de cordes et de cuivres.

Dix morceaux au groove hip-hop imparable, aux harmonies pop, qui avancent par ellipse, par évocation, par images subliminales.

Il s'agit de se relever d'un été (« Passe »), d'un drame qu'on devine aux lumières troubles d'une soirée de fête (« Ne pas vous rencontrer »).

D'accepter ce qui nous a fondé (« D'ici ») pour en faire quelque chose, et avant tout un geste artistique.

À l'évidence est un album miroir qui interroge, qui s'interroge. Sur notre époque (« Amour & Décadence », sur les errements et déplacements de la vie (« À l'évidence », « Bleu piscine », « L’instant d’après », « Interrompez-moi »), sur l'absence (« Chambre 17 »).

Un parcours, un déplacement. De l’intime à l’orchestral.

Angèle Osinski semble poser des questions comme les posent les enfants. Elles placent l'auditeur dans une écoute active, réflexive. De laquelle l'étrange et l'autodérision ne sont jamais absents.

«Dis-moi, quel est le pire après la nuit?» (Après la pluie)

À chacun d'y répondre où de laisser les mots résonner.

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(Photo : Muriel Thibault)

angèle osinski,interview,mandorInterview :

Tu me donnes la sensation d’être une nouvelle artiste.

Comme j’avais écouté beaucoup de chansons françaises dans une certaine tradition, avec mon premier EP, que j’ai fait toute seule, j’avais besoin d’obtenir une espèce de validation. J’avais besoin de prouver aux autres et à moi-même que j’étais capable de faire quelque chose dans cet esprit-là. Mais il y avait de plus en plus de décalage entre ce que j’avais produit et ce que j’écoutais tous les jours.

Tu ressentais beaucoup ce décalage ?

Oui et j’en parlais souvent à tel point que pour mon deuxième disque je voulais absolument travailler avec quelqu’un qui aurait les possibilités de m’amener vers des terrains plus proches de ce que j’écoutais, c’est-à-dire plus proche de l’electro et du hip-hop, plus proche de quelque chose qui allait faire groover. A chaque fois que je rencontrais un réalisateur ou une réalisatrice aussi talentueux/se soit-il/elle, assez vite, je reprenais mes billes. J’avais un problème de rétention d’œuvre (rires).

Et un jour, la révélation.

Un jour, par hasard j’entends au milieu de plein d’autres chansons un titre du dernier album de Katel. Je me suis arrêtée nette, complètement scotchée par son travail. Je connaissais son existence, mais pas du tout ce qu’elle faisait parce que j’écoutais très peu de français.

Tu es donc allée à sa rencontre.

Oui, quelques jours après, je suis allée la voir jouer en acoustique à la Passerelle.2. Là, j’ai complètement craqué. Je n’en revenais pas qu’une telle façon de faire sonner la musique puisse exister. A la fin du concert, nous avons discuté et je lui ai donné mon EP en lui précisant que si elle pouvait envisager de réaliser mon album, j’en serais très heureuse.

Que s’est-il passé ensuite ?

Après l’avoir écouté, elle m’a répondu que dans mon style « classique », c’était parfait et qu’elle ne voyait pas où elle pourrait m’emmener. Je lui ai dit que je voulais, justement, absolument sortir de là. Du coup, j’ai écrit de nouvelles chansons, j’en ai réécrit des déjà existantes, puis il y a eu beaucoup d’allers et retours pour qu’elle me donne ses sentiments sur mes textes et mes musiques. Pas mal de chansons sont passées à la trappe et finalement, nous avons retenu les 10 titres de l’album. Chacune a été validé par Katel, du coup, je ne crains plus personne parce que je trouve qu’elle est l’une des plus audacieuses et talentueuses artistes en France aujourd’hui. Vraiment, je me sens rassurée.

Clip de "Amour et décadence", à l'ambiance très Black Mirror… réalisé par Robi et Zoé Véricel.  

Vous avez co-arrangé les chansons ensemble, mais c’est Katel qui a fait la réalisation.

Et c’est pour moi une ouverture énorme vers ce que j’aime faire. Enfin, je m’autorise à écrire de cette manière-là, c’est-à-dire de sortir d’une certaine idée que je pouvais avoir de la poésie, ou, au minimum, de la langue française bien écrite. Grâce à Katel, j’ai aussi accepté que mes musiques soient une réponse à mes paroles et vice versa. Maintenant, j’ai l’impression que le tout fait sens.

C’était impératif d’aller là où tu n’étais jamais allée ?

J’avais un besoin impératif de déplacement pour me confronter à moi-même. Quand je vais voir un artiste sur scène ou que je l’écoute sur disque, j’ai besoin d’avoir des questions avant tout… je n’ai d’ailleurs pas besoin de réponses. J’ai envie d’avoir l’imaginaire excité.

Et c’est ce que tu provoques. Je ne saisis pas tout ce que tu racontes, mais l’essentiel.

C’est ce que j’aime chez Bashung, Bertrand Belin ou Katel. Ils ont l’art de créer un espace permettant d’avoir une écoute active. Bashung disait la chose suivante : « On entre dans une chanson par la musique et on y reste pour le texte. » J’aime quand je perçois une alchimie entre la musique et le texte qui permettent d’avoir immédiatement des images et des sensations. J’aime encore plus quand on s’aperçoit que la chanson est profonde et ne parle pas de rien.

Clip de "A l'évidence" réalisé par Robi.

Tu es passée à cette écriture facilement ?

Je pense que j’ai été au bout de quelque chose avec mon premier EP. Je n’avais déjà plus grand-chose à dire avec cette forme-là. J’avais besoin d’exprimer des choses encore plus intimes et profondes. Pour qu’elles existent de manière valable artistiquement, il fallait passer par un travail sur la parole et sur l’écrit.

Y a-t-il eu un travail sur la voix ?

Oui. Il est passé par une sorte de désincarnation, une façon de poser simplement mon timbre sur mes musiques et sur mes mots sans chercher quoi que ce soit d’émotionnel et sans chercher à raconter l’histoire.

Tu désincarnes pour mieux réincarner ?

C’est un peu ça.

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Angèle Osinski, première signature du label FRACA, dirigé par Robi, Katel et Emilie Marsh.

angèle osinski,interview,mandorTu es la première signature du nouveau label FRACA.

C’est la première fois de ma vie que je me sens entourée. Il y a une équipe autour de moi qui crois en mon projet. Au début, elles m’ont proposé cela comme un label de transition avant d’aller vers un label plus important. Mais, non. J’ai tenu à ce que FRACA soit mon label officiel. Je suis hyper fière et hyper heureuse parce que j’ai l’impression d’avoir trouvé une deuxième famille.

Tu as été comédienne, j’imagine que tu aimes beaucoup tourner des clips.

Oui, c’est vraiment mon terrain de jeu. Aujourd’hui, j’ai l’impression que mes rêves d’enfance se mettent en place. Quand j’étais petite, j’avais bloqué sur le film Singing in the rain. Il m’a donné envie de chanter, danser, jouer la comédie de manière professionnelle. La façon dont j’envisage mes spectacles et ce qui va autour de ma musique, les clips par exemple, c’est totalement ça.

Avant tu chantais sous le nom d’Angèle, as-tu ajouté ton vrai patronyme parce qu’une autre Angèle est arrivée ?

Non, pas du tout. C’était une envie de ma part de me réapproprier l’intégralité de mon identité. Cela fait sens en terme d’origine et de ce que ça raconte de traversées et de voyages.

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Après l'interview, le 13 mars 2019.

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