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19 avril 2019

Thibault Eskalt : interview pour son premier EP "A la fin"

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(Photo : Sébastien Ruat)

42754149_2163058220435197_5852951650238464000_n.jpg(Pochette : Cara Mia & Joan Tosi)

Androgyne et exilé dans le silence du désert Islandais, Thibault Eskalt dévoile peu à peu une musique mystérieuse grâce un premier EP, A la fin. Les mélodies volent, sensibles et puissantes, l’émotion en lame de fond. Il chante la mélancolie, celle qu’on trouve au pays des terres brulées par le froid. Sa voix fait écho à Christophe, Bon Iver ou London Grammar, résonnant dans l’immensité. Elle recouvre des plages de synthés et s’élève parmi les guitares. La beauté puissante d’un chanteur qui incarne la solitude et qui rêve assez haut pour guider ceux qui restent à marée basse.

(Son premier clip « Quelqu’un qui m’entend » s’approche des 50 000 vues et c'est très rare pour un artiste "émergent". Il est visible plus bas).

Thibault Eskalt est un immense coup de cœur. Je l’ai donc rencontré.

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(Photo : Sébastien Ruat)

46131283_2254855047922180_8906490724145430528_n.jpgBiographie officielle (photo : Juliette Monier):

C’est sous le pseudo Eskimo que Thibault Eskalt fait ses armes dans les petites salles, les bars et dans le métro Parisien.

En 2013, on l’aperçoit sur la scène des Trois Baudets. L’image, le son et les textes fusionnent déjà pour laisser entrevoir un univers onirique, spatial et envoutant. Sa voix cristalline, repose sur un jeu de guitare aérien, simple et magnétique. Les observateurs lui trouvent la sensibilité de Christophe mais aussi la puissance de Thom Yorke.

Au début, il arpente les couloirs des fiefs de la musique actuelle à Paris, le FGO Barbara, la Manufacture Chanson et le Studio des Variétés. Plus tard, il fera partie du dispositif d’accompagnement Le Labo à Lyon et bénéficiera de journées de résidence à La Vapeur à Dijon.

A partir de 2015, il voyage beaucoup en Europe. C’est sur la route et dans le froid qu’il devient Eskalt. Après s’être exilé en Islande, il entre en résidence aux Studios La Mante à Paris, soutenu par Bidge, musicien, producteur et directeur des lieux. Les guitares s’envolent, les synthés s’installent, la batterie laisse place aux rythmes électro. Les ambiances sonores deviennent cinématographiques, bande son d’un voyage au milieu des cratères. En résulte l’EP A la Fin, dont la sortie est prévue en 2019.

Les concerts se multiplient et en avril 2019 sort "Quelqu’un qui m’entend", premier extrait de l’EP accompagné d’un clip épique présentant l’artiste échoué au milieu des falaises.

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(Photo : Sébastien Ruat)

IMG_7150 (2).JPGInterview :

Tu as commencé à chanter en 2008.

Je travaillais avec le Conservatoire de Dijon dans un cursus qui s’appelait « L’atelier chanson ». Au début, je n’avais pas un très bon niveau, mais un bout de la deuxième année, il a commencé à devenir respectable. J’ai vite monté des groupes dans la région. Un jour, Yves Jamait m’a conseillé de faire ma route tout seul. J’ai suivi son conseil. A 21 ans, je suis allé à Paris. Je me suis présenté à La Manufacture Chanson et j’y suis resté deux ans. J’étais très créatif, mais je cherchais mon univers. C’est là que j’ai trouvé ma voix, ma façon d’écrire et de composer… et aussi mon premier pseudo, Eskimo.

C’est amusant parce qu’à Dijon, tu étais dans un univers très chanson, alors que ce n’était pas du tout ta culture musicale.

Jusqu’à 18 ans j’écoutais uniquement de la musique anglo-saxonne, de la folk, de la pop, du rock… et je ne connaissais rien en chanson française. Quand il a fallu que je chante du Yves Jamait ou Les Ogres de Barback, j’étais complètement à côté de la plaque. La première fois où j’ai commencé à être satisfait de moi, c’est quand j’ai chanté « Les dingues et les paumés » de Thiéfaine. Je chantais dans les graves. Là, il y avait un truc dans la musicalité que je comprenais.

Du coup, pour être plus en phase avec la chanson, tu as participé à des ateliers d’écriture.

Oui, ceux d’Allain Leprest et de Rémo Gary. Je suis allé chercher dans la poussière de la chanson française pour pouvoir comprendre cet art, comprendre ce qu’était une structure, ce qu’était un format. Je voulais absolument maîtriser cet art et cette tradition avant d’aller vers mon propre univers.

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(Photo : Sébastien Ruat)

De 2013 à 2015, tu es entré en accompagnement au FGO-Barbara.

Là, j’ai travaillé mon son de guitare. A la suite de ça, j’ai monté un trio avec lequel on a pas mal tourné sur Paris.

Ensuite, tu es parti vivre en Autriche.

Oui, et j’ai aussi voyagé en Irlande, en Islande…

C’est sur la route et dans le froid que tu deviens Eskalt.

J’ai fait un road trip jusqu’aux montagnes du Tyrol. J’ai remonté par le nord de l’Autriche en ne prenant que les petites routes. Alors que je dormais dans ma voiture depuis quatre jours, dehors tout était noir et froid. Les essuies glaces se battaient avec la neige contre le pare-brise. Bon Iver chantait dans les enceintes, la bande son parfaite pour un road trip. J’étais fatigué, je me nourrissait de cacahuètes et de bananes depuis 4 jours. Je n’avais que l’horizon et mes rêves pour compagnie. Je passais la nuit sur la banquette arrière, enroulé dans mon sac de couchage, j’allumais le moteur toutes les heures pour faire tourner le chauffage. Pas un signe de vie, juste du noir et du froid. Comment m’étais-je retrouvé là? Est-ce que j’avais suivi mes rêves trop longtemps pour qu’ils me sèment en chemin ? Le matin s’éveillait. Un no-man’s land de végétation s’étirait devant moi et, à une centaine de mètres, un lac. Il était gelé, bleu et blanc avec des canards, des poules d’eau et des biches qui marchaient sur l’eau. Je parlais tout seul. Il faisait froid, « Es ist kalt » en allemand. Ça a donné mon nom d’aujourd’hui.

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Ensuite, tu reviens en France.

Je m’installe à Lyon et je décide d’apprendre d’autres instruments. J’avais appris à chanter, écrire et travailler le son, mais j’ai ressenti le besoin de devenir plus musicien. Comme je n’avais jamais fait d’étude musicale, j’étais encore trop dépendant des gens autour de moi.

C’est ainsi que tu rejoins le dispositif d’accompagnement Le Labo (Le Labo s'adresse aux jeunes artistes créateurs (groupe ou solo) en musiques actuelles amplifiées (Rock, Chanson, Pop, Garage rock, indie, Folk, etc.))

Cela m’a permis de sortir de la chanson traditionnelle. J’ai travaillé d’autres instruments, comme la batterie, le clavier et la musique par ordinateur. Grace au Labo, j’ai pas mal tourné aussi.

Au même moment sort aux Etats-Unis ton titre « Je ne dors plus » sous le label New Yorkais Estime Records.

C’était un morceau qu’on avait fait avec mon trio. Ce label voulait faire une compilation de chanson mondiale et moderne par des amateurs. On pouvait écouter cette compilation sur Deezer.

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(Photo : Sébastien Ruat)

En 2016, tu rencontres ton complice Bidge, musicien, producteur et responsable des Studios La Mante à Paris.

Après un concert, il m’a proposé que l’on travaille ensemble parce qu’il trouvait mon projet intéressant. Grace à lui, je ne pars plus dans tous les sens et mes chansons se sont affinées. Le son et ma voix sont devenus plus précis. Il a apporté de la simplicité et de la maturité à ce projet.

Pour ce premier EP, tu as fait appel à des paroliers.

Thierry Surgeon a écrit « Quelqu’un qui m’entend », « A la fin » et « Entre nous c’est mort ». Quant à Jeff Demara, il est l'auteur de « Le soleil mort ». Moi, j’ai écrit « Scaphandre ». Ouvrir la création à d’autres personnes m’a ouvert le champ des possibles. Ses chansons m’ont permis de passer un cap que je n’arrivais pas à atteindre.

Clip de "Quelqu'un qui m'entend"... près de 50 000 vues!

Tu parles beaucoup d’amour dans tes chansons.

Oui, à part le cri/l’appel, que je lance dans « Quelqu’un qui m’entend ». J’ai voulu raconter ma solitude d’artiste. Cette chanson m’a boosté et m’a permis de sortir de ma tanière. Elle prouve que je suis mûr et prêt. J’évoque « un passage » dans la chanson et l’EP s’intitule A la fin. C’est un cycle qui se termine pour laisser la place à un nouveau.

« Entre nous c’est mort » raconte la fin d’une histoire d’amour.

Il s’agit surtout de la culpabilité de mettre fin à une relation.

Et « Le soleil meurt » ?

Ça parle de l’insomnie, de la fin du désir, de s’adonner à l’alcool. La fuite d’un amour par la cuite… C’est une période de la vie où tu cesses d’être lumineux… ou même tu t’autodétruis. Derrière la solitude de l’homme, malgré tout, il y a cette femme qui l’aide à se maintenir. En règle générale, dans mes chansons, j’aime bien illuminer la noirceur.

« Scaphandre » est la chanson qui te correspond le plus ?

Certainement, parce que je suis l’auteur du texte. « Je me sens bien dans mon scaphandre », c’est aussi la volonté de dire « je suis seul, mais je me sens bien dans ma peau ». Ce n’est pas parce que je raconte des histoires « dark » que je vais mal.

Je suis fan de ta voix, tu le sais. Tu m’as dit que tu as eu du mal à la trouver…

Ça peut paraître ridicule mais j’ai vécu ça comme un voyage chamanique, comme la découverte d’un super pouvoir. Quand j’étais à la Manufacture Chanson, je passais tous les soirs en studio à bidouiller et à chanter jusqu’à pas d’heure. Je pouvais passer par des états de transe. Un jour, je suis ressorti avec cette voix-là.

Que souhaites-tu à présent ?

Vivre décemment ma vie de chanteur.

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Après l'interview, mars 2019, au Pachyderme (Paris).

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