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02 avril 2019

Clarika : interview pour A la lisière

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(Photo : Julie Oona)

clarika, à la lisière, interview, mandorClarika, l’une des plus belles plumes de la chanson française, affiche plus de 20 ans de carrière et son public lui est fidèle. J’en fais partie et ce depuis son premier album en 1993, J’attendrai pas cent ans. Elle s’est construit un répertoire irréprochable et une carrière scénique qui forcent le respect et l’admiration de tous. Dans ma précédente mandorisation, en introduction,  j’ai écrit : « A la question, « qu’elle est ta chanteuse préférée ? » je n’ai jamais su qui répondre. J’apprécie beaucoup de chanteuses, mais Clarika a toujours figuré dans le peloton de tête. Et puis là, encore une fois, à l’écoute de ses chansons, je suis fasciné. Par sa voix, par la profondeur de ses mots, ses histoires qui me touchent au plus haut point (alors que je suis un homme, je suppose qu’elle fait remonter en moi ma part de féminité ou quelque chose comme ça), sa manière de raconter la vie… bref, j’ai décidé qu’à partir d’aujourd’hui, je répondrai « C’est Clarika ma chanteuse préférée ». » Je ne change pas à mot aujourd’hui. C’est même la confirmation la plus totale à l’écoute de son  8e album, A la lisière.

Pour parler de ce nouveau disque (à découvrir ici), le 1er mars dernier, elle m’a convié dans un bar de son quartier. Xième mandorisation, mais jamais je ne me lasse…

Argumentaire de presse officiel (mais un peu écourté) :clarika, à la lisière, interview, mandor

C’est à la frontière entre les ineffables vertiges de l’amour et les grandes bascules de l’existence que l’on retrouve Clarika. Pour son huitième album, À la lisière, l’autrice et interprète française dessine en filigrane, avec finesse et causticité, le portrait éclaté d’une femme aux prises avec son époque. 

Et Clarika s’est relevée des combats qui marquent une destinée, de la rupture amoureuse qui appelle à réinventer une vie. Voici donc qu’elle affronte le monde qui vient, conjuguant de front le sentiment prégnant de l’incertitude comme celui, tenace, de la combativité. Bien souvent chez Clarika, l’appréhension des soubresauts de la vie rencontre un fulgurant désir de légèreté.

On croise dans À la lisière un astronaute neurasthénique, une femme bousculant les codes du genre ou la dentellière de Vermeer rêvant à des nuits d’amour avec la Joconde, depuis son cadre du Louvre. Cette galerie de personnages, surprenants et fantasques, sont autant de chemins de traverse que Clarika utilise pour se dévoiler.

Ces ballades entêtantes et ces mantras piquants ont été conçus en tandem avec le compositeur Florent Marchet (Bernard Lavilliers, Calogero, Frère Animal…). Une symbiose qui avait déjà fait mouche lors de l’album très remarqué de Clarika, Moi en mieux, en 2008. À ce duo vient s’ajouter la touche singulière du guitariste et compositeur François Poggio (Etienne Daho, Lou Doillon, Pony Pony Run Run). Un véritable laboratoire d’expérimentations musicales qui mêle aux textes ciselés de la parolière des influences issues de l’électro-rock (MGMT, Charlotte Gainsbourg, Beck ou St Vincent) et des envolées symphoniques façon cinéma. On retrouve également, sur deux titres, le compositeur Jean-Jacques Nyssen.

Avec À la lisière, Clarika est donc là où ne l’attend pas, mutine et bravache face aux aléas du monde, déterminée à prendre la vie comme la mort à bras-le-corps, appelant à faire fi de la peur pour plonger dans l’inconnu.

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(Photo : Julie Oona)

clarika,à la lisière,interview,mandorInterview :

Pourquoi  avoir fait appel à Florent Marchet pour réaliser ton disque (avec François Poggio).

C’est quelqu’un que j’aime depuis longtemps humainement et artistiquement. Notre collaboration s’est faite en deux temps. D’abord, je lui ai envoyé trois textes pour qu’il me donne simplement son avis et éventuellement des conseils. Il m’a répondu le lendemain avec des musiques. En les écoutants, j’ai compris qu’il fallait que ce soit lui qui réalise. François Poggio nous a rejoints un peu après pour coréaliser certains morceaux.

Ton précédent album, De quoi faire battre mon cœur, avait comme thématique bien appuyé la rupture. Dans celui-ci, on est plus dans la reconstruction après la rupture.

Tu crois que mes chansons parlent de moi ? Pas toujours. Ce que je pense n’est pas très intéressant, ce sont les chansons qui parlent…

Oui, d’accord, mais j’ai quand même l’impression qu’il y a beaucoup de toi dans tes chansons.

Bon, j’avoue, dans celles qui sont un peu personnelles, j’ai du mal à tricher avec la vérité. Mais il faut que ce que je chante n’intéresse pas que moi, alors il ne faut pas que sois axée uniquement sur ma personne.

La lisière est le titre de l’album et celui de la première chanson. Elle se trouve où cette lisière ?  

Je dis dans la chanson : « tout est devant, tout est derrière, tout reste à faire ». On a un vécu derrière, il faut vivre le devant qui peut parfois être vertigineux, excitant… et faire peur. Cette lisière peut arriver à différents moments de sa vie, notamment à la suite d’une rupture, mais pas que.

Clip de "Même pas peur" (tournée à Venise).

Dans « Même pas peur », tu racontes le monde à la Clarika, souvent en disant l’exact contraire de ce que tu penses. J’adore ça depuis toujours chez toi.

J’aime bien raconter notre société avec dérision, distance et mauvaise foi, tout en faisant en sorte que le message de base soit bien reçu.

Dans « Ame ma sœur âme », tu t’interroges sur toi-même.

J’interroge une part de moi que je ne connais pas bien. Comment suis-je réellement par rapport à ce que je montre et à ce que les gens perçoivent de moi. Est-ce que mon âme est si bonne que ça ? Est-ce que moi, je suis si bonne que ça ? Comme tout le monde, je sais que j’ai une part de moi assez noire que je ne montre pas. On est tous un peu Docteur Jekyll et Mister Hyde. Il est bon de faire le point avec soi-même de temps en  temps. Me concernant, je ne dois pas être aussi bonne que j’aimerais l’être.

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(Photo : Julie Oona)

Tu parles de la mort assez frontalement dans cette chanson. Tu y penses souvent ?

C’est difficile de ne pas y penser quand tu prends de l’âge, que tu as des enfants… nous naissons pour mourir un jour.

Dans « Tout tout de suite », tu dis : « De toute façon, un jour t’es mort, alors autant qu’on en profite tout tout de suite ».

Comme la mort est inéluctable, elle me fait peur. Je n’ai aucun détachement par rapport à ça.

Tu chantes avec Pierre Lapointe, dans « Venise ».

Je l’ai connu lors des Nuits de Champagne, à Troyes. Il y avait un projet qui consistait à chanter Brel avec 900 choristes. Après, nous nous sommes retrouvés sur un projet de Sophie Calle. Avec Florent, on a très vite pensé à lui pour cette chanson. C’était limpide, comme une évidence.

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Florent Marchet, Clarika et Pierre Lapointe, en studio.

Je t’avoue que je n’ai pas compris la chanson écrite par Jean-Jacques Nyssen, « Je suis ton homme ».

J’avais en tête cette phrase « je suis ton homme », mais je ne trouvais pas l’angle pour aborder le sujet. Jean-Jacques a eu l’idée d’aborder plein d’axes. En général, j’aime bien que mes chansons soient assez claires, mais, sur celle-là, je n’ai pas envie de faire une explication de texte parce que je trouve amusant de brouiller les pistes. Certains peuvent penser que l’on règle nos comptes… ce n’est tellement pas ça.

Ce qui te caractérise, c’est que tu peux aborder n’importe quel sujet, il y aura chez toi un angle jamais écouté ailleurs.

L’écriture sert à trouver des nouveaux axes. Je travaille beaucoup le fond et la forme.

Au bout de huit albums, n’a-t-on pas tout dit ?

Le premier se fait dans l’insouciance, le deuxième, ça va aussi, mais à partir du troisième, effectivement, on se demande ce que l’on va raconter la prochaine fois. En plus, je n’ai jamais de fond de tiroir. Il m’arrive de noter des choses pour ne pas les oublier. Une idée, une formule. J’écris vraiment dans l’urgence d’un album à un intant T de ma vie. C’est une machine à remettre en route et au bout d’un moment, il y a un déclic et ça revient… Mais j’ai besoin de rigueur et une organisation de travail.

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(Photo : Julie Oona)

En 2019, tu es toujours une artiste en état de marche avec un public très fidèle.

Je ne me plains pas de mon sort, mais je sais que c’est de plus en plus compliqué d’être programmé dans les salles. J’ai la chance de faire des tournées depuis un moment et que mon public me suive, mais il ne faut pas croire que tout est simple. Je suis impactée, comme tout le monde, sur ce qu’il se passe dans l’industrie de la musique, notamment, en termes de vente de disques.

Tu seras à la Cigale, le 3 avril. Cela doit être jouissif de jouer les nouvelles chansons, non ?

Oui, en plus on réactualise les anciennes. Nous sommes contents, car nous avons trouvé de chouettes versions pour elles. Et puis, La Cigale, j’adore. Je fais cette salle quasiment à chaque sortie d’album. Le décor sera super beau et les lumières particulièrement soignées. Pour moi la scène doit être un peu magique. Je ne veux pas que ce soit tiède, au contraire, il faut impérativement que cela provoque des émotions.

clarika,à la lisière,interview,mandorOn disait à l’époque où tu arrivais avec La Grande Sophie et deux trois autres chanteuses, que les femmes prenaient le pouvoir dans la chanson. On redit ça aujourd’hui avec l’arrivée de Clara Luciani, Angèle, Fishbach, Juliette Armanet…

Quand nous sommes arrivées avec La Grande Sophie, il y avait plus d’interprètes que de nanas qui écrivaient leurs textes. Depuis, il y en a eu plein. Aujourd’hui, je suis ravie car il y a autant d’hommes que de femmes dans la chanson.

As-tu peur de ne plus être dans le « moove », de ne plus être à la page ?

J’imagine que je ne le suis plus. Mais de part ce que j’écris et les collaborations que je choisis, j’essaie d’aller vers la modernité. En  même temps, je ne vais pas aller vers quelque chose que je ne suis pas. Je ne suis pas une jeune femme de 22 ans, par exemple. J’essaie d’être cohérente.

Penses-tu être estimée à ta juste valeur ?

Oui. Je vois toujours le verre à moitié plein. Je suis toujours là en 2019, j’ai fait huit albums studio, alors que le métier est super compliqué et que j’ai plein de « collègues » qui ont disparu de la circulation. Je me dis que j’ai de la chance d’avoir encore une équipe professionnelle qui m’entoure. Un tourneur, un manager, un éditeur, une maison de disque, des gens qui croient encore en moi… Quand je ne ferai plus de concerts, je serai peut-être un peu déprimée, mais tant que j’en fais, tout va bien.

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Le 1er mars 2019, après l'interview.

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