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29 mars 2019

Emilie Marsh : interview pour la sortie de son album éponyme

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(© Gil Lesage)

emilie marsh,fraca,interview,mandorJ’adore l’idée d’écouter un disque d’un(e) artiste qu’on ne peut comparer à aucun(e) autre. C’est rare. Dans l’album d’Emilie Marsh qui sort aujourd’hui sur le nouveau label FRACA, on est dans du pop-rock qui, à coups de riffs de guitares saturées et de textes en français écrit avec précision, tend vers un rock énergique, moderne, avec du sens (je suis donc assez d'accord avec la revue trimestrielle Hexagone). C’est assez inédit en France.

J’observe cette artiste depuis des années et je ne peux que louer son évolution. D’un début balbutiant (comme tout le monde), elle maitrise désormais parfaitement son chemin, sa musique, son attitude… et les codes et ficelles du métier qu’elle peut désormais contourner facilement.

L’oiseau tombé du nid est devenu puissant aigle.

Le 7 mars dernier, nous avons conversé un moment dans un bar de la capitale pour évoquer son album, son label (dont elle est à l’origine avec Katel, mandorisée ici, et Robi mandorisée là)… et de bien d’autres sujets.

Biographie officielle :

Sur scène, une guitare blanche Duesenberg se détache sur une silhouette noire, soulignée de rouge à lèvres : Émilie Marsh est une femme guitariste. La formule révèle une attitude et une filiation.

Elle prolonge l'odyssée des héroïnes pop ou rock, qui ont redoublé de talents et d'énergie pour s’imposer parmi les hommes. Depuis quelques années, elle se fraie un chemin jusqu'aux plus grandes scènes en tant que guitariste ou leadeuse (Francofolies, Pause Guitare, Printemps de Bourges...). Elle y apparaît seule, en groupe (BODIE) ou aux côtés d'artistes de renom comme Dani, avec qui elle forme un duo complice (« Sur les ondes »). Elle participe aussi à divers projets musicaux et littéraires : Scènes d’Amour avec Simon Mimoun, et La Nuit Ne Dure Pas en compagnie d’Emmanuelle Seigner et Dani. En mars 2019, elle fera une apparition au cinéma, dans Nos Vies Formidables de Fabienne Godet, dont elle a aussi composé la chanson du générique.

Mi-loup, mi-chaperon rouge, c'est une artiste double : une guitariste vouée aux énergies pop et rock, et une auteure-compositrice habitée par la sensibilité poétique. Osmose des contraires. Son jeu transporte une sueur animale drapée d’élégance. Ses accords électriques se mêlent à la douceur de sa voix pour envelopper des mots ciselés.

Teaser de l'album réalisé par Tristan Sébenne. 

L’album (argumentaire officiel) :emilie marsh,fraca,interview,mandor

Émilie Marsh joue et chante le rock au féminin. Sur son album, elle cultive un style hybride et singulier, combinant le son et le sens. Le thème des textes trouve de l’écho dans les compositions et la production, résolument ancrées dans le présent. Elle revendique le droit au désir, sans engagement, ni étiquette. Le désir charnel, sensuel, et surtout le désir de vivre l’intensité du moment, de jouir de l’instant (« J’embrasse le premier soir »). Au fil de l’album, sa musique traque l’ivresse de l’instant. Elle retient toute l’intensité du moment vécu, 31 minutes pour faire durer le plaisir.

Ecrit et composé par Emilie Marsh sauf « Sur les ondes » écrit par Pierre Grillet, composé par Emilie Marsh et « Vents Violents » écrit par Céline Ollivier (mandorisée là) composé par Emilie Marsh.

Réalisé par Katel & A.L.B.E.R.T mixé par Fabien Martin (mandorisé ici) sauf « Sur les ondes » réalisé par Adrien Daucé mixé par Fabien Martin.

Vous pouvez écouter l'album ici.

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(© Gil Lesage)

emilie marsh,fraca,interview,mandorInterview :

Ce disque est arrivé tranquillement mais sûrement, non ?

Cela s’explique par le fait que j’accompagne de nombreux artistes sur scène à la guitare. Au-delà de ça, il y a eu plusieurs essais, plusieurs versions… De s’extraire de son propre projet permet de voir les choses autrement. Et puis, je voulais d’abord jouer les chansons sur scène pour savoir lesquelles j’allais garder. Ce temps-là a permis de murir le projet et de savoir vers quel son j’allais me diriger. Par contre quand on a enregistré le disque, c’est allé très rapidement. Il me semble que l’on ressent cette urgence dans l’album.

Tu commences à avoir l’image de la chanteuse à la guitare électrique. Il n’y en a pas beaucoup en France.

C’est devenu mon identité. Corporellement, quand j’ai ma guitare électrique, il se passe un truc chez moi que je n’arrive pas à définir. Mais j’ai du mal à m’en passer désormais.

Tu as joué du rock  avec plein d’artistes, évidemment, ça rejaillit sur ton disque.

Je ne sais pas si c’est conscient ou pas, mais en tout cas, j’assume ce côté guitariste rock. L’énergie que je donne sur scène, j’ai essayé de l’intégrer lors de l’enregistrement de l’album.

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Ce soir, Emilie Marsh fête une nouvelle fois la sortie de son disque à Toulouse dans la mythique salle du Bijou. Et ça déménage grave (selon ceux qui ont assisté au concert hier).

J’ai connu plusieurs Emilie Marsh. As-tu l’impression que tu as vraiment trouvé ton style?

Oui, et ça a été long. Au départ, j’étais dans une esthétique plus rock encore que ce que je fais aujourd’hui, ensuite,  j’ai fait une tentative plus pop. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir trouvé l’équilibre entre les deux.

C’est amusant parce que tu n’as pas une voix de rockeuse. Elle est plutôt claire et douce.

J’en ai fait une force en créant un contraste entre la musique et la voix. Pour moi, le rock c’est plus une énergie, une attitude, une manière de gérer la scène et une vision des choses.

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(Photo : Marie Monteiro)

Tu écris et compose toi-même tes chansons. A deux exceptions près. D’abord sur ton duo avec Dani, « Sur les ondes » dont le texte est signé Pierre Grillet, auteur de centaines de chansons pour, entre autres, Alain Bashung, Johnny Hallyday, Marc Lavoine, Sylvie Vartan, Vanessa Paradis, Feist, Caroline Loeb…

Je voulais symboliquement qu’il y ait un duo avec Dani sur l’album parce qu’on a beaucoup tourné ensemble ces dernières années, mais je ne suis pas parvenue à écrire des paroles sur la musique que j’avais composée. J’ai donc choisi un auteur important qui a beaucoup écrit pour Dani. Comme il l’a connait bien, il a vraiment su trouver le bon ton.

Autre chanson dont tu n’as pas fait le texte, « Vents violent ». L’auteure est Céline Ollivier.

Pour cette chanson, j’ai un peu calé sur l’angle et les mots. J’ai donc fait appel à une écriture que je connais bien et qui est assez aérienne. Je trouve que ça collait bien avec ma musique. 

Clip de "J'embrasse le premier soir".

Parlons du très sensuel et audacieux clip de « J’embrasse le premier soir ».

On voulait montrer une vague de baisers qui arrivaient soudainement. C’était un plan séquence absolument fabuleux à tourner. Les figurants ont bien joué le jeu et ont été parfaits.

Dans ce disque, tu n’as vraiment pas peur de revendiquer tes désirs, charnels ou pas.

C’est le sujet de toutes mes chansons : l’importance de l’instant, assumer ses désirs et cette soif de vivre à fond et au présent. Saisir le moment, prendre des risques aussi. Dans mon disque, il n’y a aucun texte au passé ou au futur. Tout est au présent.

Es-tu féministe ?

Je le suis complètement dans ma façon de vivre et dans mon attitude. Tant qu’il y a des inégalités, il faut les combattre. Mes textes n’évoquent pas forcément ça, mais ma vie oui.

Live session de "Goodbye comédie" réalisée par Robi.

As-tu conçu l’album idéal ?

J’ai fait l’album que je voulais faire. Je suis vraiment contente et je l’assume à 200%. C’est la somme de ce que j’ai pu accumuler ces dernières années et la photographie d’un moment. Ce disque me ressemble et c’est pour ça que je ne lui ai pas donné de titre.

Te sens-tu légitime dans ce métier ?

Oui, depuis que je fais beaucoup de scènes avec différents artistes. Le regard sur moi a un peu changé, mais je ne peux pas te dire plus précisément comment et/ou pourquoi.

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Emilie Marsh, Katel et Robi, les créatrices du label FRACA.

emilie marsh,fraca,interview,mandorParle-moi du label FRACA (Fraternité Cannibale) que tu as monté avec Katel et Robi.

Nous sommes trois chanteuses aux compétences différentes. Katel a son studio ; elle fait de la réalisation et de la production musicale, Robi réalise des clips et moi je fais de la scène avec plein de gens et beaucoup d’ateliers. Cela faisait un moment que l’on s’entraidait. Nous faisions même des « soirées chanteuses » où nous évoquions nos problématiques de femmes dans le métier de la musique. Un jour, on a décidé de mutualiser nos forces de manière structurelle. C’est devenu un label. Nous maitrisons maintenant toute la chaine et nous avons une réflexion globale.

Vous n’avez pas la même esthétique musicale et êtes très différentes les unes des autres.

Nous sommes complémentaires et c’est bien là le principal. Nous avons uni nos réseaux pour qu’il s’élargisse. On sait où on va et on se bat pour défendre l’image et l’efficacité de ce label dirigé par des femmes. Je n’ai pas peur de dire que FRACA est un label engagé.

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Pendant l'interview...

Il y a ce que vous appelez « Les nuits FRACA » qui remporte toujours un succès considérable.

On veut que la joie soit liée à notre label. C’est pour cela que l’on rassemble plein de gens pour faire la fête de temps en temps.

Tu es artiste intervenante pour l’organisme de formation de Voix du Sud.

Comme d’autres artistes, j’interviens dans des établissements scolaires, des hôpitaux psychiatriques, parfois des foyers de femmes. Je fais des ateliers d’écriture qui aboutissent à un concert des chansons crées dans la semaine avec des gens qui ne sont pas du tout musiciens.

Pourquoi fais-tu ça ?

Parce que j’adore ça et que j’en ai vraiment besoin. Etre dans la transmission donne du sens à sa propre vie. Je n’en fais que trois ou quatre par an, car cela puise beaucoup d’énergie.

Clip de "Haut le cœur" d'après des images tirées du film Nos vies formidables. 

emilie marsh,fraca,interview,mandorTu joues et chantes dans le film de Fabienne Godet, « Nos vies formidables », actuellement au cinéma.

On a tourné ce film sur le collectif et la solidarité des gens qui sortent de l’addiction il y a deux ans. Au départ, j’avais juste un rôle en tant que comédienne. De fil en aiguille dans une scène se situant dans un atelier musique, la réalisatrice m’a demandé de jouer quelque chose au piano, puis de chanter ce que je voulais. J’avais en tête la chanson « Haut le cœur » qui existait déjà et je trouvais que c’était celle qui collait le mieux au film. La chanson n’est pas sur cette scène là, mais a été gardée pour le générique de fin. C’est un film magnifique qui parle des humains, qui parle de tout le monde. Il faut vraiment le voir.

Une chanteuse est un peu une comédienne ?

C’est plus un dépassement, un prolongement, une extension de ce que je suis, mais surtout pas un rôle. J’essaie de ne pas être différente dans la vie que sur scène. Si je deviens un personnage, ce n’est absolument pas conscient. En concert, je veux vraiment rester naturelle, tout en étant dominante. Dans « Goodbye comédie » je préconise l’idée d’être au maximum nous-mêmes… je suis donc ce que les préceptes dont je parle dans mes chansons.

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A l'issue de l'interview, le 7 mars 2019 au bar Le Pachyderme. 

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